Diminution du service postal et hausse des tarifs, l’ensemble de la population est perdante

Par Mis en ligne le 19 décembre 2013

Il semble bien qu’il y ait deux poids deux mesures dans les consi­dé­ra­tions poli­tiques et éco­no­miques du gou­ver­ne­ment. Mais ceci n’est peut-être pas étran­ger non plus au fait que le PDG de Postes Canada Deepak Chopra nommé par le gou­ver­ne­ment Harper, siège aussi au Conference Board du Canada, orga­nisme qui a recom­mandé au prin­temps der­nier exac­te­ment les mêmes mesures que celles actuel­le­ment appli­quées par Postes Canada.

L’annonce faite par la direc­tion de Postes Canada de mettre fin à la livrai­son à domi­cile au cours des pro­chaines années est un mépris envers la popu­la­tion qui paiera plus cher pour un ser­vice dimi­nué. La res­pon­sable Anick Losier ne peut même pas expli­quer com­ment ni où seront ins­tal­lées les boîtes pos­tales groupe dans les quar­tiers à forte den­sité de popu­la­tion. Elle ne sait pas non plus com­ment on pourra accom­mo­der les per­sonnes âgées ou ayant un han­di­cap.

La ministre Lisa Raitt quant à elle a affirmé que « Le gou­ver­ne­ment du Canada appuie Postes Canada dans ses efforts pour rem­plir son mandat d’assurer son auto­no­mie finan­cière afin de pro­té­ger les contri­buables. » Mais elle ne pourra cepen­dant répondre aux ques­tions des par­le­men­taires puisque cette déci­sion a été rendue publique après la fin de la ses­sion.

À prime abord il est faux de croire que le tra­vail des fac­teurs et fac­trices dimi­nue lorsque le volume dimi­nue. Le sys­tème de livrai­son de cour­rier actuel est conçu de façon à s’adapter à la varia­tion du volume de courrier.Des mesures de volumes sont effec­tuées de façon régu­lière de façon à modi­fier la charge de tra­vail et s’assurer que le temps requis pour la livrai­son soit tou­jours iden­tique sinon équi­valent.

Il en résulte un accrois­se­ment ou une dimi­nu­tion du nombre de portes à livrer et par consé­quent du nombre de fac­teurs et fac­trices. C’est un sys­tème qui s’auto régu­la­rise et qui a fait ses preuves. La dimi­nu­tion du volume de cour­rier n’a donc rien à voir comme telle avec la dimi­nu­tion du ser­vice de livrai­son.

Des ques­tions impor­tantes se posent quant à l’avenir du ser­vice postal. Mais selon Alain Duguay, pré­sident de la sec­tion locale de Montréal du STTP, la sois disant consul­ta­tion publique à laquelle Postes Canada fait allu­sion pour jus­ti­fier la fin de la livrai­son à domi­cile est une véri­table mas­ca­rade : « Seules les entre­prises et des per­sonnes triées sur le volet ont été invi­tées. Le syn­di­cat n’était même pas au cou­rant. Nous reven­di­quons au contraire un véri­table examen public de Postes Canada et l’ajout de ser­vices lucra­tifs comme les ser­vices ban­caires et non pas des réduc­tions. »

Postes Canada a généré des pro­fits de 1,7 mil­liards de dol­lars au cours des 15 der­nières années et a versé 1,2 mil­liard en impôt et divi­dendes au gou­ver­ne­ment. Selon Sylvain Lapointe, direc­teur natio­nal de la région de Montréal, « 2011 a été la seule année où Postes Canada a connu un défi­cit. Il a dû mettre 250 mil­lions de dol­lars de côté pour défrayer les coûts de l’équité sala­riale (qu’il n’avait pas res­pec­tée) et le lock-out qu’il a décrété lui a coûté 50 à 60 mil­lions$. Dans les grands centres urbains comme Montréal, la grève n’avait duré que deux jours. »

Le Conference Board a émis des pro­jec­tions au prin­temps der­nier selon les­quelles Postes Canada cou­rait vers un gouffre défi­ci­taire. Mais selon Sylvain Lapointe, ces pro­jec­tions ont été éta­blies sur des pré­vi­sions de défi­cit de 250 mil­lions$ en 2012 alors que Postes Canada a connu en réa­lité un béné­fice de 98 mil­lions$. Fait à noter, Postes Canada a com­mandé et payé le rap­port du Conference Board sur lequel siège le PDG de Postes Canada.

Selon lui l’augmentation fara­mi­neuse du prix du timbre de 60% pren­dra les entre­prises en otages : « Elles n’auront pas le temps de trou­ver d’autres alter­na­tives à court terme. Les énormes pro­fits ainsi géné­rés risquent d’aller rem­plir les coffres du gou­ver­ne­ment Harper au moyen des impôts et des divi­dendes afin de l’aider à pré­sen­ter un budget équi­li­bré pour les pro­chaines élec­tions dans deux ans. »

Le régime de retraite est éga­le­ment dans la ligne de mire du gou­ver­ne­ment qui pointe du doigt le défi­cit s’élevant à 6,5 mil­liards de dol­lars, mais selon Sylvain Lapointe : « La crise des papiers com­mer­ciaux en 2008 ainsi que le faible taux d’intérêt a nui au fonds de retraite et a ralenti sa crois­sance.

Mais en situa­tion nor­male on n’aurait jamais remis en cause la sol­va­bi­lité de Postes Canada, on a tou­jours consi­déré que la société d’état va tou­jours exis­ter. Mais les cou­pures inces­santes créent un climat d’incertitude poli­tique où la fer­me­ture de Postes Canada devient une éven­tua­lité pos­sible pour les créan­ciers. C’est uni­que­ment pour cette raison que la ques­tion de la sol­va­bi­lité se pose. »

Mais il est impor­tant de se rap­pe­ler que le régime de retraite de Postes Canada avait subi un régime min­ceur dans les années 1990. En effet si Postes Canada avait conservé la part qui lui reve­nait de l’ancien régime de la fonc­tion publique fédé­rale, il accu­se­rait actuel­le­ment un sur­plus d’au moins 5,5 mil­liards de dol­lars (sans cal­cu­ler l’indexation), une réserve suf­fi­sante pour passer au tra­vers des années « dif­fi­ciles ».

En effet à la fin des années 1990 le ministre des finances Paul Martin avait retiré du fonds fédé­ral le solde appar­te­nant à Postes Canada qui repré­sen­tait envi­ron 18 mil­liards de dol­lars mais en avait sou­tiré les sur­plus accu­mu­lés de 12 mil­liards pour le verser dans les coffres du gou­ver­ne­ment, lais­sant à Postes Canada un maigre 6 mil­liards.

Il faut fina­le­ment consi­dé­rer quelle doit être la voca­tion pre­mière d’un ser­vice public. Est-ce d’assurer un ser­vice ou de rem­plir les coffres du gou­ver­ne­ment ? Il faut savoir que Postes Canada paie des impôts sur les reve­nus au gou­ver­ne­ment comme une com­pa­gnie privée et qu’elle verse éga­le­ment des divi­dendes impor­tants.

Le terme auto­no­mie finan­cière prend dans ce contexte un sens plutôt biaisé pour un ser­vice public. Surtout quand le gou­ver­ne­ment fédé­ral accorde des mil­lions en sub­ven­tions et dimi­nu­tions d’impôt aux entre­prises sans créa­tion d’emploi en retour. Selon une étude du CTC fai­sant état de don­nées de Statistique Canada publiée l’an der­nier, les impôts sur le revenu des socié­tés comp­taient pour seule­ment 8,3 pour cent de tous les reve­nus des gou­ver­ne­ments fédé­ral et pro­vin­ciaux com­bi­nés en 2011, en baisse de 8,8 pour cent par rap­port à 2010.

Ainsi le total des réserves de liqui­di­tés des socié­tés pri­vées non finan­cières du Canada est passé à 575 mil­liards $ au der­nier tri­mestre de 2011, alors qu’il était de 187 mil­liards $ lors du pre­mier tri­mestre de 2001 — malgré le fait que trois de ces années furent mar­quées par une pro­fonde réces­sion. Selon son rap­port, les entre­prises ont plutôt accu­mulé des liqui­di­tés au lieu de créer des emplois et ont versé des rému­né­ra­tions exor­bi­tantes à leurs PDG.

Alors il faut se poser la ques­tion, quelle est l’urgence de mettre fin uni­la­té­ra­le­ment à un ser­vice de livrai­son effi­cace et utile pour la popu­la­tion qui abo­lira entre 6000 et 8000 emplois stables qui per­mettent d’alimenter t la vie éco­no­mique de toutes les régions du Québec et du Canada ? Surtout quand le syn­di­cat est ouvert à la dis­cus­sion pour appor­ter des solu­tions.

Il faut sur­tout se deman­der si on veut conser­ver un sys­tème postal uni­ver­sel, parce que c’est bien cela dont on parle fina­le­ment. Les entre­prises pri­vées qui assurent la livrai­son du cour­rier lettre mais sur­tout le colis, s’accaparent le cour­rier sur­tout dans les zones éco­no­mi­que­ment ren­tables, là où il y a beau­coup de profit à réa­li­ser sur des dis­tances rela­ti­ve­ment courtes.

Laissant à Postes Canada l’obligation d’effectuer la livrai­son par­tout ailleurs dans les régions plus éloi­gnées. Cela contri­bue éga­le­ment à priver Postes Canada de reve­nus impor­tants, lui lais­sant les zones défi­ci­taires. Dans un pays peu den­sé­ment peuplé comme le Canada, cette ques­tion est cru­ciale.

17 décembre 2013


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