Crise financières et crise des sociétés financiarisées Vers une nouvelle « Grande Transformation » ?

Introduction

La crise financière qui sévit depuis l’été 2007, fait l’objet de nombreuses analyses et

interprétations divergentes quant à sa portée : simple turbulence du capitalisme ou

crise ultime. Au-delà de la solidité des modèles explicatifs qui peuvent être

confrontés, ce sont finalement les conséquences de cette crise qui trancheront. De

ce point de vue, elle apparaît dotée d’un potentiel de destruction particulièrement

élevé faisant craindre que de crise économique puis sociale, elle ne se mue en crise

politique.

Au cœur de ce potentiel se trouve le phénomène de financiarisation. Largement

analysé en matière de modalités de financement de l’activité des entreprises, il a été

presque totalement ignoré lorsqu’il concerne directement les particuliers. Il s’agit

pourtant des deux faces d’une même pièce. La financiarisation correspond en fait à

l’ensemble des contraintes à l’usage des outils bancaires et financiers pour satisfaire

les besoins de promotion ou de protection, que ces contraintes pèsent sur les Etats,

les entreprises (y compris celles bancaires) ou les particuliers.

Il est en effet aujourd’hui impossible pour un particulier de mener une vie normale

sans disposer d’un compte bancaire, d’un minimum de moyens de paiement

scripturaux et d’un accès approprié au crédit. Lorsque ce n’est pas le cas, les

difficultés se développent alimentant le processus d’exclusion sociale. Ce

mécanisme qui voit une personne ne plus pouvoir mener une vie normale en raison

de difficultés bancaires d’accès ou d’usage, correspond au processus d’exclusion

bancaire. Il découle de l’inadéquation entre la nécessité sociale pour tous de recourir

aux produits bancaires et la contrainte de rentabilité qui pèse sur les établissements

prestataires1. Mais ce phénomène n’est pas le résultat d’une coïncidence

malheureuse. Il découle de l’intensification de la financiarisation telle qu’elle est à

l’œuvre depuis le début des années 1980.

Intimement lié à l’intensification de la financiarisation, s’intéresser au processus

d’exclusion bancaire invite alors à plonger au cœur des mécanismes qui ont

provoqué l’apparition de la crise financière et surtout qui en expliquent son ampleur

et la violence de ses conséquences. Quelques rares travaux2, principalement aux

Etats-Unis, avaient d’ailleurs insistés dès le début des années 2000 sur les causes

structurelles du surendettement – l’une des dimensions du processus d’exclusion

1

G. Gloukoviezoff, 2008, L’exclusion bancaire des particuliers en France. Entre nécessite sociale et

contrainte de rentabilité, thèse de doctorat en économie, Université Lumière Lyon2.

2

T. Sullivan, E. Warren, J. Westbrook, 2000, The Fragile Middle Class Americans in Debt, New haven

et Londres: Yale University Press ; R. Manning, 2000, Credit Card Nation. The Consequences of

America’s Addiction to Credit, New York : Basic Books ; I. Ramsay, 2003, « Consumer Credit Society

and Consumer Bankruptcy in the Informational Economy », in : J. Niemi-KiesiLainen, I. Ramsay, et W.

Withford, Consumer Bankruptcy in Global Perspective, Oxford & Portland : Hart Publishing, pp 17-39.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

bancaire – qui devaient avant tout être considéré comme le symptôme d’un

dysfonctionnement social plus profond.

Cette contribution se propose alors d’interroger les liens entre financiarisation et

processus d’exclusion bancaire, et ainsi de dégager les raisons pour lesquelles les

conséquences de la crise financière pourraient aller au-delà du terrain économique

pour envahir celui politique. L’hypothèse centrale qui guide cette analyse est que les

évolutions connues au cours des 30 dernières années sont comparables à ce que

Karl Polanyi nomme « Transformation »3. Élaborée à partir de l’analyse des

évolutions économiques connues par les sociétés européennes à la fin du XIXe et au

début du XXe siècle, la « Transformation » correspond à la régulation croissante

d’éléments essentiels à la cohésion sociale selon une logique marchande. Une telle

évolution, socialement intenable, a débouché sur la « Grande Transformation »

réaction totalitaire et de nature politique à ses coûts sociaux.

La contribution s’organise en trois temps. Tout d’abord, il s’agit de proposer une grille

de lecture du processus d’intensification de la financiarisation (partie 1). Puis, cette

grille de lecture est appliquée aux évolutions connues par la société française depuis

les années 1950 expliquant le développement du processus d’exclusion bancaire

(partie 2). Enfin, à l’aide des travaux de Karl Polanyi4, les ressemblances et

spécificités de la période actuelle au regard de celles du début du XX siècle sont

mises en lumière afin de comprendre pourquoi ces mécanismes pourraient aggraver

rapidement les conséquences de la crise financière actuelle (partie 3).

Partie 1. Analyser le processus de financiarisation

C’est parce que les produits bancaires sont indispensable pour mener une vie

normale que le processus d’exclusion bancaire est un phénomène social. Sans cela,

il ne s’agirait que d’un problème marchand. Cette situation est le résultat de

l’intensification de la financiarisation qui correspond aux évolutions connue par

l’arrangement institutionnel qui caractérise un ordre monétaire propre à une société

donnée. Un préalable est alors de comprendre la dimension institutionnelle de la

monnaie et des produits bancaires et financiers.

1.1. Donner tout son sens au processus de financiarisation

Analyser le processus d’exclusion bancaire conduit à interroger la place des produits

bancaires dans la société française. Pour cela, il est indispensable de renoncer à la

vision simpliste et instrumentale de la monnaie pensée comme un outil strictement

économique à l’instar de ce que postule la « fable du troc ».

1.1.1. La monnaie : une institution sociale

Que ce soit au sein des sociétés anciennes ou modernes, la monnaie est une

institution sociale permettant de faire valoir ses droits et d’honorer ses obligations.

Elle est ainsi un élément clef de l’appartenance sociale en exprimant

l’interdépendance de tous5. Les travaux de Michel Aglietta et André Orléan montrent

en quoi la monnaie y est aujourd’hui plus encore qu’hier l’expression d’un besoin de

société et de protection6. En effet, les solidarités protectrices des sociétés

3

K. Polanyi, 1983, La grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps,

Paris : Gallimard.

4

K. Polanyi, 1975, « L’économie en tant que procès institutionnalisé », in : K. Polanyi et C. Arensberg

(eds.), Les systèmes économiques dans l’histoire et dans la théorie, Paris : Librairie Larousse, pp. 239-

260 ; 1983, op. cit.

5

Voir notamment sur ce point M. Algietta et A. Orléan (eds.), 1998, La monnaie souveraine, Paris :

Odile Jacob ; M. Aglietta et A. Orléan, 2002, La monnaie entre violence et confiance, Paris : Odile

Jacob ; I. Guérin, 2000, Pratiques monétaires et financières des femmes en situation de précarité,

Thèse de doctorat en économie, Lyon : Université Lumière Lyon2 ; J.-M. Servet, 2006, Banquier aux

pieds nus, Paris : Odile Jacob.

6

M. Aglietta et A. Orléan, 2002, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

traditionnelles, affaiblies au sein des sociétés modernes, sont progressivement

remplacées par le désir de richesse, richesse qui permet de se protéger de

l’incertitude marchande.

Moyen de règlement de l’ensemble des formes de dettes, la monnaie se voit doter

d’un pouvoir exceptionnel mais fondamentalement ambivalent. Elle est ainsi lien

social et promesse d’harmonie des échanges marchands et des relations sociales en

canalisant les désirs d’acquisition des personnes et en entretenant l’idéal

démocratique égalitaire grâce à la fiscalité. Mais, précisément en raison de son

pouvoir et de son rôle social, elle est simultanément un facteur de crises pouvant

affecter l’ensemble de la société.

Il devient alors évident que les règles et normes qui conditionnent l’accès et l’usage

de la monnaie, sont des éléments essentiels au développement harmonieux des

sociétés. La monnaie n’est pas neutre, elle influence directement le fonctionnement

de la société. C’est en ce sens qu’elle peut être considérée comme une institution

sociale7.

Plus largement, c’est au travers de l’ensemble des composantes de l’ordre monétaire

propre à une société donnée, qu’elle exprime ses qualités ce qui inclut les produits

bancaires. A l’instar de la monnaie dont ils sont le véhicule, ils sont également un

moyen de gestion de l’incertitude et d’expression de l’appartenance sociale.

En se détachant d’une lecture exclusivement instrumentale de la monnaie, il est

possible de saisir son rôle essentiel au sein des processus qui participent à la

cohésion et la reproduction des sociétés. Mais ce rôle n’est pas figé. Les rapports de

force entre groupes sociaux ou catégories sociales conditionnent les évolutions de

l’arrangement institutionnel qui caractérisent un ordre monétaire donné et sont

conditionnés en retour.

Ces évolutions peuvent s’étudier selon différentes perspectives8. Compte-tenu de la

problématique de cette contribution, c’est le point de vue du rôle joué par les produits

bancaires qui est privilégié en analysant le processus de financiarisation des

rapports sociaux.

1.1.2. De la financiarisation de l’économie à celle de la société

Si nous précisons « des rapports sociaux », c’est pour insister sur le fait que le

phénomène étudié ne se limite pas au recours croissant aux marchés financiers par

les entreprises pour se financer. Il s’agit là d’un des aspects de ce phénomène mais

qui est loin d’en épuiser la richesse.

Bien que ce sens étroit soit généralement retenu, certains auteurs en proposent une

lecture plus complète en s’inscrivant de fait à la suite des travaux de Georg Simmel

pour qui la diffusion de la monnaie reconfigure les rapports sociaux et  la hiérarchie

des valeurs9. Pour ces auteurs dont sont Bernard Perret10, Paul Dembinski11 ou

7

La monnaie est une institution sociale parce ce qu’elle ne se réduit pas à un instrument des relations

horizontales mais correspond également à un ensemble de règles qui détermine l’appartenance de

chacun à la société marchande. Cet ensemble de règles exerce de plus son influence de manière

durable sur le comportement des personnes, tout en étant influencée en retour par ces mêmes

comportements expliquant ses évolutions au cours du temps. Voir notamment A. Orléan, 1998, « La

monnaie autoréférentielle : réflexions sur les évolutions monétaires contemporaines », in : M. Aglietta et

A. Orléan (eds.), op. cit., pp. 359-356 ; I. Guérin, 2000, op. cit.

8

Michel Aglietta et André Orléan proposent ainsi une analyse des évolutions de l’ordre monétaire et des

formes de confiance qui le sous-tendent notamment au travers de l’étude des crises des systèmes

monétaires. Voir M. Aglietta et A. Orléan, 2002, op. cit. Voir également sur ce thème B. Théret (ed.),

2007, La monnaie dévoilée par ses crises. Crises monétaires d’hier et d’aujourd’hui, volume 1 et 2,

Paris : Editions de l’EHESS.

9

G. Simmel, 1999, Philosophie de l’argent, Paris : Presses Universitaires de France.

10

B. Perret, 1999, Les nouvelles frontières de l’argent, Paris : Seuil.

11

P. Dembinski, 2008, Finance servante ou finance trompeuse, Paris : Desclée de Brouwer.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

Frédéric Lordon12, la financiarisation correspond à l’influence croissante de la logique

financière marchande sur l’ensemble des composantes de la société. Elle est un

principe d’action basé sur la domination du critère d’efficacité assimilée à la

rentabilité des activités, et un horizon temporel ne dépassant pas le court terme.

Mais la financiarisation est également un principe d’organisation dans la mesure où

sa diffusion entraine une réorganisation systémique qui bouleverse aussi bien le

financement de l’économie que l’identité sociale des personnes et les modalités de

l’être ensemble.

La financiarisation tient donc d’une logique structurante en conformité avec l’analyse

menée sur la monnaie comme institution sociale. De manière complémentaire, les

travaux auxquels nous avons participé au sein du Centre Walras en 2004-200513

avaient conduit à insister sur le fait que la financiarisation implique les différentes

composantes de l’ordre monétaire et pas seulement les marchés financiers. Selon

Jean-Michel Servet, quatre formes de l’institution monétaire participant à cette

évolution sont à distinguer : la monétarisation des dépenses en est la forme

élémentaire ; l’intensification de l’intermédiation des moyens de paiement, de

l’épargne et des prêts, ainsi que l’évolution des modalités de protection sociale et

contre les risques en sont les deux vecteurs principaux ; enfin la dernière forme en

est la conséquence et correspond à « l’essor d’une économie de placements et de

spéculations »14. C’est l’articulation des quatre éléments qui rend compréhensibles

les diverses contraintes au recours aux instruments monétaires et financiers qui

pèsent sur les individus, entreprises ou nations, et leurs conséquences.

C’est ainsi à partir de ces différents travaux portant sur des facettes de la

financiarisation telle qu’elle se développe aujourd’hui que la nécessité d’une grille de

lecture qui en donne à voir les permanences structurelles, s’est imposée.

1.2. Une grille de lecture originale

Établir une grille de lecture du processus de financiarisation à partir des apports des

lectures précédentes, suppose d’en distinguer les composantes qui sont

implicitement mêlées. Sans cela, l’analyse est en partie aveugle aux alternatives et

réduit l’importance du politique au sein de ces évolutions alors même que ces

chercheurs la soulignent explicitement. C’est cet écueil que nous tentons d’éviter en

distinguant besoins, formes et logiques du processus de financiarisation.

1.2.1. Les besoins sociaux et les formes de la financiarisation

Tout d’abord, l’intensification du processus de financiarisation correspondant à la

contrainte croissante de recourir aux instruments monétaires et financiers pour

satisfaire un ensemble toujours plus vaste de besoins sociaux. Il importe donc de

définir ces besoins. A la suite des travaux d’Amartya Sen sur les capabilités15, nous

les assimilons à la possibilité de faire valoir ses droits et d’honorer ses obligations

afin de mener une vie normale. Deux principaux groupes peuvent alors être

distingués selon qu’ils impliquent ou non la gestion d’un rapport au temps et

l’incertitude afférente :

En l’absence de ce rapport au temps, il s’agit des besoins de perception et de

mise en circulation des signes monétaires. Ce type de besoin correspond par

12

F. Lordon, 2000, Fonds de pension : piège à con, Paris : Raisons d’agir ; 2008b, Jusqu’à quand ?

Pour en finir avec les crises financières, Paris : Raisons d’agir.

13

Voir les introductions générales des rapports du centre Walras 2004 et 2005. I. Guérin et J.-M. Servet

(éd.) (2004), Exclusion et liens financiers Rapport du Centre Walras 2003, Paris : Economica, pp.4-20.

G.Gloukoviezoff (ed.), (2005), Exclusion et liens financiers. L’exclusion bancaire des particuliers.

Rapport du Centre Walras 2004, Paris : Economica.

14

J.-M. Servet, 2006, op. cit., p. 40

15

A. Sen, 1999, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Paris : Odile Jacob.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

exemple à la perception du salaire sur un compte de dépôt ou de la

réalisation d’un paiement grâce à un chèque.

Lorsque le rapport au temps est présent, il s’agit de la satisfaction des

besoins de promotion et de protection. C’est le besoin de promotion qui est

satisfait lorsqu’un crédit est utilisé pour acquérir un véhicule censé améliorer

l’employabilité de la personne. En revanche, lorsque ce crédit est utilisé pour

faire réparer le véhicule et conserver son emploi, il s’agit alors de la

satisfaction du besoin de protection dans la mesure où la finalité est d’éviter

la dégradation de la situation.

La satisfaction du second type de besoin implique nécessairement, à des degrés

divers, celle du premier type mais la réciproque n’est pas vérifiée.

Ensuite, il convient de distinguer les différentes formes de la financiarisation. Il s’agit

de permanences historiques16 dont l’importance relative varie au cours du temps

mais qui sont constitutives d’un ordre monétaire. Elles sont au nombre de trois. La

monétarisation qui correspond à la diffusion de la monnaie sous une forme fiduciaire

(pièces et billets), et constitue le socle de tout ordre monétaire. Le deuxième niveau

correspond à l’intermédiation : un intermédiaire, par exemple une banque, intervient

entre la personne et son argent pour la satisfaction de ses besoins. Enfin le troisième

niveau qui suppose les deux précédents, est celui de la financiarisation à proprement

parler. A ce dernier niveau, les besoins individuels sont mis en interrelation par une

entité représentation du collectif. Cette entité organise cette interrelation mais ne

satisfait pas directement les besoins individuels. Il peut s’agir des marchés financiers

mais également d’un Etat planificateur.

À ce stade du raisonnement, il est possible de proposer une première représentation

graphique du processus de financiarisation (schéma 1).

Schéma 1 : Besoins et formes de la financiarisation

Les flèches qui relient les différentes formes de la financiarisation soulignent

l’influence que chacune d’elles exerce sur les deux autres. Cette influence peut être

de nature technique mais elle est aussi et surtout de l’ordre des logiques qui reflètent

la hiérarchie de valeurs dont cet ordre monétaire tire sa légitimité. Après les besoins

et les formes du processus de financiarisation, il faut donc à présent se pencher sur

les logiques qui l’animent.

1.2.2. Les logiques de la financiarisation

Les travaux de Karl Polanyi17 fournissent une grille de lecture des logiques à l’œuvre.

Il distingue en effet trois principes d’intégration économique correspondent à des

modalités d’affectation des ressources : la redistribution, le marché et la réciprocité.

– Le principe de redistribution fait primer l’intérêt collectif sur le reste. La

production et la circulation des richesses sont organisées selon une logique

de centricité qui les voit converger vers le centre puis en repartir.

– Le principe de marché fait primer l’intérêt individuel en niant l’existence d’un

tout social qui soit plus que la somme des parties. Il n’y a pas de solidarité

mais une interdépendance intéressée. La logique qui anime la production des

richesses et leur circulation est l’équivalence des transactions fondées sur la

logique de l’intérêt individuel.

– Le principe de réciprocité se fonde sur la reconnaissance de la

complémentarité d’éléments distincts et s’inscrit volontairement dans une

totalité pensée comme telle. La production et la circulation des richesses sont

animées par la logique de la symétrie qui voit chacun s’acquitter de ses

obligations selon ses capacités18. « Lorsque la réciprocité est la forme

d’intégration, les équivalences déterminent la quantité qui est « appropriée »

par rapport à la partie qui occupe une place symétrique »19. Le principe de

réciprocité suppose ainsi que les échanges interindividuels intègrent de

manière consciente l’intérêt collectif et le souci d’autrui. Il est donc la

reconnaissance et la traduction des droits et obligations d’un groupe faisant

totalité. Il est l’expression de la solidarité de ses membres.

Ce sont ces principes ou logiques qui animent les différentes formes de la

financiarisation. Ils sont tous trois toujours simultanément présents, l’un dominant les

deux autres. Les travaux sur la financiarisation présentés précédemment analysent

ainsi une financiarisation dominée (et le mot est faible) par la logique marchande.

Les variations de leur influence relative ont ainsi des conséquences significatives sur

la cohésion sociale et les modalités de reproduction des sociétés.

Afin d’illustrer les traductions concrètes de ces différentes logiques au sein des trois

formes du processus de financiarisation, les deux tableaux suivants présentent

quelques exemples pour les deux types de besoins distingués plus haut. Ces

différents exemples s’inscrivent nécessairement imparfaitement dans chacune des

cases car ils ne sont que rarement animés par une seule logique. C’est donc en

fonction de leur trait dominant qu’ils ont été classés.

Tableau 1 : Logiques de financiarisation et besoins de perception/circulation


Tableau 2 : Logiques de financiarisation et besoins de promotion/protection


C’est l’articulation de ces différentes formes et logiques qui caractérise un ordre

monétaire. La stabilité d’un tel arrangement institutionnel découle de la cohérence de

cette articulation et de sa capacité à réguler les tensions dont il est porteur en raison

de l’interdépendance de l’ensemble de ces composantes et de la cohabitation de ces

différentes logiques. C’est également de cette articulation que découlent les règles et

normes d’accès et d’usage des produits bancaires à l’origine du processus

d’exclusion bancaire.

Selon la logique qui domine le processus de financiarisation et donc les

caractéristiques de l’ordre monétaire, les règles et normes d’accès et d’usage des

produits bancaires ne sont pas les mêmes pour les particuliers.

Dans une société où l’Etat pourvoit généreusement à la protection de ses membres

contre les aléas de la vie selon une logique redistributive, le crédit bancaire tient une

place bien différente de celle qu’il occupe dans une société où l’Etat social est absent

en raison de la domination de la logique marchande. Les normes d’usage diffèrent

donc fortement. De même, un secteur bancaire où les pouvoirs publics sont un

acteur direct (au travers des banques publiques) et indirect (par la régulation) majeur

ne définit pas les mêmes règles d’accès que lorsque ce secteur est fortement

libéralisé.

La logique qui anime la financiarisation influe donc simultanément sur la nature et

l’ampleur des contraintes à recourir aux produits bancaires pour les particuliers, mais

également sur les règles d’accès et d’usage qui régissent la prestation de services

bancaires telle qu’elle leur est proposée.

Partie 2. L’intensification de la financiarisation marchande

Ce sont les évolutions de l’ordre monétaire qui ont rendu les produits bancaires

incontournables pour mener une vie normale. Ces évolutions ne sont pas le résultat

d’un processus naturel et nécessairement efficient, mais le fruit de rapports de force

entre groupes sociaux et des choix opérés par le passé. Afin de donner à voir ces

évolutions et surtout d’en comprendre la dynamique, cette partie analyse le

processus de financiarisation en mettant l’accent sur ses implications pour l’accès et

l’usage des produits bancaires. Pour cela, deux périodes sont distinguées : la

première correspond à la phase d’accélération de la bancarisation des particuliers de

la fin des années 1950 au début des années 1980, puis la seconde s’étend jusqu’à

aujourd’hui et se distingue de celle qui la précède par la domination de la logique

marchande.

2.1. La bancarisation accélérée de la population française

Contribution au Forum de la Régulation 2009

La période qui s’étend du lendemain de la seconde Guerre Mondiale jusqu’aux

années 1980 est marquée par une forte accélération du mouvement de

financiarisation. Cette évolution se fait sous le contrôle étroit de l’État qui en est un

acteur direct et indirect. Après avoir rationalisé et réorganisé le secteur bancaire

coopératif au cours de l’entre-deux guerres, il nationalise en 1945 la Banque de

France et les quatre principales banques de dépôts20, et réglemente étroitement

l’ensemble de l’activité bancaire21. C’est donc un secteur bancaire sous tutelle

étatique qui devient le pivot de la croissance des « Trente Glorieuses ».

2.1.1. Comment les banques sont progressivement entrées au cœur de la vie des

Français

Le développement de la société de consommation au cours des « Trente

Glorieuses » correspond à une intensification de la monétarisation. Un ensemble

toujours plus vaste de besoins (hygiène, soins, transports, communications, etc.) est

progressivement satisfait dans le cadre de relations commerciales introduisant la

monnaie et la logique marchande dans de nouvelles sphères. Toutefois, ces

évolutions ne se sont pas immédiatement traduites par une intensification de

l’intermédiation, c’est à dire par un recours plus fréquent aux produits bancaires.

Jusqu’au milieu des années 1960, les particuliers se tiennent à distance des

banques. Ils y sont principalement épargnants grâce à leur livret et seuls les clients

aisés développent de véritables relations bancaires. Mais l’Etat va changer tout ça.

S’il intervient, c’est parce que la croissance soutenue des « Trente Glorieuses » a

besoin d’être financée. Les entreprises ont besoin de crédits bancaires pour investir

et les pouvoirs publics ont besoin de se financer pour moderniser les infrastructures

du pays. La réponse à ce défi est trouvée par la bancarisation des ménages français.

L’objectif est double. Pour les banques, les dépôts des particuliers sont une manne

qu’elles peuvent utiliser pour prêter aux entreprises. Pour l’État, l’idée est, d’une part,

d’orienter une partie de ces ressources vers des produits d’épargne permettant de

financer ses investissements, et d’autre part, de mieux contrôler les salaires versés

et ainsi d’améliorer l’efficacité de la fiscalité.

Afin de mener ce projet à bien l’État agit à la fois en direction des clients, de

l’organisation du secteur bancaire et des caractéristiques de l’offre bancaire

(Tableau 3).

Tableau 3 : Mise en œuvre de la bancarisation des particuliers par l’État


20

Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir national d’escompte, Banque nationale pour le

commerce et l’industrie (ces deux dernières fusionneront en 1966 pour former la Banque nationale de

Paris). Il ne reste dans le secteur privé que des banques de dépôt de taille très modeste ainsi que les

banques d’affaire mais qui voient un commissaire du gouvernement être placé auprès d’elles. Voir Haut

Conseil du secteur financier public et semi-public, 2001, Un secteur financier public, pour quoi faire ?,

Rapport 2001, Paris.

21

Les banques privées avaient été jusqu’alors relativement peu encadrées. En 1941, le gouvernement

de Vichy a mis fin à l’ère libérale et doté, en collaboration étroite avec la profession, le secteur bancaire

d’un statut particulier. En 1945, la distinction banque de dépôt – banque d’affaire est inscrite dans la loi

et le Conseil national du crédit encadre la concurrence interbancaire afin de permettre le financement

de la reconstruction du pays.

22

Les femmes avaient déjà depuis 1942 l’autorisation d’ouvrir un compte de dépôt sans l’autorisation de

leur mari mais celui-ci pouvait y faire opposition par la suite. Dans les faits, les banques continuaient à

demander une autorisation maritale.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

milieu des années 1960, ces mesures aboutissent à une obligation légale en 1973

pour la domiciliation23 et en 1978 pour la mensualisation. Alors que seulement 10 %

des salaires étaient versés mensuellement en 1969, ils sont 75 % en 197224.

L’État rend obligatoire la perception des prestations sociales par l’intermédiaire d’un

compte bancaire en 1978.

Secteur

bancaire

Les réformes Debré en 1966-1967 suppriment la distinction entre banques de dépôts

et banques d’affaires et rendent caduque l’obligation d’autorisation préalable pour

l’ouverture de guichets afin de permettre aux banques d’être au plus près de la

population.

Les banques coopératives voient leur contrainte de spécialisation réduite ce qui les

conduit à diversifier leur activité, et donc leurs ressources, sans pour autant perdre

leurs avantages qui sont la contrepartie de leur activité en direction des clientèles

rurales et de particuliers.

Les Caisses d’épargne sont autorisées en 1978 à ouvrir des comptes de dépôt à leur

clientèle et à leur octroyer des carnets de chèques.

Produits

Instauration de la gratuité du chèque en contrepartie de l’absence de rémunération

des comptes de dépôt (le fameux « ni-ni »).

En matière d’orientation de l’épargne, le livret B et les produits d’épargne logement

sont créés en 196525, et le « livret bleu » distribué par le Crédit Mutuel26 en 1975.

Le livret A dont le taux de détention est encore quatre fois supérieur à ceux des

comptes de dépôt à la fin des années soixante-dix, voit ses caractéristiques

modifiées afin d’en rendre l’utilisation plus pratiques en 1967.

Par ces différentes mesures, l’État a non seulement été l’architecte de la

bancarisation massive de la population mais également son déclencheur.

Progressivement, le recours aux comptes de dépôt et moyens de paiement

scripturaux est rendu, si ce n’est obligatoire, au moins difficilement évitable. En

contrepartie, l’accès à ces services a été facilité autant que possible et leur coût

limité. Ainsi, alors que les ménages français n’étaient que 17 % à détenir un compte

de dépôt ou un livret bancaire (hors livret A) en 1966, ils sont 62 % en 1972 puis

92 % en 198427.

Mais l’intensification de l’intermédiation me se limite pas aux besoins de perception

et de mise en circulation mais concerne également la satisfaction de ceux de

protection face aux aléas de la vie et de promotion notamment en termes

d’équipement des ménages.

2.1.2. Promotion et protection : la complémentarité de l’Etat et du marché

Alors que les conditions économiques sont moins favorables à l’épargne qu’au

recours au crédit (forte croissance, forte inflation, plein emploi), la satisfaction du

besoin de promotion se traduit par un doublement de l’endettement des ménages

entre 1949 et 1958 puis un triplement entre 1959 à 196628. Ce fort développement du

crédit à la consommation se fait dans un cadre fixé par l’Etat : il bonifie une partie

des prêts, encadre les taux d’intérêt (créditeur et débiteur) à partir de 1963, et fixe un

23

Au-delà de 1 500 francs (pour un Smic à un peu plus de 900 francs), le salaire devait être versé en

monnaie scripturale. Ce seuil est aujourd’hui de 1 500 euros (pour un Smic à un peu plus de

1 300 euros). De Blic & Lazarus, 2007, Sociologie de l’argent, Paris : La Découverte.

24

Bonin, 1989, L’argent en France depuis 1880. Banquiers, financiers, épargnants dans la vie

économique et politique, Paris : Masson.

25

Ces nouveaux produits d’épargne qui peuvent être distribués par l’ensemble des banques voient le

montant de leurs dépôts passer de 4 à 63 milliards entre 1964 et 1974. De Blic & Lazarus, 2007, op. cit.

26

C’est d’ailleurs à cette occasion que le Crédit Mutuel, jusqu’alors relativement indépendant de l’État

(bien que les pouvoirs publics aient fixé les statuts de sa confédération nationale en 1958), est

instrumentalisé par lui en se voyant confier une mission d’intérêt général relative à l’emploi de l’épargne

collectée par ce livret qui faisait l’objet d’une défiscalisation partielle. Haut Conseil au secteur financier

public et semi-public, 2001, op.cit.

27

Bonin, 1992, La banque et les banquiers du Moyen Age à nos jours, Paris : Larousse.

28

Sur la période 1955-1956, ces crédits sont consacrés pour près de 50 % d’entre eux à l’automobile,

pour 16 % aux appareils ménagers, pour 13 % aux véhicules à deux roues et pour 9 % aux postes de

radio et de télévision qui font leur apparition. Voir Caisse des Dépôts et Consignations, 1999, Le Livret

A, une histoire de l’épargne populaire, Paris : La Documentation Française ; S. Langlois, 2005,

Consommer en France, Paris : L’Aube.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

10

taux plafond (taux de l’usure) à partir de 1966 (loi du 28 décembre). De plus, en

1978, la loi Scrivener tente d’améliorer la protection de l’emprunteur en développant

et encadrant son information et les possibilités qui lui sont offertes de se rétracter.

Si le crédit est principalement un outil de promotion, c’est parce que d’autres

réponses financiarisées sont apparues en matière de protection. Le système de

protection sociale29 s’organise en effet dès 194530. L’État social qui se met

progressivement en place, est la traduction d’une évolution de la hiérarchie de

valeurs. Alors que depuis la Révolution Française la propriété privée était le socle de

l’autonomie individuelle, les « Trente Glorieuses » sont marquées par l’avènement de

la « propriété sociale »31. Celle-ci complète la précédente et s’exprime

principalement sous une forme financiarisée animée par la logique redistributive. En

effet, en dépit de faiblesses32, le système de protection sociale est animé par une

logique qui le distingue clairement de la logique marchande.

L’intermédiation croissante de la satisfaction des besoins de promotion et de

protection au cours des Trente Glorieuses ne s’accompagne donc pas

mécaniquement d’une plus grande marchandisation. La logique à l’œuvre n’est que

modérément marchande en matière de promotion en raison du contrôle étatique

direct et indirect, et ne l’est pas du tout pour la protection totalement organisée par

les pouvoirs publics. Ainsi, bien que rencontrer des difficultés bancaires d’accès ou

d’usage provoquent des conséquences de plus en plus problématiques à mesure

que les produits bancaires deviennent la norme, l’ampleur du phénomène

d’exclusion bancaire reste modérée tout au long de cette période.

2.1.3. Les prémisses de la financiarisation marchande

Si la logique marchande n’a que peu de place pour s’exprimer, les forces qui vont

renverser ce compromis institutionnel dominé par une logique redistributive, sont

déjà à l’œuvre au sein de la sphère financière. Paul Dembinski identifie la clef de

cette remise en cause de l’ordre monétaire des « Trente Glorieuses », dans

l’absence de prise en compte de la finance internationale au sein des accords de

Bretton Woods en 194433.

Alors que ces accords définissent les lignes directrices de cet ordre monétaire au

niveau international, ils laissent la régulation des marchés financiers à la charge des

autorités et des lois nationales. C’est dans cette faille que les établissements

financiers internationalement présents vont s’engouffrer entrainant notamment la

création des « euro-dollars » puis « euro-devises »34. Cette création monétaire privée

29

Pour plus d’informations voir l’ouvrage dirigé par Serge Paugam et plus particulièrement les chapitres

de Robert Boyer, François-Xavier Merrien et Bruno Palier. S. Paugam (ed.), 2007, Repenser la

solidarité, L’apport des sciences sociales, Paris : Presses Universitaires de France ; R. Boyer, 2007,

« Comment Concilier solidarité sociale et efficacité économique à l’ère de la globalisation : une lecture

regulationniste », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 887-914 ; F.-X. Merrien, 2007, « Les devenirs de la

solidarité sociale », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 839-854 ; B. Palier, 2007 « Des assurances de

moins en moins sociales », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 855-871.

30

Les prémices de la Sécurité sociale se trouvent dans deux lois de 1928 et 1930 qui rendent

obligatoire l’affiliation à un régime d’assurance sociale dont la Sécurité sociale est en fait la

généralisation à grande échelle.

31

R. Castel, 2009, La montée des incertitudes – Travail, protections, statut de l’individu, Paris : Seuil.

32

Les principales critiques tiennent à la place centrale accordée à l’emploi laissant sans protection ceux

qui ne peuvent cotiser ou ne sont pas liés à un ayant droit, et à celle accordée aux solidarités

professionnelles catégorielles privilégiant « la solidarité et la redistribution (par le biais de la

mutualisation du risque) à l’intérieur d’un même groupe social » au détriment de la recherche de

« l’égalité de tous ou de la disparition de la pauvreté » (B. Palier, 2007, op.cit., p. 855).

33

Dembinski, 2008, op. cit.

34

Les établissements financiers qui détiennent dans leur bilan des dollars (ou autre devises) en dehors

des Etats-Unis (ou du pays émetteur) pouvaient accorder des prêts dans cette monnaie sans aucune

contrainte de fonds propres à l’exception de leur évaluation du risque de l’opération (aux Etats-Unis, ces

banques auraient dû conserver une fraction des montants prêtés fixée par les règles de régulation). Si

Contribution au Forum de la Régulation 2009

a rendu impossible pour les Etats-Unis le maintien de la parité entre l’or et le dollar

conduisant à l’abandon de sa convertibilité en 1971. Ce basculement de fait dans un

système de change flexible35 conduit à faire dépendre en grande partie la valeur des

monnaies, et donc la politique monétaire, de l’évaluation qui en est faite sur les

marchés financiers. L’ordre monétaire est alors profondément modifié.

L’onde de choc de cette transformation va progressivement redéfinir les règles et

normes d’accès et d’usage de la monnaie et de ses différents supports au sein de

chaque pays. Mais cette redéfinition va également prendre appui sur les possibilités

offertes par les marchés financiers qui se développent tout au long des années

197036. En effet, dans le but de protéger la valeur du patrimoine financier contre les

effets de la forte inflation qui caractérise cette période, les technologies de

l’information sont mises à contribution pour élaborer un nombre croissant

d’innovations financières. Ces innovations offriront des opportunités de réponses

face aux défis économiques du tournant des années 1980.

Ces éléments apparemment disparates (abandon de la convertibilité or-dollar et

développement des innovations financières) sont en fait essentiels pour comprendre

le développement du processus d’exclusion bancaire tel qu’il est observable

aujourd’hui. Ce sont en effet ces éléments qui sont à la base de la remise en cause

de la domination de la logique redistributive au sein de l’ordre monétaire, au profit de

celle de la logique marchande.

2.2. La rupture néolibérale des années 1980

Les années 1980 marquent un tournant radical de l’intensification de la

financiarisation de la société française mais, au  moins en apparence, pas une

rupture37. La monétarisation, l’intermédiation et la financiarisation poursuivent en

effet leur diffusion. En revanche, la logique à l’œuvre jusqu’alors redistributive est

supplantée par la logique marchande ce qui redéfinit les règles et normes bancaires

d’accès et d’usage.

2.2.1. La diffusion des produits bancaires continue…

Bien qu’avec un rythme de croissance moins soutenu38 suite au ralentissement

économique, la consommation continue de croître et de s’étendre en raison du

développement de nouveaux produits (comme ceux liés à la communication) et

services (notamment les services à la personne). Trois principaux changements

dans les modes de vie39 favorisent cette intensification de la monétarisation.

– Le premier tient au développement d’un mode de vie plus urbain et d’une

mobilité résidentielle accrue.

– Le deuxième porte sur l’accroissement du travail féminin dont le taux d’emploi

passe de 66,8 % en 1993 à 72,9 % en 2005 (30,7 % de ces emplois sont à

temps partiel en 2005).

elles estiment que le risque est de 1%, elles peuvent prêter cent dollars alors qu’elles ne disposent que

d’un dollars. Cette création monétaire se fait en dehors de toute régulation nationale.

35

Auparavant les monnaies voyaient leur taux de change exprimé en dollar seule monnaie définie par

une valeur en or. Chaque monnaie devait maintenir des taux fixes vis-à-vis du dollar. À partir du

moment où la valeur du dollar n’est plus fixée par l’or mais varie, la fixité des taux est remise en cause.

36

Voir également Lordon 2000, op. cit., et 2008b, op. cit.

37

Une évolution similaire est à l’œuvre au sein des autres sociétés occidentales.

38

Alors que la consommation augmentait en moyenne de 5,3 % par an entre 1960 et 1974, elle ne croît

plus que de 2,6 % par an entre 1974 et 1984, de 1,7 % par an entre 1986 et 1993 et de 1,9 % par an

entre 1994 et 2000. S. Langlois, 2005, op. cit.

39

Pour plus de détails voir CERC, 2006, La France en transition 1993-2005, Paris : La Documentation

Française.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

– Enfin, le troisième correspond aux changements connus par la structure

familiale en raison de la croissance du nombre des divorces et du

développement du nombre des familles monoparentales40.

Ces trois changements modifient les modes de consommation et accentuent le

phénomène de monétarisation car ils remettent en cause l’efficacité de la solidarité

familiale et de voisinage, et affectent le budget des ménages en conduisant à

satisfaire un nombre croissant de tâches non plus dans le cadre du ménage ou des

solidarités de proximité mais par le recours au marché.

Les évolutions institutionnelles des « Trente Glorieuses » ayant rendu les produits

bancaires incontournables, cette intensification de la monétarisation se traduit

également par celle de l’intermédiation.

Alors qu’en 1966, l’accès au compte de dépôt était le fait d’une minorité, 92 % des

ménages en détenaient déjà un en 1984, et près de 99 % en 2001. De la même

manière, les moyens de paiement scripturaux et principalement le chèque et la carte

bancaire prennent le pas sur les espèces. C’est ce que révèle l’évolution récente des

moyens de paiement utilisés pour une dépense de 25 euros pour laquelle carte

bancaire et chèque passent de 57 % en 1999 à 63 % en 200641 (pour un montant de

100 euros, seuls 11 % des français recourent aux espèces en 2006)42. Ce recours de

plus en plus courant aux produits bancaires se constate également en matière de

crédit à la consommation : la proportion de ménages ayant au moins un crédit à la

consommation passe ainsi de 28.3 % en 1990 à 33.8 % en 200843 (contre près de

50 % au Royaume-Uni).

Que ce soit pour la satisfaction des besoins de conservation et de mise en circulation

de la monnaie ou ceux de promotion et de protection, l’intensification de

l’intermédiation s’est poursuivie tout au long des trente dernières années. Cette

continuation a accru le caractère normatif du recours aux produits bancaires et ainsi

développé la gravité des conséquences des difficultés bancaires. Mais cette

apparente continuité masque une modification radicale de la logique qui anime

l’intensification de l’intermédiation.

2.2.2. …mais selon une toute autre logique

Si l’on se concentre sur le cadre institutionnel qui assurait la domination de la logique

redistributive au cours des « Trente Glorieuses », force est de constater qu’il a été

systématiquement remis en cause à partir des années 1980.

D’un point de vue strictement bancaire, la date clef est celle de la loi bancaire de

1984. Cette loi harmonise les statuts des différents établissements et libéralise le

secteur afin d’accroître la concurrence très modérée qu’ils se livraient jusqu’alors.

Elle remet notamment en cause les spécialisations des établissements coopératifs et

les avantages qui les accompagnaient. Dans la foulée de cette loi inaugurale d’un

changement d’époque, il faut également citer : la fin progressive de l’encadrement du

crédit entre 1985 et 1987, la privatisation par étapes à partir de 1986 puis réaffirmée

en 1993 de l’ensemble des établissements précédemment nationalisés,

l’approfondissement de la déspécialisation suite à la loi bancaire de 1996, l’ouverture

à la concurrence de nouveaux acteurs nationaux et internationaux, la réforme Bâle II

qui individualise les méthodes d’évaluation du risque et de provisionnement en fonds

propre, etc.

40

Alors qu’elles ne représentaient que 2,9 % des ménages et 9,3 % des ménages avec enfant(s) en

1968, les familles monoparentales en représentaient respectivement 7,4 % et 17,4 % en 1999.

41

FBF, 2006, Le secteur bancaire en chiffres, Paris : Fédération Bancaire Française.

42

Eurobaromètre, 63.2, 2005, Opinion publique européenne sur les services financiers, Bruxelles :

Commission Européenne.

43

Mouillart, 2009, 21ième rapport annuel de l’Observatoire des crédits aux ménages, Paris : Fédération

Bancaire Française.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

Cette mise en concurrence généralisée des établissements bancaires avait pour

finalité de moderniser le système bancaire qui a été durement atteint au début des

années quatre-vingt par les effets du second choc pétrolier, puis par la crise de

l’immobilier au début des années 1990. À l’instar de l’intervention étatique au cours

des « Trente Glorieuse », le résultat attendu de cette libéralisation est un

financement plus efficace de l’économie. Savoureux paradoxe, c’est encore l’Etat qui

est à la manœuvre mais pour se démunir volontairement de ses outils d’intervention

et redéfinir les règles et normes bancaires d’accès et d’usage pour les particuliers.

Ce basculement affecte également les dispositifs de protection sociale. Si les

politiques néolibérales ne remettent pas en cause l’intermédiation des besoins de

protection, elles en transforment la logique. Au sein d’un système basé sur une

logique mutualiste ou par répartition, elles introduisent progressivement une logique

assurancielle. C’est cette dynamique qu’identifie Bruno Palier lorsqu’il analyse les

effets des réformes portant sur les assurances-chômages (1992 et 2001), les

retraites (1993 et 2003) et les dépenses de santé (1995 et 2004)44. Leurs résultats

sont de deux ordres. D’une part, la solidarité qui animait ces systèmes de par leur

dimension redistributive est remise en cause au profit de la responsabilité

individuelle. D’autre part, le nombre de personnes couvertes ainsi que le niveau des

prestations versées sont réduits. Alors que les risques sociaux sont multipliés par la

« crise de la société salariale »45 et que les solidarités de proximité ont été

fragilisées46, l’affaiblissement des protections collectives conduit à rechercher des

réponses financiarisés auprès d’organisations animées par une logique marchande.

De manière pragmatique, de nombreuses personnes confrontées à des variations de

revenus ou à la survenue d’imprévus recourent ainsi au crédit de trésorerie,

principalement les crédits revolving et les découverts bancaires à condition d’y avoir

accès. Documenté internationalement47, cela s’illustre en France d’une part, par le

nombre croissant de dossiers de surendettement déposés chaque année auprès de

la Banque de France, et d’autre part, par le constat de l’Observatoire des crédits aux

ménages selon lequel le nombre de ménages fragiles reste stable48 mais voient leur

fragilité sévèrement accrue49.

De même, le développement de la retraite par capitalisation ou l’encouragement à

souscrire à des assurances complémentaires et à se constituer une épargne de

précaution à moyen et long terme correspondent à ce changement radical. Non

seulement, la gestion du risque est dépendante des stratégies que chacun adopte et,

bien entendu, des moyens financiers pouvant y être consacrés (les plus pauvres et

donc les plus vulnérables ayant le moins de moyens pour se protéger), mais de plus

ces produits sont distribués par des établissements soumis à des impératifs de

rentabilité. Cela revient à dire que les produits financiers qui ne sont pas rentables ou

44

B. Palier, 2007, op. cit.

45

R. Castel, 1995, Les métamorphoses de la question sociale, Paris : Folio ; 2003, L’insécurité sociale.

Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris : Seuil ; 2009, op. cit.

46

L’entraide familiale et de voisinage, si elle existe encore, voit son efficacité fortement réduite. Cela

s’explique par le développement des familles monoparentales ou recomposées pour lesquelles le

potentiel de soutien est limité, et par le fait que l’entraide « en nature », de loin la plus importante au

sein des classes populaires, se trouve extrêmement fragilisée par les transformations des modes de vie.

J.-H. Déchaux, 2007, « Réalités et limites de l’entraide familiale », in : S. Paugam, 2007, op. cit.,

pp. 205-217.

47

D. Knights, 1997, « Governmentality and Financial Services: Welfare Crisis and the Financial Self-

Disciplined Subject », in: G. Morgan & D. Knights (eds.), Regulation and Deregulation in European

Financial Services, Londres: Macmillan, pp. 217-235 ; Sullivan et al., 2000, op. cit. ; Ramsay, 2003, op.

cit.

48

Environ 4,2 % des ménages.

49

Mouillart, 2009, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

pas suffisamment ne sont pas maintenus ou proposés à la clientèle, quand bien

même ils répondent à ses besoins50.

Ces évolutions des règles et normes d’accès et d’usage des produits bancaires

traduisent la domination croissante de la logique marchande sur la logique

redistributive ou réciprocitaire. Elle redessine les modalités de satisfaction des

besoins de perception et de mise en circulation de la monnaie ainsi que de

promotion et de protection. Désormais, les réponses apportées par les prestataires

doivent être rentables, et si possible, le plus rentable possible. Compte-tenu de la

nécessité pour l’ensemble de la population (y compris les plus modestes) de recourir

aux produits bancaires pour mener une vie normale, cette reconfiguration marchande

ne peut qu’alimenter les difficultés bancaires pour ceux dont la solvabilité est

insuffisante ou dont les besoins ne correspondent pas à la stratégie commerciale

mise en place.

Mais cette prise de pouvoir de la logique marchande n’apparaît pas ex nihilo, elle

résulte de décisions politiques qui, à partir de 1983 en France, ont fait des marchés

financiers la clef de voûte de l’ordre monétaire. Ce déplacement du centre de gravité

en faveur du troisième étage du processus d’intensification de la financiarisation est

au cœur du développement du phénomène d’exclusion bancaire tel que nous le

connaissons aujourd’hui et de la crise qui sévit depuis l’été 2007.

Partie 3. L’Etat architecte de la « Transformation »

La montée puis la domination de la logique marchande n’a rien d’un processus

naturel. Il est éminemment politique. L’Etat a progressivement transféré ses

prérogatives à la finance de marché, au point de se soumettre lui-même aux

impératifs de celle-ci. Par un surprenant mais logique retournement de situation,

c’est alors la politique publique et plus largement les composantes essentielles de la

reproduction et de la cohésion de la société qui se voient reconfigurées selon la

logique marchande. Ce processus de marchandisation dont l’exclusion bancaire est

l’un des résultats, fait échos à ce que Karl Polanyi nomme « Transformation ».

3.1. D’une économie d’endettement à une économie de marchés

financiers

La crise économique qui affecte les économies occidentales dès le milieu des

années 1970, a décrédibilisé l’Etat comme acteur économique. Relancer l’économie

en recourant au déficit public financé par de la création monétaire est une pratique

condamnée, cette création monétaire alimentant une inflation endémique à l’époque.

Les approches keynésiennes sont ainsi battues en brèche par la contre-révolution

monétariste selon laquelle seule le libre jeu des marchés assure d’atteindre un mieux

être collectif.

Ce contexte s’est avéré particulièrement favorable à la transformation de

l’arrangement institutionnel caractérisant l’ordre monétaire en faveur d’un

développement rapide de la finance de marché. En effet, les intérêts de trois des

principaux acteurs ou groupes sociaux que sont l’Etat, les entreprises et les

détenteurs de patrimoine financier convergeaient en faveur de la création de vastes

marchés financiers. Pour l’Etat, ces marchés et l’épargne financiarisée qui s’y trouve,

représentaient une alternative au financement de ses investissements par la création

monétaire. Pour les entreprises, ils devaient restaurer leur taux de profit et d’offrir un

financement moins couteux que le financement bancaire. Pour les détenteurs du

patrimoine financier, ces innovations leur donnaient le moyen de se protéger de la

dévalorisation provoquée par l’inflation51.

50

D. Knights, A. Sturdy & G. Morgan, 1994, « The consumer rules? An examination of the rhetoric and

“reality” of marketing in financial services », European Journal of Marketing, vol. 28, n3, pp. 42-54.

51

F. Lordon, 2008a, Et la vertu sauvera le monde…, Paris : Raisons d’agir.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

En répondant à des problèmes précis, cette nouvelle orientation politique portée en

apparence avec succès par les Etats-Unis de Ronald Reagan et le Royaume-Uni de

Margaret Thatcher, s’impose largement. Ses conséquences institutionnelles sur la

cohésion sociale restent au second plan dans la mesure où elles ne se manifestent

qu’avec le temps. C’est ainsi au nom du pragmatisme que ces réformes ont été

mises en œuvre en France par un gouvernement socialiste.

Après les nationalisations bancaires et l’échec de la relance de 1981, le

gouvernement Fabius qui fait suite au gouvernement Delors, opère un virage à

180 degré en 1983. La priorité est donnée à la réduction de l’inflation, l’austérité

salariale, la limitation des dépenses publiques et le rétablissement des marges des

entreprises. La politique de désinflation compétitive est à l’œuvre. Vont alors se

succéder des réformes dont le but est de faire passer la France d’une économie

d’endettement à une économie de marchés financiers. Outre la loi bancaire de 1984

qui libéralise le secteur bancaire, il faut également mentionner les différentes

mesures de dérégulation financière qui voient la création du second marché pour les

entreprises de taille moyenne et la défiscalisation des produits financiers (SICAV,

Fonds commun de placement, PEA, etc.) afin d’attirer l’épargne des particuliers.

Entre 1985 et 1987, les mouvements de capitaux sont facilités et le marché à terme

des instruments financiers (MATIF) et le marché des options négociables de Paris

(MONEP) sont créés. Enfin, en 1988, la directive européenne portant libération des

mouvements de capitaux entre en application. En moins de 10 ans, les structures

institutionnelles de l’économie française sont largement transformées.

Ces évolutions qui se veulent une réponse technique à des problèmes pratiques

induisent une transformation radicale de la logique à l’œuvre au sein du processus

de financiarisation caractérisée par la marchandisation.

3.2 Une évolution structurante : la marchandisation

Au cours des « Trente Glorieuses », le rôle des pouvoirs publics et leur efficacité

dans la prise en charge de nombreux risques sociaux ou leur intervention dans les

investissements collectifs comme l’éducation ou les infrastructures ont

progressivement été tenus pour acquis et leur réalité s’est en partie estompée52.

Cela eu pour effet de donner corps à l’illusion d’un individualisme auto-suffisant pour

lequel les régulations publiques sont plus une gêne qu’une protection53. La logique

marchande de la finance de marché et le discours de libéralisation et d’initiative

individuelle qu’elle porte rencontrent alors un écho favorable. Cette croyance en

l’efficacité des marchés est d’ailleurs renforcée par le vernis scientifique apporté par

les modèles conceptuels de l’économie financière et ses différents « Prix Nobel »54.

Ces réformes ont eu des effets structurants en diffusant largement la logique dont

elles découlent. Exprimé plus clairement, le recours croissant aux marchés financiers

permis par la moindre crédibilité de l’Etat social et la montée du néolibéralisme, a

pour effet de reconfigurer les rapports sociaux à l’aune de la logique marchande.

Cette croyance dans l’efficacité supérieure de cette logique a conduit

progressivement à tenter de réguler des rapports sociaux qui y échappaient en les

soumettant aux principes de rentabilité (la finalité des échanges est l’accumulation

de la richesse) et de liquidité (les parties de l’échange peuvent se désengager à tout

moment). Il importe alors de mettre en place des règles et normes qui permettent de

52

P. Dembinski, 2008, op. cit.

53

Voir P. Dembinski, 2008, op. cit. ; R. Castel, 2009, op. cit.

54

Pour être exact, il faudrait parler du « Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques remis

en mémoire d’Alfred Nobel ». Parmi les économistes de la finance heureux lauréats se trouvent Harry

Markowitz et William Shape ainsi que Robert Merton et Myron Scholes. Comme le soulignent Frédéric

Lordon et Paul Dembinski, les deux derniers ont été employés par un Hedge Fund qu’ils conduiront à la

faillite en 1998… Voir F. Lordon, 2008a, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

faire « comme si » ce sur quoi elles portent pouvait être considéré comme des

marchandises.

Cette marchandisation s’est traduite tout d’abord par le fait que les attentes des

investisseurs institutionnels ont reconfiguré le rapport salarial. Soumises au risque

que ces investisseurs réallouent leur fonds s’ils ne sont pas satisfaits, les entreprises

cotées ont dû dégager des retours sur investissement toujours plus importants55.

Pour cela, elles ont transmis ces contraintes à leurs salariés (ainsi qu’à leurs sous-

traitants) en leur imposant de faire preuve de toujours plus de flexibilité, d’une part, et

en recherchant auprès de l’Etat la remise en cause des protections collectives

attachées à l’emploi et considérées comme des freins à leur compétitivités, d’autre

part. Robert Castel analyse ainsi comment les dimensions non marchandes de la

relation de travail (sécurité professionnelle minimale avec le droit du travail et

sécurité sociale minimale avec la protection sociale), autrement dit le statut de

l’emploi, sont subverties par ce processus de remarchandisation du travail. Ces

évolutions mettent en cause les interdépendances propres à la société salariale qui

en assuraient – en dépit de ses imperfections – la cohésion56.

Face à cette montée des précarités, la contestation néolibérale de l’efficacité de

l’Etat pour y faire face a également conduit à transférer cette responsabilité aux

personnes concernées. C’est donc « à l’individu assiégé de risques et lui-même

porteur de risques de les prendre en charge, de s’assurer lui-même comme un

individu responsable (à condition évidemment qu’il le puisse, c’est-à-dire le plus

souvent qu’il le paie). Le référentiel principal de la prise en charge des risques passe

ainsi du collectif à l’individu, de la solidarité nationale à l’assurance privée »57. Bien

que ce transfert aux établissements privés de la satisfaction des besoins de

protection ne soit pas le plus efficace58, il est une opportunité pour les investisseurs

institutionnels qui collectent précisément cette épargne (forcée) pour la placer sur les

marchés financiers. Les épargnants ont alors vu leurs modalités de protection ou de

promotion exposées à l’instabilité de ces marchés59. Mais cette contrainte des

marchés financiers pesant sur les entreprises n’a pas seulement reconfiguré les

relations salariales et les protections qui y sont attachées, elle a également exercé

ses effets sur les différentes composantes de l’ordre monétaire lui-même.

La monétarisation a notamment été affectée concernant les procédures de création

monétaire. En effet, les Etats, contraints de s’endetter auprès des marchés

financiers, n’ont eu d’autre choix que de donner des gages de conformité aux

attentes de ces créanciers. Ils ont ainsi pris la décision de rendre les Banques

Centrales indépendantes du pouvoir politique alors même qu’elles sont en principe à

la base de l’émission monétaire en vertu du pouvoir et de la légitimité que leur

accorde…le politique. Mais concernant l’exclusion bancaire, ce sont surtout les effets

de l’influence de la logique marchande au niveau de l’intermédiation qu’il faut

souligner. La privatisation des établissements bancaires et la libéralisation de leur

secteur d’activité les a rendu extrêmement perméables aux exigences de rentabilités.

Ils ont alors édicté des règles et normes d’accès et d’usage destinées à assurer la

rentabilité des relations établies avec leur clientèle de particuliers, règles et normes

entrant en contradiction avec la nécessité sociale de recourir à leurs produits. Cette

contrainte de rentabilité a pesé tout aussi fortement sur les établissements

coopératifs bien que des différences soient toujours observables. Toutefois,

55

En 1980, la norme en matière de ROE était de 2-3 %, elle était de 20 % en 2005 (lordon, 2008a…)

56

R. Castel, 2009, op, cit.

57

R. Castel, 2009, op. cit., p.39

58

Paul Krugman montre notamment comment le système de santé public français est plus efficace et

moins couteux que le système de santé privé des Etats-Unis. P. Krugman, 2008, L’Amérique que nous

voulons, Paris : Flammarion.

59

F. Lordon, 2008b, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

l’introduction en bourse de la Caisse centrale du Crédit Agricole (CASA) décidée en

200160 ou les aventures financières des Banques Populaires et des Caisses

d’Epargne avec Natexis illustrent la porosité du monde bancaire coopératif aux

impératifs des marchés financiers.

Si l’on résume, les particuliers sont affectés par la financiarisation marchande de

multiples manières. Toute d’abord la « re-marchandisation » du travail et l’effritement

des protections collectives ont augmenté le chômage et accrue la précarité à laquelle

ils font face tout en les contraignant à recourir à des réponses individualisées

(épargne, crédit, assurance). Ensuite, ces réponses individualisées sont proposées

par des établissements eux-mêmes soumis à la contrainte de rentabilité. Seules les

besoins des personnes solvables seront satisfaites de manière appropriée. Enfin, en

liant la protection des particuliers aux produits financiers, l’intensification de la

financiarisation marchande a introduite l’instabilité inhérente à ces marchés au cœur

de la vie de tout un chacun. C’est notamment le cas de la retraite par capitalisation

qui voit les prestations versées dépendre des performances boursières61.

Si l’intensification sans précédent du processus de financiarisation au cours des

« Trente Glorieuses » a été socialement supportable, c’est que la diffusion de la

monnaie et des produits bancaires et financiers au cœur de la vie des l’ensemble

des personnes s’est faite selon une logique principalement redistributive prenant en

compte les finalités collectives. La révolution marchande qui s’opère à partir du début

des années 1980, se développe donc d’emblée en diffusant sa logique aux confins

des rapports sociaux ce qui explique l’ampleur de ses conséquences.

3.3. L’exclusion bancaire, symptôme d’une nouvelle « Transformation »

Un constat en deux temps s’impose. Le premier est que l’étude du processus

d’exclusion bancaire des particuliers nous plonge au cœur des difficultés posées par

la logique marchande qui domine le processus de financiarisation. Celle-ci a accru

l’ampleur des conséquences des difficultés bancaires en faisant jouer un rôle social

toujours plus important à ces produits. Si le recours croissant à ces produits pour

satisfaire les besoins de perception et de mise en circulation de la monnaie s’inscrit

dans la continuité de la période précédente, la satisfaction des besoins de promotion

et de protection s’effectue de plus en plus par des réponses financiarisées

individualisée (épargne, crédit, assurance) alors qu’elle était précédemment le fait de

réponses collectives (prestations sociales). D’autre part, elle a accrue la probabilité

que des difficultés bancaires d’accès ou d’usage surviennent dans la mesure où les

établissements qui commercialisent ces produits sont soumis à une contrainte de

rentabilité croissante. Cette contrainte les conduit à définir des règles et normes

inadéquates au regard de la nécessité social de ces produits pour l’ensemble de la

population. L’intensification de la financiarisation marchande par les transformations

apportées à l’ordre monétaire, présente ainsi la spécificité de favoriser

simultanément le développement des causes et des conséquences du processus

d’exclusion bancaire.

Le second constat est un peu plus large et lie les conséquences de la financiarisation

marchande pour les particuliers et la crise financière débutée à l’été 2007. Le

développement du processus d’exclusion bancaire illustré notamment par la

croissance ininterrompue ou presque du nombre de dossiers de surendettement

déposés chaque année auprès des commissions de surendettement, doit être

60

Voir F. Lordon, 2008a, op. cit.

61

Il existe en France deux types de contrat : à prestations définies (le montant de la prestation est fixé

par contrat) à cotisations définies (le montant de la prestation dépend des performances boursières).

Toutefois, on voit mal comment les contrats à prestations définies pourraient être honorés dans le cadre

d’une crise financière comme celle débutée à l’été 2007 mais également dans le cas d’une croissante

limitée de ces mêmes marchés sur une longue période.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

considéré comme le symptôme des dysfonctionnements d’une société qui régule les

éléments clefs de sa cohésion selon une logique marchande.

On retrouve ici la critique développée par Karl Polanyi pour qui la terre, le travail et la

monnaie sont des « marchandises fictives » qui ne peuvent se soumettre à une

régulation marchande sans provoquer de graves dysfonctionnements sociaux62. Le

XIXe siècle a été pour lui marqué par la domination de l’idéologie des « marchés

autorégulateurs » selon laquelle l’application d’une régulation marchande sans

contraintes était collectivement bénéfique. Il qualifie cette phase de

« Transformation » dans la mesure où les arrangements institutionnels qui encadrent

les rapports sociaux sont progressivement soumis, sous l’effet de cette croyance, à

la domination de la logique marchande. Cette économicisme qui nie l’importance

d’autres mobiles d’action, est socialement intenable et entraîne des réactions de

protections qui ont conduit à l’arrivée au pouvoir de régimes totalitaires – la « Grande

Transformation » – dont les principaux sont le régime nazi en Allemagne et celui

communiste en Union Soviétique mais on peut également mentionner le franquisme

Espagnol et le fascisme Italien.

À l’instar des processus décrits par Karl Polanyi, en plaçant les marchés financiers

au cœur des modalités de financement des investissements publics et privés à partir

du début des années 1980, le pouvoir politique a enclenché la soumission croissante

de pans entiers de la société à leurs impératifs de rentabilité à court terme. Les

investisseurs institutionnels qui concentrent l’épargne des particuliers (fonds de

pension, fonds mutuels, etc.), sont alors le « bras armé » de la finance de marché63

et de cette marchandisation. Ce sont eux qui diffusent concrètement la logique

marchande au sein des différents rapports sociaux.

Par bien des aspects, la période actuelle entretient des similarités avec celle étudiée

par Karl Polanyi : une longue phase de marchandisation suivie d’une crise financière

considérable se transformant rapidement en crise économique. Si les autorités

monétaires se sont inspirées de la crise de 1929 pour penser les tentatives de

réponse qu’elles ont apportées ces deux dernières années, elles ne se sont pas

saisies ou n’ont pas voulu se saisir des causes structurelles de ces

dysfonctionnements. Cet aveuglement pourrait se révéler catastrophique car se sont

leurs coûts sociaux, accentués par la crise financière, qui avaient alimenté selon Karl

Polanyi la montée des totalitarismes64. Bien qu’il n’y ait pas de fatalité à ce que

l’histoire se répète, la configuration actuelle présente tout de même un double risque

qui donne de la crédibilité à une évolution de type « Grande Transformation ».

Le premier tient à la dépendance sans précédent des particuliers aux produits

bancaires. C’est de cette dépendance que découle, en temps normal, le phénomène

d’exclusion bancaire, mais le danger est qu’en temps de crise financière, il en

démultiplie les conséquences au-delà de ce qu’une société peut supporter sans

réaction radicale. En 1929, les particuliers avaient fait face aux conséquences de la

crise en termes de chômage mais ils ne dépendaient peu ou pas des produits

bancaires. Aujourd’hui, les particuliers perdent non seulement leur emploi mais

doivent d’une part continuer à faire face aux échéances mensuelles de leur

endettement, et d’autre part, assumer le coût des incidents (impayés) et sanctions

(interdiction bancaire) bancaires ainsi que leurs conséquences sur leur autonomie65.

En effet, la quasi-totalité de la vie des particuliers passe par les établissements

62

K. Polanyi, 1983, op. cit.

63

F. Lordon, 2000, op. cit. ; 2008b, op. cit. ; P. Dembinski, 2008, op. cit.

64

K. Polanyi, 1983, op. cit.

65

Les difficultés bancaires affecte l’autonomie des personnes en réduisant leurs possibilités réelles de

faire valoir leurs droits marchands (vendre sa force de travail, louer un logement, consommer, etc.),

juridiques (percevoir des prestations notamment) ou élargis (liens amicaux et familiaux) ainsi qu’en

affectant l’estime de soi. Voir G. Gloukoviezoff, 2008, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

bancaires. Ils – mais je devrais écrire « nous » – en sont totalement dépendants pour

satisfaire la grande majorité de leurs besoins physiologiques et sociaux ainsi que

pour assurer leur protection et promotion dans la mesure où la majorité des

solidarités est à présent financiarisée. La forte augmentation du nombre de dossiers

de surendettement déposés en 2008 et 2009 n’est sans doute qu’un signe avant-

coureur de ces conséquences66.

Le second tient aux possibilités d’action de l’Etat social pour amortir les

conséquences de la crise. Elles sont extrêmement réduites dans la mesure où celui-

ci s’est également fortement endetté pour sauver le système bancaire et tenter de

relancer l’économie. Il lui faut donc à son tour rembourser ses créanciers. Que ce

soit la France ou ses voisins européens tous étudient actuellement le moyen de

réduire drastiquement les dépenses publiques et d’augmenter leurs ressources

fiscales. Si l’Etat social réduit encore son dispositif de protection, les conséquences

seront dramatiques sachant qu’à l’inverse des années 1920 et 1930, l’autoproduction

et les solidarités de proximités ne pourront prendre le relais ayant été largement

remises en cause au cours des « Trente Glorieuses ».

Dès lors, à moins que les autorités politiques ne prennent rapidement conscience

des enjeux de cet aspect de l’intensification de la financiarisation des rapports

sociaux, le risque est réel que la phase de « Transformation » que nous connaissons

depuis une trentaine d’année ne soit suivie par une « Grande Transformation » et la

montée de totalitarismes dont le visage reste encore à découvrir.

Conclusion

Au cours des « Trente Glorieuses », l’intensification de la financiarisation a conduit à

l’introduction des produits bancaires au cœur de la vie des particuliers au point de les

rendre incontournables pour mener une vie normale. Cette évolution était

socialement supportable dans la mesure où les normes d’accès et d’usage de ces

produits découlaient de la logique redistributive qui régulait l’ordre monétaire. La

domination de la logique marchande à partir du début des années 1980 remit cet

équilibre en cause.

Non seulement l’intensification de la financiarisation marchande a accru la nécessité

de recourir à ces produits ; le crédit est notamment apparu à de très nombreux

ménages comme une réponse face à la montée des précarités et la remise en cause

des solidarités financiarisées (les protections collectives). Mais de plus, les

établissements prestataires ont également été soumis aux contraintes de cette

financiarisation marchande au travers de l’exigence de rentabilité de court terme des

marchés financiers. Il en a logiquement découlé la définition de règles et normes

d’accès et d’usage des produits bancaires inadaptés aux clients en situation de

précarité structurelle ou conjoncturelle.

Il en résulte que la crise financière, elle-même provoquée par les excès de cette

financiarisation marchande, voient ses conséquences décuplées par cette

marchandisation d’éléments essentiels à la cohésion sociale (le travail, la monnaie et

ses supports comme les produits bancaires et financiers, etc.). En ce sens, les

évolutions de ces trente dernières années ne peuvent qu’être rapprochées de celles

que Karl Polanyi avait analysées et nommées « Transformation ».

La domination de l’idéologie marchande qui pense le marché comme seul principe

efficace de régulation des échanges ne peut s’affirmer qu’au prix de conséquences

sociales dramatiques. Dans la mesure, où au début du XXe siècle, elles avaient

conduit à une réaction politique de nature totalitaire (la « Grande Transformation »),

la mise à l’épreuve croissante de la cohésion sociale et l’absence de prise en compte

66

Sur les 9 premiers mois de l’année, les dépôts de dossier de surendettement sont en hausse de

17 %.

Contribution au Forum de la Régulation 2009

par le pouvoir politique des causes structurelles des difficultés actuelles ne peuvent

que faire craindre l’aggravation de la crise économique et son basculement en crise

politique majeure.

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Contribution au Forum de la Régulation 2009

1

Contribution Forum de la régulation

1-2 décembre 2009 – Paris

Crise financières et crise des sociétés financiarisées

Vers une nouvelle « Grande Transformation » ?

Georges Gloukoviezoff

Docteur en économie

LEFI – Université Lyon2

Chercheur invité au Policy Institute et

IIIS de Trinity College Dublin

georges.gloukoviezoff@ish-lyon.cnrs.f