Notes de lecture

Élisabeth Kaine, Jean Tanguay et Jacques Kurtness (dir.), Voix, visages, paysages. Les Premiers Peuples et le XXIe siècle, La Boîte Rouge VIF et PUL, 2016

Par Mis en ligne le 10 octobre 2019

Le magni­fique et com­bien impor­tant livre Voix, visages, pay­sages. Les Premiers Peuples et le XXIe siècle ouvre une fenêtre sur un monde qui nous est encore trop inconnu, celui des cultures autoch­tones dont nous par­ta­geons le ter­ri­toire que nos ancêtres ont usurpé. Les textes sont les paroles de membres des Premières Nations et des Inuits. D’une grande sobriété qui n’a d’égale que la pro­fon­deur, ils dressent un auto­por­trait cultu­rel de ces nations et le pay­sage des luttes à mener.

L’ouvrage regroupe les propos et les œuvres artis­tiques (photos, tableaux, œuvres d’artisanat) autour de cinq thèmes : 1. Notre passé encore pré­sent ; 2. Les alliances man­quées et leurs consé­quences ; 3. Nos com­bats ; 4. Reprendre la place qui nous revient ; 5. Nos aspi­ra­tions pour un futur basé sur la col­la­bo­ra­tion et la trans­mis­sion cultu­relle.

Ce livre est une réa­li­sa­tion de La Boîte Rouge VIF. Créée en 1991, la BRV est un orga­nisme cultu­rel autoch­tone à but non lucra­tif qui a pour mandat la pré­ser­va­tion, la trans­mis­sion et la valo­ri­sa­tion des patri­moines cultu­rels com­mu­nau­taires par une approche de concer­ta­tion et de cocréa­tion. Elle vient de publier aux Presses de l’Université Laval Le petit guide de la grande concer­ta­tion : créa­tion et trans­mis­sion par et avec les com­mu­nau­tés (2016) afin de pro­mou­voir ce mode d’action qui vise à redon­ner aux groupes autoch­tones et alloch­tones des pou­voirs pour qu’ils posent eux-mêmes les actions qui amé­liorent leur bie­nêtre. La Boîte Rouge VIF s’inspire des savoirs autoch­tones pour éla­bo­rer ses métho­do­lo­gies col­la­bo­ra­tives en créa­tion que ce soit par des expo­si­tions, des sites muséaux vir­tuels, des publi­ca­tions, des films, des sites Web. La concer­ta­tion consti­tue une action col­lec­tive entre tous les par­te­naires d’un projet où cher­cheur-e-s uni­ver­si­taires et por­teuses et pro­teurs des savoirs autoch­tones par­ti­cipent, en toute confiance à parts égales. Elle se retrouve à toutes les étapes d’un projet, de la concep­tion à sa réa­li­sa­tion, et va au-delà du par­tage de l’information et des tâches.

Le projet de pro­duire le livre Voix, visages, pay­sages. Les Premiers Peuples et le XXIe siècle est né de cette grande concer­ta­tion qui a eu lieu entre 2011 et 2013 par des ren­contres d’une semaine dans dix-huit com­mu­nau­tés des onze nations au Québec. La pre­mière étape de concer­ta­tion consis­tait en un vaste tra­vail de thé­ma­ti­sa­tion fon­dant les grands axes de l’exposition per­ma­nente du Musée de la civi­li­sa­tion de Québec, C’est notre his­toire : les Premières Nations et les Inuit au 21e siècle (en cours depuis 2013).

L’exposition ne repré­sente qu’une partie de cette impres­sion­nante banque d’informations col­li­gées et sélec­tion­nées : 250 heures de vidéos, 5000 pages de don­nées écrites, des mil­liers de pho­to­gra­phies. Somme toute, un moment micro­his­to­rique bien cadré sur trois ans qui peut faire envie à tout his­to­rien, à tout cher­cheur. Donc Voix, visages, pay­sages. Les Premiers Peuples et le XXIe siècle vient non seule­ment com­bler des manques de l’exposition, mais sur­tout il libère l’individualité des paroles, la sin­gu­la­rité des visages et l’étendue cultu­relle et spi­ri­tuelle de ce concept qu’est le pay­sage. Le film Indian Time (2016) réa­lisé par Carl Morasse et pro­duit par La Boîte Rouge VIF est monté à partir de ces 250 heures de vidéo et s’avère en quelque sorte une ver­sion autre, sonore et visuelle, de cette grande réa­li­sa­tion col­lec­tive.

Pour l’équipe de La Boîte Rouge VIF, toutes ces acti­vi­tés se vivent comme un labo­ra­toire de savoirs par­ta­gés où les par­te­naires, créa­trices et créa­teurs autoch­tones sont les auteurs de cette base de recherches. Pour un non-Autochtone, ce type de tra­vail prend for­te­ment l’allure d’une autoeth­no­gra­phie, c’est-à-dire d’un regard dis­tan­cié sur sa propre culture qui lui permet d’être plus atten­tif et ouvert à celle des autres et aussi de pro­cé­der à un inquié­tant et cri­tique retour sur soi et son eth­no­cen­trisme. Pour plus d’informations sur l’ouvrage et sur La Boîte Rouge VIF, voir le site : http://​www​.uqac​.ca/​d​e​sign/#.

par Suzanne-G. Chartrand


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