Empire et Multitude : Empire post-impérialiste ou nouvelle expansion de l’impérialisme ?

Par Mis en ligne le 15 juillet 2015

Michael Hardt et Antonio Negri ont choisi d’appeler le sys­tème global actuel « Empire ». Le choix de ce terme vise à dis­tin­guer ses carac­té­ris­tiques prin­ci­pales de ce qui défi­nit l’« impé­ria­lisme » . Dans cette concep­tion l’impérialisme est réduit à sa dimen­sion stric­te­ment poli­tique, c’est-à-dire aux limites du pou­voir formel d’un État au-delà de ses propres fron­tières, confon­dant donc impé­ria­lisme et colo­nia­lisme. Le colo­nia­lisme n’existe donc plus, pas plus que l’impérialisme. Cette affir­ma­tion creuse reprend le dis­cours [nord -] amé­ri­cain domi­nant selon lequel les États-Unis, à la dif­fé­rence des États euro­péens, n’ont jamais aspiré à former un empire colo­nial pour leur propre inté­rêt et n’ont donc jamais pu être « impé­ria­listes » (et ne le sont pas plus aujourd’hui qu’hier, comme Bush nous le rap­pelle).

La tra­di­tion du maté­ria­lisme his­to­rique nous pro­pose une ana­lyse très dif­fé­rente du monde moderne, cen­trée sur l’identification des néces­si­tés de l’accumulation du capi­tal, par­ti­cu­liè­re­ment dans les sec­teurs domi­nants. À l’échelle glo­bale, cette ana­lyse permet de décou­vrir les méca­nismes qui pro­duisent la pola­ri­sa­tion des richesses et du pou­voir et construit l’économie poli­tique de l’impérialisme.

Hardt et Negri ignorent scru­pu­leu­se­ment toutes les ana­lyses qui ont été pro­duites à ce sujet, par les mar­xistes ou par d’autres écoles de l’économie poli­tique. Par contre ils reprennent le léga­lisme de Maurice Duverger ou la vul­gaire science poli­tique de l’empirisme anglo-saxon. Ainsi l’« impé­ria­lisme » devient une carac­té­ris­tique com­mune par­ta­gée dans le temps et l’espace par plu­sieurs « Empires », comme l’Empire romain, l’Empire otto­man, le colo­nia­lisme bri­tan­nique ou fran­çais, l’empire austro-hon­grois, russe, et sovié­tique. L’inévitable chute de ces empires est liée à des « causes ana­logues ». C’est plus proche d’un jour­na­lisme super­fi­ciel que de toute ana­lyse de l’histoire. En fait, encore une fois, ils se ral­lient à la mode actuelle (après « la chute du Mur de Berlin »).

Il ne fait aucun doute que l’évolution du capi­ta­lisme et du sys­tème mon­dial ces vingt der­nières années a com­porté des trans­for­ma­tions qua­li­ta­tives de toutes natures. Mais se ral­lier au dis­cours domi­nant, selon lequel la révo­lu­tion « scien­ti­fique et tech­no­lo­gique » pro­duira elle-même des formes d’organisation éco­no­miques et poli­tiques de la pla­nète qui sur­pas­se­ront celles qui étaient asso­ciées à la défense des « inté­rêts natio­naux », c’est tout autre chose ; et plus encore de consi­dé­rer que cette évo­lu­tion comme « posi­tive ». Ce dis­cours est basé sur de graves sim­pli­fi­ca­tions. Les sec­teurs les plus impor­tants du capi­ta­lisme opèrent en effet dans l’espace trans­na­tio­nal de capi­ta­lisme mon­dial, mais le contrôle de ces sec­teurs demeure aux mains de groupes finan­ciers encore for­te­ment « natio­naux » (c’est-à-dire basés aux États-Unis, et Grande-Bretagne ou en Allemagne, mais non encore dans une « Europe » qui n’existe pas comme telle à cette échelle). De plus, la repro­duc­tion éco­no­mique du sys­tème est, aujourd’hui comme hier, impen­sable sans l’organisation paral­lèle des « poli­tiques » qui régissent ses évo­lu­tions. L’économie capi­ta­liste n’existe pas sans « État », sauf dans la vul­gate idéo­lo­gique creuse du libé­ra­lisme. Il n’y a pas encore d’État « monde », trans­na­tio­nal. La vraie ques­tion, igno­rée par le dis­cours domi­nant sur la glo­ba­li­sa­tion, c’est les contra­dic­tions entre les logiques de l’accumulation glo­ba­li­sée des sec­teurs domi­nants (oli­go­poles) du capi­ta­lisme cen­tral et celles qui conduisent les « poli­tiques » du sys­tème.

Le sys­tème de Hardt et Negri, pré­senté sous le terme plai­sant d’« Empire », découle donc de la naïve per­cep­tion de la glo­ba­li­sa­tion pré­co­ni­sée par le dis­cours domi­nant. Selon cette per­cep­tion, la trans­na­tio­na­li­sa­tion a déjà aboli l’impérialisme (et ses conflits), pour le rem­pla­cer par un sys­tème où le centre est par­tout et nulle part. L’opposition centre/​périphérie (qui défi­nit la rela­tion impé­ria­liste) est déjà « dépas­sée ». Hardt et Negri reprennent là le dis­cours le plus banal : puisqu’il existe un « pre­mier monde » de « richesse » dans le « tiers monde » et un « tiers monde » de pau­vreté dans le pre­mier, il n’y a aucune raison d’opposer le pre­mier monde et le tiers monde l’un l’autre. Il existe cer­tai­ne­ment une Inde pauvre et une Inde riche, et la même chose se pro­duit aux États-Unis, puisque nous vivons tous dans des socié­tés divi­sées en classes et inté­grées au capi­ta­lisme mon­dial.

Est-ce que cela signi­fie que les for­ma­tions sociales de l’Inde et des États-Unis sont iden­tiques ? Est-ce que la dis­tinc­tion entre le rôle actif de cer­tains dans le façon­nage du monde et le rôle pas­sifs d’autres, qui ne peuvent que s’« ajus­ter » aux demandes du sys­tème global, n’a aucun sens ? En fait cette dis­tinc­tion est plus impor­tante aujourd’hui que jamais. Aux pre­miers temps de l’histoire contem­po­raine (1945-1980), les rap­ports de force entre les pays impé­ria­listes et les pays domi­nés étaient tel que le « déve­lop­pe­ment » des péri­phé­ries était à l’ordre du jour et ces der­nières pou­vaient se posi­tion­ner en agents actifs de trans­for­ma­tion du monde. Aujourd’hui ces rela­tions ont changé for­te­ment en faveur du capi­tal domi­nant. Le dis­cours sur le déve­lop­pe­ment a dis­paru, rem­placé par le dis­cours de l’« ajus­te­ment ». En d’autres termes, le sys­tème mon­dial actuel (l’« Empire ») n’est pas moins impé­ria­liste, mais plus impé­ria­liste que ses pré­dé­ces­seurs !

Hardt et Negri s’en seraient rendu compte s’ils avaient au moins pris note de ce qui est écrit par les repré­sen­tants du capi­tal domi­nant. Aussi incroyable que cela paraisse, ils ne l’ont pas fait du tout. En effet, la plu­part des sec­teurs de l’establishment des États unis (démo­crates et répu­bli­cains) ne font pas secret de leurs objec­tifs et de leur plan : mono­po­li­ser l’accès aux res­sources natu­relles de la pla­nète de façon à pré­ser­ver leur dis­pen­dieux mode de vie, y com­pris au détri­ment d’autres peuples ; empê­cher toute puis­sance moyenne ou supé­rieure de deve­nir un com­pé­ti­teur capable de résis­ter aux ordres de Washington ; et par­ve­nir à ces objec­tifs par le contrôle mili­taire de la pla­nète.

Hardt et Negri ont sim­ple­ment repris le dis­cours domi­nant selon lequel, le « natio­na­lisme » et le « com­mu­nisme » ayant été défi­ni­ti­ve­ment vain­cus, le retour à un libé­ra­lisme glo­ba­lisé repré­sente un pro­grès objec­tif. Les « insuf­fi­sances » du sys­tème, s’il y en a, ne peuvent être cor­ri­gées qu’à l’intérieur de la logique du sys­tème lui-même et non pas en le com­bat­tant. Il est donc facile de com­prendre pour­quoi Negri a rejoint les rangs de l’Europe atlan­tiste et a appelé à sou­te­nir son projet de consti­tu­tion ultra­li­bé­rale conforme aux sou­haits de Washington. Cependant la véri­table his­toire du « natio­na­lisme » et du « com­mu­nisme » n’a rien à voir avec ce que la pro­pa­gande libé­rale par le natio­na­lisme et le com­mu­nisme pen­dant trois décen­nies d’État pro­vi­dence dans les démo­cra­ties sociales d’Occident, dans les pays du socia­lisme réel­le­ment exis­tant et dans les expé­riences de popu­lisme natio­nal radi­cal, dans le tiers monde, ont contraint le capi­tal à s’ajuster aux demandes sociales engen­drées par la logique de sa propre domi­na­tion et cela a fait recu­ler les ambi­tions de l’impérialisme. Ces trans­for­ma­tions étaient impor­tantes et lar­ge­ment posi­tives malgré les limites impo­sées par le carac­tère insuf­fi­sam­ment radi­cal des pro­jets en ques­tion. Le retour (pro­vi­soire) du libé­ra­lisme, pos­sible en raison de l’érosion et de la chute de ces pro­jets de la période pré­cé­dente de la l’histoire contem­po­raine, n’est pas « un pas en avant », mais une limite fati­dique.

Les vrais pro­blèmes du monde d’aujourd’hui ne peuvent être for­mu­lés qu’en aban­don­nant le dis­cours libé­ral de Hardt et Negri. Des thèses impor­tantes et variées existent sur ces ques­tions, cer­taines se pla­çant dans la pers­pec­tive d’un renou­veau du maté­ria­lisme his­to­rique, igno­rées par Hardt et Negri. J’aimerais ici rap­pe­ler les grandes lignes des thèses que j’ai pro­po­sées sur le sujet. Dans le passé l’impérialisme appa­rais­sait comme un conflit per­ma­nent entre les pou­voirs impé­ria­listes (au plu­riel). La cen­tra­li­sa­tion crois­sante du capi­tal oli­go­po­lis­tique implique l’émergence aujourd’hui de l’impérialisme « col­lec­tif » de la triade (les États-Unis, l’Europe et le Japon). Les sec­teurs domi­nants du capi­tal ont des inté­rêts com­muns dans la ges­tion de leurs pro­fits dans ce nou­veau sys­tème impé­ria­liste. Or la ges­tion poli­tique uni­fiée de ce sys­tème se heurte à la plu­ra­lité des États. Les contra­dic­tions à l’intérieur de la triade ne pro­viennent pas des diver­gences d’intérêt parmi les capi­taux oli­go­po­lis­tiques domi­nants, mais de la diver­sité des inté­rêts repré­sen­tés par les États. J’ai résumé cette contra­dic­tion en une phrase : l’économie unifie les par­te­naires du sys­tème impé­ria­liste, la poli­tique divise les pays concer­nés.

La Multitude – la démo­cra­tie consti­tuante ou la repro­duc­tion de l’hégémonie du capi­tal ?

L’idéologie libé­rale propre au capi­ta­lisme place l’individu au-dessus de tout. Peu importe si durant la période de la construc­tion his­to­rique de l’idéologie libé­rale, lors des Lumières, l’individu en ques­tion devait être un pro­prié­taire éduqué, et donc un bour­geois capable de faire usage de sa Raison. C’était une défi­ni­tive avan­cée libé­ra­trice. Mouvement au-delà du capi­ta­lisme, le socia­lisme ne peut pas être conçu comme retour vers le passé, comme une néga­tion de l’individu. La démo­cra­tie bour­geoise, malgré les limites dans les­quelles le capi­ta­lisme l’encercle, n’est pas « for­melle », mais tout à fait réelle, même si elle demeure incom­plète. Le socia­lisme sera démo­cra­tique ou ne sera pas. Mais j’ajoute à cette phrase un com­plé­ment indis­pen­sable : il n’y aura plus de pro­grès démo­cra­tique sans remettre en ques­tion le capi­ta­lisme. La démo­cra­tie et le pro­grès social sont insé­pa­rables. Les socia­lismes réel­le­ment exis­tants du passé n’ont cer­tai­ne­ment pas res­pecté cette donnée, bien qu’ils aient pu réa­li­ser des pro­grès sans démo­cra­tie ou bien avec aussi peu de démo­cra­tie que dans le capi­ta­lisme lui-même. Mais nous devons ajou­ter que la grande majo­rité des défen­seurs de la démo­cra­tie aujourd’hui ne sont guère exi­geants et consi­dèrent que la démo­cra­tie est pos­sible sans pro­grès social visible, pour ne pas parler de remise en cause des prin­cipes du capi­ta­lisme. Hardt et Negri aban­donnent-ils cette caté­go­rie de la démo­cra­tie libé­rale ?

Les bases indi­vi­dua­listes de l’idéologie libé­rale placent l’individu comme le sujet de l’histoire en der­nière ins­tance. Cette affir­ma­tion n’est pas vraie, ni pour l’histoire des pre­miers sys­tèmes (les­quels selon les Lumières igno­raient l’individu) ni pour l’histoire du capi­ta­lisme, qui est un sys­tème basé sur le conflit entre les classes, les vrais sujets de cette période his­to­rique. Mais l’individu pour­rait deve­nir le sujet de l’histoire dans un socia­lisme avancé du futur.

Hardt et Negri pensent que nous sommes par­ve­nus à ce tour­nant de l’histoire où les classes (ainsi que les nations et les peuples) ne sont plus les sujets de l’histoire. Maintenant, l’individu est devenu le sujet (ou est sur le point de le deve­nir). Ce tour­nant donne lieu à la for­ma­tion de ce qu’ils appellent la « Multitude », défi­nie comme « tota­lité de sub­jec­ti­vi­tés pro­duc­tives et créa­tives ».

Pourquoi ce tour­nant se pro­dui­rait-il ? Le texte de Hardt et Negri est assez vague sur ce point. Ils parlent d’une tran­si­tion vers un « un capi­ta­lisme cog­ni­tif » ou de l’émergence de la « pro­duc­tion imma­té­rielle », de la nou­velle société « en réseau » ou de « déter­ri­to­ria­li­sa­tion ». Ils se réfèrent aux pro­po­si­tions de Foucault concer­nant la tran­si­tion d’une société dis­ci­pli­naire à une société de contrôle. Tout ce qui a été dit ces trente der­nières années, bon ou mau­vais selon les points de vue, pro­po­si­tions très dis­cu­tables ou pla­ti­tudes natu­rel­le­ment indé­niables, est jeté pêle-mêle dans une grande mar­mite où se pré­pare le futur. Un empi­le­ment de modes contem­po­raines n’emporte pas for­cé­ment la convic­tion. La simi­la­rité avec les thèses de Manuel Castells concer­nant la « société en réseau », et avec les idées pro­pa­gées par Jeremy Rifkin, Robert B. Reich et d’autres [nord -] Américains, est telle qu’on peut légi­ti­me­ment se deman­der : qu’y a-t-il de nou­veau et d’important dans ce débor­de­ment d’idées ?

Je vais donc pro­po­ser une autre hypo­thèse pour expli­quer l’invention de la « mul­ti­tude » en ques­tion. Actuellement nous vivons une défaite des puis­sants mou­ve­ments poli­tiques et sociaux qui ont façonné le XXe siècle (les mou­ve­ments ouvriers et socia­listes, les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale). La perte de pers­pec­tive pro­vo­quée par toute défaite pro­voque un désordre éphé­mère et une pro­fu­sion de pro­po­si­tions para­théo­riques qui légi­ti­ment ce désordre et étayent la croyance selon laquelle il repré­sente un moyen « effec­tif » pour « trans­for­mer le monde » (y com­pris sans le vou­loir), dans le bon sens du terme de sur­croît. On ne peut éla­bo­rer de nou­velles for­mu­la­tions, cohé­rentes et effi­caces, qu’en pre­nant ses avec le passé, plutôt que d’en pro­po­ser un « remake », et en inté­grant effec­ti­ve­ment les nou­velles réa­li­tés issues de l’évolution sociale dans toutes ses dimen­sions. De telles contri­bu­tions, diverses et ouvertes au débat, existent cer­tai­ne­ment. Le dis­cours de Hardt et Negri n’en fait pas partie.

Les pro­po­si­tions que Hardt et Negri tirent de leur dis­cours sur la « mul­ti­tude » témoignent, y com­pris dans leur for­mu­la­tion, de l’impasse dans laquelle ils se trouvent. La pre­mière de ces pro­po­si­tions concerne une démo­cra­tie qui, pour la pre­mière fois dans l’histoire, est sup­po­sé­ment sur le point de deve­nir réa­lité à l’échelle glo­bale. Mieux, la mul­ti­tude est défi­nie comme la force « consti­tu­tive » de la démo­cra­tie. C’est une pro­po­si­tion fabu­leu­se­ment naïve. Allons-nous dans cette direc­tion ? Au-delà de quelques appa­rences super­fi­cielles (quelques élec­tions ici et là), les­quelles satis­font bien entendu les pou­voirs libé­raux (par­ti­cu­liè­re­ment Washington), la démo­cra­tie -néces­saire et pos­sible- est en crise. Elle est mena­cée de perdre sa légi­ti­mité en faveur des fon­da­men­ta­lismes eth­niques et reli­gieux (Je ne consi­dère pas les régimes eth­no­cra­tiques de l’ex-Yougoslavie comme des pro­grès de la démo­cra­tie!). Est-ce que des élec­tions qui ont mis fin au pou­voir d’un gang cri­mi­nel (par exemple, au ser­vice de l’autocratie russe) pour le rem­pla­cer par un autre (financé par la CIA!) consti­tuent un pro­grès de la démo­cra­tie ou une farce mani­pu­lée ?

Est-ce que le déve­lop­pe­ment du projet impé­ria­liste pour le contrôle de la pla­nète n’est pas à l’origine des attaques fron­tales contre les droits démo­cra­tiques élé­men­taires aux États-Unis ? Le consen­sus libé­ral de l’Europe, qui réunit la plu­part de forces de droite et de gauche, ne se trouve-t-il pas dans un pro­ces­sus de délé­gi­ti­ma­tion des pro­cé­dures élec­to­rales ? Hardt et Negri sont silen­cieux sur ces ques­tions.

La deuxième pro­po­si­tion concerne la « diver­sité de la mul­ti­tude ». Mais les formes et les conte­nus qui défi­nissent les (diverses) com­po­santes de la mul­ti­tude ne sont guères spé­ci­fiés, pas plus que ne le sont les forces qui accroissent ou réduisent cette diver­sité. Des contra­dic­tions majeures par­courent du coup tout le texte de Hardt et Negri. Par exemple la glo­ba­li­sa­tion actuelle, selon eux, est censée réduire les « dif­fé­rences » entre les centres et les péri­phé­ries (sinon cette glo­ba­li­sa­tion res­te­rait impé­ria­liste). Le monde réel évolue dans un sens exac­te­ment opposé, en accen­tuant les « dif­fé­rences » et en construi­sant un apar­theid de dimen­sion mon­diale. La diver­sité à l’intérieur des com­po­santes locales du sys­tème citées par Hardt et Negri (seule­ment dans les socié­tés d’Amérique du Nord et d’Europe en fait) est elle-même de nature « diverse » : il y a (par­fois, comme aux États-Unis) des « com­mu­nau­tés » eth­niques ou paraeth­niques, il y a diverses régions lin­guis­tiques ou reli­gieuses, il y a aussi des classes, peut-être (!), qu’il serait bon de redé­fi­nir sur la base de la trans­for­ma­tion des réa­li­tés sociales ! Une fois que toutes ces diver­si­tés ont été rele­vées, on n’en a guère dit plus. Comment sont-elles les unes les autres posi­tion­nées dans la pro­duc­tion, la repro­duc­tion et la trans­for­ma­tion des sys­tèmes sociaux ? Il est impos­sible de répondre à ces ques­tions fon­da­men­tales sans une concep­tua­li­sa­tion de ce que j’appelle les « cultures poli­tiques ». Elles sont cer­tai­ne­ment ouvertes au débat, mais elles ne peuvent pas être igno­rées. Hardt et Negri n’apportent rien qui puisse sou­te­nir leur thèse.

Le tour­nant qui éta­blit l’individu comme sujet de l’histoire et la mul­ti­tude comme la force consti­tu­tive de son projet démo­cra­tique est une inven­tion « idéa­liste ». Il sup­pose qu’un ren­ver­se­ment s’est pro­duit dans le monde des idées sans une trans­for­ma­tion des rela­tions sociales réelles. Je ne sug­gère pas ici que les idées ne sont tou­jours que le reflet passif de la réa­lité. J’ai défendu le point de vue opposé, fondé sur la recon­nais­sance de l’autonomie des « ins­tances ». Les idées peuvent être en avance sur leur temps. Le point ici ne concerne pas cette pro­po­si­tion géné­rale. Il concerne les idées post­mo­der­nistes à la mode aujourd’hui (incluant les idées de Hardt et Negri eux-mêmes) : sont-elles en avance sur leur temps ? Ou bien ne sont-elles que l’expression naïve, confuse et contra­dic­toire, de la réa­lité du moment, un moment de défaite non encore dépassé ? Dans ces condi­tions la « mul­ti­tude » peut deve­nir une réa­lité consti­tu­tive de « diver­si­tés » dis­jointes, variées et non déci­sives. Elle peut sem­bler agir comme une « force réelle » (une majo­rité élec­to­rale forte, par exemple). Mais cela est éphé­mère et des­tiné à ouvrir la voie à une struc­ture arti­cu­lée contra­dic­toire, comme tou­jours en his­toire. Dans quelques années la page de la « mul­ti­tude » aura pro­ba­ble­ment été tour­née, comme cela s’est pro­duit pour l’ouvriérisme (opé­ra­risme) des années 1970 et pour la même raison : la fixa­tion sur le par­tiel et sur l’éphémère, comme le note Atilio Boron dans « Empire and Imperialism » (Zed Books, 2005).

La culture poli­tique sous-jacente dans le dis­cours de Hardt et Negri c’est celle du libé­ra­lisme [nord -] amé­ri­cain. Cette culture poli­tique consi­dère la Révolution [nord -] amé­ri­caine et la Constitution adop­tée alors comme l’événement déci­sif de l’ouverture de la moder­nité. Hannah Arendt, ins­pi­ra­tion pour Hardt et Negri, écrit que cette révo­lu­tion ouvre l’ère de « la quête illi­mité de la liberté poli­tique ». Aujourd’hui, l’émergence de la mul­ti­tude, la force consti­tu­tive de la démo­cra­tie « pos­sible pour la pre­mière fois à l’échelle mon­diale », cou­ronnent la vic­toire (posi­tive) de l’« amé­ri­ca­ni­sa­tion du monde ».

Le ral­lie­ment au libé­ra­lisme [nord -] amé­ri­cain est néces­sai­re­ment accom­pa­gné par le mépris des voies dif­fé­rentes emprun­tées par d’autres pays, en par­ti­cu­lier dans la « vieille Europe », ainsi quand Hannah Arendt oppo­sait la Révolution [nord-] amé­ri­caine au « combat limité contre la pau­vreté et l’inégalité », ce à quoi se réduit selon elle la Révolution fran­çaise. Pendant la Guerre froide, toutes les grandes révo­lu­tions des temps modernes (la Révolution fran­çaise, la Révolution russe, la Révolution chi­noise) devaient être déni­grées. Elles étaient viciées dès leur nais­sance en raison de leur « ten­dance auto­ri­taire », selon le dis­cours libé­ral [nord -] amé­ri­cain, lequel est devenu le fer de lance de la contre-révo­lu­tion après la Deuxième guerre mon­diale. La sur­vi­vance exclu­sive du « modèle amé­ri­cain », dont la révo­lu­tion pion­nière et la consti­tu­tion n’ont remis en cause aucune des néces­si­tés du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste, impli­quait le rejet de l’héritage des révo­lu­tions qui ont remis en cause les contraintes du capi­ta­lisme (comme avec la radi­ca­li­sa­tion jaco­bine de la Révolution fran­çaise). La dénon­cia­tion de la Révolution fran­çaise (François Furet), l’anti- sovié­tisme ordi­naire et les accu­sa­tions contre le maoïsme consti­tuent cer­tains des traits domi­nants de cette contre-révo­lu­tion dans la culture poli­tique.

Hardt et Negri res­tent remar­qua­ble­ment silen­cieux sur ces ques­tions. Ils ignorent sys­té­ma­ti­que­ment toute la lit­té­ra­ture cri­tique (au demeu­rant ori­gi­naire des États-Unis pour une bonne partie) de la Révolution [nord -] amé­ri­caine qui, il y a bien long­temps, a montré que la Constitution des États-Unis a été sys­té­ma­ti­que­ment éla­bo­rée pour écar­ter tout risque de dévia­tion « popu­laire ». La réus­site de ce point de vue est réelle, fai­sant l’envie de tous les réac­tion­naires euro­péens qui n’ont jamais réussi à en faire autant (Giscard d’Estaing a déclaré que le projet euro­péen de consti­tu­tion ultra­li­bé­rale était « aussi bon » que la Constitution des États-Unis!).

Les « aspi­ra­tions » de la mul­ti­tude érigée en force consti­tu­tive du futur se réduisent à peu de choses : la liberté, notam­ment d’immigrer, et le droit à un revenu social garanti. Soucieux de ne pas s’aventurer au-delà de ce qui est permis par le libé­ra­lisme [nord -] amé­ri­cain, le projet ignore déli­bé­ré­ment tout ce qui peut être qua­li­fié comme rele­vant de l’héritage du mou­ve­ment ouvrier et du mou­ve­ment socia­liste, par­ti­cu­liè­re­ment l’égalité reje­tée par la culture poli­tique des États-Unis. Il est dif­fi­cile de croire au pou­voir de trans­for­ma­tion d’une nou­velle citoyen­neté glo­bale (et euro­péenne) émer­gente alors que les poli­tiques mises en œuvre privent fon­da­men­ta­le­ment la citoyen­neté de toute effi­ca­cité.

La construc­tion d’une alter­na­tive réelle au sys­tème contem­po­rain de capi­ta­lisme libé­ral glo­ba­lisé demande d’autres dis­po­si­tions, par­ti­cu­liè­re­ment la recon­nais­sance de l’immense variété des besoins et des aspi­ra­tions des classes popu­laires par­tout dans le monde. En fait, Hardt et Negri éprouvent beau­coup de dif­fi­cul­tés à ima­gi­ner les socié­tés des péri­phé­ries (85 % de l’humanité). Les débats concer­nant les tac­tiques et les stra­té­gies de construc­tion d’une alter­na­tive démo­cra­tique et pro­gres­siste, qui seraient effec­tives dans les condi­tions concrètes et spé­ci­fiques des dif­fé­rents pays et régions du monde, ne semblent pas les inté­res­ser. Est-ce que la « démo­cra­tie » promue par l’intervention des États-Unis permet d’aller au-delà de la farce élec­to­rale comme dans le cas de l’Ukraine, par exemple ? Peut-on réduire les droits des « pauvres » qui peuplent la pla­nète au droit à « immi­grer » vers l’opulent Occident ? Un revenu garanti peut être une demande jus­ti­fiée, mais peut-on croire naï­ve­ment que son adop­tion abo­li­rait la rela­tion capi­ta­liste, qui permet au capi­tal d’utiliser le tra­vail (et donc l’exploitation et l’oppression), à l’avantage du tra­vailleur qui serait dès lors en mesure d’utiliser le capi­tal libre­ment et qui pour­rait donc déve­lop­per tout le poten­tiel de sa créa­ti­vité ?

Réduire le sujet de l’histoire à l’« indi­vidu » et réunir ces indi­vi­dus dans une « mul­ti­tude » revient à écar­ter les véri­tables ques­tions concer­nant la recons­truc­tion des sujets de l’histoire, défi de notre époque. On pour­rait signa­ler beau­coup de contri­bu­tions impor­tantes à oppo­ser au silence de Hardt et Negri sur le sujet. Sans aucun doute, les com­mu­nismes et socia­lismes his­to­riques ont eu ten­dance à réduire le sujet majeur de l’histoire moderne à la « classe ouvrière ». C’est même un reproche qui peut être fait au Negri de l’ouvriérisme. J’ai par contre pro­posé une ana­lyse du sujet de l’histoire comme formé par des blocs sociaux capables, en des phases suc­ces­sives de lutte popu­laire, de trans­for­mer effec­ti­ve­ment les rap­ports de forces sociaux à l’avantage des classes domi­nées et des peuples domi­nés.

Actuellement, rele­ver le défi signi­fie avan­cer vers la confor­ma­tion de blocs démo­cra­tiques, popu­laires et natio­naux hégé­mo­niques capables de ren­ver­ser les pou­voirs des blocs impé­ria­listes hégé­mo­niques et des bour­geoi­sies com­pra­dores hégé­mo­niques. La for­ma­tion de tels blocs se déroule dans les condi­tions concrètes qui sont très dif­fé­rentes d’un pays à l’autre, en sorte qu’il n’existe pas de modèle géné­ral per­ti­nent (du genre « mul­ti­tude » ou autre). Dans cette pers­pec­tive, la com­bi­nai­son des avan­cées démo­cra­tiques et du pro­grès social sera une com­po­sante de la longue tran­si­tion vers le socia­lisme mon­dial, tout comme l’affirmation de l’autonomie des peuples, des nations et des États rendra pos­sible l’émergence d’une glo­ba­li­sa­tion négo­ciée qui rem­pla­cera la glo­ba­li­sa­tion uni­la­té­rale impo­sée par le capi­tal domi­nant (ce dont Empire se féli­cite) et qui démon­tera peu à peu le sys­tème impé­ria­liste actuel. Les débats appro­fon­dis sur ces pro­blèmes réels sont sans aucun doute beau­coup plus pro­met­teurs que l’examen de ce que la « mul­ti­tude » pour­rait bien être.

La culture poli­tique d’Empire et de Multitude est-elle à la hau­teur de ce défi ?

La mode est aujourd’hui au « cultu­ra­lisme », une vision de la plu­ra­lité humaine fondée sur de sup­po­sés inva­riants cultu­rels, notam­ment reli­gieux et eth­niques. Le déve­lop­pe­ment du « com­mu­nau­ta­risme » et l’invitation à recon­naître le « mul­ti­cul­tu­ra­lisme » résultent de cette vision de l’histoire. Cette vision n’appartient pas à la tra­di­tion du maté­ria­lisme his­to­rique, lequel recherche l’articulation des luttes de classes des temps modernes avec les formes et les condi­tions de la par­ti­ci­pa­tion des peuples affec­tés par le sys­tème de la glo­ba­li­sa­tion capi­ta­liste. Les ana­lyses pro­duites dans le cadre de ces ques­tion­ne­ments rendent pos­sibles la com­pré­hen­sion d’une variété de voies emprun­tées par dif­fé­rents pays et l’identification de la spé­ci­fi­cité des contra­dic­tions exis­tant au sein des socié­tés en ques­tion et à l’échelle du sys­tème global. Ces ana­lyses s’articulent donc autour de ce que j’appelle la for­ma­tion des cultures poli­tiques des peuples dans le monde moderne.

La ques­tion que je pose c’est : quelle culture poli­tique sous-tend les écrits de Hardt et Negri ? Appartiennent-ils à la tra­di­tion du maté­ria­lisme his­to­rique ou à celle du cultu­ra­lisme ? Je pro­pose dans mon ouvrage « The Liberal Virus » l’analyse de deux iti­né­raires, « euro­péen » d’un côté, et [nord -] amé­ri­cain de l’autre, qui forgent les cultures poli­tiques des peuples en ques­tion. Je rap­pel­le­rai ici briè­ve­ment les grandes lignes de mon argu­ment.

La for­ma­tion de la culture poli­tique du conti­nent euro­péen est le pro­duit de grands moments for­ma­teurs : les Lumières et l’invention de la moder­nité ; la Révolution fran­çaise ; le déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment ouvrier et du mou­ve­ment socia­liste et l’émergence du mar­xisme ; et la Révolution russe. Cette suc­ces­sion d’avancées n’a cer­tai­ne­ment pas assuré que les gauches suc­ces­sives pro­duites par ces moments his­to­riques aient assumé la ges­tion poli­tique des socié­tés euro­péennes. Mais elle a forgé l’opposition droite-gauche sur le conti­nent. La contre-révo­lu­tion triom­phante a imposé des res­tau­ra­tions (après les Révolutions fran­çaises et russes), un recul de la laï­cité, des com­pro­mis avec les aris­to­cra­ties et les Églises et des remises en cause de la démo­cra­tie libé­rale. Elle a réussi à gagner le sou­tien des peuples concer­nés dans les pro­jets impé­ria­listes du capi­tal domi­nant et, à cette fin, la droite triom­phante a mobi­lisé les idéo­lo­gies chau­vines natio­na­listes qui ont connu leur sommet juste avant 1914.

La suc­ces­sion de moments consti­tu­tifs de la culture poli­tique des États-Unis est assez dif­fé­rente. Ces moments sont : l’établissement en Nouvelle-Angleterre des sectes pro­tes­tantes anti-Lumières ; le contrôle de la Révolution [nord -] amé­ri­caine par la bour­geoi­sie colo­niale, par­ti­cu­liè­re­ment par sa frac­tion escla­va­giste ; l’alliance du peuple avec cette bour­geoi­sie, fondée sur l’expansion de la fron­tière, ce qui du coup a conduit au géno­cide des Indiens ; et la suc­ces­sion de vagues d’immigrants qui ont empê­ché la matu­ra­tion d’une conscience poli­tique socia­liste en la rem­pla­çant par le « com­mu­nau­ta­risme ». La suc­ces­sion des évé­ne­ments est for­te­ment mar­quée par la domi­na­tion per­ma­nente de la droite, ce qui a fait des États-Unis le pays « le plus sûr » pour le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme.

Aujourd’hui l’un des grands com­bats qui déci­de­ront du futur de l’humanité se joue autour de l’« amé­ri­ca­ni­sa­tion » de l’Europe. L’objectif est de détruire la culture euro­péenne et son héri­tage poli­tique et de les rem­pla­cer par la culture domi­nante des États-Unis. L’option ultra­réac­tion­naire c’est celle des forces poli­tiques domi­nantes en Europe aujourd’hui et elle se trouve par­fai­te­ment tra­duite dans le projet de consti­tu­tion euro­péenne. L’autre bataille c’est celle qui se joue entre le « Nord » du capi­tal domi­nant et le « Sud », les 85 % de l’humanité vic­times des pro­jets impé­ria­listes de la triade. Hardt et Negri igno­rentles enjeux de ces deux batailles déci­sives.

Les éloges infon­dés qu’ils réservent à la « démo­cra­tie » [nord -] amé­ri­caine s’opposent for­te­ment aux écrits et aux ana­lyses cri­tiques de la société nord-amé­ri­caine, reje­tés en bloc parce que leur « anti-amé­ri­ca­nisme » les dis­qua­li­fie (aux yeux de qui ? de l’establishment [nord -] amé­ri­cain?). Je ne cite­rai que l’ouvrage d’Anatol Lieven, « America Right or Wrong : An Anatomy of American Nationalism » (Oxford University Press, 2004), dont les conclu­sions coïn­cident lar­ge­ment avec les miennes malgré nos points de départ idéo­lo­gi­que­ment et scien­ti­fi­que­ment dif­fé­rents. Lieven lie la tra­di­tion démo­cra­tique [nord -] amé­ri­caine (dont per­sonne ne sau­rait nier la réa­lité) aux ori­gines obs­cu­ran­tistes du pays (et qui est per­pé­tuée et repro­duite par les vagues suc­ces­sives d’immigrants).

La société des États-Unis de ce point de vue res­semble beau­coup plus au Pakistan qu’à la Grande-Bretagne. De plus, la culture poli­tique des États-Unis est le résul­tat de la conquête de l’Ouest (ce qui a mené à consi­dé­rer tous les autres peuples comme des « peaux- rouges » qui n’ont le droit de vivre que dans la mesure où cela convient aux États-Unis). Le nou­veau projet impé­ria­liste de la classe au pou­voir aux États-Unis requiert un nouvel élan de natio­na­lisme agres­sif, lequel devient donc l’idéologie domi­nante et rap­pelle plus l’Europe de 1914 que l’Europe d’aujourd’hui. À tout point de vue, les États-Unis ne sont pas « en avance » sur la « vieille Europe », mais un siècle en retard. C’est pour­quoi le « modèle amé­ri­cain » est pré­féré par la droite et hélas par cer­tains sec­teurs de la gauche, dont Hardt et Negri, les­quels ont été gagnés au libé­ra­lisme d’aujourd’hui.

Au-delà des deux thèses d’Empire (« l’impérialisme est démodé ») et de Multitude (« l’individu est devenu le sujet de l’histoire »), le dis­cours de Hardt et Negri s’exprime sur le ton de la rési­gna­tion. Il n’y a pas d’alternative [« ‘There is no alter­na­tive »’] à la sou­mis­sion aux exi­gences de la phase actuelle du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste. On serait limité à ne pou­voir com­battre que ses regret­tables consé­quences en s’y inté­grant. C’est le dis­cours de notre période de défaite, un moment qui n’a pas encore été dépassé. C’est le dis­cours de la social-démo­cra­tie gagnée au libé­ra­lisme et des pro-Européens gagnés à l’atlantisme. La renais­sance d’une gauche digne de ce nom, capable d’inspirer et d’organiser des pro­grès au béné­fice des peuples, néces­site une rup­ture radi­cale avec les dis­cours de ce genre.

Samir Amin Global Research, mai 19, 2006

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Source : Monthly Review novembre 2005 (en anglais)

http://​www​.month​ly​re​view​.org/​1​1​0​5​a​m​i​n.htm tra­duc­tion de Numancia Martínez Poggi

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