Retraites

Élargir la lutte pour la protection de nos retraites

Par Mis en ligne le 04 septembre 2014

La lutte contre les objec­tifs du projet de loi 3 sur les fonds de retraite des employéEs du sec­teur muni­ci­pal s’amplifie. Avec raison ! Car ce sont tous les régimes de retraite com­plé­men­taires qui pour­ront souf­frir de l’adoption de cette loi telle qu’elle est libel­lée en ce moment. L’attitude fermée même bra­quée du gou­ver­ne­ment ne laisse rien pré­sa­ger de bon.

Pourquoi ?

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Si on se concentre sur le dérou­le­ment de l’actuelle entre­prise libé­rale, les vraies rai­sons, jamais expli­ci­tées, com­mencent à deve­nir un peu plus claires. Tout le dis­cours pour défendre ce projet de loi a noyé le pois­son et semé la confu­sion. Bien sur, cer­tains aspects, gros comme des poteaux de télé­phone, ne sont pas passés inaper­çus et ont sou­levé la contes­ta­tion. Des réamé­na­ge­ments des struc­tures des fonds et des cou­pures dans leurs pré­vi­sions qui iraient jusqu’à tou­cher les actuelLEs retraitéEs ne passent pas la rampe. Encore une fois, avec raison ! Le gou­ver­ne­ment s’entête à sou­te­nir qu’il veut ainsi pro­té­ger la capa­cité de payer des contri­buables. M. Couillard a même osé décla­rer lundi der­nier, le 11 août, qu’il ne se trou­vait aux tables de négo­cia­tion habi­tuelles que les syn­di­cats et les dirigeantEs muni­ci­paux-ales, que les contri­buables n’y étaient pas représentéEs. Depuis quand, dans notre société encore un tant soit peu démo­cra­tique, les édiles muni­ci­paux, dûment éluEs ne sont-ils pas les représentantEs des contri­buables-élec­teurs-rices ? Comme inep­tie on aura rare­ment vu mieux ! Donc, que vise vrai­ment le gou­ver­ne­ment ?

C’est main­te­nant bien connu, il y a de la bonne volonté du côté syn­di­cal pour amé­lio­rer le rap­port des par­ties payantes en regard des fonds de pen­sion. À Montréal d’ailleurs, les employéEs cols bleus et les pom­piers ont signé une entente sérieuse sur ce point lors de leurs der­nières négo­cia­tions. Et ils ne sont pas les seulEs. Il est de noto­riété publique éga­le­ment que tous ces fonds ne sont pas en dif­fi­culté, loin s’en faut. Seule une mino­rité est dans une situa­tion finan­cière pré­caire. L’ancien gou­ver­ne­ment péquiste avait d’ailleurs déposé un projet de loi qui ne visait que cette mino­rité dans le but de la rendre sol­vable.

Que cherche donc l’actuel gou­ver­ne­ment avec le projet de loi 3, puisque ses argu­ments ne tiennent déci­dé­ment pas la route ? Créer une crise dans la foulée de ce que son pré­dé­ces­seur a fait face aux étudiantEs ? Quel inté­rêt trouve-t-il à suivre les demandes des maires de Québec, de Montréal et d’autres villes ? Une réponse inté­res­sante a été avan­cée par Mme Danielle Pilette de l’UQAM sur les ondes de RDI un peu plus tôt cette semaine. Selon elle, cela a à voir avec les demandes de ces muni­ci­pa­li­tés pour une aug­men­ta­tion de leur auto­no­mie et de leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Il semble bien que ce ne soit pas le cas de toutes les membres de L’union des muni­ci­pa­li­tés du Québec. La réponse aurait été posi­tive de la part de l’actuel gou­ver­ne­ment ou du pré­cé­dent, (cela est à voir), mais qu’il fau­drait que cela se fasse à coût nul. Donc il faut trou­ver les sous quelque part. La par­ti­ci­pa­tion muni­ci­pale aux fonds de pen­sion de leurs employéEs est deve­nue une cible de choix. Les sommes sont consé­quentes. Dans ce contexte, les contri­buables ont le dos large et vive la trans­pa­rence !

NOUS AVONS TOUT À FAIT RAISON DE NOUS OBJECTER À FAIRE LES FRAIS D’UNE POLITIQUE NON DÉCLARÉE !

Une attaque de plus

Mais il ne faut pas se trom­per. Cette attaque n’en est qu’une parmi d’autres. Le mou­ve­ment est déjà en marche et il n’a pas fini d’avancer. Les négo­cia­tions du sec­teur public sont à l’ordre du jour pour la pro­chaine année et le sec­teur privé n’est pas en reste. En ce moment, les tra­vailleurs-euses d’Arcelor Mital à Sorel-Tracy ont vécu un lock-out pré­ci­sé­ment sur cet enjeu.

Les règles néo­li­bé­rales com­portent la sur­ex­ploi­ta­tion de la main-d’œuvre. Les attaques contre tout ce qui avait été acquis au temps du key­sia­nisme comme béné­fices mar­gi­naux ont com­mencé au cours des années soixante-dix et n’ont fait que s’amplifier depuis. La syn­di­ca­li­sa­tion l’a aussi été et les idées indi­vi­dua­listes ont été culti­vées pour arri­ver à détruire la soli­da­rité des tra­vailleurs et tra­vailleuses, che­ville ouvrière des condi­tions de tra­vail anté­rieures, [parmi les­quelles] la pro­tec­tion des reve­nus de retraite. Car les régimes de retraite sont une conquête syn­di­cale. Aucun gou­ver­ne­ment au pays ne s’est jamais pré­oc­cupé de cet aspect de la vie des tra­vailleurs-euses. Le gou­ver­ne­ment fédé­ral, sous la pres­sion de l’ancêtre du NPD, le CCF, a intro­duit la pen­sion de la Sécurité de la vieillesse et, beau­coup plus tard, sous la pres­sion des popu­la­tions et cer­tains partis poli­tiques, le Régime de pen­sions du Canada – RRQ au Québec. En 2012, le gou­ver­ne­ment conser­va­teur a refusé d’y appor­ter des amé­lio­ra­tions. L’effet com­biné de ces deux régimes ne donne pas des reve­nus décents pour vivre dans nos socié­tés.

Au Québec, comme ailleurs au Canada, c’est dans les entre­prises syn­di­quées et le sec­teur public qu’ils sont prin­ci­pa­le­ment pré­sents. Ils sont donc le fruit des négo­cia­tions locales entre les syndiquéEs et les par­ties patro­nales qui y trou­vaient leur compte d’ailleurs. C’est le virage vers l’augmentation de la dis­tri­bu­tion des plus-values vers les action­naires aux dépens des tra­vailleurs-euses, qui induit ces ten­ta­tives de cap­ta­tion d’un béné­fice acquis. Dans la situa­tion qui est devant nous en ce moment, le gou­ver­ne­ment se com­porte comme un conseil d’administration tout-puis­sant qui change uni­la­té­ra­le­ment les règles du jeu en cours de partie alors qu’il n’y était pas pré­sent jusqu’à main­te­nant sauf dans le sec­teur public. C’est une pra­tique connue dans le sec­teur privé. Rappelons-nous le cas des tra­vailleurs-euses et retraitéEs de la com­pa­gnie de papier de Québec il y a deux ou trois ans : c’est exac­te­ment ce qui leur est arrivé. On pour­rait faire une longue liste de situa­tions sem­blables.

Il est par­ti­cu­liè­re­ment odieux que le gou­ver­ne­ment vienne reje­ter les résul­tats de négo­cia­tions menées de bonne foi signées par les deux par­ties en cause. Encore une fois, tra­vailler à rec­ti­fier les mau­vaises condi­tions de cer­tains fonds est une chose ; vou­loir mettre la main sur les reve­nus accu­mu­lés par les syndiquéEs pour leur retraite en est une autre. Les pro­tes­ta­taires, quelle que soit leur caté­go­rie, ont raison de dire qu’il s’agit de vol. On ne peut qu’espérer que la résis­tance don­nera des résul­tats.

Élargir la lutte

Mais il faut que cette bataille soit le déclen­cheur d’une lutte plus large pour des reve­nus de retraite décents pour tous ceux et toutes celles qui tra­vaillent. Il est inté­res­sant d’entendre le secré­taire géné­ral de la FTQ, cette semaine sur les ondes d’Ici Radio-Canada, signa­ler que le scan­dale est du côté de la masse des tra­vailleurs-euses qui sont sans régimes com­plé­men­taires et non du côté de ceux et celles qui béné­fi­cient des régimes exis­tants.

Intéressant éga­le­ment de voir des asso­cia­tions diverses de retraitéEs et de per­sonnes âgées comme la FADOQ sup­por­ter les reven­di­ca­tions des pro­tes­ta­taires. Il faut abso­lu­ment que se déve­loppe un large front de lutte sur cet enjeu. Les lois cana­diennes et qué­bé­coises ne donnent aucun droit à des reve­nus décents pour la retraite. Les pro­grammes en place, tels qu’ils sont, ne per­mettent à per­sonne de vivre décem­ment. Les « véhi­cules » inven­tés par le fédé­ral pour soi-disant inci­ter les indi­vi­dus à épar­gner ne font que faire faire des béné­fices aux banques et autres ins­ti­tu­tions finan­cières. Si les reve­nus des per­sonnes âgées se sont amé­lio­rés au fil des années, il y a encore trop de gens qui sur­vivent tout juste avec de très petits reve­nus. L’augmentation du chô­mage et les baisses de salaires qui pré­valent depuis bon nombre d’années ne font rien pour amé­lio­rer les choses dans l’avenir. Une grande partie de ces per­sonnes sont des femmes.

Il y a quelques années, dans la foulée de la révi­sion du Régime de pen­sions du Canada et de la RRQ, une coa­li­tion des femmes syn­di­quées et du mou­ve­ment fémi­niste deman­dait des amé­lio­ra­tions majeures à ces régimes pour que les par­ti­cu­la­ri­tés des femmes soient prises en compte. Elles sont celles qui béné­fi­cient le moins des régimes à pres­ta­tions déter­mi­nées (ceux qui sont dans la mire actuel­le­ment) et même de la RRQ. Elles ont des par­cours de tra­vail moins longs, avec plus de manques, que ce soit à cause du chô­mage ou des charges fami­liales, et elles leurs reve­nus sont moins élevés en moyenne que ceux des hommes. Leurs rentes sont donc consé­quentes : moins impor­tantes.

Il est urgent, avec le creu­se­ment des règles néo­li­bé­rales, qu’une coa­li­tion des orga­ni­sa­tions de retraitéEs, de per­sonnes âgées et de tra­vailleurs-euses s’empare de cet enjeu, déter­mine des objec­tifs décents à atteindre et mobi­lise la popu­la­tion pour cette lutte abso­lu­ment néces­saire. Le devoir d’équité entre les géné­ra­tions passe par là éga­le­ment.

Bien des modèles de consti­tu­tion de fonds pour la retraite existent. Nos orien­ta­tions devraient aller vers les plus uni­ver­sels qui don­ne­ront des reve­nus rai­son­nables pour la der­nière partie de la vie et sor­ti­ront de sa fâcheuse posi­tion la masse qui végète actuel­le­ment dans la pau­vreté.

Presse-toi à gauche, 26 août 2014

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