Crise en Europe : racket organisé contre la Grèce

Mis en ligne le 06 mai 2010

HARARI-KERMADEC Hugo , SAMARY Catherine

5 mai 2010

Le « plan de sau­ve­tage » adopté par l’Union euro­péenne (UE) et le FMI pré­tend mettre pen­dant trois ans la Grèce à l’abri de la spé­cu­la­tion des mar­chés finan­ciers et empê­cher sa « faillite ». Mais le carcan « euro-FMI » empêche les débats et mesures démo­cra­tiques qu’il faut impo­ser en Grèce et dans toute l’Europe : l’ouverture des livres de compte (des États, des banques, des entre­prises) et le bilan de faillite de l’UE néo­li­bé­rale dont témoigne le recours au FMI…

Georges Papandréou a accepté un plan d’austérité sans pré­cé­dent : en contre­par­tie d’une aide de 110 mil­liards d’euros sur trois ans, l’État s’engage à réa­li­ser 30 mil­liards d’euros d’économies. Les pro­fits et mar­chés finan­ciers sont épar­gnés alors que les ser­vices publics et les salaires doivent trin­quer !

Côté dépenses : il s’agit de lancer une nou­velle offen­sive contre les ser­vices publics d’éducation et de santé – en dimi­nuant un peu des dépenses mili­taires très au-dessus de la moyenne de l’Union euro­péenne (UE) – mais gageons que la France, deuxième four­nis­seur d’armement de la Grèce, verra ses com­mandes pro­té­gées. Une contre-réforme des retraites, pire que celle qui nous menace en France, est prévue. Les salaires des fonc­tion­naires seront bais­sés puis gelés ; et dans le privé, les licen­cie­ments sont faci­li­tés en même temps que l’on intro­duit un revenu mini­mum pour les jeunes et les chô­meurs de longue durée trou­vant un emploi – ce qui mul­ti­pliera les « sala­riés pauvres »…

Côté recettes : les pri­va­ti­sa­tions des trans­ports et de l’énergie aggravent une Europe anti­so­ciale et désas­treuse pour l’environnement. Au plan fiscal, on épargne les pro­fits ou les exo­né­ra­tions dont béné­fi­cie l’Église ortho­doxe ; mais l’impôt le plus injuste – la TVA – sera aug­menté.

Le recours au FMI et à des finan­ce­ments bila­té­raux par les États membres vise à sau­ve­gar­der l’architecture néo-libé­rale de l’UE : absence de fis­ca­lité euro­péenne (le budget euro­péen est pla­fonné à 1 % du PIB), prio­rité aux finan­ce­ments privés avec libre cir­cu­la­tion des capi­taux et « cri­tères de Maastricht » [1]. Ceux-ci, réaf­fir­més aujourd’hui, ont été éta­blis en 1992 pour que l’Allemagne accepte de renon­cer au Deutsche Mark. L’ensemble a construit une UE de plus en plus dis­sy­mé­trique. Les pays dési­gnés avec mépris comme les « PIGS » (cochons en anglais), pour Portugal, Irlande/​Italie, Grèce et Espagne (Spain) sont une « péri­phé­rie » de l’eurozone comme il existe celle de l’Est. Aux excé­dents com­mer­ciaux et à la faible infla­tion d’une Allemagne pra­ti­quant les délo­ca­li­sa­tions vers l’Est et l’austérité sala­riale, cor­res­pondent une plus forte infla­tion, des défi­cits et endet­te­ments supé­rieurs ailleurs.

Les agences de nota­tion « éva­luent » ces dés­équi­libres. Elles qui por­taient aux nues en 2007 ce qui s’est avéré être des « titres pour­ris » dans la crise des sub­primes, se per­mettent aujourd’hui d’infliger de « mau­vaises notes » dont s’emparent les mar­chés spé­cu­la­tifs : la Grèce, le Portugal et l’Espagne sont les plus fra­giles – mais l’Italie a une dette supé­rieure à la Grèce et le défi­cit du Royaume-Uni dépasse les 10 %… Dominique Strauss-Khan et l’Élysée grondent contre ces agences qui aggravent la spé­cu­la­tion sur l’euro. Mais les « spé­cu­la­teurs » sont notam­ment les banques elles-mêmes. Celles de France et d’Allemagne détiennent 80 % de la dette grecque. La banque cen­trale euro­péenne n’a pas le droit de prêter aux États, mais a prêté aux banques des mon­tants fara­mi­neux à taux bas en pleine crise finan­cière. Cet argent leur sert aujourd’hui à prêter, avec un taux supé­rieur, aux États… qui viennent de déci­der de prêter à leur tour à la Grèce, avec un béné­fice au pas­sage…

Le FMI et les gou­ver­ne­ments de l’UE veulent que la Grèce serve « de leçon » euro­péenne. Mais cette Europe-là doit être reje­tée par des mobi­li­sa­tions qui imposent de vraies soli­da­ri­tés, et des « cri­tères de conver­gence » visant la hausse des niveaux de vie et la pro­tec­tion de l’environnement. La mon­naie et les finan­ce­ments sous contrôle public doivent être au ser­vice de la cohé­sion sociale. Le « plan de sau­ve­tage » de la Grèce épargne les pro­fits et les reve­nus finan­ciers sur la dette. Il faut le refu­ser parce qu’il est aussi injuste que le sont les plans du FMI ailleurs – et inef­fi­cace : l’austérité signi­fiera réces­sion, cause pre­mière de défi­cit public – sans faire cesser la spé­cu­la­tion.

Les Islandais ont refusé de payer pour une faillite qui n’est pas la leur, lors d’un réfé­ren­dum en mars der­nier. Il faut refu­ser de payer pour des dettes sans audit, trans­pa­rence et débat sur ces dettes.

Catherine Samary et Hugo Harari-Kermadec

[1] Le défi­cit public sous les 3 % du PIB et la dette publique sous les 60 % concernent le budget de l’État, des col­lec­ti­vi­tés locales et de la sécu­rité sociale : fis­ca­lité et retraites sont donc au cœur des enjeux. Mais l’UE a aussi inter­dit aux banques cen­trales de l’eurozone de finan­cer les États…

* Catherine Samary et Hugo Harari-Kermadec sont membres Groupe de tra­vail Économie du NPA.

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