Démocratie, entre dérives et recomposition

De la perversion de la démocratie

Histoire et théorie

Par Mis en ligne le 14 janvier 2020

Prenons garde sous cou­vert de défense de l’individualisme

à ne pas favo­ri­ser en fait l’expansion du par­cel­li­ta­risme,

cette autre forme de décom­po­si­tion de la démo­cra­tie.

Alain Caillé[2]

Si la fin de la guerre froide sem­blait annon­cer le triomphe de la démo­cra­tie dans le monde, force est de consta­ter que ce n’est pas tant la société démo­cra­tique, revi­go­rée par l’échec du tota­li­ta­risme, qui s’est impo­sée qu’une « société de marché » qui tend plutôt à décom­po­ser de l’intérieur les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques. D’une « éco­no­mie de marché » encas­trée par un État-pro­vi­dence d’inspiration key­né­sienne (1945-1975), nous sommes passés à la société de marché d’inspiration néo­li­bé­rale qui imbrique l’État dans le marché, comme si l’État était une entre­prise comme une autre. En ce sens, le néo­li­bé­ra­lisme n’est plus une option idéo­lo­gique et par­ti­sane parmi d’autres pos­sibles, mais bien l’expression d’une « hégé­mo­nie » (Antonio Gramsci) ou d’une « gou­ver­ne­men­ta­lité » (Michel Foucault) qui façonne nos socié­tés.

Dans la société de marché, l’État est une entre­prise comme les autres

Cette conquête néo­li­bé­rale n’est pas le fruit d’une stra­té­gie élec­to­rale bien orches­trée, mais l’aboutissement d’une « longue marche à tra­vers les ins­ti­tu­tions », sou­te­nue et finan­cée par une myriade d’organisations, et en amont par quelques fon­da­tions richis­simes comme celles des Frères Koch ou de John Templeton aux États-Unis[3]. Or, contrai­re­ment aux inten­tions des auteurs néo­li­bé­raux, l’ordre néo­li­bé­ral n’a pas réduit la taille de l’État, il a plutôt engen­dré une bureau­cra­ti­sa­tion tous azi­muts de la société[4] d’une manière moins ver­ti­cale (hié­rar­chique) qu’horizontale (rhizomique/​réseaux) en mul­ti­pliant par­tout les contrôles (audits, red­di­tions de comptes, contrôle de la qua­lité, codes éthiques, etc.) confor­mé­ment aux impé­ra­tifs capi­ta­listes de la société de marché. Ainsi, le sys­tème bureau­cra­tique se déve­loppe, alors que plus rien ni per­sonne ne semble vou­loir ou pou­voir le maî­tri­ser. Bien que nous soyons tou­jours for­mel­le­ment en régime démo­cra­tique, nous avons néan­moins le sen­ti­ment d’être de moins en moins gou­ver­nés démo­cra­ti­que­ment en raison de la concen­tra­tion du pou­voir poli­tique (gou­ver­ne­men­tal) indis­so­ciable de la bureau­cra­ti­sa­tion du monde[5]. Ainsi, la démo­cra­tie semble se vider de son contenu, se dis­soudre dans cette société de marché bureau­cra­ti­sée. Notre thèse est que nous assis­tons pro­gres­si­ve­ment à l’émergence d’une tyran­nie inédite qui, bien qu’opposée au tota­li­ta­risme d’hier, n’en par­tage pas moins des carac­té­ris­tiques com­munes trou­blantes. Tel est, en effet, le constat qui se dégage de l’analyse de nom­breux auteur-e-s dans les domaines des sciences sociales et de la phi­lo­so­phie. Si cer­tains qua­li­fient les trans­for­ma­tions actuelles de « post­dé­mo­cra­tiques », de « démo­cra­tie post­to­ta­li­taire » ou de « tota­li­ta­risme inversé », nous pré­fé­rons uti­li­ser le concept de par­cel­li­ta­risme dans le cadre de cet article pour carac­té­ri­ser l’actuelle per­ver­sion de la démo­cra­tie dans la société de marché[6]. Le socio­logue Alain Caillé défi­nit ainsi le par­cel­li­ta­risme :

le triomphe absolu de l’analytique sur le syn­thé­tique, le mou­ve­ment per­ma­nent qui tend à décom­po­ser toute chose, tout sujet col­lec­tif, ins­ti­tu­tions ou orga­ni­sa­tions, tout indi­vidu, tout savoir, tout pou­voir, tout ter­ri­toire ou tout espace de temps, etc., en par­celles, en pos­tu­lant que cette désa­gré­ga­tion est bonne par elle-même et sans se sou­cier a priori de la liai­son sou­hai­table entre les par­celles ainsi libé­rées[7].

La démo­cra­tie contre le tota­li­ta­risme ou la ques­tion du poli­tique

« La poli­tique a-t-elle “encore” un sens ? » se deman­dait Hannah Arendt[8], figure intel­lec­tuelle incon­tour­nable du XXe siècle, recon­nue pour la pro­fon­deur de sa réflexion sur le tota­li­ta­risme. Cette ques­tion nous semble tou­jours aussi per­ti­nente à l’ère de la glo­ba­li­sa­tion et de ses mul­tiples crises sys­té­miques. La poli­tique, disait-elle, réside dans un espace public de déli­bé­ra­tion à partir duquel s’exprime la plu­ra­lité, la liberté et la réci­pro­cité. Dans cette pers­pec­tive qui fait de la poli­tique un lieu inter­mé­diaire entre les humains, nous rete­nons cette défi­ni­tion large de la poli­tique comme « un pro­ces­sus par lequel un groupe de gens dont les opi­nions et les inté­rêts sont ini­tia­le­ment diver­gents par­viennent à des déci­sions et choix col­lec­tifs qui s’imposent au groupe et qui sym­bo­lisent une poli­tique com­mune[9] ». Si l’on accepte cette défi­ni­tion de la poli­tique, nous pou­vons conclure au carac­tère essen­tiel­le­ment apo­li­tique des régimes tota­li­taires, fas­cistes comme com­mu­nistes[10]. En effet, le tota­li­ta­risme, en reje­tant la divi­sion sociale et la conflic­tua­lité intrin­sèque à toute société, s’oppose de facto à la plu­ra­lité humaine. En ce sens, nous par­ta­geons la défi­ni­tion de Claude Lefort du tota­li­ta­risme comme une « pré­ten­tion doc­tri­nale, phi­lo­so­phique, poli­tique ou idéo­lo­gique à englo­ber la tota­lité de la vie natio­nale (reli­gieuse, poli­tique, éco­no­mique, artis­tique, syn­di­cale, etc.) dans un monisme du pou­voir et de la vision du monde, en usant le cas échéant de l’arme de la ter­reur[11]». C’est le monisme qui se réa­lise à tra­vers les carac­té­ris­tiques des régimes tota­li­taires que sont le parti unique, le culte de la per­son­na­lité, l’endoctrinement des masses, la pra­tique sys­té­ma­tique de la déla­tion et de la dénon­cia­tion, les camps de concen­tra­tion et d’extermination.

L’origine du tota­li­ta­risme et ses rap­ports au poli­tique

Hannah Arendt a retracé la généa­lo­gie du phé­no­mène tota­li­taire dans la conjonc­tion de l’entreprise colo­niale, de l’antisémitisme et de l’impérialisme comme phase de domi­na­tion poli­tique de la bour­geoi­sie. Mais les ori­gines du tota­li­ta­risme pour­raient bien se trou­ver plus loin, à l’époque de l’absolutisme royal qui a donné nais­sance à l’État moderne[12]. Le fil qui relie l’absolutisme royal aux tota­li­ta­rismes du XXe siècle rési­de­rait, à notre avis, dans la dérive de la raison d’État, impu­table à la concen­tra­tion élevée et incon­trô­lée des pou­voirs poli­tiques. L’absolutisme royal d’un Louis XIV reven­di­quant une « sou­ve­rai­neté une et indi­vi­sible » repré­sente une étape déci­sive dans la for­ma­tion de l’État moderne, mais il est lui-même le résul­tat d’une dyna­mique euro­péenne mar­quée par les impé­ra­tifs de concur­rence, d’expansion et de concen­tra­tion des pou­voirs poli­tiques jusqu’alors dis­sé­mi­nés sur le conti­nent dans le cadre du régime féodal. Des œuvres clas­siques en sciences sociales comme celles de Max Weber et Norbert Elias ont expli­qué en quoi cette dyna­mique ten­dait à la mono­po­li­sa­tion de la vio­lence phy­sique légi­time (l’armée natio­nale), de la fis­ca­lité (l’impôt natio­nal) et de la vie cultu­relle (l’identité natio­nale et l’imposition d’une langue natio­nale) sur un ter­ri­toire natio­nal. Cette dyna­mique trouve un contexte favo­rable dans le nou­veau sys­tème qui s’est mis en place avec la Conquête des Amériques et l’ère colo­niale qui s’en suivra. En d’autres mots, l’histoire de la concen­tra­tion des pou­voirs poli­tiques culmi­nant dans la for­ma­tion de l’État moderne est liée au déve­lop­pe­ment de l’économie de marché capi­ta­liste, sti­mu­lée par les oppor­tu­ni­tés com­mer­ciales du sys­tème mon­dial à l’époque de la Conquête.

Mais reve­nons main­te­nant à la ques­tion poli­tique du tota­li­ta­risme. Nous savons que les régimes poli­tiques les plus meur­triers sont pré­ci­sé­ment ceux qui ont atteint un niveau élevé et incon­trôlé de concen­tra­tion des pou­voirs poli­tiques. Ce sont les gou­ver­ne­ments de régimes tota­li­taires et colo­niaux qui ont assas­siné le plus grand nombre de leurs citoyens et citoyennes, soit, selon des esti­ma­tions conser­va­trices du poli­to­logue R. J. Rummel, plus de 220 mil­lions d’êtres humains[13]. Pour para­phra­ser Lord Acton (à propos de la cor­rup­tion poli­tique), force est de consta­ter que si le pou­voir tue, le pou­voir absolu tue abso­lu­ment. Ainsi, les méca­nismes de réduc­tion et de limi­ta­tion du pou­voir poli­tique en régime démo­cra­tique sont des rem­parts indis­pen­sables pour pro­té­ger les citoyens et les citoyennes de la vio­lence poten­tielle du monstre tota­li­taire qui som­meille dans l’État moderne. Précisons que ce danger ne peut exis­ter indé­pen­dam­ment du pou­voir éco­no­mique.

À la lumière de l’expérience tota­li­taire, la désaf­fec­tion actuelle pour la poli­tique et la crise de légi­ti­mité qui frappe les acteurs et les ins­ti­tu­tions poli­tiques a de quoi inquié­ter. Cela d’autant plus que nous n’avons pas su tirer les leçons prin­ci­pales du tota­li­ta­risme du XXe siècle. En effet, il est un autre pou­voir dont le carac­tère illi­mité et absolu ne semble pas sus­ci­ter la même méfiance que le pou­voir poli­tique : le pou­voir éco­no­mique. Celui-ci se fonde sur une dyna­mique d’accumulation du capi­tal dont l’équivalent dans la sphère poli­tique serait la concen­tra­tion des pou­voirs qui peut mener au tota­li­ta­risme. Qu’il s’agisse de la poli­tique ou de l’économique, le cœur du pro­blème est tou­jours celui de l’« illi­mi­ta­tion » (au sens grec de l’hubris, la déme­sure), c’est-à-dire l’absence de limites de notre puis­sance d’agir et de vivre. Contrôler le pou­voir de l’État dans les limites qui lui sont démo­cra­ti­que­ment pres­crites ne suf­fira pas à pré­ve­nir la tyran­nie tota­li­taire si le pou­voir éco­no­mique qui le nour­rit demeure illi­mité et incon­trôlé. Il faudra trans­po­ser le contrôle et la limi­ta­tion des pou­voirs poli­tiques dans la sphère éco­no­mique si nous sou­hai­tons éviter une dis­so­lu­tion de la démo­cra­tie sous la pres­sion conjointe de la concen­tra­tion des pou­voirs poli­tiques et de l’accumulation du capi­tal. Nous assis­tons déjà au ren­ver­se­ment de notre puis­sance d’agir col­lec­tive et citoyenne en une impuis­sance fatale devant le spec­tacle, tou­jours plus déso­lant, de la des­truc­tion de la nature et des socié­tés. C’est en ce sens que l’on devrait com­prendre que la société peut consti­tuer un contre-pou­voir à l’État et au marché et qu’elle est une néces­sité démo­cra­tique, comme l’ont bien expli­qué l’anthropologue Pierre Clastres et le phi­lo­sophe Miguel Absensour[14].

Malheureusement, la limi­ta­tion du pou­voir éco­no­mique ne semble pas être au pro­gramme poli­tique. Au contraire, nous assis­tons à l’imbrication pro­gres­sive de toutes les sphères de l’existence sociale (culture, science, tech­nique, poli­tique, sport, reli­gion, etc.) dans l’économique. C’est en cela qu’on peut y voir un tota­li­ta­risme inversé, puisque le tota­li­ta­risme enfer­mait la plu­ra­lité humaine dans la poli­tique.

Pervertissement de la démo­cra­tie

Ainsi, le règne poli­tique des Berlusconi, Harper ou Bush de ce monde (et que dire de la vic­toire d’un Donald Trump ?) n’est peut-être pas qu’un simple acci­dent de par­cours. Nous avons le désa­gréable sen­ti­ment qu’il s’agit plutôt d’un phé­no­mène pro­fond, à savoir l’émergence d’une forme poli­tique, sociale et sym­bo­lique radi­ca­le­ment nou­velle. Une forme qui est, à maints égards, dia­mé­tra­le­ment oppo­sée au tota­li­ta­risme d’hier, mais qui, sur d’autres aspects, en reprend des traits fon­da­men­taux. Une forme qui se tient aussi éloi­gnée de la démo­cra­tie que le fut le tota­li­ta­risme tout en se gref­fant, comme lui, sur l’idéal démo­cra­tique afin de récu­pé­rer, détour­ner et per­ver­tir la puis­sance de la légi­ti­mité démo­cra­tique. Rousseau ne s’était pas trompé en disant que la loi du plus fort est impuis­sante à se trans­for­mer en droit ; la force ne fait pas droit, puisque « les hommes ne s’inclinent que devant les puis­sances légi­times[15]». D’où l’importance de la pro­pa­gande, y com­pris en démo­cra­tie.

Dans l’article qu’ils rédigent ensemble en 1932, La doc­trine du fas­cisme, Gentile et Mussolini pré­sentent leur concep­tion du tota­li­ta­risme comme suit : « Pour le fas­ciste tout est dans l’État et rien de spi­ri­tuel, pour autant qu’il ait de la valeur, n’existe en dehors de l’État. Dans ce sens le fas­cisme est tota­li­taire et l’État fas­ciste, syn­thèse et unité de toute valeur, inter­prète, déve­loppe et donne puis­sance à la vie tout entière du peuple[16]». Ils pré­cisent que « le fas­cisme est opposé à la démo­cra­tie » (en tant que règne de la majo­rité) tout en affir­mant dans la même phrase et sans crainte de se contre­dire, que « le fas­cisme est au contraire la forme la plus pure de la démo­cra­tie[17]». Voilà, dans le dis­cours, l’annonce de la récu­pé­ra­tion et du per­ver­tis­se­ment de l’idéal démo­cra­tique.

L’expérience tota­li­taire nous a ensei­gné qu’elle n’avait rien à voir avec la démo­cra­tie réelle. Un régime démo­cra­tique peut porter en son sein un gou­ver­ne­ment plus ou moins démo­cra­tique (ou autoritaire/​réactionnaire) selon ses pen­chants oli­gar­chiques, plou­to­cra­tiques, tech­no­cra­tiques, bureau­cra­tiques ou popu­listes. Mais lorsque le régime devient tota­li­taire, la réa­lité n’a alors plus rien à voir avec la démo­cra­tie. Avec le tota­li­ta­risme, la démo­cra­tie atteint son point limite. En d’autres mots, il n’est plus ques­tion de démo­cra­tie cor­rom­pue par l’autoritarisme ; le tota­li­ta­risme incarne la néga­tion de la démo­cra­tie au nom de l’idéal démo­cra­tique. Ce n’est pas un nou­veau tota­li­ta­risme qui est en train d’émerger, mais plutôt une forme inédite de tyran­nie qui s’oppose dia­mé­tra­le­ment à lui, tout en lui res­sem­blant. Non pas un tota­li­ta­risme inversé, com­plé­men­taire ou opposé, mais, sug­gé­rons-nous, un par­cel­li­ta­risme.

Partant de la défi­ni­tion d’Alain Caillé déjà citée, le par­cel­li­ta­risme pro­cède à la dis­so­lu­tion de l’effort de syn­thèse (régu­la­tion) poli­tico-ins­ti­tu­tion­nelle de la démo­cra­tie moderne dans l’économique et l’individualisme (l’individu conçu comme entre­pre­neur de lui-même, comme achè­ve­ment de la méta­phy­sique de l’Homo oeco­no­mi­cus). Au royaume de l’hyperindividualisme se cache l’oubli de la société et du sens poli­tique, comme si la liberté indi­vi­duelle était réa­li­sable sans liberté col­lec­tive et sans appar­te­nance à une vie com­mune sur un ter­ri­toire donné, comme si la société ne pou­vait plus offrir les condi­tions néces­saires à l’autonomie indi­vi­duelle. Friedrich Hayek, qui a ins­piré tout le cou­rant néo­li­bé­ral, affir­mait que la recherche de la jus­tice sociale menait tout droit à la ser­vi­tude tota­li­taire. Inutile de pré­ci­ser que la construc­tion de sa pensée avait pour point départ la peur du bol­che­visme ; il oppose l’individualisme au col­lec­ti­visme, la spon­ta­néité du marché libre à la pla­ni­fi­ca­tion rigide de l’État, etc. Bref, son néo­li­bé­ra­lisme est une inver­sion nor­ma­tive et idéo­lo­gique du tota­li­ta­risme et, ce fai­sant, il en repro­duit les traits essen­tiels en dis­sol­vant le poli­tique et toutes les autres sphères socié­tales dans l’économique. La peur de la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat a trans­formé le socia­liste modéré qu’était Hayek en libé­ral fana­tique[18]. Le par­cel­li­ta­risme et sa légi­ti­ma­tion néo­li­bé­rale consti­tuent bien une per­ver­sion de l’idéal démo­cra­tique[19]. En ce sens, c’est une forme de des­po­tisme doux, comme l’avait pres­senti Tocqueville : « J’ai tou­jours cru que cette sorte de ser­vi­tude, réglée, douce et pai­sible […] pour­rait se com­bi­ner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes exté­rieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impos­sible de s’établir à l’ombre même de la sou­ve­rai­neté du peuple[20]». Reste main­te­nant à savoir com­ment nous pour­rons sortir de la per­ver­sion par­cel­li­taire de la démo­cra­tie.

  1. Jean-Pascal Larin[1] est pro­fes­seur de science poli­tique au cégep Édouard-Montpetit.

  2. Alain Caillé, « Individualisme ou par­cel­li­ta­risme ? Quelques incer­ti­tudes », Revue du MAUSS per­ma­nente, 28 février 2008, <www​.jour​nal​du​mauss​.net/​?​I​n​d​i​v​i​d​u​a​l​i​s​m​e​-​o​u​-​p​a​r​c​e​l​l​i​t​a​risme>.
  3. Susan George, La pensée enchaî­née. Comment les droites laïques et reli­gieuses se sont empa­rées de l’Amérique, Paris, Fayard, 2007.
  4. Une des meilleures études sur la révo­lu­tion bureau­cra­tique dans la lignée de Max Weber et Michel Foucault est celle de Béatrice Hibou, La bureau­cra­ti­sa­tion du monde à l’ère néo­li­bé­rale, Paris, La Découverte, 2012.
  5. C’est la thèse de Pierre Rosanvallon, Le bon gou­ver­ne­ment, Paris, Seuil, 2015.
  6. Nous ren­voyons aux ouvrages de Colin Crouch, Post-Democracy, Cambridge, Polity Press, 2004 et de Jean-Pierre Le Goff, La démo­cra­tie post-tota­li­taire, Paris, La Découverte, 2003, à celui de Shledon S. Wolin, Democracy Incorporated. Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarianism, Princeton (NJ), Princeton University Press, 2008 et Alain Caillé, « Démocratie, tota­li­ta­risme et par­cel­li­ta­risme », Revue du MAUSS/​La Découverte, vol. 1, n° 25, 2005, p. 95-126.
  7. Caillé, ibid., p. 125.
  8. Hannah Arendt, La poli­tique a-t-elle encore un sens ?, Paris, L’Herne, 2007.
  9. « La poli­tique », dans Dictionnaire de la pensée poli­tique. Hommes et idées, Paris, édi­tions Hatier (trad. The Blackwell Encyclopedia of Political Though), 1989, p. 604.
  10. Miguel Abensour, « D’une mésinterprétation du tota­li­ta­risme et de ses effets », dans Enzo Traverso, Le tota­ta­li­ta­risme. Le XXe siècle en débat, Paris, Seuil, 2001.
  11. Claude Lefort, L’invention démo­cra­tique. Les limites de la domi­na­tion tota­li­taire, Paris, Fayard, 1981.
  12. Jacques Ellul, « ABSOLUTISME », dans Encyclopaedia Universalis​.fr, <www​.uni​ver​sa​lis​.fr/​e​n​c​y​c​l​o​p​e​d​i​e​/​a​b​s​o​l​u​t​isme/>.
  13. Sur un total mon­dial de 262 mil­lions. Voir Rudolf Joseph Rummel, « 20th cen­tury demo­cide », dans Power kills [en ligne], <www​.hawaii​.edu/​p​o​w​e​r​k​i​l​l​s​/​2​0​T​H.HTM> ainsi que « Le nou­veau concept de démo­cide », dans Israël W.Charny (dir.), Le livre noir de l’humanité. Encyclopédie mon­diale des géno­cides, Toulouse, Privat, 2001, p. 45-66.
  14. Miguel Abensour, La Démocratie contre l’État. Marx et le moment machia­vé­lien, Paris, Éditions du Félin, 2004.
  15. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Livre 1, III, 1762, <http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​R​o​u​s​s​e​a​u​_​j​j​/​c​o​n​t​r​a​t​_​s​o​c​i​a​l​/​c​o​n​t​r​a​t​_​s​o​c​i​a​l​.html>.
  16. Dans Enzo Traverso, Le tota­li­ta­risme. Le XXe siècle en débat, Paris, Seuil, 2001, p. 126-127.
  17. Ibid., p. 127.
  18. C’est ce qu’on apprend dans le 5e épi­sode (sur 6) de la série docu­men­taire Capitalisme : Keynes/​Hayek : un combat truqué ?, réa­lisé par Ilan Ziv, Arte, 2014, 312 min.
  19. Caillé, op.cit.
  20. Alexis de Tocqueville, De la démo­cra­tie en Amérique, tome II, Paris, Gallimard, 1961, p. 323.

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