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Du sida au Covid-19 : les leçons des « Robin des bois » sud-africains

L’AFRIQUE DU SUD AFFRONTE BIG PHARMA REPORTAGE

À force de guérillas juridiques et d’importations clandestines de médicaments, des activistes sud-africains ont fait plier, lors de l’épidémie de sida, l’industrie pharmaceutique. Dans ce pays fer de lance des luttes contre Big Pharma, les mêmes méthodes, parfois les mêmes militants, sont de nouveau mobilisés face au Covid. Portraits de combattants.

Le Cap (Afrique du Sud).– Près de deux décennies après leur victoire dans l’obtention de traitements contre le VIH, ce sont les mêmes qui se démènent, face au Covid-19, pour un accès équitable aux produits de santé. Ces Sud-Africain·es ont fait leurs armes il y a une vingtaine d’années, les ont depuis affutées, savent quelle clef utiliser pour faire vaciller les labos, comment s’allier à l’État (quand il s’élève aussi contre Big Pharma), comment l’attaquer (quand il ne place pas la santé comme priorité). Nulle part ailleurs dans le monde, le parallèle entre les deux pandémies ne fait autant sens ; aucun pays ne dispose d’une telle armada de militant·es. Rencontre avec six activistes qui ont tiré une conviction de leurs combats passés : à long terme, la levée des brevets est la seule solution.

  • Fatima Hassan, l’avocate 

C’est l’activiste la plus incisive du moment en Afrique du Sud. Avocate de formation comme Nelson Mandela, elle vit sur la baie de la Table, au Cap, face à l’île de Robben où le leader du mouvement anti-apartheid a été enfermé des années. Elle qui avait appris à utiliser le droit lors de l’épidémie de sida (stade ultime de l’infection par le VIH) a créé la Health Justice Initiative en juillet 2020 pour combattre le Covid-19.

De l’épidémie de sida, elle a tiré trois leçons. La première : « Ne jamais faire confiance à la charité. Les dons ne permettent pas d’être autonomes sur le long terme pour soigner, il faut lutter pour ouvrir la concurrence et obtenir des produits de santé pour moins cher. » La deuxième : « Faire doublement pression sur l’industrie pharmaceutique et l’État. » La troisième : « L’équité commence par la transparence. »

Une casquette de baseball sur la tête et le regard déterminé, elle s’apprête à lancer une charge contre son plus vieil ennemi, Pfizer. Le tarif exorbitant des médicaments destinés à soigner les malades du sida fixé par le laboratoire américain, décidément sur tous les fronts, a constitué un sérieux obstacle à leur accès. Remonter le fil de l’histoire du sida en Afrique du Sud montre à quel point la firme profite de sa position dominante en toutes circonstances, au détriment de celles et ceux qui en ont besoin.

Le prix auquel l’Afrique du Sud lui a acheté ses vaccins contre le Covid-19 n’est pas public. Cela fait enrager Fatima Hassan. Alors le 22 février, elle a intenté une action en justice dans le but de contraindre le gouvernement à dévoiler entièrement les contrats passés avec les fabricants et distributeurs de vaccins contre le Covid-19 – sachant qu’en Europe, la pression a seulement permis d’avoir accès à des bribes d’accords.

« L’Afrique du Sud a contribué à la mise au point du vaccin de Pfizer en participant aux essais cliniques, sans rien en retour », regrette Fatima Hassan. Dans le monde entier, les laboratoires ont obtenu qu’en cas de survenue d’effets indésirables, ce soit les États qui indemnisent les victimes. Dans les pays les moins riches, Pfizer va même plus loin : il réclame des garanties de paiement. Pour assurer ses arrières, il a carrément exigé que le gouvernement sud-africain présente des actifs de fonds souverains. Une requête jugée « déraisonnable » par le ministre sud-africain de la santé lui-même.

https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2022/03/21/20220321-img-du-sida-au-covid-19-les-lecons-des-robins-des-bois-sud-africains-1.jpgLynette Mabote. © Photo Rozenn Le Saint pour Mediapart

  • Lynette Mabote, l’experte en droit des brevets

Atteinte d’une maladie pulmonaire auto-immune, Lynette Mabote fait tout pour se protéger d’une infection au Sars-CoV-2. Parfois, d’un coup, elle sort ce qu’on appelle communément une Ventoline. La sienne n’est pas celle « de marque », commercialisée par GSK, mais celle vendue à moindre coût par Cipla, le labo indien, « pro » des génériques. Quand sa respiration s’obstrue, elle a aussitôt besoin de sa béquille respiratoire, « comme nous avions immédiatement besoin de vaccins Covid-19 »« C’est pour cela que le gouvernement a accepté toutes les conditions de Pfizer », regrette-t-elle.

Aujourd’hui, les brevets sur les vaccins Covid-19 empêchent toujours l’arrivée de la concurrence à bas coût. L’Afrique du Sud en requiert la levée depuis octobre 2020.  « Cela faisait sens politiquement que le pays soit le premier à le demander », rappelle ainsi Lynette Mabote, experte en droit de la propriété intellectuelle et membre du Southern African Programme on Access to Medicines and Diagnostics (Sapam). Issue de la nouvelle génération de militant·es, Lynette Mabote dit s’inspirer de Fatima Hassan. « Nous avons été le pays qui a le plus souffert de l’accès tardif aux traitements contre le VIH, nous avons essayé plusieurs solutions et la meilleure est de lever toutes les barrières à une production davantage massive. »

  • Mpumi Mantangana, l’infirmière

Pour la rencontrer, il faut se rendre dans le bidonville de Khayelitsha, en bordure de la métropole du Cap, un haut lieu de lutte pour l’accès aux produits de santé. Mpumi Mantangana y est infirmière pour MSF depuis 19 ans. « J’ai vécu deux pandémies, compare-t-elle. Le Covid-19 est celle qui a frappé le plus fort. Au début, les gens pensaient que le coronavirus allait infecter seulement les Blancs qui voyagent, de la même façon que le sida a d’abord été perçu comme une maladie de riches blancs. »

https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2022/03/21/20220321-img-du-sida-au-covid-19-les-lecons-des-robins-des-bois-sud-africains-2.jpgMpumi Mantangana. © Photo Rozenn Le Saint pour Mediapart

En réalité, après les cas de voyageurs détectés positifs au Sars-CoV-2 qui avaient les moyens de s’isoler dans leurs résidences cossues du Cap, le virus a touché les zones pauvres surpeuplées, Khayelitsha en premier. Les petites cabanes ont beau s’étendre sur près de 40 kilomètres carrés, la densité de population (environ 500 000 personnes) y est dix fois plus importante que dans la capitale. Les familles s’entassent dans ces abris de tôles tant bien que mal, pas loin de s’envoler dès que souffle le vent dominant du sud-est. Cet amoncellement est le résultat d’un déménagement organisé par le régime de l’apartheid, dans les années 1980, pour regrouper les populations noires les plus pauvres de l’agglomération.

Les statistiques officielles recensent près de 100 000 morts en Afrique du Sud depuis le début de la pandémie pour une population d’environ 60 millions de personnes. « Les gens sont tombés comme des mouches, les médecins et les infirmières d’abord lors de la première vague, note Mpumi Mantangana. Puis cela a continué alors que des vaccins sont devenus accessibles en masse dans les pays riches. C’est très frustrant. » Un euphémisme.

Elle utilise le même mot pour décrire la douleur qu’elle a ressentie 20 ans plus tôt exactement : « Mon frère est mort du sida alors que des traitements auraient pu le soigner. C’était trop frustrant. Un mois après son décès, mon autre frère a été diagnostiqué séropositif. J’avais besoin d’une revanche, nous devions nous “empouvoirer” », confie celle qui s’est engagée juste après pour MSF, en 2003, quelques mois après un moment historique : la visite de Nelson Mandela à Khayelitsha.

Mpumi Mantangana pose d’ailleurs devant les clichés qui ont immortalisé l’instant, et qui ornent encore les bureaux de MSF dans le township. Une de ces photos raconte, à elle seule, l’aboutissement du combat des « Robin des bois du sida », dans leur forêt de Sherwood à eux, le deuxième plus grand bidonville du pays. Mediapart les a tous retrouvés.

https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2022/03/21/20220321-img-du-sida-au-covid-19-les-lecons-des-robins-des-bois-sud-africains-3.jpgVisite de Nelson Mandela dans le bidonville de Khayelitsha, près du Cap, en Afrique du Sud, le 12 décembre 2002. © Photo Eric Miller

  • Fareed Abdullah, le médecin

Le premier est le seul homme en cravate de la photo. Il a été un précieux soutien politique local quand il était directeur général adjoint et chef du programme VIH de la province du Cap-Occidental. Fareed Abdullah, qui porte à présent l’uniforme bleu de l’hôpital Steve-Biko de Pretoria, a passé les deux dernières années au chevet de patient·es du service Covid-19. « Sans le combat que nous avons mené pour que les Sud-Africains aient accès aux traitements VIH, les dégâts humains de la pandémie de Covid-19 auraient été bien pires », assure le docteur.

Près des trois quarts des Sud-Africains infectés par le VIH sont aujourd’hui sous traitement. A priori, s’ils sont bien suivis, ils ne sont pas immunodéprimés, ce qui les aurait rendus particulièrement vulnérables face au Covid-19.

  • Zackie Achmat, gréviste des traitements, et Éric Goemaere, l’importateur clandestin

Tout à gauche sur le cliché apparaît un deuxième personnage. Et quel personnage ! Zackie Achmat, malade du sida depuis 1998, a refusé de prendre des médicaments jusqu’à ce que l’ensemble des Sud-Africains y aient accès. Le militant le plus marquant dans l’histoire du pays depuis Nelson Mandela n’a pas cédé avant. Pas même quand l’ancien président de la République lui a demandé de se soigner.

En revanche, Zackie Achmat, leader de Treatment Action Campaign (TAC), a acquis Nelson Mandela à sa cause ; et son association fondée en 1998 a offert au leader anti-apartheid le tee-shirt « HIV positive », le même que le sien. Le but ? Tenter de lever le stigmate qui pesait sur les personnes infectées par le VIH. C’est l’école Act Up et ses méthodes chocs. Ce jour de 2002, « Madiba » n’a pas hésité à se mettre en tricot de corps pour troquer l’une de ses fameuses chemises imprimées batik contre le tee-shirt emblématique. « C’était un moment d’immense joie, dit encore Zackie Achmat en souriant. Il est devenu un ambassadeur de notre cause à l’échelle du monde, cela allait changer la donne, j’allais enfin pouvoir prendre des médicaments car les autres allaient y avoir accès aussi. »

À côté de lui, sur la photo, un autre homme en tee-shirt floqué d’un texte revendicatif : « Des médicaments contre le VIH-sida abordables pour tou·tes »« Le message venait de Nelson Mandela, autrement dit Dieu, ici ; nous devenions intouchables pour mener notre campagne d’accès aux traitements contre le VIH, se souvient Éric Goemaere, de Médecins sans frontières. Les intimidations politiques ont cessé immédiatement. » À Khayelitsha (« nouvelle maison » en langue xhosa, celle de Nelson Mandela), MSF a pris ses quartiers près de l’hôpital, l’unique infrastructure du township, éloigné de tout.

https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2022/03/21/20220321-img-du-sida-au-covid-19-les-lecons-des-robins-des-bois-sud-africains-4.jpgZackie Achmat. © Photo Rozenn Le Saint pour Mediapart

Mais le combat jusqu’au graal des traitements aura été long, même après la victoire de Nelson Mandela aux premières élections multiraciales de 1994. En 1997, il assouplit la loi sur le médicament pour faciliter l’accès aux génériques, les copies de traitements brevetés à bas coût. L’ancien étudiant en droit est le premier au monde à s’attaquer aussi frontalement au droit de la propriété intellectuelle et donc à Big Pharma.

39 géants pharmaceutiques estimant que cette loi va à l’encontre des accords de l’OMC signés par l’Afrique du Sud, ils attaquent le Prix Nobel de la paix (1993). Mais les retombées médiatiques du « procès de Pretoria » sont désastreuses : les multinationales se résolvent à abandonner leur plainte. La loi entre en application en 2003.

Entre-temps, la situation se complique à partir de 1999 quand Thabo Mbeki, un autre membre de l’African National Congress (ANC), devient président de la République. À l’époque, l’État n’a clairement pas les moyens de se procurer des médicaments pour lutter contre le VIH. Alors le nouvel exécutif s’enfonce dans le déni. Pour guérir du sida, la ministre de la santé met en avant sa trithérapie à elle : manger des betteraves, de l’huile d’olive et des épinards.

Entre l’absence de prévention et de traitement, l’épidémie file. C’est l’hécatombe. La résistance s’organise dans le sud du pays. « En plus de l’industrie pharmaceutique, il a fallu combattre l’État, un ennemi encore plus redoutable », se souvient Zackie Achmat, qui nous donne rendez-vous dans le quartier estudiantin de Mowbray, au Cap.

Zackie Achmat et son équipe s’activent doublement. D’abord, TAC remporte plusieurs actions en justice contre le gouvernement pour forcer, petit à petit, l’accès aux traitements contre le VIH. Ensuite, il demande au laboratoire américain Pfizer de baisser le prix d’un produit phare pour lutter contre le VIH qu’il commercialise, un anti-infectieux, le fluconazole. La firme le vend au même tarif à tous les pays. Depuis, elle a revu sa stratégie et propose aux plus pauvres des vaccins contre le Covid-19 à un tarif inférieur mais toujours bien au-dessus du coût de fabrication et, surtout, ils sont livrés bien après les nations qui paient le prix fort.

À l’époque, Pfizer finit par proposer d’offrir des doses à l’Afrique du Sud, mais verrouille son usage à un cadre extrêmement restrictif. Les militant·es comprennent qu’il faut parvenir à une solution de long terme. Il faut casser les prix du marché en faisant entrer la concurrence. MSF s’implique alors dans l’une des plus sensibles missions qu’elle ait eu à mener dans l’histoire : importer illégalement des copies de médicaments pour les distribuer en sous-main aux malades sud-africains.

Contrebande

Éric Goemaere épaule un commando de TAC qui se rend dans un pays autorisé, lui, à produire des copies à moindre coût de fluconazole : en Thaïlande, le médicament de Pfizer n’y est pas breveté. C’est leur toute première opération de transgression de la loi dictée par Big Pharma. « Nous ne faisions pas les fiers à l’aéroport de peur d’être arrêtés pour contrebande par les autorités thaïlandaises avec nos 3 000 boîtes de médicaments… Mais c’est passé ! », retrace Zackie Achmat.

Les frondeurs ont le culot d’organiser une conférence de presse au Cap pour montrer ce à quoi ils sont réduits pour tenter de soigner les malades du sida. Les activistes sont arrêtés pour importation de médicaments non autorisés puis vite relâchés, mais les traitements sont saisis. Or il y a urgence. « Au tout début des années 2000, les gens nous amenaient leurs proches dans des brouettes. Tous les jours des malades du sida mouraient dans notre salle d’attente, c’était une véritable apocalypse », témoigne Éric Goemaere, médecin belge envoyé par MSF en 1999 en Afrique du Sud initialement pour six mois. Il n’a plus jamais quitté Khayelitsha.

« En 1999, pour un malade du sida, il fallait débourser plus de 10 000 dollars par an en traitements dans le privé, contre 70 dollars à présent », compte-t-il. La facture s’alourdit à l’époque avec l’arrivée de tout nouveaux médicaments, les antirétroviraux. Cela ouvre le chapitre d’une nouvelle opération d’importation clandestine, depuis le Brésil cette fois. Le pays latino-américain a obtenu le droit de produire des génériques, mais uniquement pour un usage domestique. Il a fallu ruser en toute discrétion. MSF s’arrange pour s’en procurer moyennant un financement de la recherche du laboratoire pharmaceutique public Farmanguinhos de Rio de Janeiro.

« Nous avons agi en catimini pour nous assurer d’administrer des antirétroviraux à une population en nombre suffisant dans le but de prouver leur efficacité, relate Éric Goemaere. Les résultats de notre expérimentation clandestine sur une centaine de patients avec six mois de recul étaient très bons avec un taux de survie de 80 % pour des patients voués à la mort sans traitement. »

Cela ne suffit pas à convaincre le président Thabo Mbeki, économiste de formation. En parallèle, l’arrivée sur le marché international d’un concurrent de taille, le leader mondial des génériques Cipla, a permis de faire chuter le prix des antirétroviraux et notamment de la trithérapie. La firme sud-africaine Aspen créée en 1997 se met aussi à produire des antirétroviraux sous licence des multinationales. Même à des tarifs moindres, les géants pharmaceutiques, guidés par la logique financière, ne délaissent pas l’Afrique du Sud, un marché considéré comme porteur compte tenu du nombre de personnes infectées par le VIH : 5 millions en 2002, 8 millions en 2022… Soit près de 20 % des 15-49 ans !

Un compromis insuffisant

Grâce à l’arrivée de la concurrence, capitale dans ce combat d’hier et d’aujourd’hui, le coût devient acceptable pour l’État. Alors, à la fin de l’été 2003, l’exécutif accepte enfin de distribuer gratuitement des antirétroviraux. Un mois plus tard, Zackie Achmat prend ses médicaments. « J’ai été malade de nombreuses fois, j’avais des taches sur la peau… Après trois mois sous traitement, j’étais en parfaite santé. » 

Plus que d’autres, l’État sud-africain aura appris de l’histoire. Pour les vaccins contre le Covid-19, se doutant que les pays les plus pauvres seraient encore « les derniers de la file d’attente », le président Cyril Ramaphosa a appelé, avec l’Inde, à suspendre les brevets, appuyé par la société civile, Médecins sans frontières (MSF) et la Health Justice Initiative en tête.

Près d’un an et demi plus tard, le 16 mars, l’Union européenne, les États-Unis, l’Afrique du Sud et l’Inde sont parvenus à un compromis pour débloquer la situation. Mais MSF en souligne déjà les limites : les États sont tombés d’accord sur la possibilité pour des pays en voie de développement uniquement de s’affranchir des droits de la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid (mais pas pour les principaux exportateurs de vaccins comme la Chine) ; et ni les tests ni les traitements ne sont inclus.

En Afrique du Sud, il serait donc possible de produire des vaccins sans en demander l’autorisation aux détenteurs de brevets – le laboratoire privé Afrigen n’a d’ailleurs pas attendu pour se lancer (lire notre reportage). Mais le texte résultant de ce compromis doit encore, pour être appliqué, être adopté par tous les autres membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui est loin d’être gagné.

Zackie Achmat, l’infatigable militant, né dans une famille musulmane de descendants d’esclaves (amenés d’Indonésie et de Malaisie), n’en démord pas : « Le déni des dirigeants internationaux sur la nécessité de lever les droits de la propriété intellectuelle pour ouvrir la production à la concurrence s’apparente à celui que nous avons affronté pour avoir accès aux traitements contre le VIH. Dans les deux cas, sortir du déni est urgent et impératif pour sauver des vies. »

Lors de notre entretien, il charge un collègue de demander aux jeunes assis au bien nommé Activist Cafe de parler moins fort. « Je ne veux pas passer pour une vieille personne », dit-il en riant, bientôt 60 ans au compteur, rayonnant dans son tee-shirt rose sans inscription. Il n’a plus besoin d’afficher sa séropositivité. Ce combat-là a été remporté.