Élections fédérales : la droite et l’ultra droite

Pamela Palmater, extraits d'un texte paru dans The Breach, 23 août 2021. Pamela Palmater est une chercheure et militante  Mi’kmaw, professeure à l'Université Ryerson.

La décision de la Commission du débat des chefs est prise . Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada (PPC), ne participera pas aux débats des élections fédérales des 8 et 9 septembre 2021. En réalité la plupart des arguments de Bernier seront probablement défendus par la chef conservateur Erin O’Toole.

Aux dernières élections fédérales de 2019, Bernier a obtenu 2% du vote populaire et n’a remporté aucun siège. Selon les derniers sondages, le PPC n’a pas réussi à gagner du terrain et reste à 2% du soutien national.  Alors que Bernier blâme ce qu’il appelle le « cartel de l’establishment politique », la réalité est que le Canada a déjà un parti conservateur avec une plate-forme presque identique.

Les deux parties ciblent Radio-Canada pour des compressions budgétaires importantes et une restructuration majeure. Alors que le PPC lance un appel direct pour réduire le nombre d’immigrants entrant au Canada et augmenter le financement du SCRS et de la GRC pour effectuer des vérifications des antécédents, les conservateurs veulent éliminer les « fausses demandes d’asile », renforcer l’application des lois aux frontières pour empêcher « les passages illégaux, ” et augmenter les conditions sur les visiteurs. La plate-forme PPC considère toutes les restrictions gouvernementales au discours de haine comme une attaque contre la liberté d’expression, et affirme que les limitations légales à la liberté d’expression ne sont justifiées que s’il existe une incitation réelle à la violence. La plateforme conservatrice fait écho à cette rhétorique.

Bref, les objectifs du PC et du PPC sont fondamentalement les mêmes.

Leurs plates-formes s’appuient sur d’autres domaines tels que le soutien aux anciens combattants, la réduction des « renflouements » et des subventions des entreprises, l’abrogation ou la modification de la législation sur les armes à feu et, bien sûr, la construction de pipelines pour augmenter les exportations de pétrole et de gaz. Le PPC se retirerait complètement de l’Accord de Paris et les conservateurs promettent de lutter contre le changement climatique, mais pas « sur le dos des travailleurs canadiens ou en nuisant à l’économie ».

Les conservateurs ne laisseront pas les projets « critiques » de combustibles fossiles être retardés par le changement climatique ou les Premières Nations, un autre domaine où le PPC et les conservateurs chantent à l’unisson.

Le PPC promet de rationaliser les approbations pour les pipelines et d’attaquer tout récit anti-pipeline en tant que « propagande ». Les conservateurs sont d’accord et soutiennent le pipeline Trans Mountain, les canalisations 3 et 5 et voudraient créer une stratégie d’exportation de GNL, tout en promulguant une loi pour réprimer les protestations environnementales. O’Toole prévoit de faire tout cela en se concentrant sur l’engagement politique avec les entreprises et les organisations « dirigées par des Autochtones » actuellement engagées dans l’industrie extractive, plutôt que de travailler avec les gouvernements des Premières Nations, qui sont les véritables détenteurs de droits. Les deux partis veulent des « consultations » avec des peuples autochtones plutôt que sur l’obtention de leur consentement libre, préalable et éclairé sur l’utilisation de leurs terres.

Bien que la plate-forme conservatrice soit plus détaillée que le PPC, les mêmes thèmes émergent à travers les problèmes fondamentaux – la seule différence est sa mise en œuvre. Bernier s’est fait arrêter par la GRC au Manitoba pour avoir enfreint les ordonnances de santé publique lors d’un rassemblement contre les restrictions de covid-19. Alors qu’O’Toole a été vu à plusieurs reprises en public sans masque ni distanciation sociale, notamment lors d’un événement en direct où il s’est assis aux côtés du premier ministre de l’Alberta Jason Kenney (qui n’était pas non plus masqué). Bernier et O’Toole ont tous deux été interpellés pour avoir fait des commentaires racistes et incendiaires sur les personnes racialisées.

Après tout, il ne faut pas oublier que Bernier était issu du Parti conservateur et qu’il a passé proche d’en devenir le chef. Bernier peut être facile à rejeter en raison de ses bouffonneries politiques qui ne correspondent pas aux valeurs de la plupart des Canadiens. Cependant, les valeurs qui sous-tendent le PPC ne sont pas si différentes des valeurs défendues par les conservateurs—O’Toole est juste moins direct quant à ses véritables intentions.