Crise financières et crise des sociétés financiarisées Vers une nouvelle « Grande Transformation » ?

Par Mis en ligne le 03 décembre 2009

Introduction

La crise finan­cière qui sévit depuis l’été 2007, fait l’objet de nom­breuses ana­lyses et

inter­pré­ta­tions diver­gentes quant à sa portée : simple tur­bu­lence du capi­ta­lisme ou

crise ultime. Au-delà de la soli­dité des modèles expli­ca­tifs qui peuvent être

confron­tés, ce sont fina­le­ment les consé­quences de cette crise qui tran­che­ront. De

ce point de vue, elle appa­raît dotée d’un poten­tiel de des­truc­tion par­ti­cu­liè­re­ment

élevé fai­sant craindre que de crise éco­no­mique puis sociale, elle ne se mue en crise

poli­tique.

Au cœur de ce poten­tiel se trouve le phé­no­mène de finan­cia­ri­sa­tion. Largement

ana­lysé en matière de moda­li­tés de finan­ce­ment de l’activité des entre­prises, il a été

presque tota­le­ment ignoré lorsqu’il concerne direc­te­ment les par­ti­cu­liers. Il s’agit

pour­tant des deux faces d’une même pièce. La finan­cia­ri­sa­tion cor­res­pond en fait à

l’ensemble des contraintes à l’usage des outils ban­caires et finan­ciers pour satis­faire

les besoins de pro­mo­tion ou de pro­tec­tion, que ces contraintes pèsent sur les Etats,

les entre­prises (y com­pris celles ban­caires) ou les par­ti­cu­liers.

Il est en effet aujourd’hui impos­sible pour un par­ti­cu­lier de mener une vie nor­male

sans dis­po­ser d’un compte ban­caire, d’un mini­mum de moyens de paie­ment

scrip­tu­raux et d’un accès appro­prié au crédit. Lorsque ce n’est pas le cas, les

dif­fi­cul­tés se déve­loppent ali­men­tant le pro­ces­sus d’exclusion sociale. Ce

méca­nisme qui voit une per­sonne ne plus pou­voir mener une vie nor­male en raison

de dif­fi­cul­tés ban­caires d’accès ou d’usage, cor­res­pond au pro­ces­sus d’exclusion

ban­caire. Il découle de l’inadéquation entre la néces­sité sociale pour tous de recou­rir

aux pro­duits ban­caires et la contrainte de ren­ta­bi­lité qui pèse sur les éta­blis­se­ments

pres­ta­taires1. Mais ce phé­no­mène n’est pas le résul­tat d’une coïn­ci­dence

mal­heu­reuse. Il découle de l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion telle qu’elle est à

l’œuvre depuis le début des années 1980.

Intimement lié à l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion, s’intéresser au pro­ces­sus

d’exclusion ban­caire invite alors à plon­ger au cœur des méca­nismes qui ont

pro­vo­qué l’apparition de la crise finan­cière et sur­tout qui en expliquent son ampleur

et la vio­lence de ses consé­quences. Quelques rares tra­vaux2, prin­ci­pa­le­ment aux

Etats-Unis, avaient d’ailleurs insis­tés dès le début des années 2000 sur les causes

struc­tu­relles du sur­en­det­te­ment – l’une des dimen­sions du pro­ces­sus d’exclusion

1

G. Gloukoviezoff, 2008, L’exclusion ban­caire des par­ti­cu­liers en France. Entre néces­site sociale et 

contrainte de ren­ta­bi­lité, thèse de doc­to­rat en éco­no­mie, Université Lumière Lyon2.

2

T. Sullivan, E. Warren, J. Westbrook, 2000, The Fragile Middle Class Americans in Debt, New haven

et Londres : Yale University Press ; R. Manning, 2000, Credit Card Nation. The Consequences of 

America’s Addiction to Credit, New York : Basic Books ; I. Ramsay, 2003, « Consumer Credit Society

and Consumer Bankruptcy in the Informational Economy », in : J. Niemi-KiesiLainen, I. Ramsay, et W.

Withford, Consumer Bankruptcy in Global Perspective, Oxford & Portland : Hart Publishing, pp 17-39.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

ban­caire – qui devaient avant tout être consi­déré comme le symp­tôme d’un

dys­fonc­tion­ne­ment social plus pro­fond.

Cette contri­bu­tion se pro­pose alors d’interroger les liens entre finan­cia­ri­sa­tion et

pro­ces­sus d’exclusion ban­caire, et ainsi de déga­ger les rai­sons pour les­quelles les

consé­quences de la crise finan­cière pour­raient aller au-delà du ter­rain éco­no­mique

pour enva­hir celui poli­tique. L’hypothèse cen­trale qui guide cette ana­lyse est que les

évo­lu­tions connues au cours des 30 der­nières années sont com­pa­rables à ce que

Karl Polanyi nomme « Transformation »3. Élaborée à partir de l’analyse des

évo­lu­tions éco­no­miques connues par les socié­tés euro­péennes à la fin du XIXe et au

début du XXe siècle, la « Transformation » cor­res­pond à la régu­la­tion crois­sante

d’éléments essen­tiels à la cohé­sion sociale selon une logique mar­chande. Une telle

évo­lu­tion, socia­le­ment inte­nable, a débou­ché sur la « Grande Transformation »

réac­tion tota­li­taire et de nature poli­tique à ses coûts sociaux.

La contri­bu­tion s’organise en trois temps. Tout d’abord, il s’agit de pro­po­ser une grille

de lec­ture du pro­ces­sus d’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion (partie 1). Puis, cette

grille de lec­ture est appli­quée aux évo­lu­tions connues par la société fran­çaise depuis

les années 1950 expli­quant le déve­lop­pe­ment du pro­ces­sus d’exclusion ban­caire

(partie 2). Enfin, à l’aide des tra­vaux de Karl Polanyi4, les res­sem­blances et

spé­ci­fi­ci­tés de la période actuelle au regard de celles du début du XX siècle sont

mises en lumière afin de com­prendre pour­quoi ces méca­nismes pour­raient aggra­ver

rapi­de­ment les consé­quences de la crise finan­cière actuelle (partie 3).

Partie 1. Analyser le pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion

C’est parce que les pro­duits ban­caires sont indis­pen­sable pour mener une vie

nor­male que le pro­ces­sus d’exclusion ban­caire est un phé­no­mène social. Sans cela,

il ne s’agirait que d’un pro­blème mar­chand. Cette situa­tion est le résul­tat de

l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion qui cor­res­pond aux évo­lu­tions connue par

l’arrangement ins­ti­tu­tion­nel qui carac­té­rise un ordre moné­taire propre à une société

donnée. Un préa­lable est alors de com­prendre la dimen­sion ins­ti­tu­tion­nelle de la

mon­naie et des pro­duits ban­caires et finan­ciers.

1.1. Donner tout son sens au pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion

Analyser le pro­ces­sus d’exclusion ban­caire conduit à inter­ro­ger la place des pro­duits

ban­caires dans la société fran­çaise. Pour cela, il est indis­pen­sable de renon­cer à la

vision sim­pliste et ins­tru­men­tale de la mon­naie pensée comme un outil stric­te­ment

éco­no­mique à l’instar de ce que pos­tule la « fable du troc ».

1.1.1. La mon­naie : une ins­ti­tu­tion sociale

Que ce soit au sein des socié­tés anciennes ou modernes, la mon­naie est une

ins­ti­tu­tion sociale per­met­tant de faire valoir ses droits et d’honorer ses obli­ga­tions.

Elle est ainsi un élé­ment clef de l’appartenance sociale en expri­mant

l’interdépendance de tous5. Les tra­vaux de Michel Aglietta et André Orléan montrent

en quoi la mon­naie y est aujourd’hui plus encore qu’hier l’expression d’un besoin de

société et de pro­tec­tion6. En effet, les soli­da­ri­tés pro­tec­trices des socié­tés

3

K. Polanyi, 1983, La grande trans­for­ma­tion. Aux ori­gines poli­tiques et éco­no­miques de notre temps,

Paris : Gallimard.

4

K. Polanyi, 1975, « L’économie en tant que procès ins­ti­tu­tion­na­lisé », in : K. Polanyi et C. Arensberg

(eds.), Les sys­tèmes éco­no­miques dans l’histoire et dans la théo­rie, Paris : Librairie Larousse, pp. 239-

260 ; 1983, op. cit.

5

Voir notam­ment sur ce point M. Algietta et A. Orléan (eds.), 1998, La mon­naie sou­ve­raine, Paris :

Odile Jacob ; M. Aglietta et A. Orléan, 2002, La mon­naie entre vio­lence et confiance, Paris : Odile

Jacob ; I. Guérin, 2000, Pratiques moné­taires et finan­cières des femmes en situa­tion de pré­ca­rité,

Thèse de doc­to­rat en éco­no­mie, Lyon : Université Lumière Lyon2 ; J.-M. Servet, 2006, Banquier aux

pieds nus, Paris : Odile Jacob.

6

M. Aglietta et A. Orléan, 2002, op. cit.

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tra­di­tion­nelles, affai­blies au sein des socié­tés modernes, sont pro­gres­si­ve­ment

rem­pla­cées par le désir de richesse, richesse qui permet de se pro­té­ger de

l’incertitude mar­chande.

Moyen de règle­ment de l’ensemble des formes de dettes, la mon­naie se voit doter

d’un pou­voir excep­tion­nel mais fon­da­men­ta­le­ment ambi­va­lent. Elle est ainsi lien

social et pro­messe d’harmonie des échanges mar­chands et des rela­tions sociales en

cana­li­sant les désirs d’acquisition des per­sonnes et en entre­te­nant l’idéal

démo­cra­tique éga­li­taire grâce à la fis­ca­lité. Mais, pré­ci­sé­ment en raison de son

pou­voir et de son rôle social, elle est simul­ta­né­ment un fac­teur de crises pou­vant

affec­ter l’ensemble de la société.

Il devient alors évident que les règles et normes qui condi­tionnent l’accès et l’usage

de la mon­naie, sont des élé­ments essen­tiels au déve­lop­pe­ment har­mo­nieux des

socié­tés. La mon­naie n’est pas neutre, elle influence direc­te­ment le fonc­tion­ne­ment

de la société. C’est en ce sens qu’elle peut être consi­dé­rée comme une ins­ti­tu­tion

sociale7.

Plus lar­ge­ment, c’est au tra­vers de l’ensemble des com­po­santes de l’ordre moné­taire

propre à une société donnée, qu’elle exprime ses qua­li­tés ce qui inclut les pro­duits

ban­caires. A l’instar de la mon­naie dont ils sont le véhi­cule, ils sont éga­le­ment un

moyen de ges­tion de l’incertitude et d’expression de l’appartenance sociale.

En se déta­chant d’une lec­ture exclu­si­ve­ment ins­tru­men­tale de la mon­naie, il est

pos­sible de saisir son rôle essen­tiel au sein des pro­ces­sus qui par­ti­cipent à la

cohé­sion et la repro­duc­tion des socié­tés. Mais ce rôle n’est pas figé. Les rap­ports de

force entre groupes sociaux ou caté­go­ries sociales condi­tionnent les évo­lu­tions de

l’arrangement ins­ti­tu­tion­nel qui carac­té­risent un ordre moné­taire donné et sont

condi­tion­nés en retour.

Ces évo­lu­tions peuvent s’étudier selon dif­fé­rentes pers­pec­tives8. Compte-tenu de la

pro­blé­ma­tique de cette contri­bu­tion, c’est le point de vue du rôle joué par les pro­duits

ban­caires qui est pri­vi­lé­gié en ana­ly­sant le pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion des

rap­ports sociaux.

1.1.2. De la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie à celle de la société

Si nous pré­ci­sons « des rap­ports sociaux », c’est pour insis­ter sur le fait que le

phé­no­mène étudié ne se limite pas au recours crois­sant aux mar­chés finan­ciers par

les entre­prises pour se finan­cer. Il s’agit là d’un des aspects de ce phé­no­mène mais

qui est loin d’en épui­ser la richesse.

Bien que ce sens étroit soit géné­ra­le­ment retenu, cer­tains auteurs en pro­posent une

lec­ture plus com­plète en s’inscrivant de fait à la suite des tra­vaux de Georg Simmel

pour qui la dif­fu­sion de la mon­naie recon­fi­gure les rap­ports sociaux et la hié­rar­chie

des valeurs9. Pour ces auteurs dont sont Bernard Perret10, Paul Dembinski11 ou

7

La mon­naie est une ins­ti­tu­tion sociale parce ce qu’elle ne se réduit pas à un ins­tru­ment des rela­tions

hori­zon­tales mais cor­res­pond éga­le­ment à un ensemble de règles qui déter­mine l’appartenance de

chacun à la société mar­chande. Cet ensemble de règles exerce de plus son influence de manière

durable sur le com­por­te­ment des per­sonnes, tout en étant influen­cée en retour par ces mêmes

com­por­te­ments expli­quant ses évo­lu­tions au cours du temps. Voir notam­ment A. Orléan, 1998, « La

mon­naie auto­ré­fé­ren­tielle : réflexions sur les évo­lu­tions moné­taires contem­po­raines », in : M. Aglietta et

A. Orléan (eds.), op. cit., pp. 359-356 ; I. Guérin, 2000, op. cit.

8

Michel Aglietta et André Orléan pro­posent ainsi une ana­lyse des évo­lu­tions de l’ordre moné­taire et des

formes de confiance qui le sous-tendent notam­ment au tra­vers de l’étude des crises des sys­tèmes

moné­taires. Voir M. Aglietta et A. Orléan, 2002, op. cit. Voir éga­le­ment sur ce thème B. Théret (ed.),

2007, La mon­naie dévoi­lée par ses crises. Crises moné­taires d’hier et d’aujourd’hui, volume 1 et 2,

Paris : Editions de l’EHESS.

9

G. Simmel, 1999, Philosophie de l’argent, Paris : Presses Universitaires de France.

10

B. Perret, 1999, Les nou­velles fron­tières de l’argent, Paris : Seuil.

11

P. Dembinski, 2008, Finance ser­vante ou finance trom­peuse, Paris : Desclée de Brouwer.

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Frédéric Lordon12, la finan­cia­ri­sa­tion cor­res­pond à l’influence crois­sante de la logique

finan­cière mar­chande sur l’ensemble des com­po­santes de la société. Elle est un

prin­cipe d’action basé sur la domi­na­tion du cri­tère d’efficacité assi­mi­lée à la

ren­ta­bi­lité des acti­vi­tés, et un hori­zon tem­po­rel ne dépas­sant pas le court terme.

Mais la finan­cia­ri­sa­tion est éga­le­ment un prin­cipe d’organisation dans la mesure où

sa dif­fu­sion entraine une réor­ga­ni­sa­tion sys­té­mique qui bou­le­verse aussi bien le

finan­ce­ment de l’économie que l’identité sociale des per­sonnes et les moda­li­tés de

l’être ensemble.

La finan­cia­ri­sa­tion tient donc d’une logique struc­tu­rante en confor­mité avec l’analyse

menée sur la mon­naie comme ins­ti­tu­tion sociale. De manière com­plé­men­taire, les

tra­vaux aux­quels nous avons par­ti­cipé au sein du Centre Walras en 2004-200513

avaient conduit à insis­ter sur le fait que la finan­cia­ri­sa­tion implique les dif­fé­rentes

com­po­santes de l’ordre moné­taire et pas seule­ment les mar­chés finan­ciers. Selon

Jean-Michel Servet, quatre formes de l’institution moné­taire par­ti­ci­pant à cette

évo­lu­tion sont à dis­tin­guer : la moné­ta­ri­sa­tion des dépenses en est la forme

élé­men­taire ; l’intensification de l’intermédiation des moyens de paie­ment, de

l’épargne et des prêts, ainsi que l’évolution des moda­li­tés de pro­tec­tion sociale et

contre les risques en sont les deux vec­teurs prin­ci­paux ; enfin la der­nière forme en

est la consé­quence et cor­res­pond à « l’essor d’une éco­no­mie de pla­ce­ments et de 

spé­cu­la­tions »14. C’est l’articulation des quatre élé­ments qui rend com­pré­hen­sibles

les diverses contraintes au recours aux ins­tru­ments moné­taires et finan­ciers qui

pèsent sur les indi­vi­dus, entre­prises ou nations, et leurs consé­quences.

C’est ainsi à partir de ces dif­fé­rents tra­vaux por­tant sur des facettes de la

finan­cia­ri­sa­tion telle qu’elle se déve­loppe aujourd’hui que la néces­sité d’une grille de

lec­ture qui en donne à voir les per­ma­nences struc­tu­relles, s’est impo­sée.

1.2. Une grille de lec­ture ori­gi­nale

Établir une grille de lec­ture du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion à partir des apports des

lec­tures pré­cé­dentes, sup­pose d’en dis­tin­guer les com­po­santes qui sont

impli­ci­te­ment mêlées. Sans cela, l’analyse est en partie aveugle aux alter­na­tives et

réduit l’importance du poli­tique au sein de ces évo­lu­tions alors même que ces

cher­cheurs la sou­lignent expli­ci­te­ment. C’est cet écueil que nous ten­tons d’éviter en

dis­tin­guant besoins, formes et logiques du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion.

1.2.1. Les besoins sociaux et les formes de la finan­cia­ri­sa­tion

Tout d’abord, l’intensification du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion cor­res­pon­dant à la

contrainte crois­sante de recou­rir aux ins­tru­ments moné­taires et finan­ciers pour

satis­faire un ensemble tou­jours plus vaste de besoins sociaux. Il importe donc de

défi­nir ces besoins. A la suite des tra­vaux d’Amartya Sen sur les capa­bi­li­tés15, nous

les assi­mi­lons à la pos­si­bi­lité de faire valoir ses droits et d’honorer ses obli­ga­tions

afin de mener une vie nor­male. Deux prin­ci­paux groupes peuvent alors être

dis­tin­gués selon qu’ils impliquent ou non la ges­tion d’un rap­port au temps et

l’incertitude affé­rente :

En l’absence de ce rap­port au temps, il s’agit des besoins de per­cep­tion et de

mise en cir­cu­la­tion des signes moné­taires. Ce type de besoin cor­res­pond par

12

F. Lordon, 2000, Fonds de pen­sion : piège à con, Paris : Raisons d’agir ; 2008b, Jusqu’à quand ?

Pour en finir avec les crises finan­cières, Paris : Raisons d’agir.

13

Voir les intro­duc­tions géné­rales des rap­ports du centre Walras 2004 et 2005. I. Guérin et J.-M. Servet

(éd.) (2004), Exclusion et liens finan­ciers Rapport du Centre Walras 2003, Paris : Economica, pp.4-20.

G.Gloukoviezoff (ed.), (2005), Exclusion et liens finan­ciers. L’exclusion ban­caire des par­ti­cu­liers.

Rapport du Centre Walras 2004, Paris : Economica.

14

J.-M. Servet, 2006, op. cit., p. 40

15

A. Sen, 1999, Un nou­veau modèle éco­no­mique. Développement, jus­tice, liberté, Paris : Odile Jacob.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

exemple à la per­cep­tion du salaire sur un compte de dépôt ou de la

réa­li­sa­tion d’un paie­ment grâce à un chèque.

Lorsque le rap­port au temps est pré­sent, il s’agit de la satis­fac­tion des

besoins de pro­mo­tion et de pro­tec­tion. C’est le besoin de pro­mo­tion qui est

satis­fait lorsqu’un crédit est uti­lisé pour acqué­rir un véhi­cule censé amé­lio­rer

l’employabilité de la per­sonne. En revanche, lorsque ce crédit est uti­lisé pour

faire répa­rer le véhi­cule et conser­ver son emploi, il s’agit alors de la

satis­fac­tion du besoin de pro­tec­tion dans la mesure où la fina­lité est d’éviter

la dégra­da­tion de la situa­tion.

La satis­fac­tion du second type de besoin implique néces­sai­re­ment, à des degrés

divers, celle du pre­mier type mais la réci­proque n’est pas véri­fiée.

Ensuite, il convient de dis­tin­guer les dif­fé­rentes formes de la finan­cia­ri­sa­tion. Il s’agit

de per­ma­nences his­to­riques16 dont l’importance rela­tive varie au cours du temps

mais qui sont consti­tu­tives d’un ordre moné­taire. Elles sont au nombre de trois. La

moné­ta­ri­sa­tion qui cor­res­pond à la dif­fu­sion de la mon­naie sous une forme fidu­ciaire

(pièces et billets), et consti­tue le socle de tout ordre moné­taire. Le deuxième niveau

cor­res­pond à l’intermédiation : un inter­mé­diaire, par exemple une banque, inter­vient

entre la per­sonne et son argent pour la satis­fac­tion de ses besoins. Enfin le troi­sième

niveau qui sup­pose les deux pré­cé­dents, est celui de la finan­cia­ri­sa­tion à pro­pre­ment

parler. A ce der­nier niveau, les besoins indi­vi­duels sont mis en inter­re­la­tion par une

entité repré­sen­ta­tion du col­lec­tif. Cette entité orga­nise cette inter­re­la­tion mais ne

satis­fait pas direc­te­ment les besoins indi­vi­duels. Il peut s’agir des mar­chés finan­ciers

mais éga­le­ment d’un Etat pla­ni­fi­ca­teur.

À ce stade du rai­son­ne­ment, il est pos­sible de pro­po­ser une pre­mière repré­sen­ta­tion

gra­phique du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion (schéma 1).

Schéma 1 : Besoins et formes de la finan­cia­ri­sa­tion

Les flèches qui relient les dif­fé­rentes formes de la finan­cia­ri­sa­tion sou­lignent

l’influence que cha­cune d’elles exerce sur les deux autres. Cette influence peut être

de nature tech­nique mais elle est aussi et sur­tout de l’ordre des logiques qui reflètent

la hié­rar­chie de valeurs dont cet ordre moné­taire tire sa légi­ti­mité. Après les besoins

et les formes du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion, il faut donc à pré­sent se pen­cher sur

les logiques qui l’animent.

1.2.2. Les logiques de la finan­cia­ri­sa­tion

Les tra­vaux de Karl Polanyi17 four­nissent une grille de lec­ture des logiques à l’œuvre.

Il dis­tingue en effet trois prin­cipes d’intégration éco­no­mique cor­res­pondent à des

moda­li­tés d’affectation des res­sources : la redis­tri­bu­tion, le marché et la réci­pro­cité.

– Le prin­cipe de redis­tri­bu­tion fait primer l’intérêt col­lec­tif sur le reste. La

pro­duc­tion et la cir­cu­la­tion des richesses sont orga­ni­sées selon une logique

de cen­tri­cité qui les voit conver­ger vers le centre puis en repar­tir.

– Le prin­cipe de marché fait primer l’intérêt indi­vi­duel en niant l’existence d’un

tout social qui soit plus que la somme des par­ties. Il n’y a pas de soli­da­rité

mais une inter­dé­pen­dance inté­res­sée. La logique qui anime la pro­duc­tion des

richesses et leur cir­cu­la­tion est l’équivalence des tran­sac­tions fon­dées sur la

logique de l’intérêt indi­vi­duel.

– Le prin­cipe de réci­pro­cité se fonde sur la recon­nais­sance de la

com­plé­men­ta­rité d’éléments dis­tincts et s’inscrit volon­tai­re­ment dans une

tota­lité pensée comme telle. La pro­duc­tion et la cir­cu­la­tion des richesses sont

ani­mées par la logique de la symé­trie qui voit chacun s’acquitter de ses

obli­ga­tions selon ses capa­ci­tés18. « Lorsque la réci­pro­cité est la forme 

d’intégration, les équi­va­lences déter­minent la quan­tité qui est « appro­priée »

par rap­port à la partie qui occupe une place symé­trique »19. Le prin­cipe de

réci­pro­cité sup­pose ainsi que les échanges inter­in­di­vi­duels intègrent de

manière consciente l’intérêt col­lec­tif et le souci d’autrui. Il est donc la

recon­nais­sance et la tra­duc­tion des droits et obli­ga­tions d’un groupe fai­sant

tota­lité. Il est l’expression de la soli­da­rité de ses membres.

Ce sont ces prin­cipes ou logiques qui animent les dif­fé­rentes formes de la

finan­cia­ri­sa­tion. Ils sont tous trois tou­jours simul­ta­né­ment pré­sents, l’un domi­nant les

deux autres. Les tra­vaux sur la finan­cia­ri­sa­tion pré­sen­tés pré­cé­dem­ment ana­lysent

ainsi une finan­cia­ri­sa­tion domi­née (et le mot est faible) par la logique mar­chande.

Les varia­tions de leur influence rela­tive ont ainsi des consé­quences signi­fi­ca­tives sur

la cohé­sion sociale et les moda­li­tés de repro­duc­tion des socié­tés.

Afin d’illustrer les tra­duc­tions concrètes de ces dif­fé­rentes logiques au sein des trois

formes du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion, les deux tableaux sui­vants pré­sentent

quelques exemples pour les deux types de besoins dis­tin­gués plus haut. Ces

dif­fé­rents exemples s’inscrivent néces­sai­re­ment impar­fai­te­ment dans cha­cune des

cases car ils ne sont que rare­ment animés par une seule logique. C’est donc en

fonc­tion de leur trait domi­nant qu’ils ont été clas­sés.

Tableau 1 : Logiques de finan­cia­ri­sa­tion et besoins de perception/​circulation


Tableau 2 : Logiques de finan­cia­ri­sa­tion et besoins de promotion/​protection


C’est l’articulation de ces dif­fé­rentes formes et logiques qui carac­té­rise un ordre

moné­taire. La sta­bi­lité d’un tel arran­ge­ment ins­ti­tu­tion­nel découle de la cohé­rence de

cette arti­cu­la­tion et de sa capa­cité à régu­ler les ten­sions dont il est por­teur en raison

de l’interdépendance de l’ensemble de ces com­po­santes et de la coha­bi­ta­tion de ces

dif­fé­rentes logiques. C’est éga­le­ment de cette arti­cu­la­tion que découlent les règles et

normes d’accès et d’usage des pro­duits ban­caires à l’origine du pro­ces­sus

d’exclusion ban­caire.

Selon la logique qui domine le pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion et donc les

carac­té­ris­tiques de l’ordre moné­taire, les règles et normes d’accès et d’usage des

pro­duits ban­caires ne sont pas les mêmes pour les par­ti­cu­liers.

Dans une société où l’Etat pour­voit géné­reu­se­ment à la pro­tec­tion de ses membres

contre les aléas de la vie selon une logique redis­tri­bu­tive, le crédit ban­caire tient une

place bien dif­fé­rente de celle qu’il occupe dans une société où l’Etat social est absent

en raison de la domi­na­tion de la logique mar­chande. Les normes d’usage dif­fèrent

donc for­te­ment. De même, un sec­teur ban­caire où les pou­voirs publics sont un

acteur direct (au tra­vers des banques publiques) et indi­rect (par la régu­la­tion) majeur

ne défi­nit pas les mêmes règles d’accès que lorsque ce sec­teur est for­te­ment

libé­ra­lisé.

La logique qui anime la finan­cia­ri­sa­tion influe donc simul­ta­né­ment sur la nature et

l’ampleur des contraintes à recou­rir aux pro­duits ban­caires pour les par­ti­cu­liers, mais

éga­le­ment sur les règles d’accès et d’usage qui régissent la pres­ta­tion de ser­vices

ban­caires telle qu’elle leur est pro­po­sée.

Partie 2. L’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion mar­chande

Ce sont les évo­lu­tions de l’ordre moné­taire qui ont rendu les pro­duits ban­caires

incon­tour­nables pour mener une vie nor­male. Ces évo­lu­tions ne sont pas le résul­tat

d’un pro­ces­sus natu­rel et néces­sai­re­ment effi­cient, mais le fruit de rap­ports de force

entre groupes sociaux et des choix opérés par le passé. Afin de donner à voir ces

évo­lu­tions et sur­tout d’en com­prendre la dyna­mique, cette partie ana­lyse le

pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion en met­tant l’accent sur ses impli­ca­tions pour l’accès et

l’usage des pro­duits ban­caires. Pour cela, deux périodes sont dis­tin­guées : la

pre­mière cor­res­pond à la phase d’accélération de la ban­ca­ri­sa­tion des par­ti­cu­liers de

la fin des années 1950 au début des années 1980, puis la seconde s’étend jusqu’à

aujourd’hui et se dis­tingue de celle qui la pré­cède par la domi­na­tion de la logique

mar­chande.

2.1. La ban­ca­ri­sa­tion accé­lé­rée de la popu­la­tion fran­çaise

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

La période qui s’étend du len­de­main de la seconde Guerre Mondiale jusqu’aux

années 1980 est mar­quée par une forte accé­lé­ra­tion du mou­ve­ment de

finan­cia­ri­sa­tion. Cette évo­lu­tion se fait sous le contrôle étroit de l’État qui en est un

acteur direct et indi­rect. Après avoir ratio­na­lisé et réor­ga­nisé le sec­teur ban­caire

coopé­ra­tif au cours de l’entre-deux guerres, il natio­na­lise en 1945 la Banque de

France et les quatre prin­ci­pales banques de dépôts20, et régle­mente étroi­te­ment

l’ensemble de l’activité ban­caire21. C’est donc un sec­teur ban­caire sous tutelle

éta­tique qui devient le pivot de la crois­sance des « Trente Glorieuses ».

2.1.1. Comment les banques sont pro­gres­si­ve­ment entrées au cœur de la vie des

Français

Le déve­lop­pe­ment de la société de consom­ma­tion au cours des « Trente

Glorieuses » cor­res­pond à une inten­si­fi­ca­tion de la moné­ta­ri­sa­tion. Un ensemble

tou­jours plus vaste de besoins (hygiène, soins, trans­ports, com­mu­ni­ca­tions, etc.) est

pro­gres­si­ve­ment satis­fait dans le cadre de rela­tions com­mer­ciales intro­dui­sant la

mon­naie et la logique mar­chande dans de nou­velles sphères. Toutefois, ces

évo­lu­tions ne se sont pas immé­dia­te­ment tra­duites par une inten­si­fi­ca­tion de

l’intermédiation, c’est à dire par un recours plus fré­quent aux pro­duits ban­caires.

Jusqu’au milieu des années 1960, les par­ti­cu­liers se tiennent à dis­tance des

banques. Ils y sont prin­ci­pa­le­ment épar­gnants grâce à leur livret et seuls les clients

aisés déve­loppent de véri­tables rela­tions ban­caires. Mais l’Etat va chan­ger tout ça.

S’il inter­vient, c’est parce que la crois­sance sou­te­nue des « Trente Glorieuses » a

besoin d’être finan­cée. Les entre­prises ont besoin de cré­dits ban­caires pour inves­tir

et les pou­voirs publics ont besoin de se finan­cer pour moder­ni­ser les infra­struc­tures

du pays. La réponse à ce défi est trou­vée par la ban­ca­ri­sa­tion des ménages fran­çais.

L’objectif est double. Pour les banques, les dépôts des par­ti­cu­liers sont une manne

qu’elles peuvent uti­li­ser pour prêter aux entre­prises. Pour l’État, l’idée est, d’une part,

d’orienter une partie de ces res­sources vers des pro­duits d’épargne per­met­tant de

finan­cer ses inves­tis­se­ments, et d’autre part, de mieux contrô­ler les salaires versés

et ainsi d’améliorer l’efficacité de la fis­ca­lité.

Afin de mener ce projet à bien l’État agit à la fois en direc­tion des clients, de

l’organisation du sec­teur ban­caire et des carac­té­ris­tiques de l’offre ban­caire

(Tableau 3).

Tableau 3 : Mise en œuvre de la ban­ca­ri­sa­tion des par­ti­cu­liers par l’État


20

Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir natio­nal d’escompte, Banque natio­nale pour le

com­merce et l’industrie (ces deux der­nières fusion­ne­ront en 1966 pour former la Banque natio­nale de

Paris). Il ne reste dans le sec­teur privé que des banques de dépôt de taille très modeste ainsi que les

banques d’affaire mais qui voient un com­mis­saire du gou­ver­ne­ment être placé auprès d’elles. Voir Haut

Conseil du sec­teur finan­cier public et semi-public, 2001, Un sec­teur finan­cier public, pour quoi faire ?,

Rapport 2001, Paris.

21

Les banques pri­vées avaient été jusqu’alors rela­ti­ve­ment peu enca­drées. En 1941, le gou­ver­ne­ment

de Vichy a mis fin à l’ère libé­rale et doté, en col­la­bo­ra­tion étroite avec la pro­fes­sion, le sec­teur ban­caire

d’un statut par­ti­cu­lier. En 1945, la dis­tinc­tion banque de dépôt – banque d’affaire est ins­crite dans la loi

et le Conseil natio­nal du crédit encadre la concur­rence inter­ban­caire afin de per­mettre le finan­ce­ment

de la recons­truc­tion du pays.

22

Les femmes avaient déjà depuis 1942 l’autorisation d’ouvrir un compte de dépôt sans l’autorisation de

leur mari mais celui-ci pou­vait y faire oppo­si­tion par la suite. Dans les faits, les banques conti­nuaient à

deman­der une auto­ri­sa­tion mari­tale.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

milieu des années 1960, ces mesures abou­tissent à une obli­ga­tion légale en 1973

pour la domi­ci­lia­tion23 et en 1978 pour la men­sua­li­sa­tion. Alors que seule­ment 10 %

des salaires étaient versés men­suel­le­ment en 1969, ils sont 75 % en 197224.

L’État rend obli­ga­toire la per­cep­tion des pres­ta­tions sociales par l’intermédiaire d’un

compte ban­caire en 1978.

Secteur

ban­caire

Les réformes Debré en 1966-1967 sup­priment la dis­tinc­tion entre banques de dépôts

et banques d’affaires et rendent caduque l’obligation d’autorisation préa­lable pour

l’ouverture de gui­chets afin de per­mettre aux banques d’être au plus près de la

popu­la­tion.

Les banques coopé­ra­tives voient leur contrainte de spé­cia­li­sa­tion réduite ce qui les

conduit à diver­si­fier leur acti­vité, et donc leurs res­sources, sans pour autant perdre

leurs avan­tages qui sont la contre­par­tie de leur acti­vité en direc­tion des clien­tèles

rurales et de par­ti­cu­liers.

Les Caisses d’épargne sont auto­ri­sées en 1978 à ouvrir des comptes de dépôt à leur

clien­tèle et à leur octroyer des car­nets de chèques.

Produits

Instauration de la gra­tuité du chèque en contre­par­tie de l’absence de rému­né­ra­tion

des comptes de dépôt (le fameux « ni-ni »).

En matière d’orientation de l’épargne, le livret B et les pro­duits d’épargne loge­ment

sont créés en 196525, et le « livret bleu » dis­tri­bué par le Crédit Mutuel26 en 1975.

Le livret A dont le taux de déten­tion est encore quatre fois supé­rieur à ceux des

comptes de dépôt à la fin des années soixante-dix, voit ses carac­té­ris­tiques

modi­fiées afin d’en rendre l’utilisation plus pra­tiques en 1967.

Par ces dif­fé­rentes mesures, l’État a non seule­ment été l’architecte de la

ban­ca­ri­sa­tion mas­sive de la popu­la­tion mais éga­le­ment son déclen­cheur.

Progressivement, le recours aux comptes de dépôt et moyens de paie­ment

scrip­tu­raux est rendu, si ce n’est obli­ga­toire, au moins dif­fi­ci­le­ment évi­table. En

contre­par­tie, l’accès à ces ser­vices a été faci­lité autant que pos­sible et leur coût

limité. Ainsi, alors que les ménages fran­çais n’étaient que 17 % à déte­nir un compte

de dépôt ou un livret ban­caire (hors livret A) en 1966, ils sont 62 % en 1972 puis

92 % en 198427.

Mais l’intensification de l’intermédiation me se limite pas aux besoins de per­cep­tion

et de mise en cir­cu­la­tion mais concerne éga­le­ment la satis­fac­tion de ceux de

pro­tec­tion face aux aléas de la vie et de pro­mo­tion notam­ment en termes

d’équipement des ménages.

2.1.2. Promotion et pro­tec­tion : la com­plé­men­ta­rité de l’Etat et du marché

Alors que les condi­tions éco­no­miques sont moins favo­rables à l’épargne qu’au

recours au crédit (forte crois­sance, forte infla­tion, plein emploi), la satis­fac­tion du

besoin de pro­mo­tion se tra­duit par un dou­ble­ment de l’endettement des ménages

entre 1949 et 1958 puis un tri­ple­ment entre 1959 à 196628. Ce fort déve­lop­pe­ment du

crédit à la consom­ma­tion se fait dans un cadre fixé par l’Etat : il boni­fie une partie

des prêts, encadre les taux d’intérêt (cré­di­teur et débi­teur) à partir de 1963, et fixe un

23

Au-delà de 1 500 francs (pour un Smic à un peu plus de 900 francs), le salaire devait être versé en

mon­naie scrip­tu­rale. Ce seuil est aujourd’hui de 1 500 euros (pour un Smic à un peu plus de

1 300 euros). De Blic & Lazarus, 2007, Sociologie de l’argent, Paris : La Découverte.

24

Bonin, 1989, L’argent en France depuis 1880. Banquiers, finan­ciers, épar­gnants dans la vie 

éco­no­mique et poli­tique, Paris : Masson.

25

Ces nou­veaux pro­duits d’épargne qui peuvent être dis­tri­bués par l’ensemble des banques voient le

mon­tant de leurs dépôts passer de 4 à 63 mil­liards entre 1964 et 1974. De Blic & Lazarus, 2007, op. cit.

26

C’est d’ailleurs à cette occa­sion que le Crédit Mutuel, jusqu’alors rela­ti­ve­ment indé­pen­dant de l’État

(bien que les pou­voirs publics aient fixé les sta­tuts de sa confé­dé­ra­tion natio­nale en 1958), est

ins­tru­men­ta­lisé par lui en se voyant confier une mis­sion d’intérêt géné­ral rela­tive à l’emploi de l’épargne

col­lec­tée par ce livret qui fai­sait l’objet d’une défis­ca­li­sa­tion par­tielle. Haut Conseil au sec­teur finan­cier

public et semi-public, 2001, op.cit.

27

Bonin, 1992, La banque et les ban­quiers du Moyen Age à nos jours, Paris : Larousse.

28

Sur la période 1955-1956, ces cré­dits sont consa­crés pour près de 50 % d’entre eux à l’automobile,

pour 16 % aux appa­reils ména­gers, pour 13 % aux véhi­cules à deux roues et pour 9 % aux postes de

radio et de télé­vi­sion qui font leur appa­ri­tion. Voir Caisse des Dépôts et Consignations, 1999, Le Livret

A, une his­toire de l’épargne popu­laire, Paris : La Documentation Française ; S. Langlois, 2005,

Consommer en France, Paris : L’Aube.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

10

taux pla­fond (taux de l’usure) à partir de 1966 (loi du 28 décembre). De plus, en

1978, la loi Scrivener tente d’améliorer la pro­tec­tion de l’emprunteur en déve­lop­pant

et enca­drant son infor­ma­tion et les pos­si­bi­li­tés qui lui sont offertes de se rétrac­ter.

Si le crédit est prin­ci­pa­le­ment un outil de pro­mo­tion, c’est parce que d’autres

réponses finan­cia­ri­sées sont appa­rues en matière de pro­tec­tion. Le sys­tème de

pro­tec­tion sociale29 s’organise en effet dès 194530. L’État social qui se met

pro­gres­si­ve­ment en place, est la tra­duc­tion d’une évo­lu­tion de la hié­rar­chie de

valeurs. Alors que depuis la Révolution Française la pro­priété privée était le socle de

l’autonomie indi­vi­duelle, les « Trente Glorieuses » sont mar­quées par l’avènement de

la « pro­priété sociale »31. Celle-ci com­plète la pré­cé­dente et s’exprime

prin­ci­pa­le­ment sous une forme finan­cia­ri­sée animée par la logique redis­tri­bu­tive. En

effet, en dépit de fai­blesses32, le sys­tème de pro­tec­tion sociale est animé par une

logique qui le dis­tingue clai­re­ment de la logique mar­chande.

L’intermédiation crois­sante de la satis­fac­tion des besoins de pro­mo­tion et de

pro­tec­tion au cours des Trente Glorieuses ne s’accompagne donc pas

méca­ni­que­ment d’une plus grande mar­chan­di­sa­tion. La logique à l’œuvre n’est que

modé­ré­ment mar­chande en matière de pro­mo­tion en raison du contrôle éta­tique

direct et indi­rect, et ne l’est pas du tout pour la pro­tec­tion tota­le­ment orga­ni­sée par

les pou­voirs publics. Ainsi, bien que ren­con­trer des dif­fi­cul­tés ban­caires d’accès ou

d’usage pro­voquent des consé­quences de plus en plus pro­blé­ma­tiques à mesure

que les pro­duits ban­caires deviennent la norme, l’ampleur du phé­no­mène

d’exclusion ban­caire reste modé­rée tout au long de cette période.

2.1.3. Les pré­misses de la finan­cia­ri­sa­tion mar­chande

Si la logique mar­chande n’a que peu de place pour s’exprimer, les forces qui vont

ren­ver­ser ce com­pro­mis ins­ti­tu­tion­nel dominé par une logique redis­tri­bu­tive, sont

déjà à l’œuvre au sein de la sphère finan­cière. Paul Dembinski iden­ti­fie la clef de

cette remise en cause de l’ordre moné­taire des « Trente Glorieuses », dans

l’absence de prise en compte de la finance inter­na­tio­nale au sein des accords de

Bretton Woods en 194433.

Alors que ces accords défi­nissent les lignes direc­trices de cet ordre moné­taire au

niveau inter­na­tio­nal, ils laissent la régu­la­tion des mar­chés finan­ciers à la charge des

auto­ri­tés et des lois natio­nales. C’est dans cette faille que les éta­blis­se­ments

finan­ciers inter­na­tio­na­le­ment pré­sents vont s’engouffrer entrai­nant notam­ment la

créa­tion des « euro-dol­lars » puis « euro-devises »34. Cette créa­tion moné­taire privée

29

Pour plus d’informations voir l’ouvrage dirigé par Serge Paugam et plus par­ti­cu­liè­re­ment les cha­pitres

de Robert Boyer, François-Xavier Merrien et Bruno Palier. S. Paugam (ed.), 2007, Repenser la

soli­da­rité, L’apport des sciences sociales, Paris : Presses Universitaires de France ; R. Boyer, 2007,

« Comment Concilier soli­da­rité sociale et effi­ca­cité éco­no­mique à l’ère de la glo­ba­li­sa­tion : une lec­ture

regu­la­tion­niste », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 887-914 ; F.-X. Merrien, 2007, « Les deve­nirs de la

soli­da­rité sociale », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 839-854 ; B. Palier, 2007 « Des assu­rances de

moins en moins sociales », in : S. Paugam, 2007, op. cit., pp. 855-871.

30

Les pré­mices de la Sécurité sociale se trouvent dans deux lois de 1928 et 1930 qui rendent

obli­ga­toire l’affiliation à un régime d’assurance sociale dont la Sécurité sociale est en fait la

géné­ra­li­sa­tion à grande échelle.

31

R. Castel, 2009, La montée des incer­ti­tudes – Travail, pro­tec­tions, statut de l’individu, Paris : Seuil.

32

Les prin­ci­pales cri­tiques tiennent à la place cen­trale accor­dée à l’emploi lais­sant sans pro­tec­tion ceux

qui ne peuvent coti­ser ou ne sont pas liés à un ayant droit, et à celle accor­dée aux soli­da­ri­tés

pro­fes­sion­nelles caté­go­rielles pri­vi­lé­giant « la soli­da­rité et la redis­tri­bu­tion (par le biais de la 

mutua­li­sa­tion du risque) à l’intérieur d’un même groupe social » au détri­ment de la recherche de

« l’égalité de tous ou de la dis­pa­ri­tion de la pau­vreté » (B. Palier, 2007, op.cit., p. 855).

33

Dembinski, 2008, op. cit.

34

Les éta­blis­se­ments finan­ciers qui détiennent dans leur bilan des dol­lars (ou autre devises) en dehors

des Etats-Unis (ou du pays émet­teur) pou­vaient accor­der des prêts dans cette mon­naie sans aucune

contrainte de fonds propres à l’exception de leur éva­lua­tion du risque de l’opération (aux Etats-Unis, ces

banques auraient dû conser­ver une frac­tion des mon­tants prêtés fixée par les règles de régu­la­tion). Si

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

a rendu impos­sible pour les Etats-Unis le main­tien de la parité entre l’or et le dollar

condui­sant à l’abandon de sa conver­ti­bi­lité en 1971. Ce bas­cu­le­ment de fait dans un

sys­tème de change flexible35 conduit à faire dépendre en grande partie la valeur des

mon­naies, et donc la poli­tique moné­taire, de l’évaluation qui en est faite sur les

mar­chés finan­ciers. L’ordre moné­taire est alors pro­fon­dé­ment modi­fié.

L’onde de choc de cette trans­for­ma­tion va pro­gres­si­ve­ment redé­fi­nir les règles et

normes d’accès et d’usage de la mon­naie et de ses dif­fé­rents sup­ports au sein de

chaque pays. Mais cette redé­fi­ni­tion va éga­le­ment prendre appui sur les pos­si­bi­li­tés

offertes par les mar­chés finan­ciers qui se déve­loppent tout au long des années

197036. En effet, dans le but de pro­té­ger la valeur du patri­moine finan­cier contre les

effets de la forte infla­tion qui carac­té­rise cette période, les tech­no­lo­gies de

l’information sont mises à contri­bu­tion pour éla­bo­rer un nombre crois­sant

d’innovations finan­cières. Ces inno­va­tions offri­ront des oppor­tu­ni­tés de réponses

face aux défis éco­no­miques du tour­nant des années 1980.

Ces élé­ments appa­rem­ment dis­pa­rates (aban­don de la conver­ti­bi­lité or-dollar et

déve­lop­pe­ment des inno­va­tions finan­cières) sont en fait essen­tiels pour com­prendre

le déve­lop­pe­ment du pro­ces­sus d’exclusion ban­caire tel qu’il est obser­vable

aujourd’hui. Ce sont en effet ces élé­ments qui sont à la base de la remise en cause

de la domi­na­tion de la logique redis­tri­bu­tive au sein de l’ordre moné­taire, au profit de

celle de la logique mar­chande.

2.2. La rup­ture néo­li­bé­rale des années 1980 

Les années 1980 marquent un tour­nant radi­cal de l’intensification de la

finan­cia­ri­sa­tion de la société fran­çaise mais, au moins en appa­rence, pas une

rup­ture37. La moné­ta­ri­sa­tion, l’intermédiation et la finan­cia­ri­sa­tion pour­suivent en

effet leur dif­fu­sion. En revanche, la logique à l’œuvre jusqu’alors redis­tri­bu­tive est

sup­plan­tée par la logique mar­chande ce qui redé­fi­nit les règles et normes ban­caires

d’accès et d’usage.

2.2.1. La dif­fu­sion des pro­duits ban­caires conti­nue…

Bien qu’avec un rythme de crois­sance moins sou­tenu38 suite au ralen­tis­se­ment

éco­no­mique, la consom­ma­tion conti­nue de croître et de s’étendre en raison du

déve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits (comme ceux liés à la com­mu­ni­ca­tion) et

ser­vices (notam­ment les ser­vices à la per­sonne). Trois prin­ci­paux chan­ge­ments

dans les modes de vie39 favo­risent cette inten­si­fi­ca­tion de la moné­ta­ri­sa­tion.

– Le pre­mier tient au déve­lop­pe­ment d’un mode de vie plus urbain et d’une

mobi­lité rési­den­tielle accrue.

– Le deuxième porte sur l’accroissement du tra­vail fémi­nin dont le taux d’emploi

passe de 66,8 % en 1993 à 72,9 % en 2005 (30,7 % de ces emplois sont à

temps par­tiel en 2005).

elles estiment que le risque est de 1%, elles peuvent prêter cent dol­lars alors qu’elles ne dis­posent que

d’un dol­lars. Cette créa­tion moné­taire se fait en dehors de toute régu­la­tion natio­nale.

35

Auparavant les mon­naies voyaient leur taux de change exprimé en dollar seule mon­naie défi­nie par

une valeur en or. Chaque mon­naie devait main­te­nir des taux fixes vis-à-vis du dollar. À partir du

moment où la valeur du dollar n’est plus fixée par l’or mais varie, la fixité des taux est remise en cause.

36

Voir éga­le­ment Lordon 2000, op. cit., et 2008b, op. cit.

37

Une évo­lu­tion simi­laire est à l’œuvre au sein des autres socié­tés occi­den­tales.

38

Alors que la consom­ma­tion aug­men­tait en moyenne de 5,3 % par an entre 1960 et 1974, elle ne croît

plus que de 2,6 % par an entre 1974 et 1984, de 1,7 % par an entre 1986 et 1993 et de 1,9 % par an

entre 1994 et 2000. S. Langlois, 2005, op. cit.

39

Pour plus de détails voir CERC, 2006, La France en tran­si­tion 1993-2005, Paris : La Documentation

Française.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

– Enfin, le troi­sième cor­res­pond aux chan­ge­ments connus par la struc­ture

fami­liale en raison de la crois­sance du nombre des divorces et du

déve­lop­pe­ment du nombre des familles mono­pa­ren­tales40.

Ces trois chan­ge­ments modi­fient les modes de consom­ma­tion et accen­tuent le

phé­no­mène de moné­ta­ri­sa­tion car ils remettent en cause l’efficacité de la soli­da­rité

fami­liale et de voi­si­nage, et affectent le budget des ménages en condui­sant à

satis­faire un nombre crois­sant de tâches non plus dans le cadre du ménage ou des

soli­da­ri­tés de proxi­mité mais par le recours au marché.

Les évo­lu­tions ins­ti­tu­tion­nelles des « Trente Glorieuses » ayant rendu les pro­duits

ban­caires incon­tour­nables, cette inten­si­fi­ca­tion de la moné­ta­ri­sa­tion se tra­duit

éga­le­ment par celle de l’intermédiation.

Alors qu’en 1966, l’accès au compte de dépôt était le fait d’une mino­rité, 92 % des

ménages en déte­naient déjà un en 1984, et près de 99 % en 2001. De la même

manière, les moyens de paie­ment scrip­tu­raux et prin­ci­pa­le­ment le chèque et la carte

ban­caire prennent le pas sur les espèces. C’est ce que révèle l’évolution récente des

moyens de paie­ment uti­li­sés pour une dépense de 25 euros pour laquelle carte

ban­caire et chèque passent de 57 % en 1999 à 63 % en 200641 (pour un mon­tant de

100 euros, seuls 11 % des fran­çais recourent aux espèces en 2006)42. Ce recours de

plus en plus cou­rant aux pro­duits ban­caires se constate éga­le­ment en matière de

crédit à la consom­ma­tion : la pro­por­tion de ménages ayant au moins un crédit à la

consom­ma­tion passe ainsi de 28.3 % en 1990 à 33.8 % en 200843 (contre près de

50 % au Royaume-Uni).

Que ce soit pour la satis­fac­tion des besoins de conser­va­tion et de mise en cir­cu­la­tion

de la mon­naie ou ceux de pro­mo­tion et de pro­tec­tion, l’intensification de

l’intermédiation s’est pour­sui­vie tout au long des trente der­nières années. Cette

conti­nua­tion a accru le carac­tère nor­ma­tif du recours aux pro­duits ban­caires et ainsi

déve­loppé la gra­vité des consé­quences des dif­fi­cul­tés ban­caires. Mais cette

appa­rente conti­nuité masque une modi­fi­ca­tion radi­cale de la logique qui anime

l’intensification de l’intermédiation.

2.2.2. …mais selon une toute autre logique

Si l’on se concentre sur le cadre ins­ti­tu­tion­nel qui assu­rait la domi­na­tion de la logique

redis­tri­bu­tive au cours des « Trente Glorieuses », force est de consta­ter qu’il a été

sys­té­ma­ti­que­ment remis en cause à partir des années 1980.

D’un point de vue stric­te­ment ban­caire, la date clef est celle de la loi ban­caire de

1984. Cette loi har­mo­nise les sta­tuts des dif­fé­rents éta­blis­se­ments et libé­ra­lise le

sec­teur afin d’accroître la concur­rence très modé­rée qu’ils se livraient jusqu’alors.

Elle remet notam­ment en cause les spé­cia­li­sa­tions des éta­blis­se­ments coopé­ra­tifs et

les avan­tages qui les accom­pa­gnaient. Dans la foulée de cette loi inau­gu­rale d’un

chan­ge­ment d’époque, il faut éga­le­ment citer : la fin pro­gres­sive de l’encadrement du

crédit entre 1985 et 1987, la pri­va­ti­sa­tion par étapes à partir de 1986 puis réaf­fir­mée

en 1993 de l’ensemble des éta­blis­se­ments pré­cé­dem­ment natio­na­li­sés,

l’approfondissement de la déspé­cia­li­sa­tion suite à la loi ban­caire de 1996, l’ouverture

à la concur­rence de nou­veaux acteurs natio­naux et inter­na­tio­naux, la réforme Bâle II

qui indi­vi­dua­lise les méthodes d’évaluation du risque et de pro­vi­sion­ne­ment en fonds

propre, etc.

40

Alors qu’elles ne repré­sen­taient que 2,9 % des ménages et 9,3 % des ménages avec enfant(s) en

1968, les familles mono­pa­ren­tales en repré­sen­taient res­pec­ti­ve­ment 7,4 % et 17,4 % en 1999.

41

FBF, 2006, Le sec­teur ban­caire en chiffres, Paris : Fédération Bancaire Française.

42

Eurobaromètre, 63.2, 2005, Opinion publique euro­péenne sur les ser­vices finan­ciers, Bruxelles :

Commission Européenne.

43

Mouillart, 2009, 21ième rap­port annuel de l’Observatoire des cré­dits aux ménages, Paris : Fédération

Bancaire Française.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

Cette mise en concur­rence géné­ra­li­sée des éta­blis­se­ments ban­caires avait pour

fina­lité de moder­ni­ser le sys­tème ban­caire qui a été dure­ment atteint au début des

années quatre-vingt par les effets du second choc pétro­lier, puis par la crise de

l’immobilier au début des années 1990. À l’instar de l’intervention éta­tique au cours

des « Trente Glorieuse », le résul­tat attendu de cette libé­ra­li­sa­tion est un

finan­ce­ment plus effi­cace de l’économie. Savoureux para­doxe, c’est encore l’Etat qui

est à la manœuvre mais pour se dému­nir volon­tai­re­ment de ses outils d’intervention

et redé­fi­nir les règles et normes ban­caires d’accès et d’usage pour les par­ti­cu­liers.

Ce bas­cu­le­ment affecte éga­le­ment les dis­po­si­tifs de pro­tec­tion sociale. Si les

poli­tiques néo­li­bé­rales ne remettent pas en cause l’intermédiation des besoins de

pro­tec­tion, elles en trans­forment la logique. Au sein d’un sys­tème basé sur une

logique mutua­liste ou par répar­ti­tion, elles intro­duisent pro­gres­si­ve­ment une logique

assu­ran­cielle. C’est cette dyna­mique qu’identifie Bruno Palier lorsqu’il ana­lyse les

effets des réformes por­tant sur les assu­rances-chô­mages (1992 et 2001), les

retraites (1993 et 2003) et les dépenses de santé (1995 et 2004)44. Leurs résul­tats

sont de deux ordres. D’une part, la soli­da­rité qui ani­mait ces sys­tèmes de par leur

dimen­sion redis­tri­bu­tive est remise en cause au profit de la res­pon­sa­bi­lité

indi­vi­duelle. D’autre part, le nombre de per­sonnes cou­vertes ainsi que le niveau des

pres­ta­tions ver­sées sont réduits. Alors que les risques sociaux sont mul­ti­pliés par la

« crise de la société sala­riale »45 et que les soli­da­ri­tés de proxi­mité ont été

fra­gi­li­sées46, l’affaiblissement des pro­tec­tions col­lec­tives conduit à recher­cher des

réponses finan­cia­ri­sés auprès d’organisations ani­mées par une logique mar­chande.

De manière prag­ma­tique, de nom­breuses per­sonnes confron­tées à des varia­tions de

reve­nus ou à la sur­ve­nue d’imprévus recourent ainsi au crédit de tré­so­re­rie,

prin­ci­pa­le­ment les cré­dits revol­ving et les décou­verts ban­caires à condi­tion d’y avoir

accès. Documenté inter­na­tio­na­le­ment47, cela s’illustre en France d’une part, par le

nombre crois­sant de dos­siers de sur­en­det­te­ment dépo­sés chaque année auprès de

la Banque de France, et d’autre part, par le constat de l’Observatoire des cré­dits aux

ménages selon lequel le nombre de ménages fra­giles reste stable48 mais voient leur

fra­gi­lité sévè­re­ment accrue49.

De même, le déve­lop­pe­ment de la retraite par capi­ta­li­sa­tion ou l’encouragement à

sous­crire à des assu­rances com­plé­men­taires et à se consti­tuer une épargne de

pré­cau­tion à moyen et long terme cor­res­pondent à ce chan­ge­ment radi­cal. Non

seule­ment, la ges­tion du risque est dépen­dante des stra­té­gies que chacun adopte et,

bien entendu, des moyens finan­ciers pou­vant y être consa­crés (les plus pauvres et

donc les plus vul­né­rables ayant le moins de moyens pour se pro­té­ger), mais de plus

ces pro­duits sont dis­tri­bués par des éta­blis­se­ments soumis à des impé­ra­tifs de

ren­ta­bi­lité. Cela revient à dire que les pro­duits finan­ciers qui ne sont pas ren­tables ou

44

B. Palier, 2007, op. cit.

45

R. Castel, 1995, Les méta­mor­phoses de la ques­tion sociale, Paris : Folio ; 2003, L’insécurité sociale.

Qu’est-ce qu’être pro­tégé ?, Paris : Seuil ; 2009, op. cit.

46

L’entraide fami­liale et de voi­si­nage, si elle existe encore, voit son effi­ca­cité for­te­ment réduite. Cela

s’explique par le déve­lop­pe­ment des familles mono­pa­ren­tales ou recom­po­sées pour les­quelles le

poten­tiel de sou­tien est limité, et par le fait que l’entraide « en nature », de loin la plus impor­tante au

sein des classes popu­laires, se trouve extrê­me­ment fra­gi­li­sée par les trans­for­ma­tions des modes de vie.

J.-H. Déchaux, 2007, « Réalités et limites de l’entraide fami­liale », in : S. Paugam, 2007, op. cit.,

pp. 205-217.

47

D. Knights, 1997, « Governmentality and Financial Services : Welfare Crisis and the Financial Self-

Disciplined Subject », in: G. Morgan & D. Knights (eds.), Regulation and Deregulation in European 

Financial Services, Londres : Macmillan, pp. 217-235 ; Sullivan et al., 2000, op. cit. ; Ramsay, 2003, op.

cit.

48

Environ 4,2 % des ménages.

49

Mouillart, 2009, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

pas suf­fi­sam­ment ne sont pas main­te­nus ou pro­po­sés à la clien­tèle, quand bien

même ils répondent à ses besoins50.

Ces évo­lu­tions des règles et normes d’accès et d’usage des pro­duits ban­caires

tra­duisent la domi­na­tion crois­sante de la logique mar­chande sur la logique

redis­tri­bu­tive ou réci­pro­ci­taire. Elle redes­sine les moda­li­tés de satis­fac­tion des

besoins de per­cep­tion et de mise en cir­cu­la­tion de la mon­naie ainsi que de

pro­mo­tion et de pro­tec­tion. Désormais, les réponses appor­tées par les pres­ta­taires

doivent être ren­tables, et si pos­sible, le plus ren­table pos­sible. Compte-tenu de la

néces­sité pour l’ensemble de la popu­la­tion (y com­pris les plus modestes) de recou­rir

aux pro­duits ban­caires pour mener une vie nor­male, cette recon­fi­gu­ra­tion mar­chande

ne peut qu’alimenter les dif­fi­cul­tés ban­caires pour ceux dont la sol­va­bi­lité est

insuf­fi­sante ou dont les besoins ne cor­res­pondent pas à la stra­té­gie com­mer­ciale

mise en place.

Mais cette prise de pou­voir de la logique mar­chande n’apparaît pas ex nihilo, elle

résulte de déci­sions poli­tiques qui, à partir de 1983 en France, ont fait des mar­chés

finan­ciers la clef de voûte de l’ordre moné­taire. Ce dépla­ce­ment du centre de gra­vité

en faveur du troi­sième étage du pro­ces­sus d’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion est

au cœur du déve­lop­pe­ment du phé­no­mène d’exclusion ban­caire tel que nous le

connais­sons aujourd’hui et de la crise qui sévit depuis l’été 2007.

Partie 3. L’Etat archi­tecte de la « Transformation »

La montée puis la domi­na­tion de la logique mar­chande n’a rien d’un pro­ces­sus

natu­rel. Il est émi­nem­ment poli­tique. L’Etat a pro­gres­si­ve­ment trans­féré ses

pré­ro­ga­tives à la finance de marché, au point de se sou­mettre lui-même aux

impé­ra­tifs de celle-ci. Par un sur­pre­nant mais logique retour­ne­ment de situa­tion,

c’est alors la poli­tique publique et plus lar­ge­ment les com­po­santes essen­tielles de la

repro­duc­tion et de la cohé­sion de la société qui se voient recon­fi­gu­rées selon la

logique mar­chande. Ce pro­ces­sus de mar­chan­di­sa­tion dont l’exclusion ban­caire est

l’un des résul­tats, fait échos à ce que Karl Polanyi nomme « Transformation ».

3.1. D’une éco­no­mie d’endettement à une éco­no­mie de mar­chés

finan­ciers

La crise éco­no­mique qui affecte les éco­no­mies occi­den­tales dès le milieu des

années 1970, a décré­di­bi­lisé l’Etat comme acteur éco­no­mique. Relancer l’économie

en recou­rant au défi­cit public financé par de la créa­tion moné­taire est une pra­tique

condam­née, cette créa­tion moné­taire ali­men­tant une infla­tion endé­mique à l’époque.

Les approches key­né­siennes sont ainsi bat­tues en brèche par la contre-révo­lu­tion

moné­ta­riste selon laquelle seule le libre jeu des mar­chés assure d’atteindre un mieux

être col­lec­tif.

Ce contexte s’est avéré par­ti­cu­liè­re­ment favo­rable à la trans­for­ma­tion de

l’arrangement ins­ti­tu­tion­nel carac­té­ri­sant l’ordre moné­taire en faveur d’un

déve­lop­pe­ment rapide de la finance de marché. En effet, les inté­rêts de trois des

prin­ci­paux acteurs ou groupes sociaux que sont l’Etat, les entre­prises et les

déten­teurs de patri­moine finan­cier conver­geaient en faveur de la créa­tion de vastes

mar­chés finan­ciers. Pour l’Etat, ces mar­chés et l’épargne finan­cia­ri­sée qui s’y trouve,

repré­sen­taient une alter­na­tive au finan­ce­ment de ses inves­tis­se­ments par la créa­tion

moné­taire. Pour les entre­prises, ils devaient res­tau­rer leur taux de profit et d’offrir un

finan­ce­ment moins cou­teux que le finan­ce­ment ban­caire. Pour les déten­teurs du

patri­moine finan­cier, ces inno­va­tions leur don­naient le moyen de se pro­té­ger de la

déva­lo­ri­sa­tion pro­vo­quée par l’inflation51.

50

D. Knights, A. Sturdy & G. Morgan, 1994, « The consu­mer rules ? An exa­mi­na­tion of the rhe­to­ric and

“rea­lity” of mar­ke­ting in finan­cial ser­vices », European Journal of Marketing, vol. 28, n3, pp. 42-54.

51

F. Lordon, 2008a, Et la vertu sau­vera le monde…, Paris : Raisons d’agir.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

En répon­dant à des pro­blèmes précis, cette nou­velle orien­ta­tion poli­tique portée en

appa­rence avec succès par les Etats-Unis de Ronald Reagan et le Royaume-Uni de

Margaret Thatcher, s’impose lar­ge­ment. Ses consé­quences ins­ti­tu­tion­nelles sur la

cohé­sion sociale res­tent au second plan dans la mesure où elles ne se mani­festent

qu’avec le temps. C’est ainsi au nom du prag­ma­tisme que ces réformes ont été

mises en œuvre en France par un gou­ver­ne­ment socia­liste.

Après les natio­na­li­sa­tions ban­caires et l’échec de la relance de 1981, le

gou­ver­ne­ment Fabius qui fait suite au gou­ver­ne­ment Delors, opère un virage à

180 degré en 1983. La prio­rité est donnée à la réduc­tion de l’inflation, l’austérité

sala­riale, la limi­ta­tion des dépenses publiques et le réta­blis­se­ment des marges des

entre­prises. La poli­tique de dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive est à l’œuvre. Vont alors se

suc­cé­der des réformes dont le but est de faire passer la France d’une éco­no­mie

d’endettement à une éco­no­mie de mar­chés finan­ciers. Outre la loi ban­caire de 1984

qui libé­ra­lise le sec­teur ban­caire, il faut éga­le­ment men­tion­ner les dif­fé­rentes

mesures de déré­gu­la­tion finan­cière qui voient la créa­tion du second marché pour les

entre­prises de taille moyenne et la défis­ca­li­sa­tion des pro­duits finan­ciers (SICAV,

Fonds commun de pla­ce­ment, PEA, etc.) afin d’attirer l’épargne des par­ti­cu­liers.

Entre 1985 et 1987, les mou­ve­ments de capi­taux sont faci­li­tés et le marché à terme

des ins­tru­ments finan­ciers (MATIF) et le marché des options négo­ciables de Paris

(MONEP) sont créés. Enfin, en 1988, la direc­tive euro­péenne por­tant libé­ra­tion des

mou­ve­ments de capi­taux entre en appli­ca­tion. En moins de 10 ans, les struc­tures

ins­ti­tu­tion­nelles de l’économie fran­çaise sont lar­ge­ment trans­for­mées.

Ces évo­lu­tions qui se veulent une réponse tech­nique à des pro­blèmes pra­tiques

induisent une trans­for­ma­tion radi­cale de la logique à l’œuvre au sein du pro­ces­sus

de finan­cia­ri­sa­tion carac­té­ri­sée par la mar­chan­di­sa­tion.

3.2 Une évo­lu­tion struc­tu­rante : la mar­chan­di­sa­tion

Au cours des « Trente Glorieuses », le rôle des pou­voirs publics et leur effi­ca­cité

dans la prise en charge de nom­breux risques sociaux ou leur inter­ven­tion dans les

inves­tis­se­ments col­lec­tifs comme l’éducation ou les infra­struc­tures ont

pro­gres­si­ve­ment été tenus pour acquis et leur réa­lité s’est en partie estom­pée52.

Cela eu pour effet de donner corps à l’illusion d’un indi­vi­dua­lisme auto-suf­fi­sant pour

lequel les régu­la­tions publiques sont plus une gêne qu’une pro­tec­tion53. La logique

mar­chande de la finance de marché et le dis­cours de libé­ra­li­sa­tion et d’initiative

indi­vi­duelle qu’elle porte ren­contrent alors un écho favo­rable. Cette croyance en

l’efficacité des mar­chés est d’ailleurs ren­for­cée par le vernis scien­ti­fique apporté par

les modèles concep­tuels de l’économie finan­cière et ses dif­fé­rents « Prix Nobel »54.

Ces réformes ont eu des effets struc­tu­rants en dif­fu­sant lar­ge­ment la logique dont

elles découlent. Exprimé plus clai­re­ment, le recours crois­sant aux mar­chés finan­ciers

permis par la moindre cré­di­bi­lité de l’Etat social et la montée du néo­li­bé­ra­lisme, a

pour effet de recon­fi­gu­rer les rap­ports sociaux à l’aune de la logique mar­chande.

Cette croyance dans l’efficacité supé­rieure de cette logique a conduit

pro­gres­si­ve­ment à tenter de régu­ler des rap­ports sociaux qui y échap­paient en les

sou­met­tant aux prin­cipes de ren­ta­bi­lité (la fina­lité des échanges est l’accumulation

de la richesse) et de liqui­dité (les par­ties de l’échange peuvent se désen­ga­ger à tout

moment). Il importe alors de mettre en place des règles et normes qui per­mettent de

52

P. Dembinski, 2008, op. cit.

53

Voir P. Dembinski, 2008, op. cit. ; R. Castel, 2009, op. cit.

54

Pour être exact, il fau­drait parler du « Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques remis

en mémoire d’Alfred Nobel ». Parmi les éco­no­mistes de la finance heu­reux lau­réats se trouvent Harry

Markowitz et William Shape ainsi que Robert Merton et Myron Scholes. Comme le sou­lignent Frédéric

Lordon et Paul Dembinski, les deux der­niers ont été employés par un Hedge Fund qu’ils condui­ront à la

faillite en 1998… Voir F. Lordon, 2008a, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

faire « comme si » ce sur quoi elles portent pou­vait être consi­déré comme des

mar­chan­dises.

Cette mar­chan­di­sa­tion s’est tra­duite tout d’abord par le fait que les attentes des

inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels ont recon­fi­guré le rap­port sala­rial. Soumises au risque

que ces inves­tis­seurs réal­louent leur fonds s’ils ne sont pas satis­faits, les entre­prises

cotées ont dû déga­ger des retours sur inves­tis­se­ment tou­jours plus impor­tants55.

Pour cela, elles ont trans­mis ces contraintes à leurs sala­riés (ainsi qu’à leurs sous-

trai­tants) en leur impo­sant de faire preuve de tou­jours plus de flexi­bi­lité, d’une part, et

en recher­chant auprès de l’Etat la remise en cause des pro­tec­tions col­lec­tives

atta­chées à l’emploi et consi­dé­rées comme des freins à leur com­pé­ti­ti­vi­tés, d’autre

part. Robert Castel ana­lyse ainsi com­ment les dimen­sions non mar­chandes de la

rela­tion de tra­vail (sécu­rité pro­fes­sion­nelle mini­male avec le droit du tra­vail et

sécu­rité sociale mini­male avec la pro­tec­tion sociale), autre­ment dit le statut de

l’emploi, sont sub­ver­ties par ce pro­ces­sus de remar­chan­di­sa­tion du tra­vail. Ces

évo­lu­tions mettent en cause les inter­dé­pen­dances propres à la société sala­riale qui

en assu­raient – en dépit de ses imper­fec­tions – la cohé­sion56.

Face à cette montée des pré­ca­ri­tés, la contes­ta­tion néo­li­bé­rale de l’efficacité de

l’Etat pour y faire face a éga­le­ment conduit à trans­fé­rer cette res­pon­sa­bi­lité aux

per­sonnes concer­nées. C’est donc « à l’individu assiégé de risques et lui-même 

por­teur de risques de les prendre en charge, de s’assurer lui-même comme un 

indi­vidu res­pon­sable (à condi­tion évi­dem­ment qu’il le puisse, c’est-à-dire le plus 

sou­vent qu’il le paie). Le réfé­ren­tiel prin­ci­pal de la prise en charge des risques passe 

ainsi du col­lec­tif à l’individu, de la soli­da­rité natio­nale à l’assurance privée »57. Bien

que ce trans­fert aux éta­blis­se­ments privés de la satis­fac­tion des besoins de

pro­tec­tion ne soit pas le plus effi­cace58, il est une oppor­tu­nité pour les inves­tis­seurs

ins­ti­tu­tion­nels qui col­lectent pré­ci­sé­ment cette épargne (forcée) pour la placer sur les

mar­chés finan­ciers. Les épar­gnants ont alors vu leurs moda­li­tés de pro­tec­tion ou de

pro­mo­tion expo­sées à l’instabilité de ces mar­chés59. Mais cette contrainte des

mar­chés finan­ciers pesant sur les entre­prises n’a pas seule­ment recon­fi­guré les

rela­tions sala­riales et les pro­tec­tions qui y sont atta­chées, elle a éga­le­ment exercé

ses effets sur les dif­fé­rentes com­po­santes de l’ordre moné­taire lui-même.

La moné­ta­ri­sa­tion a notam­ment été affec­tée concer­nant les pro­cé­dures de créa­tion

moné­taire. En effet, les Etats, contraints de s’endetter auprès des mar­chés

finan­ciers, n’ont eu d’autre choix que de donner des gages de confor­mité aux

attentes de ces créan­ciers. Ils ont ainsi pris la déci­sion de rendre les Banques

Centrales indé­pen­dantes du pou­voir poli­tique alors même qu’elles sont en prin­cipe à

la base de l’émission moné­taire en vertu du pou­voir et de la légi­ti­mité que leur

accorde…le poli­tique. Mais concer­nant l’exclusion ban­caire, ce sont sur­tout les effets

de l’influence de la logique mar­chande au niveau de l’intermédiation qu’il faut

sou­li­gner. La pri­va­ti­sa­tion des éta­blis­se­ments ban­caires et la libé­ra­li­sa­tion de leur

sec­teur d’activité les a rendu extrê­me­ment per­méables aux exi­gences de ren­ta­bi­li­tés.

Ils ont alors édicté des règles et normes d’accès et d’usage des­ti­nées à assu­rer la

ren­ta­bi­lité des rela­tions éta­blies avec leur clien­tèle de par­ti­cu­liers, règles et normes

entrant en contra­dic­tion avec la néces­sité sociale de recou­rir à leurs pro­duits. Cette

contrainte de ren­ta­bi­lité a pesé tout aussi for­te­ment sur les éta­blis­se­ments

coopé­ra­tifs bien que des dif­fé­rences soient tou­jours obser­vables. Toutefois,

55

En 1980, la norme en matière de ROE était de 2-3 %, elle était de 20 % en 2005 (lordon, 2008a…)

56

R. Castel, 2009, op, cit.

57

R. Castel, 2009, op. cit., p.39

58

Paul Krugman montre notam­ment com­ment le sys­tème de santé public fran­çais est plus effi­cace et

moins cou­teux que le sys­tème de santé privé des Etats-Unis. P. Krugman, 2008, L’Amérique que nous 

vou­lons, Paris : Flammarion.

59

F. Lordon, 2008b, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

l’introduction en bourse de la Caisse cen­trale du Crédit Agricole (CASA) déci­dée en

200160 ou les aven­tures finan­cières des Banques Populaires et des Caisses

d’Epargne avec Natexis illus­trent la poro­sité du monde ban­caire coopé­ra­tif aux

impé­ra­tifs des mar­chés finan­ciers.

Si l’on résume, les par­ti­cu­liers sont affec­tés par la finan­cia­ri­sa­tion mar­chande de

mul­tiples manières. Toute d’abord la « re-mar­chan­di­sa­tion » du tra­vail et l’effritement

des pro­tec­tions col­lec­tives ont aug­menté le chô­mage et accrue la pré­ca­rité à laquelle

ils font face tout en les contrai­gnant à recou­rir à des réponses indi­vi­dua­li­sées

(épargne, crédit, assu­rance). Ensuite, ces réponses indi­vi­dua­li­sées sont pro­po­sées

par des éta­blis­se­ments eux-mêmes soumis à la contrainte de ren­ta­bi­lité. Seules les

besoins des per­sonnes sol­vables seront satis­faites de manière appro­priée. Enfin, en

liant la pro­tec­tion des par­ti­cu­liers aux pro­duits finan­ciers, l’intensification de la

finan­cia­ri­sa­tion mar­chande a intro­duite l’instabilité inhé­rente à ces mar­chés au cœur

de la vie de tout un chacun. C’est notam­ment le cas de la retraite par capi­ta­li­sa­tion

qui voit les pres­ta­tions ver­sées dépendre des per­for­mances bour­sières61.

Si l’intensification sans pré­cé­dent du pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion au cours des

« Trente Glorieuses » a été socia­le­ment sup­por­table, c’est que la dif­fu­sion de la

mon­naie et des pro­duits ban­caires et finan­ciers au cœur de la vie des l’ensemble

des per­sonnes s’est faite selon une logique prin­ci­pa­le­ment redis­tri­bu­tive pre­nant en

compte les fina­li­tés col­lec­tives. La révo­lu­tion mar­chande qui s’opère à partir du début

des années 1980, se déve­loppe donc d’emblée en dif­fu­sant sa logique aux confins

des rap­ports sociaux ce qui explique l’ampleur de ses consé­quences.

3.3. L’exclusion ban­caire, symp­tôme d’une nou­velle « Transformation » 

Un constat en deux temps s’impose. Le pre­mier est que l’étude du pro­ces­sus

d’exclusion ban­caire des par­ti­cu­liers nous plonge au cœur des dif­fi­cul­tés posées par

la logique mar­chande qui domine le pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion. Celle-ci a accru

l’ampleur des consé­quences des dif­fi­cul­tés ban­caires en fai­sant jouer un rôle social

tou­jours plus impor­tant à ces pro­duits. Si le recours crois­sant à ces pro­duits pour

satis­faire les besoins de per­cep­tion et de mise en cir­cu­la­tion de la mon­naie s’inscrit

dans la conti­nuité de la période pré­cé­dente, la satis­fac­tion des besoins de pro­mo­tion

et de pro­tec­tion s’effectue de plus en plus par des réponses finan­cia­ri­sées

indi­vi­dua­li­sée (épargne, crédit, assu­rance) alors qu’elle était pré­cé­dem­ment le fait de

réponses col­lec­tives (pres­ta­tions sociales). D’autre part, elle a accrue la pro­ba­bi­lité

que des dif­fi­cul­tés ban­caires d’accès ou d’usage sur­viennent dans la mesure où les

éta­blis­se­ments qui com­mer­cia­lisent ces pro­duits sont soumis à une contrainte de

ren­ta­bi­lité crois­sante. Cette contrainte les conduit à défi­nir des règles et normes

inadé­quates au regard de la néces­sité social de ces pro­duits pour l’ensemble de la

popu­la­tion. L’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion mar­chande par les trans­for­ma­tions

appor­tées à l’ordre moné­taire, pré­sente ainsi la spé­ci­fi­cité de favo­ri­ser

simul­ta­né­ment le déve­lop­pe­ment des causes et des consé­quences du pro­ces­sus

d’exclusion ban­caire.

Le second constat est un peu plus large et lie les consé­quences de la finan­cia­ri­sa­tion

mar­chande pour les par­ti­cu­liers et la crise finan­cière débu­tée à l’été 2007. Le

déve­lop­pe­ment du pro­ces­sus d’exclusion ban­caire illus­tré notam­ment par la

crois­sance inin­ter­rom­pue ou presque du nombre de dos­siers de sur­en­det­te­ment

dépo­sés chaque année auprès des com­mis­sions de sur­en­det­te­ment, doit être

60

Voir F. Lordon, 2008a, op. cit.

61

Il existe en France deux types de contrat : à pres­ta­tions défi­nies (le mon­tant de la pres­ta­tion est fixé

par contrat) à coti­sa­tions défi­nies (le mon­tant de la pres­ta­tion dépend des per­for­mances bour­sières).

Toutefois, on voit mal com­ment les contrats à pres­ta­tions défi­nies pour­raient être hono­rés dans le cadre

d’une crise finan­cière comme celle débu­tée à l’été 2007 mais éga­le­ment dans le cas d’une crois­sante

limi­tée de ces mêmes mar­chés sur une longue période.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

consi­déré comme le symp­tôme des dys­fonc­tion­ne­ments d’une société qui régule les

élé­ments clefs de sa cohé­sion selon une logique mar­chande.

On retrouve ici la cri­tique déve­lop­pée par Karl Polanyi pour qui la terre, le tra­vail et la

mon­naie sont des « mar­chan­dises fic­tives » qui ne peuvent se sou­mettre à une

régu­la­tion mar­chande sans pro­vo­quer de graves dys­fonc­tion­ne­ments sociaux62. Le

XIXe siècle a été pour lui marqué par la domi­na­tion de l’idéologie des « mar­chés

auto­ré­gu­la­teurs » selon laquelle l’application d’une régu­la­tion mar­chande sans

contraintes était col­lec­ti­ve­ment béné­fique. Il qua­li­fie cette phase de

« Transformation » dans la mesure où les arran­ge­ments ins­ti­tu­tion­nels qui encadrent

les rap­ports sociaux sont pro­gres­si­ve­ment soumis, sous l’effet de cette croyance, à

la domi­na­tion de la logique mar­chande. Cette éco­no­mi­cisme qui nie l’importance

d’autres mobiles d’action, est socia­le­ment inte­nable et entraîne des réac­tions de

pro­tec­tions qui ont conduit à l’arrivée au pou­voir de régimes tota­li­taires – la « Grande

Transformation » – dont les prin­ci­paux sont le régime nazi en Allemagne et celui

com­mu­niste en Union Soviétique mais on peut éga­le­ment men­tion­ner le fran­quisme

Espagnol et le fas­cisme Italien.

À l’instar des pro­ces­sus décrits par Karl Polanyi, en pla­çant les mar­chés finan­ciers

au cœur des moda­li­tés de finan­ce­ment des inves­tis­se­ments publics et privés à partir

du début des années 1980, le pou­voir poli­tique a enclen­ché la sou­mis­sion crois­sante

de pans entiers de la société à leurs impé­ra­tifs de ren­ta­bi­lité à court terme. Les

inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels qui concentrent l’épargne des par­ti­cu­liers (fonds de

pen­sion, fonds mutuels, etc.), sont alors le « bras armé » de la finance de marché63

et de cette mar­chan­di­sa­tion. Ce sont eux qui dif­fusent concrè­te­ment la logique

mar­chande au sein des dif­fé­rents rap­ports sociaux.

Par bien des aspects, la période actuelle entre­tient des simi­la­ri­tés avec celle étu­diée

par Karl Polanyi : une longue phase de mar­chan­di­sa­tion suivie d’une crise finan­cière

consi­dé­rable se trans­for­mant rapi­de­ment en crise éco­no­mique. Si les auto­ri­tés

moné­taires se sont ins­pi­rées de la crise de 1929 pour penser les ten­ta­tives de

réponse qu’elles ont appor­tées ces deux der­nières années, elles ne se sont pas

sai­sies ou n’ont pas voulu se saisir des causes struc­tu­relles de ces

dys­fonc­tion­ne­ments. Cet aveu­gle­ment pour­rait se révé­ler catas­tro­phique car se sont

leurs coûts sociaux, accen­tués par la crise finan­cière, qui avaient ali­menté selon Karl

Polanyi la montée des tota­li­ta­rismes64. Bien qu’il n’y ait pas de fata­lité à ce que

l’histoire se répète, la confi­gu­ra­tion actuelle pré­sente tout de même un double risque

qui donne de la cré­di­bi­lité à une évo­lu­tion de type « Grande Transformation ».

Le pre­mier tient à la dépen­dance sans pré­cé­dent des par­ti­cu­liers aux pro­duits

ban­caires. C’est de cette dépen­dance que découle, en temps normal, le phé­no­mène

d’exclusion ban­caire, mais le danger est qu’en temps de crise finan­cière, il en

démul­ti­plie les consé­quences au-delà de ce qu’une société peut sup­por­ter sans

réac­tion radi­cale. En 1929, les par­ti­cu­liers avaient fait face aux consé­quences de la

crise en termes de chô­mage mais ils ne dépen­daient peu ou pas des pro­duits

ban­caires. Aujourd’hui, les par­ti­cu­liers perdent non seule­ment leur emploi mais

doivent d’une part conti­nuer à faire face aux échéances men­suelles de leur

endet­te­ment, et d’autre part, assu­mer le coût des inci­dents (impayés) et sanc­tions

(inter­dic­tion ban­caire) ban­caires ainsi que leurs consé­quences sur leur auto­no­mie65.

En effet, la quasi-tota­lité de la vie des par­ti­cu­liers passe par les éta­blis­se­ments

62

K. Polanyi, 1983, op. cit.

63

F. Lordon, 2000, op. cit. ; 2008b, op. cit. ; P. Dembinski, 2008, op. cit.

64

K. Polanyi, 1983, op. cit.

65

Les dif­fi­cul­tés ban­caires affecte l’autonomie des per­sonnes en rédui­sant leurs pos­si­bi­li­tés réelles de

faire valoir leurs droits mar­chands (vendre sa force de tra­vail, louer un loge­ment, consom­mer, etc.),

juri­diques (per­ce­voir des pres­ta­tions notam­ment) ou élar­gis (liens ami­caux et fami­liaux) ainsi qu’en

affec­tant l’estime de soi. Voir G. Gloukoviezoff, 2008, op. cit.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

ban­caires. Ils – mais je devrais écrire « nous » – en sont tota­le­ment dépen­dants pour

satis­faire la grande majo­rité de leurs besoins phy­sio­lo­giques et sociaux ainsi que

pour assu­rer leur pro­tec­tion et pro­mo­tion dans la mesure où la majo­rité des

soli­da­ri­tés est à pré­sent finan­cia­ri­sée. La forte aug­men­ta­tion du nombre de dos­siers

de sur­en­det­te­ment dépo­sés en 2008 et 2009 n’est sans doute qu’un signe avant-

cou­reur de ces consé­quences66.

Le second tient aux pos­si­bi­li­tés d’action de l’Etat social pour amor­tir les

consé­quences de la crise. Elles sont extrê­me­ment réduites dans la mesure où celui-

ci s’est éga­le­ment for­te­ment endetté pour sauver le sys­tème ban­caire et tenter de

relan­cer l’économie. Il lui faut donc à son tour rem­bour­ser ses créan­ciers. Que ce

soit la France ou ses voi­sins euro­péens tous étu­dient actuel­le­ment le moyen de

réduire dras­ti­que­ment les dépenses publiques et d’augmenter leurs res­sources

fis­cales. Si l’Etat social réduit encore son dis­po­si­tif de pro­tec­tion, les consé­quences

seront dra­ma­tiques sachant qu’à l’inverse des années 1920 et 1930, l’autoproduction

et les soli­da­ri­tés de proxi­mi­tés ne pour­ront prendre le relais ayant été lar­ge­ment

remises en cause au cours des « Trente Glorieuses ».

Dès lors, à moins que les auto­ri­tés poli­tiques ne prennent rapi­de­ment conscience

des enjeux de cet aspect de l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion des rap­ports

sociaux, le risque est réel que la phase de « Transformation » que nous connais­sons

depuis une tren­taine d’année ne soit suivie par une « Grande Transformation » et la

montée de tota­li­ta­rismes dont le visage reste encore à décou­vrir.

Conclusion

Au cours des « Trente Glorieuses », l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion a conduit à

l’introduction des pro­duits ban­caires au cœur de la vie des par­ti­cu­liers au point de les

rendre incon­tour­nables pour mener une vie nor­male. Cette évo­lu­tion était

socia­le­ment sup­por­table dans la mesure où les normes d’accès et d’usage de ces

pro­duits décou­laient de la logique redis­tri­bu­tive qui régu­lait l’ordre moné­taire. La

domi­na­tion de la logique mar­chande à partir du début des années 1980 remit cet

équi­libre en cause.

Non seule­ment l’intensification de la finan­cia­ri­sa­tion mar­chande a accru la néces­sité

de recou­rir à ces pro­duits ; le crédit est notam­ment apparu à de très nom­breux

ménages comme une réponse face à la montée des pré­ca­ri­tés et la remise en cause

des soli­da­ri­tés finan­cia­ri­sées (les pro­tec­tions col­lec­tives). Mais de plus, les

éta­blis­se­ments pres­ta­taires ont éga­le­ment été soumis aux contraintes de cette

finan­cia­ri­sa­tion mar­chande au tra­vers de l’exigence de ren­ta­bi­lité de court terme des

mar­chés finan­ciers. Il en a logi­que­ment découlé la défi­ni­tion de règles et normes

d’accès et d’usage des pro­duits ban­caires inadap­tés aux clients en situa­tion de

pré­ca­rité struc­tu­relle ou conjonc­tu­relle.

Il en résulte que la crise finan­cière, elle-même pro­vo­quée par les excès de cette

finan­cia­ri­sa­tion mar­chande, voient ses consé­quences décu­plées par cette

mar­chan­di­sa­tion d’éléments essen­tiels à la cohé­sion sociale (le tra­vail, la mon­naie et

ses sup­ports comme les pro­duits ban­caires et finan­ciers, etc.). En ce sens, les

évo­lu­tions de ces trente der­nières années ne peuvent qu’être rap­pro­chées de celles

que Karl Polanyi avait ana­ly­sées et nom­mées « Transformation ».

La domi­na­tion de l’idéologie mar­chande qui pense le marché comme seul prin­cipe

effi­cace de régu­la­tion des échanges ne peut s’affirmer qu’au prix de consé­quences

sociales dra­ma­tiques. Dans la mesure, où au début du XXe siècle, elles avaient

conduit à une réac­tion poli­tique de nature tota­li­taire (la « Grande Transformation »),

la mise à l’épreuve crois­sante de la cohé­sion sociale et l’absence de prise en compte

66

Sur les 9 pre­miers mois de l’année, les dépôts de dos­sier de sur­en­det­te­ment sont en hausse de

17 %.

Contribution au Forum de la Régulation 2009 

par le pou­voir poli­tique des causes struc­tu­relles des dif­fi­cul­tés actuelles ne peuvent

que faire craindre l’aggravation de la crise éco­no­mique et son bas­cu­le­ment en crise

poli­tique majeure.

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Contribution au Forum de la Régulation 2009

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Contribution Forum de la régu­la­tion

1-2 décembre 2009 – Paris

Crise finan­cières et crise des socié­tés finan­cia­ri­sées

Vers une nou­velle « Grande Transformation » ?

Georges Gloukoviezoff

Docteur en éco­no­mie

LEFI – Université Lyon2

Chercheur invité au Policy Institute et

IIIS de Trinity College Dublin

georges.gloukoviezoff@ish-lyon.cnrs.f

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