Derrière les contrats pour la Davie : tout un monde à changer

Guy Roy, militant syndical à la FTQ

Premier constat : le privé a échoué, les contrats viennent de l’État canadien. Alors que le député Conservateur de la Beauce, l’ancien ministre de la guerre déchu, M. Maxime Bernier, clame sur toutes les tribunes que l’État québécois est trop interventionniste et qu’il faudrait exonérer les entreprises de tout impôt, son collègue de Lévis. M. Blaney, se targue de fournir du travail aux Chantiers grâce aux leviers de l’État. Faudrait vous entendre.

Deuxième constat : Madame Verreault, des Chantiers des Méchins, n’est pas très enthousiaste. Il faudra se battre. La concurrence sera vive pour les obtenir ces contrats. La tactique : mettre les travailleur-euse-s en concurrence les uns avec les autres pour leur faire approuver des concessions et ainsi faire jouer les inexorables lois du marché en faveur des  entrepreneurs. Pour ce qui est de fournir du travail, on repassera. L’objectif étant, non de construire des bateaux, mais de favoriser des profits privés. Et pourquoi construire des bateaux ? Peut-être pour aller faire la guerre dans de lointaines contrées au nom du « lourd fardeau de l’homme blanc » d’apporter la civilisation aux peuples barbares. Et qui fera ces guerres contre d’autres gens miséreux qui ne demandent qu’à travailler pour vivre ? Des fils d’ouvièr-e-s qu’on « envoie au casse pipe » comme disent les Français.

Troisième constat : avant d’en entreprendre d’autres dont les premières soudures ne devraient se faire qu’au bout des deux ans de conception, pourquoi ne pas finir ce qui est commencé et qui semble se conclure par la faillite du capital étranger ? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de produire sur nos propres bases ? Tout simplement parce le libre marché mondial, impérativement dévoué à la production d’une rente pour actionnaires, ne cède rien au travailleur-euse-s qu’ils-elles n’aient gagné par la lutte, y compris le travail lui-même qui assure la subsistance de l’ouvrièr-e-s et de leur famille.

Quatrième constat : chez les Conservateurs on est convaincu, et on le fait savoir, que les exigences de l’OTAN sont plus importantes pour la « paix » (nous serons pourtant encore en guerre en Afghanistan jusqu’en 2011) que les moyens civils d’assurer la souveraineté du Canada et la survie de la biodiversité dans l’Arctique pacifiquement par une flotte exclusive de brise-glace. La prétention de faire faire « la guerre pour la paix » en Afghanistan et de jouer les gros bras dans l’Arctique rencontre de nombreuses objections même au Canada anglais.  De sorte que l’on commence à peine à négocier avec les États circumpolaires (quand c’est l’Anglais qui le dit …) tout en planifiant des exercices militaires entre l’Armée et la Garde Côtière dans une escalade militariste dont on ne sait pas où elle va s’arrêter. On jure par tous les saints que nous sortirons d’Afghanistan en 2011. Mais qui sait quel tour de passe-passe nous réservent les Conservateurs. Plus personne ne les croit !

Cinquième constat : nous ne sommes pas des imbéciles : le chantage au travail qui nous soumet au gouvernement fédéral ne rencontre aucune sympathie réelle chez les dirigeants Libéraux, PQiste, ADQiste ou indépendants à l’Assemblée nationale. Ils n’ont que faire de reprendre au Fédéral un bien patrimonial québécois, les Chantiers Davie. Depuis le Sommet des Peuples, où nous avons affirmé collectivement notre volonté d’indépendance face aux marchés financiers, on ne nous sert que le discours du libre-échange qui interdirait la nationalisation pour que les retombées soient québécoises. Foutaises ! C’est la mollesse des différents gouvernements qui les a amenés à forcer le libre-échange contre la volonté populaire, sous pression étasunienne, et qui perpétue le manque de courage pour nous offrir du travail qui mette à l’abri les ouvrièr-e-s québécois-e-s d’une participation forcée à la boucherie mondiale pour la conquête de marchés à laquelle se consacre l’Armé canadienne.

Première leçon des constats : ils ne font pas de cadeaux. Ils règnent et commandent. Leur préoccupation pour les classes subalternes s’associe plus à une volonté d’hégémonie sur le Travail qu’à un souhait de se soucier de nos conditions de vie.

Deuxième leçon : la logique du capitalisme est simple : mettre les travailleur-euse-s en concurrence les uns avec les autres à l’échelle de la planète, les acculer ainsi à la misère pour finalement les inviter à se tuer entre eux pour cette perpétuelle conquête de marchés nouveaux. Une fois le processus achevé, en conclure que les travailleur-euse-s  sont trop « mineur-e-s », « enfants » ou « incapables en politique » pour exercer eux-elles-mêmes un pouvoir alternatif et nouveau fondé sur la solidarité et la coopération plutôt que sur cette concurrence atroce et meurtrière.

Mais peut-on vraiment faire pire ?

Guy Roy, militant syndical à la FTQ