Du NPD et de la « NPDisation »

Pierre Beaudet, 14 mai 2021

Lors du congrès du NPD en mars dernier, des militants et des militantes qui espèrent changer ce part sont intervenus sur divers thèmes, dont l’épineuse question de la Palestine. Pour la première fois de son histoire, le congrès du NPD a tranché assez clairement sur l’apartheid israélien. Sur d’autres questions, il y a eu de légères inflexions vers la gauche. Au total, il est difficile de voir un processus de transformation en profondeur, semblable à ce qui s’est passé (pour une courte durée avec le Parti travailliste anglais sous l’égide Jeremy Corbyn). Il faut dire qu’au NPD, les congrès ont une valeur plutôt limitée, presque symbolique, puisque les décisions concernant le programme et les déclarations sur les grands enjeux politiques appartiennent à un groupe restreint dont les élu-es. Que peut-on penser de cette situation ? Sachant que le NPD n’est pas Québec solidaire et que le Québec n’est pas le Canada, est-ce qu’il y a leçons à considérer pour le développement de l’alternative que QS a mis de l’avant depuis sa fondation ?

À L’origine

Le NPD, fondé en 1961, a tenté d’amalgamer les sociaux-démocrates de l’Ouest qui avaient promu de grandes réformes (comme l’assurance maladie) avec les syndicats regroupés dans le Congrès du travail du Canada. Au Québec, l’assise du ND était très mince autour de quelques intellectuels de gauche et des militants syndicaux éveillés comme Michel Chartrand et Fernand Daoust. Assez rapidement, la coalition s’est heurtée à de grands obstacles.

Essor et déclin

Il y avait d’abord la question du Québec, l’aile dirigeante du parti étant incapable de reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple québécois. Au Canada dit anglais, la question québécoise était un profond irritant, à part le noyau de gauche basé surtout en Ontario (les « Waffles »). Rapidement, la quasi-totalité des membres du NPD au Québec a migré vers les groupes indépendantistes de gauche comme le PSQ et le MLP.

La lente mais irrésistible cooptation

L’autre grand dilemme du NPD s’est révélé encore plus complexe. Dans certaines provinces de l’Ouest, le NPD réussissait à gagner des élections et à « gouverner » dans la mesure où les provinces qui sont des entités subalternes selon la loi canadienne pouvaient faire certains changements. Les élus du NPD faisaient leur possible, mais finalement, ils ne pouvaient pas toucher au cœur du système politique et économique canadien. Faisant de la nécessité une vertu, ils sont devenus des gestionnaires un peu plus humanistes du statu quo. Au niveau fédéral, le passage dans les années 1970 vers une nouvelle génération autour de David Lewis s’est fait au moment où les deux partis de l’alternance capitaliste (libéraux et conservateurs) stagnaient. Le Parti libéral, plus astucieux, a alors offert une sorte d’alliance plus ou moins formelle avec le NPD. Pendant les années subséquentes, le NPD est devenu de facto l’« aile gauche » des libéraux avec le résultat qu’il a perdu une grande partie de ses bases militantes et qu’il s’est confiné dans l’éternel rôle de « tiers parti », désireux d’influer marginalement sur le pouvoir quand il le pouvait.

La grosse machine

Entretemps, le NPD est devenu une machine professionnalisée autour du caucus des élus à Ottawa, avec les chefs de file des NPD provinciaux (surtout de l’Ouest) et une petite armée de « cadres et (semi)compétents », sous le contrôle des premiers. Les congrès du NPD sont devenus des spectacles médiatiques autour de personnalités, ce qui a quelquefois fonctionné (rarement, comme avec Jack Layton), excluant débats de fonds et surtout, l’appropriation par les délégués élus du programme et objectifs. Des débats y apparaissent quelques fois, dans les marges et auprès de caucus organisés et convaincus, comme celui qui existe autour de la revue Canadian Dimension. Ces militants, généreux et persistants, parvenaient à donner un ton un peu plus radical à un parti vieillissant et inerte, comme l’a fait récemment le réseau LEAP animé par Naomi Klein et Ari Lewis. Au total, et ce n’est pas pour les dénigrer, leur influence a été minime, rapidement éteinte une fois que le leadership se reconstituait autour d’une structure qui n’est ni imputable ni démocratique. De Thomas Mulcair au chef actuel Jagmeet Singh, le parti — ou devrait-on dire la machine du parti — a comme unique but d’assurer la réélection de quelques députés, quitte à faire toutes les entourloupettes nécessaires avec le Parti libéral.

Cela peut-il changer ?

J’ai posé la question à des militants et militantes du NPD depuis leur dernier congrès en mars dernier. La réponse est presque toujours « non », en signalant qu’il peut y avoir des moments particuliers dans l’histoire du centre gauche, comme ce qui est arrivé en Angleterre pendant quelques années autour de Jeremy Corbyn. Le fait que la direction — et surtout les élus — ait fini par éjecter Corbyn n’a rien pour rassurer mes ami-es qui continuent d’œuvrer dans leur admirable patience, pour ne pas dire obstination.