Bilan de luttes

De l’importance de la lutte contre l’exploitation sexuelle

et les autres formes de violences des hommes envers les femmes

Par Mis en ligne le 02 février 2018

Cet article pro­pose de rap­pe­ler le combat fémi­niste mené depuis plus de 10 ans par la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES[2]) et ses alliées afin de dénon­cer la pros­ti­tu­tion des femmes et des filles.

Après avoir pré­senté som­mai­re­ment l’organisme, nous insis­te­rons sur l’importance de rendre compte du regard cri­tique sur l’exploitation sexuelle et l’industrie du sexe que portent nombre de femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion. Nous insis­te­rons ensuite sur l’importance de déve­lop­per des lieux fémi­nistes de sou­tien pour les femmes, en les consi­dé­rant comme nos sœurs et non des béné­fi­ciaires, en recon­nais­sant leurs besoins et en valo­ri­sant leur point de vue. Ces ini­tia­tives doivent être por­tées par les groupes de femmes, mais aussi par la société civile en géné­ral. Les gou­ver­ne­ments se doivent d’être soli­daires pour que l’égalité de fait se réa­lise et les hommes doivent être res­pon­sa­bi­li­sés en lien avec les consé­quences de leurs choix et de leurs actes. Enfin, nous rap­pel­le­rons que les fémi­nistes abo­li­tion­nistes refusent d’être cyniques, exigent l’abolition de tous les sys­tèmes de domi­na­tion et valo­risent les savoirs, pra­tiques et expé­riences fémi­nistes.

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

La CLES est un orga­nisme fémi­niste qué­bé­cois créé en 2005. Son but est d’offrir une alter­na­tive aux dis­cours et pra­tiques sexistes concer­nant l’exploitation sexuelle des femmes. Notre mis­sion se décline en trois grands volets : le sou­tien direct auprès des femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion, éga­le­ment la sen­si­bi­li­sa­tion, la for­ma­tion et la recherche et enfin l’action poli­tique et la lutte fémi­niste abo­li­tion­niste.

La CLES ras­semble une cin­quan­taine de groupes alliés[3] et col­la­bore avec de nom­breux par­te­naires et indi­vidu-e-s au Canada et à l’étranger. Parmi ces mili­tantes, des femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion luttent aussi pour la condam­na­tion du sys­tème pros­ti­tu­tion­nel et la recon­nais­sance des dif­fé­rentes vio­lences que celui-ci implique tant au niveau indi­vi­duel que col­lec­tif. À la CLES, des femmes sur­vi­vantes de l’exploitation sexuelle siègent au comité de coor­di­na­tion (alter­na­tive au conseil d’administration tra­di­tion­nel) ainsi qu’au sein d’autres ins­tances. Plusieurs ont tra­vaillé ou tra­vaillent encore dans l’équipe régu­lière ou pour des contrats ponc­tuels.

Les membres, les mili­tantes et les tra­vailleuses luttent ensemble pour la recon­nais­sance de la pros­ti­tu­tion comme levier de domi­na­tion des femmes et des filles à l’intérieur des rap­ports sociaux de sexe, arti­cu­lés à d’autres sys­tèmes d’exploitation et de dis­cri­mi­na­tion comme le capi­ta­lisme, le racisme, le néo­co­lo­nia­lisme, pour ne citer que ceux-là.

Entendre et recon­naitre la voix cri­tique des femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion

Souvent, lorsque nous abor­dons notre posi­tion abo­li­tion­niste, on nous rétorque que les femmes pros­ti­tuées réclament la décri­mi­na­li­sa­tion totale du sys­tème pros­ti­tu­tion­nel. Or, s’il est vrai que plu­sieurs femmes et de nom­breux sou­te­neurs et clients adoptent une posi­tion pro­pros­ti­tu­tion, de nom­breuses femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion dénoncent ce point de vue. Selon elles, cette posi­tion contri­bue à bana­li­ser ces acti­vi­tés et à igno­rer les vio­lences et dis­cri­mi­na­tions qui y sont asso­ciées.

Rappelons-nous qu’Andrea Dworkin[4], fémi­niste radi­cale amé­ri­caine, a lar­ge­ment contri­bué à théo­ri­ser les vio­lences des hommes envers les femmes. Elle-même a sur­vécu à des agres­sions mul­tiples et a été pros­ti­tuée à dif­fé­rents moments de sa vie. En 1992, elle rap­pelle le risque de l’enfermement des dis­cus­sions sur la pros­ti­tu­tion dans la seule sphère idéelle, c’est-à-dire lorsque les argu­ments ne rendent pas compte des condi­tions maté­rielles d’existence et éva­cuent toute lec­ture cri­tique des rap­ports sociaux de sexe[5]. Entendons éga­le­ment l’expérience de Vednita Carter[6], mili­tante fémi­niste afro-amé­ri­caine, elle aussi sur­vi­vante d’exploitation sexuelle et direc­trice de l’association Breaking Free qui vise à sou­te­nir les femmes pros­ti­tuées. Comme d’autres, elle adopte une posi­tion sans ambigüité sur la réa­lité pros­ti­tu­tion­nelle et condamne les liens entre racisme et sexisme qui se cris­tal­lisent dans cette exploi­ta­tion. Reconnaissons aussi les liens entre néo­co­lo­nia­lisme et pros­ti­tu­tion qui viennent stig­ma­ti­ser les femmes autoch­tones, bana­li­ser, voire par­fois jus­ti­fier, les vio­lences spé­ci­fiques aux­quelles elles sont expo­sées. Récemment, dans un dis­cours élo­quent, Chantal Wabanonik[7], sur­vi­vante et mili­tante autoch­tone de Val d’Or, rap­pe­lait tous les che­mins qui peuvent mener une femme autoch­tone à être pros­ti­tuée par des hommes, mal­me­née par des poli­ciers et stig­ma­ti­sée à tra­vers nombre de pré­ju­gés.

Pourquoi les femmes autoch­tones sont-elles sur­re­pré­sen­tées dans la pros­ti­tu­tion, sur­tout celle de rue ou de fin de mois ? Pourquoi conti­nuent-elles de dis­pa­raitre ou d’être assas­si­nées sans qu’il n’y ait d’enquêtes appro­fon­dies et une recon­nais­sance sans équi­voque du racisme et du sexisme au cœur de cette réa­lité ? Pourquoi la pros­ti­tu­tion des femmes autoch­tones n’intéresse-t-elle per­sonne ou presque ? Pourquoi sont-elles main­te­nues dans des condi­tions de vie pré­caires où le droit à l’intégrité leur est refusé ? Voilà les ques­tions sou­le­vées par plu­sieurs mili­tantes dont Fay Blaney[8], membre fon­da­trice du Aboriginal Women’s Organizing Network de Vancouver. Il y a quelques mois, elle témoi­gnait des dif­fi­cul­tés qu’elle ren­contre en tant que mili­tante abo­li­tion­niste qui condamne le colo­nia­lisme et le sexisme. Plusieurs autres femmes sont régu­liè­re­ment mena­cées, décré­di­bi­li­sées ou encore agres­sées parce qu’elles luttent pour la recon­nais­sance de la pros­ti­tu­tion comme une vio­lence faite aux femmes[9].

Soutenir les femmes dans une pers­pec­tive fémi­niste : un acte poli­tique

L’un des prin­cipes de l’intervention fémi­niste abo­li­tion­niste est de recon­naitre les expé­riences rap­por­tées par les femmes en situa­tion de pros­ti­tu­tion et de les sou­te­nir en fonc­tion des besoins qu’elles expriment. Une variété d’expériences pros­ti­tu­tion­nelles et de contextes d’exploitation coexistent. Sans nier cette diver­sité, il est per­ti­nent de main­te­nir un regard socio­po­li­tique sur les rai­sons qui ont amené les femmes vers la pros­ti­tu­tion : les vio­lences, la pré­ca­rité, la toxi­co­ma­nie, la coer­ci­tion ou encore la bana­li­sa­tion de l’industrie du sexe pour ne citer que ces exemples. Certaines des femmes ren­con­trées sont encore pros­ti­tuées, quelques-unes depuis plus de 15 ans ; d’autres ne le sont plus, mais vivent encore les consé­quences de leurs agres­sions.

Comme d’autres groupes de femmes[10], nous pri­vi­lé­gions une rela­tion éga­li­taire qui vise à briser le cycle de la vic­ti­mi­sa­tion, à sou­te­nir les femmes dans leur reprise de pou­voir et à les accom­pa­gner dans dif­fé­rentes démarches, tant par le biais d’interventions indi­vi­duelles que de groupe. Offrir un espace où les femmes ne sont pas culpa­bi­li­sées, où elles peuvent parler de leur expé­rience, créer des liens et sortir de l’isolement, voilà l’un de nos man­dats. Lors de notre créa­tion, nous avons subi de l’intimidation[11] et pour­tant nous avons conti­nué de déve­lop­per nos ser­vices directs, en les adap­tant au rythme et à la volonté de celles qui nous ren­contrent[12]. Si en 2011, nous avions comp­ta­bi­lisé une cen­taine de contacts auprès des femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion, nous en avons eu plus de 1000 dans la der­nière année. La majo­rité des demandes reçues concernent, d’une part, l’accompagnement dans les démarches que ce soit pour l’accès aux soins, à la jus­tice ou encore au loge­ment et, d’autre part, des demandes de sou­tien psy­cho­lo­gique et d’écoute active. En tant que fémi­nistes, notre rôle n’est pas de sortir les femmes de la pros­ti­tu­tion, mais de les appuyer quand elles décident de quit­ter le milieu ou quand elles en ont la pos­si­bi­lité. Nous ne sommes pas des sau­veuses, nous sommes avant tout soli­daires.

En 2014, nous avons mené une recherche-action[13] sur les besoins d’une cen­taine de femmes encore ou non en situa­tion de pros­ti­tu­tion afin de mieux com­prendre leur réa­lité, de prendre en compte leurs expé­riences et d’adapter nos inter­ven­tions. Il est indé­niable que la majo­rité d’entre elles ont été vic­ti­mi­sées à plu­sieurs reprises. À titre d’exemple, 77,8 % rap­por­taient avoir vécu au moins un épi­sode de vio­lence phy­sique, 70,4 % de vio­lence sexuelle et 38 % de l’inceste. Plus de 90 % esti­maient avoir été ou être encore vic­times de vio­lence en géné­ral. Parmi les femmes ren­con­trées, 81 % de celles qui étaient encore dans l’industrie du sexe sou­hai­taient en sortir. Cependant, peu connais­saient des res­sources pour les sou­te­nir en ce sens et nom­breuses étaient celles qui rap­por­taient des expé­riences trau­ma­ti­santes en lien avec des ser­vices ou des ren­contres avec du per­son­nel pro­fes­sion­nel, comme cela a déjà été rap­porté dans d’autres recherches[14]. Plusieurs femmes pros­ti­tuées n’ont pas accès à l’indemnisation pour les vic­times d’actes cri­mi­nels (IVAC) après avoir été agres­sées par un client. Les fonc­tion­naires estiment qu’elles se sont elles-mêmes mises en danger, de par la nature de leur acti­vité. Voilà l’exemplification du far­deau des femmes pros­ti­tuées dans un contexte de bana­li­sa­tion des vio­lences sexuelles et de stig­ma­ti­sa­tion des vic­times qui doivent démon­trer qu’elles ne sont pas com­plices dans leur mal­heur.

Aussi, nous devons conti­nuer de lutter pour offrir des alter­na­tives non sexistes qui prennent en compte le par­cours des femmes et leur offrent de véri­tables oppor­tu­ni­tés, en dehors de la pau­vreté et pour une vie en sécu­rité. Nous for­mons en ce sens des par­te­na­riats et opé­ra­tion­na­li­sons des ententes diverses avec d’autres orga­nismes. Nous espé­rons sur­tout des actions sociales et gou­ver­ne­men­tales pour sou­te­nir les femmes qui le sou­haitent à quit­ter la pros­ti­tu­tion et accom­pa­gner toutes celles qui vivent les consé­quences des vio­lences mas­cu­lines.

Continuer la lutte poli­tique en soli­da­rité avec les femmes pros­ti­tuées en par­ti­cu­lier et les femmes en géné­ral

Si les lois récentes cri­mi­na­lisent les pros­ti­tueurs (clients, proxé­nètes et toutes per­sonnes pro­fi­tant de la pros­ti­tu­tion des femmes) et non plus les femmes elles-mêmes[15], force est de consta­ter que les sanc­tions ne sont pas ou que très peu appli­quées. La Loi sur la pro­tec­tion des col­lec­ti­vi­tés et des vic­times d’exploitation repose sur ce qu’il est commun d’appeler l’approche nor­dique. Elle insiste sur la néces­saire pré­ven­tion, sur la cri­mi­na­li­sa­tion des clients et le sou­tien à la sortie de la pros­ti­tu­tion. Depuis décembre 2014, moins d’une cen­taine de clients ont été arrê­tés ; et il est tou­jours très com­pli­qué pour les femmes vic­times de proxé­né­tisme de prou­ver la coer­ci­tion dont elles ont été vic­times. Par ailleurs, les pro­prié­taires des lieux d’exploitation comme « les salons de mas­sage », les « agences d’escortes » ou « les bars de dan­seuses » ne sont tou­jours pas inquié­tés et conti­nuent d’avoir pignon sur rue. S’il existe un accord poli­tique de prin­cipe sur la recon­nais­sance de l’exploitation sexuelle comme un obs­tacle à l’égalité, les gestes concrets manquent encore. Les femmes conti­nuent d’être mar­gi­na­li­sées tandis que les pros­ti­tueurs, eux, n’arrêtent pas de les exploi­ter en toute impu­nité ou presque.

Aussi, nous devons conti­nuer de nous battre pour que les femmes ne soient plus stig­ma­ti­sées par les poli­ciers, ni dis­cri­mi­nées par le sys­tème de jus­tice dont la neu­tra­lité est mise en doute par plu­sieurs[16]. Nous devons lutter encore pour dénon­cer la culture du viol et l’essentialisation raciste et sexiste[17] qui encou­ragent l’industrie du sexe et mar­gi­na­lisent les femmes qui la dénoncent. Nous pou­vons, toutes et tous, allier nos voix aux mili­tantes du Collectif d’aide aux femmes exploi­tées sexuel­le­ment (CAFES) ou aux signa­taires de l’Indigenous Women’s Declaration Against Prostitution[18] pour signi­fier notre soli­da­rité et rap­pe­ler que tout le monde devrait se sentir inter­pellé. Si nous sommes toutes pros­ti­tuables, cer­taines le sont plus que d’autres, non pas par choix, mais par manque d’alternatives en lien avec des dis­cri­mi­na­tions struc­tu­relles[19]. Pour ce faire, nous devons main­te­nir une ana­lyse poli­tique en refu­sant de sépa­rer la pros­ti­tu­tion juvé­nile de celles des femmes adultes, en éta­blis­sant des liens avec la traite interne et inter­na­tio­nale à des fins d’exploitation sexuelle[20] et sur­tout en recon­nais­sant la res­pon­sa­bi­lité des hommes pros­ti­tueurs en par­ti­cu­lier et de la société en géné­ral.

En 2002, le Conseil du statut de la femme[21] esti­mait qu’il y avait entre 5 000 et 10 000 femmes dans l’industrie du sexe à Montréal. Non seule­ment ces chiffres datent d’une quin­zaine d’années, mais en plus on peut penser qu’ils sont conser­va­teurs puisque de nom­breuses femmes ne s’identifient pas comme étant pros­ti­tuées ou, par peur du stig­mate et de la mar­gi­na­li­sa­tion, ne sou­haitent pas être iden­ti­fiées comme telles[22]. À ces nombres s’ajoutent toutes les femmes aux prises avec des réseaux de traite et d’exploitation sexuelle en contexte cri­mi­na­lisé et qui sont plus dif­fi­ciles à rejoindre. Par ailleurs, nous avons mené une recherche en 2014 afin de dres­ser un por­trait de l’industrie du sexe au Québec. À titre d’exemple, nous avons iden­ti­fié 420 lieux phy­siques reliés à l’industrie du sexe, dont 303 salons de mas­sage dans le grand Montréal seule­ment. À la lumière de ces résul­tats, on voit que l’industrie du sexe se porte bien, qu’elle conti­nue de se déve­lop­per et de se trans­for­mer sans trop de dif­fi­cul­tés.

La ques­tion de la pros­ti­tu­tion ne devrait pas être l’affaire des fémi­nistes seule­ment, mais bien une pro­blé­ma­tique posée col­lec­ti­ve­ment. Surtout, les vio­lences et dis­cri­mi­na­tions per­pé­trées par les hommes ne devraient plus être occul­tées[23], mais bien dénon­cées et condam­nées. Au lieu de tou­jours évo­quer la notion de choix des femmes, pour­quoi est-il si dif­fi­cile de deman­der pour­quoi les hommes (toutes caté­go­ries confon­dues) conti­nuent de nous pros­ti­tuer de manière expo­nen­tielle ? Pourquoi les clients ne sont jamais la cible des ques­tions éthiques ou poli­tiques cou­ram­ment sou­le­vées par ceux et celles qui ont de la dif­fi­culté à prendre posi­tion contre la pros­ti­tu­tion ? Pourquoi est-il si dif­fi­cile d’imaginer une mas­cu­li­nité en dehors du contrôle des femmes[24]?

Conclusion : de l’espoir en l’égalité plutôt que du cynisme social

Dire que la pros­ti­tu­tion est le plus vieux métier du monde relève d’une forme de cynisme social redou­table, d’un fata­lisme sans issue qui condamne des géné­ra­tions de femmes à conti­nuer de s’adapter à des situa­tions inéga­li­taires. Face aux dis­cours mas­cu­li­nistes et anti­fé­mi­nistes, nous devons rester soli­daires de toutes[25]. Nous, abo­li­tion­nistes, men­tion­nons qu’il faut dépas­ser la seule réduc­tion des méfaits, pour réin­ven­ter des rap­ports sociaux où le genre, l’ethnicité ou encore la condi­tion socio-éco­no­mique ne sont plus des leviers de domi­na­tion.

Pour nous, la pros­ti­tu­tion est la plus vieille exploi­ta­tion orga­ni­sée des femmes. Si nous prô­nons une société juste, nous devons conti­nuer de lutter non pas contre les femmes pro-tra­vail du sexe, mais contre les clients et les proxé­nètes, contre l’indifférence et pour l’ensemble des femmes. Nous ne pou­vons pas sépa­rer la pros­ti­tu­tion des autres formes de dis­cri­mi­na­tion, de mar­gi­na­li­sa­tion et de contrôle social. Nous l’inscrivons dans le conti­nuum des vio­lences des hommes envers les femmes.

Aussi, nous conti­nue­rons de lutter acti­ve­ment et glo­ba­le­ment pour penser et bâtir un monde où les femmes et les filles ne seront plus exploi­tées ou vio­len­tées, d’aucune façon. Voilà le projet abo­li­tion­niste qui est le nôtre et qui est par­tagé par nombre de mili­tantes à l’échelle inter­na­tio­nale[26].

Carole Boulebsol[1]

Notes

  1. Carole Boulebsol est mili­tante fémi­niste depuis une quin­zaine d’années. Elle tra­vaille depuis 2010 avec la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) au niveau de la mobi­li­sa­tion, de la recherche et de l’intervention auprès des femmes ayant un vécu en lien avec la pros­ti­tu­tion. Détentrice d’une mai­trise en socio­lo­gie (2006), elle est actuel­le­ment can­di­date à la mai­trise en tra­vail social (UQAM) avec une concen­tra­tion en études fémi­nistes (IREF) ainsi qu’au diplôme d’études supé­rieures spé­cia­li­sées (DESS) en santé men­tale (TÉLUQ).
  2. <www​.lacles​.org>.
  3. Par exemple : le Collectif d’aide aux femmes exploi­tées sexuel­le­ment (CAFES), la Maison de Marthe, la Maison d’Haïti, le Regroupement qué­bé­cois des Centres d’aide et de lutte contre les agres­sions à carac­tère sexuel (RQCALACS), le Y des femmes de Montréal (YWCA), le Comité d’action contre la traite humaine interne et inter­na­tio­nale (CATHII), le Bureau de la com­mu­nauté haï­tienne de Montréal (BCHM), la Fédération des ensei­gnantes et ensei­gnants de cégep (FEC-CSQ), la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN) ou encore SOS Violence conju­gale.
  4. Andrea Dworkin, Pouvoir et vio­lence sexiste, Montréal, Sisyphe, 2007.
  5. Voir cet extrait d’une confé­rence d’Andrea Dworkin, Prostitution and Male Supremacy : « I want to bring us back to basics. Prostitution : what is it ? It is the use of a woman’s body for sex by a man, he pays money, he does what he wants. The minute you move away from what it really is, you move away from pros­ti­tu­tion into the world of ideas. You will feel better ; you will have a better time ; it is more fun ; there is plenty to dis­cuss, but you will be dis­cus­sing ideas, not pros­ti­tu­tion. Prostitution is not an idea. It is the mouth, the vagina, the rectum, pene­tra­ted usually by a penis, some­times hands, some­times objects, by one man and then ano­ther and then ano­ther and then ano­ther and then ano­ther. That’s what it is. », <www​.sex​tra​de101​.com/​d​o​c​s​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​a​r​t​i​c​l​e​1.pdf>.
  6. Vednita Carter, sur­vi­vante, auteure et direc­trice géné­rale de Breaking free (États-Unis), soirée publique orga­ni­sée par la CLES sous le thème Racisme, colo­nia­lisme et pros­ti­tu­tion : savoir et agir, 5 octobre 2016, <www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​f​H​P​R​t​l​nSWqM>.
  7. Chantal Wabanonik, sur­vi­vante et mili­tante autoch­tone de Val d’Or, soirée publique CLES, ibid., <www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​8​7​i​E​C​8​urUN0>.
  8. Fay Blaney, mili­tante, membre fon­da­trice et orga­ni­sa­trice com­mu­nau­taire du Aboriginal Women’s Organizing Network de Vancouver, soirée publique CLES, ibid.,<www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​s​Q​_​e​E​g​_V6hw>.
  9. Rose Sullivan, Des mili­tantes et mili­tants pro­pros­ti­tu­tion menacent des sur­vi­vantes pour les faire taire, Sisyphe, 4 mars 2017 ; <https://​sisyphe​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e5360>.
  10. Christine Corbeil et Isabelle Marchand (dir.), L’intervention fémi­niste d’hier à aujourd’hui : por­trait d’une pra­tique sociale diver­si­fiée, Montréal, Remue-ménage, 2010.
  11. Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle, Réponse à l’appel au boy­cott de la CLES lancé par l’organisme Stella, 24 avril 2009, <www​.lacles​.org/​r​e​p​o​n​s​e​-​a​-​l​a​p​p​e​l​-​a​u​-​b​o​y​c​o​t​t​e​-​d​e​-​l​a​-​c​l​e​s​-​l​a​n​c​e​-​p​a​r​-​l​o​r​g​a​n​i​s​m​e​-​s​tella>.
  12. Diane Matte, Claudia Bouchard et Chantal Ismé, Pour s’en sortir : mieux connaitre les réa­li­tés, être sou­te­nues et avoir des alter­na­tives. Vers un modèle de ser­vices inté­grés pour inter­ve­nir auprès des femmes dans la pros­ti­tu­tion, Montréal, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), 2015, <www​.lacles​.org/​w​p​/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​C​L​E​S​-​M​o​d​e​l​e​_​d​e​_​s​e​r​v​i​c​e​s​-​v​4​-​E​m​a​i​l​-​1​1.pdf>.
  13. Geneviève Szczepanik, Chantal Ismé et Carole Boulebsol, Connaitre les besoins des femmes dans l’industrie du sexe pour mieux bali­ser les ser­vices, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), 2014, <www​.lacles​.org/​w​p​/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​F​I​N​A​L​-​D​E​-​F​I​N​A​L.pdf>.
  14. Rose Dufour, Je vous salue… Le point zéro de la pros­ti­tu­tion, Sainte-Foy, Éditions MultiMondes, 2005 ; Patrizia Romito, Un silence de mortes. La vio­lence mas­cu­line occul­tée, Paris, Syllepse, 2006 ; Muriel Salmona, Le livre noir des vio­lences sexuelles, Paris, Dunod, 2013.
  15. La décri­mi­na­li­sa­tion des femmes n’est pas abso­lue, puisque dans cer­tains contextes comme la sol­li­ci­ta­tion proche des lieux fré­quen­tés par les enfants, elles risquent encore une judi­cia­ri­sa­tion.
  16. Rachel Chagnon et Léa Brière-Godbout, Sous le voile de la neu­tra­lité, un sys­tème sexiste. Analyse de la juris­pru­dence et de la légis­la­tion en matière de pros­ti­tu­tion au Canada, Rapport de recherche, Montréal, Service aux col­lec­ti­vi­tés de l’UQAM et CLES, 2015.
  17. Sarah Mah, membre de la Asian Women Coalition Ending Prostitution (Canada), soirée publique CLES, ibid., <www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​_​o​W​z​H​x​z1AEI>.
  18. Indigenous Women’s Declaration Against Prostitution – Cherry Smiley & Fay Blaney, <www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​b​o​E​e​R​M​pE_pw>.
  19. Catherine Morency et Julie Miville-Dechêne, « La vio­lence faite aux femmes dans la pros­ti­tu­tion au Canada. Enjeux et démys­ti­fi­ca­tion d’un phé­no­mène contro­versé », dans Katja Smedslund et David Risse (dir.), Responsabilités et vio­lences envers les femmes, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2014 ; Yolande Geadah, La pros­ti­tu­tion : un métier comme un autre ?, Montréal, VLB édi­teur, 2003.
  20. Sandrine Ricci, Lyne Kurtzman et Marie-Andrée Roy, La traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle : entre le déni et l’invisibilité, UQAM, Cahiers de recherche de l’Institut de recherches et d’études fémi­nistes, n° 4, 2012.
  21. Conseil du statut de la femme, La pros­ti­tu­tion : pro­fes­sion ou exploi­ta­tion ? Une réflexion à pour­suivre, Québec, 2002, <www​.csf​.gouv​.qc​.ca/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​l​a​-​p​r​o​s​t​i​t​u​t​i​o​n​-​p​r​o​f​e​s​s​i​o​n​-​o​u​-​e​x​p​l​o​i​t​a​t​i​o​n​-​u​n​e​-​r​e​f​l​e​x​i​o​n​-​a​-​p​o​u​r​s​u​i​v​r​e.pdf>.
  22. Geneviève Duché, Non au sys­tème pros­ti­tu­tion­nel. Une ana­lyse fémi­niste et abo­li­tion­niste du sys­tème pros­ti­tu­tion­nel, Aix-en-Provence, Éditions Persée, 2015.
  23. Romito, Un silence de mortes, op. cit.
  24. Victor Malarek, Les pros­ti­tueurs. Sexe à vendre… Les hommes qui achètent du sexe, Ville Mont-Royal, M édi­teur, 2009 ; John Stoltenberg, Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la viri­lité, Ville Mont-Royal, M édi­teur, 2013.
  25. Ailbhe Smyth, « Résistance fémi­niste à la vio­lence mas­cu­line contre les femmes. Quelles pers­pec­tives ? », Nouvelles Questions Féministes, vol. 21, n° 2, 2002, <https://​www​.cairn​.info/​r​e​v​u​e​-​n​o​u​v​e​l​l​e​s​-​q​u​e​s​t​i​o​n​s​-​f​e​m​i​n​i​s​t​e​s​-​2​0​0​2​-​2​-​p​a​g​e​-​7​6​.​h​t​m​#​r​e​1​8no18>.
  26. Voir Coalition Abolition Prostitution, CAP inter­na­tio­nal, qui orga­nise, entre autres, des congrès inter­na­tio­naux annuels, dont le der­nier s’est tenu en Inde et auquel la CLES a par­ti­cipé : <www​.cap​-inter​na​tio​nal​.org>.


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