Des plans de Washington contre le Venezuela confirmés par Wikileaks !

Par Mis en ligne le 19 décembre 2010

Des docu­ments du Département d’Etat divul­gués par Wikileaks mettent en évi­dence des plans de Washington pour isoler le Venezuela de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale ainsi que la demande faite par l’ex-président de Colombie Alvaro Uribe d’user de la force mili­taire contre le Venezuela.


Parmi les plus de 1300 docu­ments secrets et confi­den­tiels du Département d’Etat divul­gués par Wikileaks durant les deux der­nières semaines, une quan­tité signi­fi­ca­tive traite des efforts de fonc­tion­naires US pour isoler et contre­car­rer le gou­ver­ne­ment du Venezuela.

Depuis qu’Hugo Chavez a gagné la pré­si­dence du Venezuela en 1998, Washington a appuyé de mul­tiples efforts pour le ren­ver­ser, dont un coup d’Etat qui a échoué en avril 2002, une grève dans le pétrole à la fin de la même année, et de nom­breuses inter­ven­tions dans les pro­ces­sus élec­to­raux dans le pays. Au tra­vers des agences du Département d’Etat, comme l’Agence US pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (USAID) et la National Endowment for Democracy (NED), Washington a versé des mil­lions de dol­lars à des orga­ni­sa­tions, partis et médias d’opposition au Venezuela, dans le but de saper le gou­ver­ne­ment démo­cra­tique du Président Chavez et de le forcer à quit­ter le pou­voir. Et ces der­nières semaines, des congres­sistes US ont mul­ti­plié leurs appels pour “affron­ter direc­te­ment” Hugo Chavez et il y a même eu des dis­cus­sions dans les médias US sur son poten­tiel “assas­si­nat” comme solu­tion.

Dans les câbles du Département d’Etat publiés par Wikileaks, il res­sort qu’en plus de l’appui interne au Venezuela aux groupes anti-cha­vistes, la diplo­ma­tie US a accom­pli de mul­tiples efforts dans les der­nières années avec dif­fé­rents gou­ver­ne­ments du monde pour isoler le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien et affai­blir son influence et pou­voir dans la région. Certains de ces gou­ver­ne­ments, comme celui d’Alvaro Uribe en Colombie, de Felipe Calderón au Mexique et de José Luis Zapatero en Espagne, ont offert leur aide pour “conte­nir” le gou­ver­ne­ment de Chavez.

Plan de « conten­tion » d’un « ennemi for­mi­dable »

Dans un docu­ment secret rédigé par l’actuel Secrétaire d’État Adjoint pour l’Amérique latine, Craig Kelly, et envoyé depuis l’Ambassade US à Santiago en juin 2007, Kelly pro­pose “six zones prin­ci­pales d’action pour le gou­ver­ne­ment des USA dans sa ten­ta­tive de limi­ter l’influence de Chavez”. Kelly, qui fut le prin­ci­pal inter­lo­cu­teur des put­schistes au Honduras durant le coup d’État contre le Président Manuel Zelaya en 2009, classe le Président Hugo Chavez comme un “ennemi”dans son rap­port. “Connaître l’ennemi : Nous devons mieux com­prendre ce que Chavez pense et ce qu’il propose…Pour contre­car­rer effi­ca­ce­ment la menace qu’il repré­sente, il est néces­saire de mieux connaître ses objec­tifs et com­ment il entend les mettre en oeuvre. Cela néces­site de meilleurs ren­sei­gne­ments dans tous nos pays”. Ensuite, Kelly avoue que le Président Chavez “repré­sente un ennemi for­mi­dable”, mais ajoute-t-il, “on peut sans doute le vaincre”.

Depuis l’année 2006, Washington a activé une Mission de Renseignements pour le Venezuela et Cuba par la Direction Nationale du Renseignement (DNI), orga­nisme qui coor­donne les 16 agences de ren­sei­gne­ment des USA. La Mission, diri­gée par le vété­ran de la CIA Timothy Langford, est une des quatre mis­sions de ren­sei­gne­ment de Washington pour des pays spé­ci­fiques. Les autres visent l’Iran, la Corée du Nord et l’Afghanistan/Pakistan, ce qui met en évi­dence la prio­rité que les USA ont donné au Venezuela comme cible d’espionnage et d’opérations clan­des­tines.

Parmi les autres sug­ges­tions de Kelly, on trouve la recom­man­da­tion d’augmenter la pré­sence US dans la région et d’améliorer les rela­tions avec les forces mili­taires latino-amé­ri­caines. “Nous devons conti­nuer à ren­for­cer des liens avec les lea­ders mili­taires dans la région qui par­tagent nos pré­oc­cu­pa­tions sur Chavez”.

Kelly sug­gère aussi un plan d’ “opé­ra­tions psy­cho­lo­giques” contre le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien pour exploi­ter ses fai­blesses. “Quand nous déte­nons une infor­ma­tion concrète sur un sujet sur lequel nos amis dans la région par­tagent notre préoccupation…nous devons la par­ta­ger… Et quand les pro­grammes de Chavez ali­mentent les appé­tits des élites locales pour les impli­quer dans la cor­rup­tion ou qu’elles ne rem­plissent pas leurs pro­messes, nous devons le faire connaître…Bien sûr nous devons aussi nous assu­rer que la vérité au sujet de Chavez – sa vision creuse, ses pro­messes, ses rela­tions inter­na­tio­nales et dan­ge­reuses avec l’Iran – se fasse jour publi­que­ment.

Kelly pro­pose plus de visites de fonc­tion­naires US dans la région pour “faire acte de pré­sence et expli­quer direc­te­ment aux popu­la­tions notre point de vue sur la démo­cra­tie et le pro­grès”. Il apporte aussi des détails sur la façon dont Washington pour­rait mieux exploi­ter les dif­fé­rences entre gou­ver­ne­ments latino-amé­ri­cains pour isoler le Venezuela.

“Le Brésil a une influence déme­su­rée sur le reste du continent…il peut être un puis­sant contre­poids au projet de Chavez… le Chili offre une autre excel­lente alter­na­tive à Chavez… Nous devons trou­ver d’autres manières de donner le lea­der­ship au Chili…mais sans faire appa­raître qu’ils sont nos marion­nettes ou subor­don­nés… L’Argentine est plus com­plexe mais néan­moins pré­sente des carac­té­ris­tiques spé­ci­fiques qui doivent guider notre point de vue dans la lutte contre l’influence de Chavez dans ce pays”.

Pressions sur le Mercosur

Kelly révèle aussi les pres­sions de Washington sur le Mercosur pour qu’il n’accepte pas le Venezuela comme membre de plein droit dans le bloc com­mer­cial régio­nal. “Quant au Mercosur, nous ne devons pas être timides pour affir­mer que l’entrée du Venezuela va affec­ter les inté­rêts des USA…”.

Mexico, Bogota et d’autres demandent de lutter contre Chavez

Les docu­ments divul­gués par Wikileaks ne mettent pas seule­ment en évi­dence les efforts de Washington pour isoler le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien, mais aussi les demandes de plu­sieurs gou­ver­nants et poli­ti­ciens régio­naux pour “lutter contre” le Président Hugo Chavez.

Un câble secret sur une réunion du Président du Mexique, Felipe Calderon avec le Directeur National du Renseignement des USA, Dennis Blair, en octobre 2009, révèle que le chef de l’Etat mexi­cain était “en train d’essayer d’isoler le Venezuela à tra­vers le Groupe de Rio” [Instance régio­nale infor­melle qui regroupe 22 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, NdT].

Calderon a aussi indi­qué aussi au chef du Renseignement US que “La région a besoin de la pré­sence visible des USA…Le plus impor­tant, a dit Calderon, est que les USA doivent être pré­pa­rés pour se rap­pro­cher du pro­chain pré­sident du Brésil. Le Brésil, a indi­qué Calderon, est la clé pour frei­ner Chavez. Néanmoins, Calderon “a regretté que le Président Lula ait rechi­gné à le faire”.

Uribe sug­gère une action mili­taire contre le Venezuela

Dans divers docu­ments secrets envoyés depuis l’ambassade des USA en Colombie, sont mani­festes les grands efforts de l’ex-Président Alvaro Uribe pour que Washington mène des actions impla­cables contre le gou­ver­ne­ment d’Hugo Chavez.

Dans un câble non clas­si­fié de l’ambassade US à Bogota de décembre 2007, l’ambassadeur rap­porte une réunion entre Uribe et une délé­ga­tion de congres­sistes US, dont le leader de la majo­rité Démocrate du Sénat, Harry Reid. Uribe, selon le texte, a déclaré aux congres­sistes US que la “menace que Chavez repré­sente en Amérique latine est égale à la menace que repré­sen­tait Hitler en Europe”.

Un autre docu­ment secret de l’ambassade à Bogota de juillet 2005 relate une réunion entre le sous-Secrétaire d’État aux Affaires poli­tiques des USA R. Nicholas Burns et Uribe. Le câble secret révèle com­ment le “Président Bush était consi­déré au Venezuela et espé­rait parler du sujet dans son ranch de Crawford” avec Uribe. L’ex-président colom­bien dit éga­le­ment au fonc­tion­naire US que Washington devrait “amé­lio­rer ses rela­tions avec l’Uruguay et d’autres dans la région que Chavez pen­sait être ses alliés”, pour ensuite les uti­li­ser contre le pré­sident véné­zué­lien.

Durant une réunion entre le chef d’état-major des armées US, l’Amiral Michael Mullen, et Uribe en jan­vier 2008, ce der­nier recom­manda une action mili­taire contre le Venezuela. Le câble secret de l’ambassade des USA à Bogota de cette date relate que selon Uribe, “La meilleure manière de contre­car­rer Chavez est l’action- y com­pris l’usage des forces armées”. Dans le même docu­ment, Uribe affir­mait qu’il auto­ri­se­rait l’ “entrée de mili­taires colom­biens en ter­ri­toire véné­zué­lien”.

Toujours dans ce docu­ment secret, l’ex-président colom­bien “pria ins­tam­ment le gou­ver­ne­ment US de prendre la tête d’une cam­pagne publique contre le Venezuela et pour contre­car­rer les pro­grès de Chavez”.

Des diri­geants de l’opposition demandent l’aide des USA

Dans une réunion avec l’ambassadeur des USA à Bogota res­sor­tant d’un câble secret d’octobre 2005, l’ex-président et put­schiste équa­to­rien Lucio Gutierrez déclara que s’il reve­nait à la pré­si­dence de son pays, “il serait un fort allié des USA dans la lutte contre Chavez”.

“Gutierrez et, sur­tout, [Patricio] Zuquilanda [ex ministre des Affaires étran­gères de l’Équateur], pas­sèrent beau­coup de temps à dénon­cer le pré­sident véné­zué­lien Hugo Chavez comme une menace pour “tout le monde, pas seule­ment pour l’Amérique du Sud”. “Nous devons nous unir comme amis pour lutter contre Chavez”, dit Zuquilanda à diverses reprises, relate le docu­ment secret.

Il se trouva même un arche­vêque véné­zué­lien pour deman­der au gou­ver­ne­ment des USA de prendre des mesures contre son propre gou­ver­ne­ment et pré­sident, Hugo Chavez. Dans un docu­ment confi­den­tiel de l’ambassade US à Caracas, l’ambassadeur d’alors, William Brownfield relate que dans une réunion en jan­vier 2005 qu’il eut avec l’archevêque véné­zué­lien Baltazar Porras, le chef reli­gieux demanda que “le gou­ver­ne­ment US devrait être plus expli­cite dans ses cri­tiques contre Hugo Chavez. Porras demanda à la com­mu­nauté inter­na­tio­nale plus de par­ti­ci­pa­tion pour conte­nir les aspi­ra­tions régio­nales de Chavez…”.

De plus, le câble affirme que “Porras offrit de faci­li­ter les efforts du gou­ver­ne­ment US au Venezuela…au tra­vers de l’église catho­lique”, ce qui met en évi­dence jusqu’à quel point allaient les stra­té­gies et tac­tiques pour ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien, qui allaient jusqu’à utiliserl’Église pour pro­mou­voir la désta­bi­li­sa­tion.

Ce qui est révélé par ces docu­ments secrets du Département d’Etat sur les plans d’agression contre le Venezuela peut être cor­ro­boré par d’autres actions déjà connues de Washington contre ce pays sud-amé­ri­cain, comme l’augmentation en finan­ce­ment des agences US à des groupes d’opposition au Venezuela durant les der­nières années et l’escalade dans le dis­cours hos­tile du gou­ver­ne­ment US contre le Venezuela.



Merci à Le Grand Soir
Source : http://​www​.legrand​soir​.info/​W​i​k​i​l​e​a​k​s​-​D​e​s​-​d​o​c​u​m​e​n​t​s​-​c​o​n​f​i​r​m​e​n​t​-​l​e​s​-​p​l​a​n​s​-​d​e​-​W​a​s​h​i​n​g​t​o​n​-​c​o​n​t​r​e​-​l​e​-​V​e​n​e​z​u​e​l​a​.html
Date de paru­tion de l’article ori­gi­nal : 15/12/2010
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