De colère et d’espoir

Par Mis en ligne le 26 janvier 2012

Selon Le Devoir d’hier, qui donne la parole à un mili­tant de Québec soli­daire, le Parti qué­bé­cois las­se­rait le champ libre à Québec soli­daire dans une dou­zaine de cir­cons­crip­tions aux pro­chaines élec­tions pro­vin­ciales.

Juste là-dessus, juste sur le nombre de cir­cons­crip­tions que le PQ aban­don­ne­rait à Québec soli­daire, il y a quelqu’un qui rêve en cou­leur quelque part.

Toujours selon le même infor­ma­teur, le PQ aban­don­ne­rait Gouin, Mercier, Laurier-Dorion, Rosemont, Outremont à Québec soli­daire. Outremont, on parle pour rien dire, mais le PQ aban­don­ne­rait Gouin et dépla­ce­rait Nicolas Girard pour lais­ser toute la place à Françoise David ? Nicolas Girard est un des rares dépu­tés du PQ à s’employer à faire son job de député de l’opposition plutôt qu’à foutre le bordel dans son parti. Le scan­dale des gar­de­ries, c’est lui ; c’est lui qui a eu la peau du ministre de la Famille, Tony Tomassi, et on le récom­pen­se­rait en l’exilant de « sa » cir­cons­crip­tion ?

Si c’est vrai, ça va encore plus mal qu’on le dit, au PQ.

J’ai entendu aussi que c’est dans Rosemont que le PQ serait prêt à ne pas pré­sen­ter d’adversaire à Mme David, pour peu qu’elle veuille bien s’y pré­sen­ter plutôt que dans Gouin. C’est à peine plus vrai­sem­blable. Je n’imagine pas Françoise David recu­ler devant un affron­te­ment avec Nicolas Girard dans une cir­cons­crip­tion pre­nable (il ne l’a battue que par un peu plus de 2000 voix en 2008). Je n’imagine pas Françoise David se faire élire par… des péquistes dans Rosemont. Pas qu’elle les haïsse, mais si elle a fondé Québec soli­daire, c’est pré­ci­sé­ment parce qu’elle rêve d’un autre Québec que celui des Bouchard, Facal, Legault, Landry, Boisclair, Rebello… dif­fé­rent aussi de celui de Mme Marois. Je vois mal Françoise aller remer­cier Mme Marois de son élec­tion.

Le rai­son­ne­ment vaut aussi pour la cir­cons­crip­tion de Mercier, où Amir Khadir l’a emporté par moins de 1000 voix. Amir comme Françoise incarnent leur parti, ils ne peuvent pas devoir leur élec­tion au PQ. Ces deux-là gagnent ou meurent. Ils n’ont pas droit aux trac­ta­tions épi­cières, c’est pas dans le pro­gramme du parti.

Plus j’y pense, plus cette idée d’une coa­li­tion cir­cons­tan­cielle est l’une de ces idées qui semblent tomber sous le sens de prime abord mais qui ne tiennent pas la route quand on y repense. Une coa­li­tion au nom de quoi, au juste ? Au nom de la sou­ve­rai­neté ? Une sou­ve­rai­neté de plus en plus orne­men­tale au PQ et une sou­ve­rai­neté qui, à Québec soli­daire, passe après le projet social ?

Sur un plan pure­ment élec­to­ra­liste, le PQ n’aurait pas tant à gagner. Trois ou quatre cir­cons­crip­tions, pas plus. Et Québec soli­daire aurait à perdre… son inno­cence.

Les gens qui ont voté Québec soli­daire en 2008 (sauf peut-être dans Mercier et Gouin, où ils pou­vaient entre­te­nir l’espoir d’une vic­toire) ne l’ont pas fait pour élire un député. Ils ont voté Québec soli­daire parce qu’ils sont de gauche.

Si, au nom d’un quel­conque pacte de non-agres­sion, Québec soli­daire ne pré­sente pas de can­di­dats dans cer­taines cir­cons­crip­tions pour ren­voyer ainsi l’ascenseur au PQ, dans ces cir­cons­crip­tions orphe­lines d’un can­di­dat de gauche, Québec soli­daire perdra toute cré­di­bi­lité.

Françoise et Amir vont me haïr (un peu plus, un peu moins!) mais, pour moi, l’élection de trois dépu­tés de QS aux pro­chaines élec­tions et l’obtention de 8% du vote au total serait une grande vic­toire pour leur parti. Trois dépu­tés pour foutre le bordel avec l’enthousiasme d’un Amir, je trou­ve­rais ça par­fait

Si le Parti qué­bé­cois fait élire 10 dépu­tés, c’est fini, on n’en parle plus. Québec soli­daire, c’est pas ça. C’est pas un parti, c’est une idée, une pensée qui n’a pas besoin de 40 dépu­tés pour vivre. C’est un parti de colère et d’espoir.

Un parti qui a le devoir d’être pré­sent dans toutes les cir­cons­crip­tions. Pour que ceux qui le sou­haitent, fussent-ils seule­ment 12 ou même 3, puissent voter pour la colère et l’espoir.

[…]

Extrait de la Chronique de Pierre Foglia, paru dans la La Presse, édi­tion du 19 jan­vier 2012

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