Communiquer de la NAPAC

Des professeur-e-s de CÉGEP s’opposent à la création du Conseil des collèges

tant qu’il sera inspiré par une mentalité et des orientations commerciales

Par Mis en ligne le 27 octobre 2016

logo-napacL’association des pro­fes­seurs de phi­lo­so­phie des CÉGEP du Québec, la Nouvelle alliance pour la phi­lo­so­phie au col­lège (NAPAC), s’oppose à la créa­tion d’un Conseil des col­lèges, puisque le projet, dans sa forme actuelle, est animé par des orien­ta­tions uti­li­ta­ristes repre­nant la rhé­to­rique de l’arrimage école-marché au détri­ment de l’équilibre entre tech­nique et culture qui est au fon­de­ment de la mis­sion des CÉGEP. C’est ce que les pro­fes­seur-e-s ont fait valoir aujourd’hui dans un mémoire déposé dans le cadre des consul­ta­tions minis­té­rielles visant la consti­tu­tion d’un Conseil des col­lèges, d’un Conseil des uni­ver­si­tés et d’une Commission mixte de l’enseignement supé­rieur.

Depuis deux ans, suite à la paru­tion du rap­port Demers, la NAPAC a dénoncé cette insis­tance à vou­loir déna­tu­rer l’institution col­lé­giale et s’est inquié­tée de la remise en cause de la for­ma­tion géné­rale, notam­ment à tra­vers l’ouvrage La liqui­da­tion pro­gram­mée de la culture (Liber, 2016). La ministre Hélène David s’est depuis enga­gée à main­te­nir la for­ma­tion géné­rale dans son inté­gra­lité et son inté­grité, ce qui est d’une impor­tance cru­ciale pour les pro­fes­seur-e-s sou­cieux d’assurer une for­ma­tion citoyenne et cultu­relle de la jeu­nesse qué­bé­coise. Ceci dit, des pro­blèmes impor­tants sub­sistent dans les orien­ta­tions du projet de créa­tion d’un Conseil des col­lèges.

La NAPAC n’était pas a priori oppo­sée à la créa­tion d’un tel Conseil. Hélas, dans le docu­ment de consul­ta­tion, l’enseignement supé­rieur conti­nue d’être consi­déré et évalué à tra­vers le seul prisme réduc­teur de l’arrimage de l’école à l’industrie. Un Conseil des col­lèges orienté de cette manière ins­ti­tu­tion­na­lise les aspects les plus pro­blé­ma­tiques du rap­port Demers. Aux demandes d’abolition de la Commission d’évaluation de l’enseignement col­lé­gial (CEEC), récla­mée par le milieu de l’enseignement, on a répondu par la pro­po­si­tion de créer un Conseil des col­lèges et une Commission mixte de l’enseignement supé­rieur qui repren­draient à leur compte la mis­sion de la CEEC, en l’élargissant. Ce Conseil aurait ainsi pour fonc­tion d’évaluer les col­lèges du Québec sur leur capa­cité à inté­grer des pra­tiques impor­tées de l’international dont la fina­lité est la recon­ver­sion mar­chande et com­mer­ciale de l’éducation.

Depuis le rap­port Parent et la créa­tion du minis­tère de l’Éducation du Québec, les normes enca­drant l’enseignement supé­rieur sont déter­mi­nées poli­ti­que­ment et natio­na­le­ment. On pro­pose ici de décen­tra­li­ser et de dépo­li­ti­ser la pro­duc­tion de ces normes. D’abord, on pro­pose d’assouplir plu­sieurs dis­po­si­tions du Règlement sur le régime des études col­lé­giales (RRÉC) afin que les col­lèges puissent offrir de la for­ma­tion à la carte, écour­tée, sur mesure, indi­vi­dua­li­sée ou adap­tée aux « besoins » de l’industrie locale, ce qui pose des pro­blèmes de cohé­rence natio­nale et de recon­nais­sance des diplômes. Deuxièmement, on pro­pose de sou­mettre les col­lèges à l’évaluation en continu (l’assurance-qualité, un concept pro­ve­nant du mana­ge­ment privé) d’un nouvel orga­nisme qui aurait aussi pour tâche d’arrimer « l’évolution » en continu de l’école au « pro­grès continu » de « l’environnement » qu’est le marché inter­na­tio­nal. Ce nouvel orga­nisme aurait de plus pour tâche de reco­pier au Québec les « meilleures pra­tiques », voca­bu­laire issu du bench­mar­king qui signi­fie reprendre pour soi les pra­tiques des agents les plus concur­ren­tiels dans un marché tourné vers les seules cibles de la ren­ta­bi­lité et de la pro­duc­ti­vité.

C’est pour­quoi la NAPAC s’oppose à la créa­tion d’un Conseil des col­lèges, tant qu’il sera ins­piré par une men­ta­lité et des orien­ta­tions com­mer­ciales ; c’est éga­le­ment pour­quoi les pro­fes­seur-e-s enjoignent le minis­tère de l’Éducation et de l’Enseignement supé­rieur de reprendre ses res­pon­sa­bi­li­tés et son auto­rité poli­tique en matière d’éducation plutôt que de confier le pilo­tage du réseau des col­lèges à une méca­nique inféo­dée aux dyna­miques de la mon­dia­li­sa­tion mar­chande.

Une copie du mémoire est dis­po­nible ici :

Mémoire sur le projet de créa­tion du Conseil des col­lèges du Québec Mémoire sur le projet de créa­tion du Conseil des col­lèges du Québec (199 KB)

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