De la dignité des peuples

Par Mis en ligne le 12 août 2015

Sur le ter­ri­toire du Québec et du Canada vivent plu­sieurs peuples qui sont tous, si on me passe l’expression, copro­prié­taires des lieux. C’est le point de départ néces­saire pour ima­gi­ner un autre chemin vers l’émancipation. Cette ques­tion de la « copro­priété » débouche sur une autre, la « cosou­ve­rai­neté ». Les peuples sont par prin­cipe sou­ve­rains : on appelle cela, depuis long­temps, le droit à l’autodétermination. Les mou­ve­ments popu­laires ont fait la preuve, mille fois plutôt qu’une, qu’un peuple qui ne res­pecte pas la dignité des autres peuples, qui n’accepte pas le droit à l’autodétermination, ne peut pas être libre. Une libé­ra­tion sociale ou natio­nale qui se fait sur le dos d’autres peuples est vouée à l’échec, d’une part parce que cela abou­tit à violer les prin­cipes mêmes sur les­quels cette volonté de liberté est construite, d’autre part parce que les domi­nants finissent tou­jours par uti­li­ser ces conflits intra peuples à leur avan­tage.

Une fois dit cela, com­ment faire concrè­te­ment ? Comment concré­ti­ser la cosou­ve­rai­neté sur un ter­ri­toire comme le Québec par exemple ? La pre­mière erreur à éviter, c’est de penser que les peuples sont prêts à « tro­quer » leurs droits. On pense qu’on peut « ache­ter » ces droits, avec par exemple, plus de rede­vances sur les res­sources. C’est tra­di­tion­nel­le­ment la tac­tique des gou­ver­ne­ments. Une autre erreur est de hié­rar­chi­ser ces droits : cer­tains peuples ont « vrai­ment » le droit à l’autodétermination, et d’autres ne l’ont pas, parce qu’ils sont peu nom­breux, parce qu’ils ont perdu en partie leur iden­tité, etc. Des socia­listes ont sou­vent commis cette erreur.

Si on se recon­naît comme peuple, il n’y pas 56 manières. Il faut que cette recon­nais­sance aille jusqu’au bout, ce qui veut dire le droit de consti­tuer un État sou­ve­rain. Ce qui ne veut pas dire que, néces­sai­re­ment, chaque peuple doit ériger des fron­tières et éta­blir des bar­rières phy­siques et poli­tiques. Des peuples sou­ve­rains peuvent penser que c’est une bonne idée de par­ta­ger un même ter­ri­toire, si et seule­ment si la dignité, et donc la sou­ve­rai­neté, de tout un chacun soient recon­nue. C’est en tout cas dans cette direc­tion que le peuple ati­ka­mekw semble aller en Mauricie où il est établi. Reconnaître les droits des Premiers Peuples, leur accor­der une pleine auto­no­mie gou­ver­ne­men­tale sur les ques­tions qui concernent l’identité (comme l’éducation par exemple) serait tout à fait pen­sable, comme semble vou­loir le dire Québec soli­daire entre autres. Les Premiers Peuples devraient avoir le droit de négo­cier avec le pou­voir qué­bé­cois sur l’utilisation de leur ter­ri­toire et de ses res­sources. Il fau­drait aller dans le sens d’une décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs et inven­ter – le mot n’est pas popu­laire au Québec – un « néo-fédé­ra­lisme » basé sur l’acceptation des droits natio­naux, avec des sta­tuts consé­quents recon­nus inter­na­tio­na­le­ment. C’est loin d’être uto­pique sachant que l’opinion a évolué, que la sou­ve­rai­neté qué­bé­coise ne peut aller nulle part sans le feu vert, voire l’appui expli­cite des Premiers Peuples. C’est un beau défi en tout cas qui reste à décor­ti­quer…

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