Révision des programmes des Cégeps

De l’hydre chancelante à l’aveuglement d’Héphaïstos

Contre le Rapport Demers et pour la suite du monde

Par Mis en ligne le 11 février 2015

Comment un rap­port gou­ver­ne­men­tal sans cou­leur, sans odeur et sans saveur, neu­tra­lisé jusqu’à l’émasculation, peut-il sus­ci­ter une posi­tion poli­tique aux accents poé­tiques ? Je n’en sais rien, mais c’est plus fort que moi ! En route contre le Rapport Demers…

Les Barbares contre la cité

We are under attack ! Et les Barbares ne sont plus aux portes de la cité, ils sont désor­mais en son centre. Au pou­voir. Contre elle. Contre la cité. Dans leur stra­té­gie de choc visant à tout ébran­ler, l’objectif est par­tout le même et sans ambi­guïté : rendre effec­tives, dans le concret de la réa­lité, les pré­misses abs­traites à partir des­quelles leur posi­tion est assu­rée ; une société sans passé, sans avenir, tout entière ici et main­te­nant enga­gée dans une guerre de tous contre tous – tra­duc­tion socio­lo­gique de l’idée éco­no­mique de la concur­rence insuf­flée dans tous les pores d’une éco­no­mie de marché.

Un objec­tif, un seul moyen, aussi : décons­truire les ins­ti­tu­tions. Parce que les ins­ti­tu­tions portent en elles, sédi­men­tées, comme des traces tou­jours réac­ti­vées, les luttes et les espoirs du passé. Parce que les ins­ti­tu­tions recueillent en elles un projet de société, le projet de faire société, d’être une société, non un strict marché. Parce que les ins­ti­tu­tions incarnent en elles un idéal de civi­li­sa­tion, une chose à inven­ter, à ériger, à… ins­ti­tuer ! Les Barbares contem­po­rains, cra­va­tés et cotés en bourse, n’opposent plus une ins­ti­tu­tion à une ins­ti­tu­tion : ils pro­posent, ils imposent la des­truc­tion de toutes ins­ti­tu­tions, condi­tions de pos­si­bi­lité d’un « faire-société », d’un projet de société, d’un idéal de civi­li­sa­tion. Ils ne pro­posent pas la fin d’un monde, ils imposent la fin du monde.

We are under attack, et tant que dans nos quié­tudes feu­trées nous n’aurons pas la conscience claire de cette menace, les Barbares gagne­ront du ter­rain. Et de ce ter­rain miné, ils en tire­ront les consé­quences : leurs pré­misses abs­traites étaient justes, la preuve, nous nous entre­tuons…

Le Cégep, un fabu­leux monstre à trois têtes

On nous disait naguère « ins­ti­tu­teurs » et « ins­ti­tu­trices » parce que notre tâche consis­tait pré­ci­sé­ment à ins­ti­tuer, à inven­ter, à ériger quelque chose ; ériger l’enfant au statut de membre de la col­lec­ti­vité selon l’idéal de civi­li­sa­tion qui la guide. Le Rapport Parent, socle consti­tu­tion­nel de notre sys­tème d’éducation, était empreint de cette idée : « À l’école, chaque nou­velle géné­ra­tion recueille l’héritage de connais­sances et de vertus intel­lec­tuelles et morales que lui lègue la civi­li­sa­tion humaine ; l’enfant s’y forme aussi en vue de la société de demain. (…) L’éducation doit donc à la fois s’enraciner dans la tra­di­tion et se pro­je­ter dans l’avenir », peut-on y lire dans le cha­pitre inti­tulé L’humanisme contem­po­rain et l’éducation. Et de là, l’assignation aux ins­ti­tu­tions sco­laires de la mis­sion de faire adve­nir un « type humain » à la mesure des enjeux de la société moderne. Mais quels enjeux ?

Le Rapport Parent constate : le monde moderne est frag­menté en une plu­ra­lité d’univers cultu­rels. À la « culture clas­sique », huma­niste en son sens ancien, lieu de la phi­lo­so­phie, des arts et des lettres, et à la « culture de masse », popu­laire et lar­ge­ment domi­née par l’industrie cultu­relle, s’est ajouté au fil des deux der­niers siècles tout un uni­vers de « culture scien­ti­fique » et de « culture tech­nique ». Ce sont les domaines de la connais­sance issue des sciences (de la nature et humaines) et de leurs appli­ca­tions éven­tuelles (tech­niques et tech­no­lo­giques). Chacun de ces uni­vers ren­voie à et sti­mulent des facul­tés humaines par­ti­cu­lières, nous dit en sub­stance le Rapport Parent. Ce qui nous attend pour l’avenir, c’est le projet de les conci­lier.

Pourquoi les conci­lier ? Parce que penser d’une manière dis­tincte la spé­cia­li­sa­tion tech­nique et la culture géné­rale n’a pas de sens. Parce que, si la culture géné­rale est « le garde-fou qui peut pro­té­ger la culture moderne contre les excès de la spé­cia­li­sa­tion », la spé­cia­li­sa­tion elle-même « s’appuie sur la culture géné­rale, qu’elle enri­chit et appro­fon­dit en retour ». Parce que « la civi­li­sa­tion ne repose pas que sur des fon­de­ments éco­no­miques, poli­tiques et tech­niques, elle dépend tout autant d’une unité cultu­relle et spi­ri­tuelle à laquelle doit contri­buer l’enseignement ». Parce que, enfin, il en va de l’élargissement maxi­mal de « l’horizon intel­lec­tuel » de l’être humain moderne : sans une ini­tia­tion aux divers domaines de l’esprit, l’être humain n’habite plus que d’une manière par­tielle et par­tiale le monde qui est le sien. Un monde qui lui échappe.

Véritable monstre à trois têtes, l’institution col­lé­giale est sans doute celle qui a hérité avec le plus de clarté de ce projet gran­diose, de cet idéal invrai­sem­blable. Monstre à trois têtes, en effet, car elle doit tout à la fois garan­tir une sco­la­ri­sa­tion menant au monde du tra­vail et élar­gir l’horizon intel­lec­tuel en y conci­liant la culture huma­niste, la culture scien­ti­fique et la culture tech­nique. Tout à la fois, per­mettre à la spé­cia­li­sa­tion d’être enca­drée par les acquis de la civi­li­sa­tion et de se nour­rir d’eux pour les appro­fon­dir. Tout à la fois, s’inscrire dans une société mena­cée par des forces dés­in­té­gra­trices et ins­ti­tuer un « type humain » capable, par ses actions auto­nomes, de pro­duire les condi­tions de l’intégration sociale. C’est là, nous le savons d’expérience, l’effort tita­nesque et quo­ti­dien que nous devons déployer pour que les for­ma­tions spé­ci­fique, géné­rale et contri­bu­tive se ren­contrent à la croi­sée d’une mis­sion com­mune : ériger l’étudiant au statut de membre de la col­lec­ti­vité à laquelle il appar­tient.

Bien sûr, cet idéal hérité du Rapport Parent n’a pas attendu la prise du pou­voir par nos Barbares pour com­men­cer à s’éroder. A-t-on oublié que, dans l’acronyme CÉGEP, par exemple, le G du géné­ral ne ren­voyait pas ini­tia­le­ment aux seules dis­ci­plines de ce que nous nom­mons aujourd’hui la « for­ma­tion géné­rale » ? Que tout ce qui n’était pas d’emblée pro­fes­sion­nel, les dis­ci­plines de la culture scien­ti­fique, tant des sciences de la nature que des sciences humaines, notam­ment, était pensé comme des élé­ments deve­nus essen­tiels d’une culture géné­rale dans une société moderne ? Que s’il est juste que la « science sans conscience » ne soit que « ruine de l’âme », selon la for­mule rabe­lai­sienne bien connue, l’esprit cri­tique moderne, désor­mais indis­so­ciable du déploie­ment des sciences, notam­ment humaines, néces­site un effort de syn­thèse de ces « deux cultures », selon l’expression de C.P. Snow, en 1959, déjà – l’humaniste et la scien­ti­fique ? À voir l’affaiblissement de la for­ma­tion com­plé­men­taire qui devait pré­ci­sé­ment ouvrir à l’univers cultu­rel scien­ti­fique, il semble que nous l’ayons oublié.

Ainsi, le Cégep s’est révélé dans le cours de son his­toire être ce qu’il est vrai­ment : un monstre à trois têtes fabu­leux, fabulé, peut-être même, et pro­blé­ma­tique ; une hydre chan­ce­lante, tiraillée, oscil­lant jusqu’à vaciller, mais néan­moins, et jus­ti­fiée par sa mis­sion de faire adve­nir un « type humain » à la mesure des enjeux de la société moderne. Nous sommes les héri­tiers de ce projet, les por­teurs de cet idéal. Toute attaque contre nous est une attaque contre ce projet, contre cet idéal.

Le Rapport Demers ou l’aveuglement d’Héphaïstos

Cette attaque contre nous a un nou­veau nom. Hier, c’était Robillard, qui nous a affai­blis. Aujourd’hui, c’est Demers, qui, entre les lignes de son rap­port ennuyeux, sous ses mots fades de tech­no­crate, tente d’asséner le coup fatal. Face à notre monstre à trois têtes, fabu­leux et pro­blé­ma­tique, et dans le même geste, le Rapport Demers tranche les deux pre­mières têtes et crève les yeux de la troi­sième. Voilà Héphaïstos, le dieu arti­san, déjà clau­di­quant, menacé d’aveuglement.

Qu’est-ce qui reste ? Le Rapport Demers est sans pudeur : « (…) la for­ma­tion de la future main-d’œuvre est un enjeu prio­ri­taire de la société qué­bé­coise à court et à moyen terme » (p. 35). C’est le seul enjeu qui demeure une fois qu’on a passé sous silence tout le reste !

Qu’est-ce qui reste ? De l’impudeur à l’indécence, le Rapport Demers fran­chit le pas : « Le réseau des col­lèges consti­tue un levier incon­tour­nable per­met­tant aux orga­ni­sa­tions et aux entre­prises du Québec de pou­voir recru­ter la main-d’œuvre dont elles auront besoin, et à la popu­la­tion de pou­voir se doter des com­pé­tences appro­priées en lien avec l’évolution du marché qué­bé­cois de l’emploi » (p. 42). C’est la seule mis­sion qui demeure une fois qu’on a fait l’impasse sur tout le reste !

Qu’est-ce qui reste ? Un marché, ses orga­ni­sa­tions et ses impé­ra­tifs en lieu et place d’institutions. Des indi­vi­dus adap­tés aux condi­tions de leur sou­mis­sion aux aléas du marché en lieu et place d’êtres humains à même d’orienter le cours du monde. La confu­sion entre les inté­rêts (locaux, régio­naux, natio­naux, inter­na­tio­naux, qu’importe) d’une élite éco­no­mique et l’orientation d’ensemble d’une col­lec­ti­vité donnée.

Ce qui reste ? Rien. Rien d’une société. Rien d’un projet de société. Rien d’un idéal de civi­li­sa­tion.

Trancher les deux pre­mières têtes ? À preuve, pas un mot sur les dis­ci­plines de la for­ma­tion pré­uni­ver­si­taire et géné­rale, en elles-mêmes et pour elles-mêmes. C’est le tout à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. L’idéal d’une alliance impro­bable de la culture géné­rale et de la spé­cia­li­sa­tion est aban­donné : c’est la limi­ta­tion au plus strict de l’horizon intel­lec­tuel qui agit comme moteur de la pro­po­si­tion. Exit la culture clas­sique ; exit la culture scien­ti­fique. Ce fai­sant, entre les lignes, c’est exit aussi la cri­tique de la « sélec­tion socio-éco­no­mique des élèves » qui tra­ver­sait l’idéal d’une conci­lia­tion de la culture géné­rale et de la spé­cia­li­sa­tion dans le Rapport Parent. Car les élites contem­po­raines, aussi bar­bares soient-elles, ne se pri­ve­ront pas, elles, d’abreuver leurs enfants à ces uni­vers cultu­rels. La phy­sique, la phi­lo­so­phie, la lit­té­ra­ture ou la socio­lo­gie à Princeton, Harvard, Oxford, Cambridge, etc. Et pour les autres, invi­ta­tion à l’alternance tra­vail-études.

Trancher la pre­mière des têtes ? À preuve, l’anthropologie phi­lo­so­phique qui se découvre au détour du rap­port : l’être humain n’est pas pensé comme un être qui néces­site for­ma­tion. On ne se conçoit pas un être humain qui doit, pour être humain, le deve­nir. On ne se repré­sente pas l’être humain comme un « type humain » à faire adve­nir. Avec ce que cela implique d’humilité et d’effort d’appropriation des formes du passé dont il faut s’emparer pour les renou­ve­ler. Pour créer l’avenir. Non. Le passé est péremp­toi­re­ment déclaré « déphasé » et l’avenir, cor­seté dans les mailles des études pré­vi­sion­nistes d’Emploi Québec. Aussi conçoit-on l’être humain comme un être tou­jours déjà là, tout formé, avec ses besoins, ses désirs, ses délires. Là, déjà, tout formé, avec ses goûts, ses aspi­ra­tions, ses apti­tudes. Là, déjà, tout formé, en quête de com­pé­tences à acqué­rir et éven­tuel­le­ment à mon­nayer sur le marché. Là, déjà, tout formé, comme hier Dionysos sor­tant de la cuisse de Zeus.

Rien d’étonnant. C’est dans l’esprit du temps. Au cœur du Rapport Demers, l’individu doté de besoins, de désirs et de délires, pos­tu­lat théo­rique abs­trait essen­tiel à la modé­li­sa­tion du fonc­tion­ne­ment du marché par les « sciences éco­no­miques », est pensé comme un fait de nature, une donnée impla­cable à partir de laquelle orien­ter l’offre de for­ma­tion. Une société ? Non, des indi­vi­dus. Ces indi­vi­dus-mar­chan­dises livrés en pâture aux « orga­ni­sa­tions » et « entre­prises » – les « par­te­naires » dans le lan­gage d’un État qui ne veut plus Être –, véri­tables acteurs de ce « milieu socioé­co­no­mique auquel ils se des­tinent » (p. 42)! Les ins­ti­tu­tions, dans ce contexte, doivent « rele­ver le défi de l’adaptation » (p. 130), c’est-à-dire, comme il se doit, s’« arri­mer », par « ajus­te­ment continu », au « marché du tra­vail ». D’où le clien­té­lisme dégou­li­nant pro­posé comme hori­zon du sys­tème d’éducation : offrir des for­ma­tions à la carte selon les volon­tés des indi­vi­dus-clients. Et sur­tout, selon les volon­tés de leurs maîtres incon­tes­tés, les sei­gneurs de la guerre – éco­no­mique, au quo­ti­dien, mili­taire, lorsqu’il le faut.

Résultat ? Non seule­ment des études non com­plé­tées qui abou­tissent à une attes­ta­tion ou à un cer­ti­fi­cat, mais aussi la mise en concur­rence des pro­grammes et des col­lèges eux-mêmes, pour atti­rer la « clien­tèle étu­diante » et, par-dessus tout, satis­faire le « client final » qu’est l’entreprise régio­nale. Quand le « milieu socioé­co­no­mique » se décline sous le mode du « destin »…

Rien d’étonnant, encore une fois. C’est dans l’esprit du temps. Lorsque, avec l’OCDE, on réduit la connais­sance à une com­pé­tence et la com­pé­tence à une « mon­naie » don­nant accès au tra­vail (p. 38), on a tôt fait de se mettre en route vers la réa­li­sa­tion inté­grale de l’essence de la mon­naie : sa liqué­fac­tion. On ne compte plus dès lors les occur­rences des termes « sou­plesse », « flexi­bi­lité » et « adap­ta­tion » dans le Rapport Demers. Règne en maître, ici, le lexique de la flui­dité. C’est que rien ne doit s’opposer aux flux du capi­tal – fut-il du « capi­tal humain ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Trancher les deux pre­mières têtes ? Si ce n’était que ça ! Non, il faut aussi crever les yeux de la troi­sième. Au cas où il y aurait encore quelque chose à voir…

Le Rapport Parent était clair et nous devons l’être à sa suite : pas ques­tion de consi­dé­rer de haut la for­ma­tion tech­nique sous pré­texte de la gran­deur auto­pro­cla­mée de la culture clas­sique ou scien­ti­fique. Mais pas ques­tion, non plus, d’en faire une fina­lité en elle-même, comme si le tech­ni­cien ces­sait d’être humain aux portes de l’usine, du bureau, du ser­vice dont il a la charge.

Le Rapport Demers aussi est clair et nous devons conti­nuer de l’être à sa suite : ce n’est pas la « for­ma­tion géné­rale » qui est mena­cée, c’est le Cégep lui-même. Formation en entre­prise, col­lège tech­nique, exten­sion de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle secon­daire : la déqua­li­fi­ca­tion se pro­file à l’horizon. Quelle sera la « valeur ajou­tée » des for­ma­tions tech­niques, pour user des bor­bo­rygmes de nos Barbares, si on leur arrache leur sup­plé­ment d’âme qui hisse l’individu-marchandise, voué aux aléas des rap­ports de force éco­no­miques, au statut d’être humain-tra­vailleur, dédié à l’autonomie ? Que res­tera-t-il de l’idéal d’un enri­chis­se­ment de la culture géné­rale par les apports de la culture tech­nique si on laisse à ceux qui ne pensent pas, mais comptent, le soin de fixer les normes des pro­grammes ? Que pourra bien forger Héphaïstos si, dans la nuit de son ate­lier, on le prive du feu sacré ? Purgée de sa sub­stance, la coquille vide de l’institution ne tien­dra pas sous le poids des mytho­manes de la finance. Et nous serons tous broyés.

Pour la suite du monde

En somme, le Rapport Demers ne nous pro­pose rien de ce qui fait un monde. C’est ça, sous ses airs lyriques, gran­di­lo­quents, insou­te­nables pour la prose tech­no­cra­tique, la fin du monde : la fin des condi­tions par les­quelles un monde peut être un monde ; un passé, un avenir ; une culture, un projet. Du temps, sur­tout, tant sur le plan indi­vi­duel qu’institutionnel, pour murir. Avec sa rhé­to­rique de l’urgence, de l’adaptation immé­diate aux trans­for­ma­tions éco­no­miques anti­ci­pées et de la désyn­chro­ni­sa­tion des durées de for­ma­tion, du temps, c’est ce que ne nous offre pas le Rapport Demers. La fin du monde, sans plus ni moins, parce qu’on nous impose la des­truc­tion de l’une des ins­ti­tu­tions dans les­quelles s’était cris­tal­lisé le projet de faire un monde.

En 2012, rap­pe­lons-nous, nos étu­diants nous ont servi une leçon de démo­cra­tie. Alors que le pou­voir ne se disait atten­tif qu’à ceux qui se taisent, tout entier à l’écoute de la majo­rité dite silen­cieuse, c’est-à-dire tout entier à l’écoute des ven­tri­po­tents ven­tri­loques qui, reti­rant le pain, encombrent de mots la bouche des sans-voix, ils ont osé parler, scan­der, hurler la défense de leur accès à l’institution. Peut-être est-il temps que nous leur mon­trions que nous avons appris la leçon, cette fois, pour défendre l’institution elle-même. Contre le Rapport Demers et pour la suite du monde.

Jean-François Fortier Professeur de socio­lo­gie, Cégep de Sherbrooke

Février 2015

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