Des leçons à tirer de l’insurrection citoyenne actuelle au Québec pour le mouvement ouvrier

Par Mis en ligne le 28 mai 2012

Si vous fré­quen­tez le site du parti, vous me connais­sez comme porte-parole. Je cumule cette res­pon­sa­bi­lité avec celle d’organisateur poli­tique dans la région de Québec Chaudière-Appalaches. J’aimerais cette fois-ci vous expli­quer com­ment évolue mon appren­tis­sage en met­tant au pre­mier plan ceux qui, pour les com­mu­nistes, repré­sentent la force capable de venir à bout du capi­ta­lisme et de se posi­tion­ner consciem­ment en faveur d’un régime socia­liste alter­na­tif : la classe ouvrière.

Imaginez, à la suite de Marx et de beau­coup d’autres, les ouvriers unis avec la même ampleur que le mou­ve­ment popu­laire actuel se déploie main­te­nant au Québec. Une grève géné­rale para­ly­se­rait la machine et obli­ge­rait Charest à rapi­de­ment penser à céder ou à démis­sion­ner. On ne peut plus songer à une société post-capi­ta­liste, que nous appe­lons tou­jours socia­liste, sans une conscience ouvrière en sa faveur. On ne peut ima­gi­ner que le pou­voir change de main radi­ca­le­ment sans l’intervention consciente des ouvriers unis. L’acharnement de l’extrême droite contre les com­mu­nistes annonce la panique des classes domi­nantes devant un mou­ve­ment ouvrier conscient reven­di­quant une autre forme de pou­voir, un art de gou­ver­ner qui bou­le­ver­se­rait les rap­ports avec ce pou­voir.

J’en suis rendu dans mon tra­vail de réflexion autour de la ques­tion ouvrière à répondre à des mili­tants de pre­mier ordre qui m’affirment que les ouvriers des temps modernes sont réac­tion­naires parce que, à ce pré­lude à un renou­vel­le­ment de la façon d’exercer le pou­voir au Québec, les ouvriers ne sont peu ou pas impli­qués comme mou­ve­ment auto­nome. À quand la grève géné­rale ? À quand un blo­cage stra­té­gique de la machine capi­ta­liste ? Qui orien­tera le mou­ve­ment en faveur d’une insur­rec­tion citoyenne de masse, paci­fi­que­ment si pos­sible, incluant les ouvriers comme les prin­ci­paux acteurs poli­tiques de la prise en charge de son destin par un Québec ouvrier assoiffé d’émancipation ?

Je vous fait part des mes réflexions à la veille du congrès qui nous per­met­tra de pro­po­ser et de mettre en débat la partie de notre pro­gramme concer­nant l’évolution d’une forme de droit dépas­sant les limites du droit actuel au ser­vice de la bour­geoi­sie. En fait, nous nous sommes donnés ce défi d’élaborer les prin­ci­paux codes dont les ouvriers et nous, com­mu­nistes, aurions besoin pour gagner une large adhé­sion dans la popu­la­tion à un régime socia­liste qué­bé­cois bien à nous. Finalement, il nous fau­drait une bien plus large contri­bu­tion de juristes, d’avocats, de juges, … pour rem­pla­cer les lois au ser­vices de la réac­tion poli­tique, mais nous sommes pour l’instant condam­nés à tracer les prin­ci­pales lignes du projet parce que quelqu’un doit bien com­men­cer quelque part.

Un des obs­tacles à sur­mon­ter, et non le moindre, ce sont tous ces pré­ju­gés entre­te­nus par une société mar­chande ou capi­ta­liste sur la condi­tion ouvrière. Une grande partie de la popu­la­tion, même chez les intel­lec­tuels, rejettent sur les ouvriers com­ba­tifs, parce qu’ils réclament du tra­vail avec des condi­tions qui cor­res­pondent aux capa­ci­tés de moder­ni­ser toute l’économie, la res­pon­sa­bi­lité qui revient à la société capi­ta­liste des crises, des tur­bu­lences, des guerres, de la mise sous tutelle des États par la haute finance, et de mul­tiple autres pro­blèmes qui exi­ge­raient pour leurs solu­tions une régime que seuls les ouvriers conscients peuvent exiger et atteindre.

Voilà donc, exposé pour vous, un de ces obs­tacles à sur­mon­ter pour convaincre que, si la société capi­ta­liste per­dure, elle le réus­sit grâce aux « vio­la­tions quo­ti­diennes et ins­ti­tu­tion­na­li­sés des droits des ouvriers et des autres sala­riés ». Comme le droit au tra­vail ou à l’éducation gra­tuite. Et le mépris est cet ins­tru­ment par où com­mence une domi­na­tion insi­dieuse qui se per­pé­tue grâce aux outils publi­ci­taires de la bour­geoi­sie. Elle connaît cepen­dant, par com­mu­nistes inter­po­sés, une réplique aussi durable qu’il sera néces­saire pour insuf­fler une conscience ouvrière capable, non seule­ment de rever­ser le pou­voir tra­di­tion­nel, mais aussi d’assurer au régime socia­liste alter­na­tif une adhé­sion durable des autres classes non-bour­geoises. Parce que les com­mu­nistes sont au mou­ve­ment ouvrier ce que les fémi­nistes sont au mou­ve­ment des femmes. Ces rela­tions dia­lec­tiques entre le spon­tané et l’apprentissage patient des deux pôles poli­tiques ont déjà bien servi la société autant chez les ouvriers que chez les femmes.

Le mépris de l’ouvrier et son rôle pour endi­guer le rôle de cet acteur poli­tique révo­lu­tion­naire

Il est dif­fi­cile d’avoir une dis­cus­sion ration­nelle sur le sort des Chantiers Davies, par exemple. Surtout autour de ses ouvriers. Tout de suite sur­gissent les pré­ju­gés entre­te­nus par une cer­taine opi­nion comme quoi ces ouvriers sont des pares­seux, des voleurs, des gens qui abusent de leurs droits, … Il fau­drait, selon ces pré­ju­gés, qu’ils renoncent à leur syn­di­cat, leur conven­tion col­lec­tive, leur his­toire même, appar­te­nant au patri­moine imma­té­riel de tout le Québec, pour faire concur­rence, au béné­fice de la Cie, aux salaires de misère dans le Tiers-Monde.

Alors que la plu­part des maires du Québec se pré­oc­cupent du main­tien ou du déve­lop­pe­ment d’emplois bien rému­né­rés dans leur ville, la Mairesse de Lévis reste pour le moins dis­crète sur cet épi­neux pro­blème de l’accès à un tra­vail bien payé, sécu­ri­taire, pour lequel les chan­ge­ments tech­no­lo­giques demandent une for­ma­tion per­ma­nente, …

Le mépris de l’ouvrier impose une forme de cen­sure dans les dis­cours qui prend pour acquis que le point de vue de celui-ci soit trom­peur, oppor­tu­niste, cal­cu­la­teur et emprunt de mau­vaise foi. Il entraîne cet opi­nion mal­veillante du Maire Labeaume, de l’autre côté du fleuve, que les pro­duc­teurs de Rio Tinto, ces authen­tiques créa­teurs de richesse, pour­raient « faire honte à sa ville » s’ils se font acteurs poli­tiques pour défendre leur droit à un tra­vail rému­né­ra­teur.

Le mépris de l’ouvrier, c’est celui de tout sala­rié qui veut tirer le meilleur parti de sa condi­tion de tra­vailleur manuel afin de nour­rir adé­qua­te­ment sa famille selon les recom­man­da­tions des normes dié­té­tiques, de donner accès à ses enfants à la meilleure édu­ca­tion pos­sible, et enfin, de contri­buer à une société en pro­grès constant dans tous ses aspects : la culture, la vie poli­tique et démo­cra­tique, les loi­sirs, … la pros­pé­rité et tous les fruits que le tra­vail apporte dans ce sens.

Le mépris de l’ouvrier, somme toute, c’est la réac­tion poli­tique ignoble qui entrave toutes les ini­tia­tives réelles et de grande ampleur dont une société moderne doit se pour­voir pour sortir des crises et des malaises qu’engendre le peu de res­pect pour le Travail … contre le Capital.

Guy Roy, com­mu­niste membre de Québec soli­daire-Lévis


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