Ecologie : les deux lignes

Par Mis en ligne le 06 mars 2012

L’augmentation du prix du pétrole a sus­cité récem­ment des réac­tions pit­to­resques. Pour les uns, comme le can­di­dat François Hollande, il fau­drait blo­quer le prix de l’essence. Pour d’autres, qui se sont répan­dus dans dif­fé­rentes gazettes, il fau­drait toutes affaires ces­santes lancer l’exploitation des gaz de schiste.

Ces réponses presque ins­tinc­tives sont para­doxa­le­ment bien­ve­nues, parce qu’elles révèlent les deux lignes d’analyse de la situa­tion éco­lo­gique mon­diale. Et si – du moins est-ce l’avis du chro­ni­queur – la crise éco­lo­gique est le pro­blème poli­tique essen­tiel de ce début de siècle, ces deux lignes consti­tuent les pôles oppo­sés d’interprétation de ce qui se joue aujourd’hui.

Pour la pre­mière, qui struc­ture l’idéologie domi­nante, la ques­tion envi­ron­ne­men­tale est acces­soire. L’essentiel est d’assurer la crois­sance du niveau de consom­ma­tion maté­rielle, ce niveau étant assi­milé au bien-être.

Comme l’énergie est l’aliment indis­pen­sable de la machine pro­duc­tive assu­rant cette consom­ma­tion, il faut abso­lu­ment qu’elle soit tou­jours plus abon­dante. Et puisque la dis­po­ni­bi­lité tend à se réduire rela­ti­ve­ment à l’augmentation pla­né­taire de la consom­ma­tion, tirée par les pays qui aspirent à rejoindre le niveau des pays occi­den­taux, il faut sti­mu­ler toutes les res­sources pos­sibles : pétrole arc­tique, sables bitu­mi­neux, hydro­car­bures sous-marins, gaz de schiste. Oublié, l’impact sur le pay­sage et la bio­di­ver­sité, mino­rée, la consom­ma­tion d’eau et de pro­duits chi­miques, repous­sée, la pers­pec­tive de marée noire ou de conta­mi­na­tion et dénié, écarté, refoulé, enfoui dans le recoin le plus obscur de l’inconscient, l’effet sur le chan­ge­ment climatique.

De l’autre côté, la ligne éco­lo­giste. Ses tenants sont mino­ri­taires et volon­tiers qua­li­fiés par les thu­ri­fé­raires de l’ordre établi de « mal­fai­sants », « dingos », « mili­tants », « khmers verts », « pétai­nistes », « enne­mis du pro­grès », j’en passe. Ils disent que c’est du côté du mode de vie que l’essentiel se joue, et qu’il faut d’abord réduire la consom­ma­tion d’énergie pour aller vers une société convi­viale et éviter les périls qui s’annoncent. En ce qui concerne l’Europe, ils affirment même que ce conti­nent rela­ti­ve­ment démuni joue son avenir s’il par­vient à éla­bo­rer un modèle de pros­pé­rité sobre, un modèle que la crise éco­lo­gique rendra bien­tôt enviable, et imitable.

Deux lignes, deux pôles, et entre les deux, oscil­lant, le marais du « déve­lop­pe­ment durable ». Choisissez.

Hervé Kempf


* Article paru dans le Monde, édi­tion du 04.03.12. |chro­nique | | 03.03.12 | 13h31.

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