Dérive « lucidoïde »

Par Mis en ligne le 02 janvier 2010

Lettre d’opinion de Pierre Beaulne, éco­no­miste, en réac­tion à la publi­ca­tion du Fascicule 1 : Le Québec face à ses défis, éla­boré par le Comité consul­ta­tif sur l’économie et les finances publiques.

Décevant. Dans son pre­mier fas­ci­cule, le « comité indé­pen­dant d’économistes-conseils copré­sidé par le ministre des Finances » s’est borné à res­sas­ser les pon­cifs éculés pro­pa­gés par le cou­rant des lucides : les dépenses publiques du Québec sont net­te­ment plus éle­vées qu’ailleurs, alors que la pro­vince est moins riche et plus endet­tée. Diagnostic som­maire sur le thème « vivre au-dessus de ses moyens ». La suite ne risque guère de réser­ver des sur­prises, sinon dans le choix des expia­tions à infli­ger et la manière de rame­ner les brebis éga­rées dans le droit chemin de la fru­ga­lité bud­gé­taire. En somme, une brique de plus dans l’édifice pro­pa­gan­diste d’un gou­ver­ne­ment qui cla­mait encore, à la veille des élec­tions datant d’à peine un an, qu’il n’existait pas de pro­blème de défi­cit bud­gé­taire au Québec.

Dommage. Le comité aurait pu four­nir un éclai­rage plus utile pour un débat public en ten­tant de démê­ler les dif­fé­rences des struc­tures ins­ti­tu­tion­nelles dans la pro­duc­tion de biens et ser­vices, un peu comme cela se fait dans les études sur les pari­tés de pou­voir d’achat. Il y a une partie impor­tante des dépenses publiques au Québec qui, ailleurs, sont assu­mées finan­ciè­re­ment par les ménages. Les études de Statistique Canada sur les com­pa­rai­sons Canada-États-Unis montrent que les biens et ser­vices, dont une frac­tion impor­tante du finan­ce­ment est prise en charge col­lec­ti­ve­ment, coûtent beau­coup moins cher au Canada : santé : -62 % ; ensei­gne­ment : -39 % ; loge­ment : -15,4 %. Qu’en est-il du Québec, où le finan­ce­ment col­lec­tif est plus étendu qu’ailleurs ? [1]

Regrettable. Par ailleurs, l’étude indique que les prin­ci­paux écarts Québec-Ontario au cha­pitre des dépenses publiques se retrouvent dans les domaines du sou­tien de la famille et le sec­teur des trans­ports et non dans les ser­vices de santé et d’éducation. De telles obser­va­tions auraient pu sou­te­nir une réflexion sur la fonc­tion redis­tri­bu­tive de l’État, qui est mal­heu­reu­se­ment com­plè­te­ment éva­cuée.

[1] Statistique Canada, 13-604-MIF, 2007, Tableau 5.

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