Droits des femmes : « Un retour au XIXe siècle » aux Etats-Unis

Par Mis en ligne le 10 avril 2012

Dans cette période élec­to­rale aux Etats-Unis, les attaques contre l’égalité entre femmes et hommes, y com­pris le droit à l’avortement, pro­li­fèrent. Le corps fémi­nin devient le champ de bataille des cou­rants conser­va­teurs les plus rétro­grades.

On pour­rait mettre les récentes attaques contre les femmes sur le compte du climat sur­chauffé symp­to­ma­tique de la période élec­to­rale. Cependant, une fois de plus, les atteintes au droit à l’autodétermination fémi­nine reflètent des posi­tions sexistes et clas­sistes qui, dans le cas états-unien, se cachent tant bien que mal der­rière des argu­ments de liberté reli­gieuse et éco­no­mique.

Le droit à l’avortement est remis en ques­tion au moyen de nou­velles mesures qui rendent l’accès à cette inter­ven­tion très dif­fi­cile pour les femmes pro­ve­nant de milieux défa­vo­ri­sés. Ainsi, les sub­ven­tions à Planned Parenthood et d’autres orga­ni­sa­tions à but non lucra­tif offrant des ser­vices médi­caux à prix modestes sont de plus en plus contes­tées, voire cou­pées. Le déra­page le plus gros­sier à ce sujet revient à l’animateur de de radio Rush Limbaugh qui s’en est pris à l’étudiante Sandra Fluke – et à toutes les autres « femi­na­zis » –, la trai­tant de « pute » parce qu’elle était prête à témoi­gner devant le Congrès sur le coût des contra­cep­tifs afin de deman­der la contra­cep­tion gra­tuite pour toutes (son témoi­gnage a fina­le­ment été réfuté par le panel exclu­si­ve­ment mas­cu­lin qui se pen­chait sur cette ques­tion). Fraîchement sortie de la fabrique des idées répu­bli­caine, une autre pro­po­si­tion veut impo­ser des ultra­sons vagi­naux à toutes les femmes dési­rant avor­ter, cela afin de leur faire voir le fœtus. Constat amer du méde­cin Terry O’Neil face à cette der­nière croi­sade : « Ces lois font partie d’une cam­pagne coor­don­née au niveau des Etats pour pro­duire (…) l’humiliation, l’humiliation rituelle par la loi. »

Gouverner la sexua­lité fémi­nine

Les dif­fé­rentes ten­ta­tives de gou­ver­ner la sexua­lité fémi­nine sont, comme le dit la mili­tante Loretta Ross, « un retour au XIXe siècle ». Avec des can­di­dats à la pré­si­den­tielle qui affirment sérieu­se­ment que la contra­cep­tion « est un permis pour faire des choses dans le domaine sexuel qui vont à l’encontre de la façon dont les choses devraient être » (Rick Santorum), reve­nir au XXIe siècle et ses « acquis » semble un long chemin. Le puri­ta­nisme des « experts » mas­cu­lins de la droite permet de condam­ner la sexua­lité fémi­nine qui n’est pas direc­te­ment liée à sa fonc­tion bio­lo­gique, relé­guant aux femmes seules la res­pon­sa­bi­lité liée à l’avortement, à la contra­cep­tion et à la repro­duc­tion.

Faire de la poli­tique pour le 1%

Outre les argu­ments moraux, ce sont des motifs éco­no­miques qui jus­ti­fient le déman­tè­le­ment des ser­vices sociaux aux dires des res­pon­sables, qui pré­tendent qu’il faut éco­no­mi­ser (tout en se disant prêts à atta­quer l’Iran). Leurs offen­sives contre le sys­tème de santé sub­ven­tionné ne touchent cer­tai­ne­ment que peu les femmes pri­vi­lé­giées, à l’instar de l’épouse du can­di­dat Mitt Romney, qui pos­sède « quelques Cadillac » ; elles sont par contre désas­treuses pour les femmes les plus pré­ca­ri­sées. Ce sont les mères céli­ba­taires, les femmes sans assu­rance mala­die, etc. qui béné­fi­cient des ser­vices mis à dis­po­si­tions par Planned Parenthood, et qui paient les pre­mières le prix de cette poli­tique qui mélange valeurs ultra­con­ser­va­trices et argu­ments éco­no­miques fal­la­cieux.

Gauche Anticapitaliste (Suisse)

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