Syndicalisme : institution ou mouvement ?

Crise de légitimité du mouvement syndical à l’ère de Trump[1]

Le syndicalisme dans les Amériques

Par Mis en ligne le 18 mai 2018

Les syn­di­cats sont la cible d’une offen­sive sans pré­cé­dent sous l’administration Trump, mais le mou­ve­ment syn­di­cal peut se recons­truire – à condi­tion de vou­loir le faire.

Le popu­lisme xéno­phobe de droite se répand en Occident (Global North))et la social-démo­cra­tie ainsi que le libé­ra­lisme dit de la « troi­sième voie » sont épui­sés, par­ti­cu­liè­re­ment aux États-Unis. En Europe, les partis popu­listes de droite se sont taillé une place impor­tante dans l’électorat, comme le Front natio­nal en France ou le Parti pour la liberté aux Pays-Bas. Ils ont joué un rôle-clé dans des évé­ne­ments poli­tiques rava­geurs, comme le vote du Brexit sous l’influence du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UK Independence Party). Cependant, il n’y a qu’aux États-Unis que la vague popu­liste de droite a réussi à se placer à la direc­tion d’un parti poli­tique majeur, le Parti répu­bli­cain, et à prendre le pou­voir.

Les pre­miers mois de l’administration Trump ont été chao­tiques, mais une chose est claire : malgré les pré­ten­tions rhé­to­riques de Trump à parler au nom des tra­vailleuses et des tra­vailleurs, ces der­niers – ainsi que les syn­di­cats qui les repré­sentent – ont de bonnes rai­sons de s’inquiéter. Ses décla­ra­tions publiques sur le rapa­trie­ment des emplois dans les sec­teurs du char­bon et des manu­fac­tures sont de purs sophismes, tandis que ses mesures pour déman­te­ler la régle­men­ta­tion du tra­vail et les droits des tra­vailleurs sont moins publi­ci­sées mais elles heurtent de plein fouet leur cible. Bien que le déclin du mou­ve­ment syn­di­cal amé­ri­cain ait été amorcé il y a plu­sieurs décen­nies, l’ascension de Trump à la Maison-Blanche va donner encore plus de pou­voir aux enne­mis des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, tout comme celle de Reagan l’a fait dans les années 1980.

Un cabi­net ennemi des tra­vailleuses et des tra­vailleurs

Cette méfiance à l’endroit de Trump s’est rapi­de­ment confir­mée alors que celui qui se pré­sen­tait durant la cam­pagne élec­to­rale comme le tribun de la classe ouvrière s’est consti­tué un cabi­net de mil­liar­daires et de chefs d’entreprises.

Les can­di­dats de Trump aux dépar­te­ments du Travail et de l’Éducation concernent direc­te­ment les tra­vailleuses et les tra­vailleurs. Des contro­verses per­son­nelles et des mobi­li­sa­tions popu­laires ont eu raison de son pre­mier secré­taire au Travail, le PDG des res­tau­rants CKE, Andy Puzder. Son rem­pla­çant, R. Alexander Acosta, annonce des défis plus tra­di­tion­nels mais tout aussi trou­blants pour le mou­ve­ment syn­di­cal. Son pas­sage à la Commission natio­nale sur les rela­tions de tra­vail au début des années 2000 sug­gère une atti­tude pro-employeurs typique chez les répu­bli­cains tra­di­tion­nels. De son côté, sa secré­taire à l’Éducation, Betsy DeVos, la mil­liar­daire d’Amway, s’est fait un nom en défen­dant la pri­va­ti­sa­tion des écoles et en sou­te­nant des offen­sives contre les syn­di­cats d’enseignantes et d’enseignants dans l’État du Michigan et ailleurs aux États-Unis.

Trump a connu de nom­breuses dif­fi­cul­tés dans la mise en œuvre de son pro­gramme : l’échec de l’abrogation de l’Obamacare et les déci­sions de cer­tains tri­bu­naux rela­ti­ve­ment à son décret migra­toire contre sept pays à majo­rité musul­mane. Toutefois, lui-même et son équipe au Congrès ont pu faci­le­ment abolir un ensemble de pro­tec­tions des tra­vailleurs et tra­vailleuses pro­po­sées ou mises en place sous l’administration Obama. Ces mesures com­prennent une hausse du seuil à partir duquel les heures sup­plé­men­taires ne sont pas payées, la divul­ga­tion par les employeurs fédé­raux des clauses d’équité sala­riale et des vio­la­tions de la sécu­rité au tra­vail, les règle­ments sur la sécu­rité dans les mines et l’exposition au béryl­lium, ainsi que la col­lecte et l’archivage par les employeurs des don­nées rela­tives aux bles­sures et mala­dies asso­ciées aux milieux de tra­vail.

Sur le front juri­dique, Trump a dési­gné deux avo­cats anti­syn­di­caux notoires, William Emanuel et Marvin Kaplan, aux postes vacants à la Commission natio­nale sur les rela­tions de tra­vail (National Labor Relations Board). Ils infir­me­ront vrai­sem­bla­ble­ment des déci­sions favo­rables aux tra­vailleuses et tra­vailleurs adop­tées récem­ment, comme l’attribution de la res­pon­sa­bi­lité des pra­tiques de tra­vail des filiales aux socié­tés mères et le droit à la syn­di­ca­li­sa­tion des étu­diantes et des étu­diants des uni­ver­si­tés pri­vées.

Le décès du juge Antonin Scalia a empê­ché la Cour suprême de casser de nom­breux pré­cé­dents et permis l’application du « droit au tra­vail » (right to work) dans le sec­teur public à partir de la cause Friedrichs. Une nou­velle cause, Janus v. AFSCME, pré­sen­tée en Illinois per­met­tra à une Cour suprême main­te­nant à majo­rité conser­va­trice avec l’arrivée du juge Neil Gorsuch de rou­vrir le dos­sier.

La situa­tion du mou­ve­ment syn­di­cal conti­nue à empi­rer dans les États. En plus des revers syn­di­caux en Indiana, au Michigan et au Wisconsin, les pre­miers mois de 2017 ont vu le Kentucky et le Missouri deve­nir les vingt-sixième et vingt-sep­tième États à appli­quer les lois dites du droit au tra­vail. En Iowa, les légis­la­teurs ont adopté le projet de loi 291 qui, à l’instar de la Loi 10 au Wisconsin, limite le droit de négo­cier aux clauses sala­riales, éli­mine le pré­lè­ve­ment des coti­sa­tions syn­di­cales à la source et impose le renou­vel­le­ment sys­té­ma­tique des votes d’accréditation des syn­di­cats.

Pour sa part, le mou­ve­ment syn­di­cal demeure coincé dans une rou­tine poli­tique et orga­ni­sa­tion­nelle délé­tère. Le taux de syn­di­ca­li­sa­tion moyen se situe à 10,7 %, et à 6,4 % dans le sec­teur privé. Ce sont les taux les plus faibles depuis la Crise de 1929, bien en des­sous des niveaux atteints au milieu du ving­tième siècle, quand un tiers des tra­vailleuses et tra­vailleurs étaient syn­di­qués. Sur le plan éco­no­mique, le déclin des syn­di­cats est l’une des causes majeures de la montée des inéga­li­tés à des niveaux jamais atteints depuis les années 1930. Politiquement, ce déclin a sapé l’influence orga­ni­sa­tion­nelle du mou­ve­ment syn­di­cal. Non seule­ment les nou­velles adhé­sions aux syn­di­cats se font rares, mais les syn­di­cats sont de moins en moins capables de former et de mobi­li­ser leurs membres.

Durant les élec­tions de 2016, malgré les mil­lions de dol­lars dépen­sés et le déploie­ment d’importants pro­grammes de mobi­li­sa­tion de l’électorat par les syn­di­cats pour sou­te­nir les démo­crates, Trump a obtenu le vote de 43 % des ménages com­pre­nant au moins une ou un syn­di­qué et 37 % du vote des syn­di­qué-e-s. Dans cer­tains États clefs de la Rust Belt[3], Trump a rem­porté la majo­rité des votes des ménages com­pre­nant des per­sonnes syn­di­quées.

Le por­trait esquissé ici est sombre. Certains détails sont peut-être nou­veaux, mais ils font partie d’une ten­dance beau­coup plus large et fami­lière, celle du déclin des syn­di­cats au cours des der­nières décen­nies. L’ère Trump ne nous fait pas sortir des sen­tiers battus : nous connais­sons bien cette situa­tion.

Les impasses

Maintenant que nous com­pre­nons la gra­vité de la situa­tion, il faut déter­mi­ner com­ment y répondre. Il faut sur­tout exclure deux des tac­tiques les plus uti­li­sées par les syn­di­cats. Premièrement, il n’y aura pas de réforme des lois du tra­vail, et des mesures anti­syn­di­cales comme une loi natio­nale dite de droit au tra­vail sont presque cer­tai­ne­ment au pro­gramme. Deuxièmement, les démo­crates sont actuel­le­ment blo­qués au niveau fédé­ral alors que les répu­bli­cains contrôlent soit le poste de gou­ver­neur, soit la légis­la­ture d’État dans 44 États, et contrôlent sans réserve 25 d’entre eux. Le mou­ve­ment des tra­vailleuses et tra­vailleurs ne peut pas comp­ter sur les sym­pa­thi­santes et sym­pa­thi­sants membres du Parti démo­crate.

Indépendamment des crises pro­fondes du Parti démo­crate, ainsi que des mérites réels d’une alliance avec ce parti, cette « stra­té­gie de l’intérieur » n’est tout sim­ple­ment pas pos­sible à l’heure actuelle. La stra­té­gie d’une « col­la­bo­ra­tion pru­dente » avec les répu­bli­cains, défen­due par Richard Trumka, pré­sident de l’AFL-CIO[4], et Randi Weingarten, pré­si­dente de la Fédération amé­ri­caine des ensei­gnants (American Federation of Teachers) est encore moins per­ti­nente.

Toutefois, le mou­ve­ment syn­di­cal ne doit pas se replier sur lui-même. C’est mal­heu­reu­se­ment l’approche que cer­tains syn­di­cats semblent adop­ter. La réac­tion de l’Union inter­na­tio­nale des employés de ser­vice (UIES) (Service Employees International Union, SEIU) à l’élection de Trump, soit l’adoption d’un budget avec des com­pres­sions de 30 %, relève de cette stra­té­gie. Le mou­ve­ment des tra­vailleuses et des tra­vailleurs devrait plutôt suivre le conseil donné en 2015 par Mary Kay Henry, pré­si­dente de l’UIES, tandis que les syn­di­cats crai­gnaient une déci­sion défa­vo­rable dans la cause Friedrichs : « Nous ne pou­vons pas nous conten­ter de moins en ce moment. Nous devons exiger plus ».

Comprendre et nommer les menaces envers les tra­vailleuses et les tra­vailleurs que l’administration Trump pro­fère consti­tue un défi. Il faut d’abord ins­crire les obs­tacles aux­quels le mou­ve­ment syn­di­cal état­su­nien fait face dans le contexte plus large des mou­ve­ments de tra­vailleurs en Occident au cours des der­nières décen­nies. Il faut ensuite recon­naître, au-delà de l’ampleur de la perte d’effectifs et de l’érosion du pou­voir de négo­cia­tion des syn­di­cats, leur capa­cité de plus en plus limi­tée à former et à mobi­li­ser les iden­ti­tés poli­tiques des tra­vailleurs et tra­vailleuses.

Le contexte plus large

Sous bien des aspects, Trump et son admi­nis­tra­tion sont uniques, voire sans pré­cé­dent. Ses tweets, son dédain des notions de vérité ou de preuve et son absence de consi­dé­ra­tion pour l’administration quo­ti­dienne des affaires gou­ver­ne­men­tales, entre autres, ont stu­pé­fié ses cri­tiques tant à droite qu’à gauche.

Malgré tout cela, l’essentiel de son pro­gramme poli­tique et de sa méthode de gou­ver­ne­ment relève d’une longue tra­di­tion aux États-Unis. Ses pro­po­si­tions bud­gé­taires reprennent la com­bi­nai­son de déduc­tions fis­cales pour les plus riches, d’augmentations majeures des dépenses mili­taires et de réduc­tions mas­sives des pro­grammes d’assistance sociale, de la recherche scien­ti­fique et de la culture que Reagan et les pré­si­dents répu­bli­cains après lui ont prônée à leur époque.

Trump reprend la ten­dance rea­ga­nienne à inté­grer à son cabi­net des per­sonnes dont la qua­lité prin­ci­pale consiste à s’en être pris, avant leur nomi­na­tion, à la mis­sion de l’agence qu’elles vont diri­ger. Son natio­na­lisme éco­no­mique – « America First » – a aussi une longue his­toire : il remonte à la période pré­cé­dant la Deuxième Guerre mon­diale et trouve des pro­lon­ge­ments contem­po­rains dans un ensemble de cam­pagnes appe­lant à « ache­ter amé­ri­cain ».

Plusieurs fac­teurs reliés à la vic­toire de Trump sont éga­le­ment carac­té­ris­tiques du contexte amé­ri­cain. Indépendamment des évé­ne­ments entou­rant l’élection elle-même, il faut prendre en compte des fac­teurs ins­ti­tu­tion­nels comme le bipar­tisme très rigide et le pou­voir dis­pro­por­tionné du Collège élec­to­ral. Le bipar­tisme a obligé Trump à se tailler une place dans le Parti répu­bli­cain, plutôt que de consti­tuer un parti d’extrême droite dis­tinct de la droite tra­di­tion­nelle, comme cela se fait sou­vent en Europe. De son côté, le Collège élec­to­ral lui a permis de rem­por­ter la pré­si­dence bien qu’il ait perdu le vote popu­laire. L’alliance élec­to­rale de Trump et des chré­tiens évan­gé­liques est typi­que­ment état­su­nienne et com­plè­te­ment étran­gère au sécu­la­risme résolu ou au catho­li­cisme revan­chard de l’extrême droite euro­péenne.

Le succès de Trump fait partie d’une ten­dance popu­liste de droite plus large, qui s’étend bien au-delà des États-Unis. Ces mou­ve­ments par­tagent un ensemble de carac­té­ris­tiques : des lea­ders cha­ris­ma­tiques, une méfiance pro­fonde à l’endroit des experts et des élites, une mobi­li­sa­tion axée sur les divi­sions raciales et eth­no­re­li­gieuses, et par­ti­cu­liè­re­ment contre l’islam. L’histoire nous apprend que de tels mou­ve­ments se déve­loppent dans le sillage de crises éco­no­miques majeures comme celle de 2008. Le mou­ve­ment des tra­vailleurs et tra­vailleuses doit recon­naître que le popu­lisme de droite répond à un vide poli­tique à gauche.

Une partie de ce vide résulte de la crise de la social-démo­cra­tie de « la troi­sième voie ». Les partis de gauche tra­di­tion­nels ont adopté des poli­tiques de déré­gu­la­tion finan­cière et d’austérité fis­cale qui ont mené à des crises éco­no­miques ; ce fai­sant, ils ont aban­donné, atta­qué et aliéné leur base ouvrière tra­di­tion­nelle. Le déclin du pou­voir des syn­di­cats a donné aux employeurs un avan­tage stra­té­gique majeur et laissé de plus en plus de tra­vailleurs et tra­vailleuses sans orga­ni­sa­tion col­lec­tive. La déso­rien­ta­tion de la gauche qui en a résulté a nourri la montée de la droite popu­liste. Plutôt que de s’opposer aux syn­di­cats et à la gauche, cette droite cherche à les rem­pla­cer ; elle se pré­sente comme l’orientation poli­tique « natu­relle » pour un seg­ment (blanc et non immi­grant) de la classe ouvrière.

Cette double crise de la repré­sen­ta­tion des tra­vailleurs et des tra­vailleuses a frappé très dure­ment les États-Unis. La social-démo­cra­tie n’y a jamais été aussi lar­ge­ment enra­ci­née qu’en Europe. Bien que le Parti démo­crate n’ait pas été un équi­valent fonc­tion­nel des partis sociaux-démo­crates euro­péens, son tour­nant clin­to­nien des années 1990 a fourni un modèle à « la troi­sième voie ». Socialement et éco­no­mi­que­ment, les syn­di­cats sont très faibles : le taux de syn­di­ca­li­sa­tion est l’un des plus bas en Occident. Tandis que les syn­di­cats euro­péens ont géné­ra­le­ment adopté une posi­tion forte contre l’extrême droite, les syn­di­cats état­su­niens ont réagi à la can­di­da­ture et à l’élection de Trump de façon beau­coup plus écla­tée, comme l’illustrent la poli­tique de « col­la­bo­ra­tion pru­dente » prônée par Trumka et l’appui des syn­di­cats de la construc­tion à Trump.

Le piège des « inté­rêts par­ti­cu­liers »

Dans son ensemble, le mou­ve­ment syn­di­cal amé­ri­cain tra­verse une crise de légi­ti­mité. Malgré tous les pro­blèmes aux­quels les syn­di­cats état­su­niens ont dû faire face à leur apogée, après la guerre, ils consti­tuaient une force majeure dont il fal­lait tenir compte. Ils négo­ciaient des conven­tions col­lec­tives dans les sec­teurs de l’automobile, de l’acier, des mines et du camion­nage qui déter­mi­naient les condi­tions de tra­vail et de salaire d’importants sec­teurs indus­triels. Des lea­ders syn­di­caux tels que Walter Reuther, John L. Lewis et Sidney Hillman étaient connus et les médias et la presse dif­fu­saient leur opi­nion.

Ce n’est plus le cas de nos jours ; peu de figures du mou­ve­ment syn­di­cal retiennent l’attention à l’extérieur d’un petit cercle d’universitaires et de mili­tants. Bien loin de cher­cher à amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail et de salaire de leurs membres, ils invo­que­ront plus pro­ba­ble­ment la com­pé­ti­tion non syn­di­quée pour les amener à accep­ter des conces­sions. Les pré­oc­cu­pa­tions syn­di­cales sont vues comme des « inté­rêts par­ti­cu­liers », étroits et para­si­taires.

Cette situa­tion résulte de décen­nies d’attaques anti­syn­di­cales qui ont ébranlé des bas­tions tra­di­tion­nels du mou­ve­ment syn­di­cal tels le Michigan, la Virginie-Occidentale et le Wisconsin. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après tout, les tra­vailleurs et tra­vailleuses ont fait face à des attaques beau­coup plus vio­lentes dans le passé, à des armées d’État, fédé­rales et mer­ce­naires. Le mou­ve­ment syn­di­cal n’arrive pas à se défaire de l’étiquette d’« inté­rêts par­ti­cu­liers ». Même dans les cercles pro­gres­sistes, les syn­di­cats sont pré­sen­tés comme un simple « groupe défen­dant des inté­rêts par­ti­cu­liers » parmi d’autres, bien qu’ils soient mieux finan­cés et plus dis­po­sés à encou­ra­ger le vote pour les démo­crates que les autres groupes.

Cela explique la dis­cré­tion de cer­tains syn­di­cats, comme le UIES/SEIU et le TUAC/UFCW[5], qui mini­misent leur par­ti­ci­pa­tion à des cam­pagnes récentes, la lutte pour les 15 dol­lars de l’heure, les grèves dans la res­tau­ra­tion rapide et la syn­di­ca­li­sa­tion des Walmart, malgré des vic­toires remar­quables de ces cam­pagnes. Ils craignent sans doute que ces vastes cam­pagnes soient dis­cré­di­tées si elles sont asso­ciées aux syn­di­cats. Au bout du compte, comme l’a noté Jake Rosenfeld, même si le mou­ve­ment syn­di­cal obtient des gains consi­dé­rables pour de nom­breux tra­vailleurs et tra­vailleuses, on ne parle pas de leur rôle ni de leur contri­bu­tion à ces vic­toires. Au contraire, on parle des syn­di­cats pour les atta­quer poli­ti­que­ment : les lois dites de « droit au tra­vail » se résument à des argu­ments tech­niques sur les condi­tions de l’adhésion syn­di­cale, ou des conflits de la plus haute impor­tance pour les membres concer­nés, mais qui paraissent éloi­gnés du bien-être géné­ral.

Identité et orga­ni­sa­tion

Fondamentalement, le mou­ve­ment syn­di­cal est aujourd’hui privé de son iden­tité propre. N’importe quel leader syn­di­cal peut pro­duire une liste des gains du mou­ve­ment et nommer les effets concrets de « l’avantage syn­di­cal ». Également, cer­tains lea­ders syn­di­caux peuvent conce­voir et mettre en œuvre des tac­tiques d’organisation et des cam­pagnes stra­té­giques brillantes. Mais, comme n’importe quel orga­ni­sa­teur expé­ri­menté le sait, les mou­ve­ments ne se construisent pas sur des rap­ports coûts-béné­fices et des tac­tiques intel­li­gentes, mais plutôt sur une vision du monde et des rela­tions. Ces deux élé­ments créent des iden­ti­tés col­lec­tives fortes, un sen­ti­ment d’appartenance et de par­tage d’une des­ti­née com­mune.

Les iden­ti­tés col­lec­tives sont cru­ciales parce qu’elles ras­semblent des per­sonnes qui ont peu de pou­voir et qu’elles changent la per­cep­tion de l’endroit où ces per­sonnes se situent, de ce qui est pos­sible et de ce dont elles sont capables. Sans ce pro­ces­sus de chan­ge­ment des per­cep­tions, les tra­vailleurs et tra­vailleuses pensent, de manière assez ration­nelle, que la syn­di­ca­li­sa­tion pré­sente trop de risques et mène vrai­sem­bla­ble­ment à une défaite, ce qui limite leur enga­ge­ment.

Le manque d’identité col­lec­tive auto-assi­gnée et forte donne aux oppo­sants un espace d’où défi­nir le mou­ve­ment. Dans le cas du mou­ve­ment syn­di­cal état­su­nien, cet espace a permis à l’étiquette d’« inté­rêts par­ti­cu­liers » de s’imposer.

La situa­tion n’a pas tou­jours été aussi dif­fi­cile. Le syn­di­ca­lisme état­su­nien a une longue his­toire de créa­tion d’identités col­lec­tives fortes. En remon­tant au XIXe siècle, des syn­di­cats comme les Chevaliers du Travail (Knights of Labor) s’organisaient autour d’idées puis­santes, le « répu­bli­ca­nisme du tra­vail » et le « com­mon­wealth coopé­ra­tif », pour pro­po­ser une vision large de la démo­cra­tie indus­trielle. Ce fai­sant, ils ont mis en lumière la contra­dic­tion entre leur statut de citoyens offi­ciel­le­ment libres dans la sphère poli­tique et celui d’esclaves sala­riés dans leurs milieux de tra­vail.

Au début du XXe siècle, l’Industrial Workers of the World (IWW) a mobi­lisé des cen­taines de mil­liers de tra­vailleurs et tra­vailleuses grâce à sa vision du « grand syn­di­cat unifié ». Dans les années 1930 et 1940, la vision du syn­di­ca­lisme indus­triel, portée par le Congress of Industrial Organizations (CIO), et les grèves et occu­pa­tions ont enthou­siasmé des mil­lions de per­sonnes. La vision du CIO était conta­gieuse. Ainsi des dizaines de mil­liers de tra­vailleuses et tra­vailleurs cana­diens ont adopté leur ban­nière, bien qu’aucun membre de la direc­tion du CIO n’ait été au cou­rant et ne leur ait accordé un quel­conque sou­tien maté­riel.

Dans les années 1960, une montée ful­gu­rante de la syn­di­ca­li­sa­tion dans le sec­teur public a accom­pa­gné le mou­ve­ment des droits civiques. La grève des éboueurs à Memphis a effec­tué la fusion de ces deux mou­ve­ments avec son slogan « I Am A Man » (« Je suis un être humain »). Plus récem­ment, le slogan « Part-Time America Won’t Work » (« Le temps par­tiel ne marche pas ») a uni les rou­tiers à temps plein et à temps par­tiel chez UPS et mené leur grève à la vic­toire en 1997. En 2012, le Syndicat des ensei­gnantes et ensei­gnants de Chicago (Chicago Teachers Union) a mené « un combat pour les écoles que nos enfants méritent[6] » et a gagné.

Bien que ces exemples montrent le poten­tiel gal­va­ni­sant des iden­ti­tés col­lec­tives, il est impor­tant de recon­naître qu’elles pré­sentent un incon­vé­nient : elles créent des lignes de divi­sion. Les iden­ti­tés col­lec­tives peuvent donc divi­ser aussi bien qu’elles peuvent unir les tra­vailleurs et tra­vailleuses. La triste his­toire des divi­sions fon­dées sur la race, l’origine natio­nale, le genre ou le métier au sein du mou­ve­ment syn­di­cal illustre cette logique. De même, les efforts des syn­di­cats pour éta­blir des « par­te­na­riats » avec les employeurs, ou pour pro­mou­voir des stra­té­gies pro­tec­tion­nistes du genre « ache­ter amé­ri­cain », peuvent divi­ser les tra­vailleurs et les tra­vailleuses par com­pa­gnie ou par pays, et brouiller les divi­sions entre les tra­vailleurs et les patrons. Les iden­ti­tés qui en résultent peuvent contri­buer ou nuire aux capa­ci­tés com­ba­tives du mou­ve­ment syn­di­cal.

Il faut recon­naître que les iden­ti­tés col­lec­tives durables, celles qui peuvent créer des chan­ge­ments sociaux pro­fonds et durables, ne se limitent pas à des dis­cours. Elles ne sont pas le pro­duit d’une « for­mu­la­tion du mes­sage » appro­priée ou d’une simple « mise en forme des enjeux ». Les iden­ti­tés col­lec­tives sont plutôt créées, main­te­nues et recons­truites à tra­vers l’action col­lec­tive orga­ni­sée et sou­te­nue. C’est cette com­bi­nai­son d’idées enthou­sias­mantes et d’organisation durable et en pro­fon­deur qui manque au mou­ve­ment syn­di­cal d’aujourd’hui. Malgré des décen­nies de déclin, les syn­di­cats dis­posent encore d’une infra­struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle consi­dé­rable, mais celle-ci n’est pas liée à une idée gal­va­ni­sante ou à une iden­tité col­lec­tive.

Il y a eu des ini­tia­tives plutôt médiocres, les cam­pagnes « Union Yes ! » et « Voice@Work » de l’AFL-CIO, et des cam­pagnes plus com­plexes, « Justice for Janitors » du UIES/SEIU, mais aucune n’a cher­ché à créer un sen­ti­ment d’identité col­lec­tive chez les membres des syn­di­cats. On cher­chait plutôt à créer des « drames publics » et des affron­te­ments pla­ni­fiés pour dis­cré­di­ter les chefs d’entreprises et les amener à négo­cier avec les lea­ders syn­di­caux. Les tra­vailleurs et tra­vailleuses dans un tel modèle ne consti­tuent pas la force col­lec­tive qui mène la cam­pagne, mais plutôt ce que Jane McAlevey appelle des « mes­sa­gers authen­tiques » envoyés par les lea­ders syn­di­caux pour influen­cer la cou­ver­ture média­tique et l’opinion publique.

Un ensemble d’idées gal­va­ni­santes se sont répan­dues ces der­nières années : le Fight for $15, le mou­ve­ment Occupy et la divi­sion entre les 99 % et le 1 %, Bernie Sanders et le mes­sage sur la jus­tice et la soli­da­rité de sa course à la nomi­na­tion pré­si­den­tielle au Parti démo­crate. Ces idées man­quaient tou­te­fois de bases orga­ni­sa­tion­nelles solides. Dans le cas du Fight for $15, le lien orga­ni­sa­tion­nel réel avec les syn­di­cats a été déli­bé­ré­ment dis­si­mulé. Le mou­ve­ment Occupy, bien qu’il ait eu le mérite d’avoir remis à l’ordre du jour la lutte contre les inéga­li­tés éco­no­miques, a été inca­pable de construire une orga­ni­sa­tion durable et s’est effon­dré. En ce qui concerne Sanders, non seule­ment sa cam­pagne a été entra­vée par la réti­cence de la plu­part des syn­di­cats à le sou­te­nir, mais il ne reste que très peu d’infrastructure – au-delà des listes de cour­riels et de finan­ce­ment – pour orga­ni­ser les mil­lions de per­sonnes qui y ont adhéré.

Les grèves, les lieux de tra­vail et l’avenir de la démo­cra­tie

Historiquement, les syn­di­cats ont eu recours à deux tac­tiques pour concré­ti­ser leurs idées : les grèves et l’organisation des milieux de tra­vail. La pre­mière a obtenu une atten­tion consi­dé­rable, fait la une des jour­naux et enri­chi de nom­breux livres d’histoire du tra­vail. La seconde tac­tique, sou­vent négli­gée, est tout aussi impor­tante, puisqu’elle consti­tue une étape de la pre­mière. Les uni­ver­si­taires spé­cia­listes du mou­ve­ment syn­di­cal et les orga­ni­sa­teurs expé­ri­men­tés connaissent per­ti­nem­ment la somme de tra­vail quo­ti­dien et acharné qui pré­cède une grève. Même les grèves spon­ta­nées sont por­tées par un tra­vail d’organisation. Mais plus que la pré­pa­ra­tion des grèves, l’organisation des milieux de tra­vail donne de la sub­stance au slogan tra­di­tion­nel « nous sommes le syn­di­cat ». Non seule­ment cette orga­ni­sa­tion limite l’autorité des patrons, mais elle crée les condi­tions néces­saires aux inter­ac­tions quo­ti­diennes qui construisent la confiance, la soli­da­rité, le lea­der­ship et l’assurance de pou­voir agir col­lec­ti­ve­ment. La construc­tion des syn­di­cats, du dix-neu­vième siècle jusqu’au CIO, s’est appuyée sur ces inter­ac­tions quo­ti­diennes et il conti­nue d’en être ainsi dans cer­tains syn­di­cats.

Malheureusement, les grèves et l’organisation des milieux de tra­vail appar­tiennent au passé. Non seule­ment le nombre de grèves est-il plus bas que jamais, mais celles-ci ne sont plus aussi effi­caces qu’autrefois. La conso­li­da­tion, la finan­cia­ri­sa­tion et la restruc­tu­ra­tion des entre­prises signi­fient que le pou­voir et l’autorité ne sont pas sim­ple­ment dépla­cés vers les plus hautes sphères de l’organigramme de chaque entre­prise, mais qu’ils se sont dis­si­pés dans un amal­game confus de fonds de pen­sion et de pla­ce­ments, de com­pa­gnies n’existant que sur papier et de méga­cor­po­ra­tions fusion­nées.

Plusieurs sou­tiennent que ce nouvel envi­ron­ne­ment limite les effets de l’organisation des milieux de tra­vail. L’influence des syn­di­cats doit s’exercer ailleurs, soit en poli­tique, soit sur les mar­chés de capi­taux. Cela signi­fie que les acti­vi­tés prin­ci­pales des syn­di­cats devraient s’effectuer par le tra­vail de leur per­son­nel sala­rié, dans les ser­vices de recherche stra­té­gique et par des inter­ven­tions poli­tiques, et non dans les milieux de tra­vail. Les syn­di­cats qui adhèrent à cette ana­lyse, en par­ti­cu­lier le UIES/SEIU, se sont trans­for­més de manière à rendre leur pré­sence sur les milieux de tra­vail plus dis­crète.

Il faut recon­naître que ces chan­ge­ments sont réels et qu’il faut adop­ter des stra­té­gies glo­bales qui s’étendent au-delà des milieux de tra­vail pour affron­ter un capi­ta­lisme de plus en plus mon­dia­lisé. Cependant, l’abandon de l’organisation des milieux de tra­vail a des consé­quences trou­blantes pour le mou­ve­ment syn­di­cal, la poli­tique et la démo­cra­tie en géné­ral. Si le mou­ve­ment syn­di­cal ne peut lier les stra­té­gies d’influence glo­bale à l’organisation des milieux de tra­vail, il devient dif­fi­cile de savoir com­ment les accords obte­nus entre les entre­prises, les gou­ver­ne­ments et les syn­di­cats peuvent amé­lio­rer la vie quo­ti­dienne des tra­vailleurs et des tra­vailleuses. Des ententes ne signi­fient pas grand-chose si elles ne s’accompagnent pas de mesures qui encadrent leur appli­ca­tion. L’organisation des milieux de tra­vail s’avère néces­saire non seule­ment pour que les entre­prises res­pectent les ententes, mais aussi pour limi­ter l’autorité des patrons. Le tra­vail de Janice Fine sur la « copro­duc­tion de la mise en appli­ca­tion » pré­sente quelques idées sur la façon dont tout cela pour­rait se dérou­ler. Il reste que le mou­ve­ment syn­di­cal doit donner la prio­rité à l’organisation des milieux de tra­vail pour que ces idées puissent être mises en œuvre.

Si le mou­ve­ment syn­di­cal aban­donne les milieux de tra­vail, les tra­vailleuses et les tra­vailleurs n’ont plus aucun espoir de façon­ner leur des­ti­née ; ils res­te­ront à la merci de forces qui les dépassent et dépen­dants de ceux qui agi­ront en leur nom. Si le mou­ve­ment syn­di­cal adopte ce modèle d’organisation et de chan­ge­ment social, l’avenir appa­raît effec­ti­ve­ment sombre. Si les syn­di­cats ne sont plus capables d’organiser col­lec­ti­ve­ment les tra­vailleuses et les tra­vailleurs de façon à ce que ces der­niers fassent entendre leur voix, ils les laissent vul­né­rables au dis­cours des déma­gogues comme Trump qui déclarent parler pour eux et elles.

Heureusement, il y a d’autres pos­si­bi­li­tés. Les grèves mas­sives des ensei­gnantes et ensei­gnants de Chicago contre le maire Rahm Emanuel en 2012 et en 2016 l’ont montré. Les gré­vistes du Communications Workers of America (Syndicat des com­mu­ni­ca­tions d’Amérique) ont tenu tête à Verizon durant 45 jours l’année der­nière pour repous­ser les conces­sions deman­dées par l’entreprise et obte­nir l’augmentations des fonds de retraite ainsi que des mesures contre la sous-trai­tance. Sur le plan poli­tique, le Syndicat culi­naire de Las Vegas (Culinary Workers Union, UNITE HERE Local 226) est par­venu à convaincre les tra­vailleuses et les tra­vailleurs blancs de voter contre Trump en novembre der­nier malgré les lois dites de droit au tra­vail de l’État. Le Syndicat des ensei­gnants et ensei­gnantes du Massachusetts s’est orga­nisé contre les deux grands partis poli­tiques pour battre un réfé­ren­dum qui aurait aug­menté dra­ma­ti­que­ment le nombre d’écoles à charte (char­ter schools) dans cet État.

Ce sont des exemples isolés, insuf­fi­sants pour répondre aux défis qui attendent le mou­ve­ment syn­di­cal, mais qui montrent qu’il est encore pos­sible de faire grève et de gagner. L’organisation ainsi que la construc­tion d’une culture syn­di­cale dans les milieux de tra­vail ont été au cœur des démarches de ces syn­di­cats. Ce modèle pour­rait four­nir des outils au mou­ve­ment syn­di­cal et le faire avan­cer.

Dans un mes­sage récent aux per­sonnes qui l’ont appuyé, Bernie Sanders sou­te­nait que « la grande crise que nous connais­sons en tant que nation ne se résume pas aux pro­blèmes objec­tifs que nous devons résoudre… Les limites de notre ima­gi­na­tion nour­rissent une crise plus impor­tante ». Pour dépas­ser ces limites, le syn­di­cat doit ras­sem­bler les tra­vailleuses et les tra­vailleurs et chan­ger leur per­cep­tion quant à ce qui est pos­sible, à ce dont ils sont capables. Ce tra­vail est plus néces­saire que jamais, pour sur­vivre à Trump.

Barry Eidlin[2]

Traduction de l’anglais par Emanuel Guay


Notes

  1. Traduction de l’article « Labor’s legi­ti­macy crisis under Trump » paru dans Jacobin en juillet 2017, <https://​jaco​bin​mag​.com/​2​0​1​7​/​0​7​/​l​a​b​o​r​-​m​o​v​e​m​e​n​t​-​u​n​i​o​n​s​-​t​r​u​m​p​-​s​t​r​i​k​e​s​-​w​o​r​k​i​n​g​-​c​l​a​s​s​-​i​d​e​ntity>.
  2. Barry Eidlin est pro­fes­seur de socio­lo­gie à l’Université McGill. Il a déjà été délé­gué syn­di­cal au Local 2865 des Travailleurs unis de l’automobile.
  3. NdR : La Rust Belt (la « cein­ture de la rouille ») est le surnom d’une région des États-Unis carac­té­ri­sée par l’industrie lourde ; elle s’étend de Chicago jusqu’aux côtes atlan­tiques, longe les Grands Lacs et couvre une partie du nord-est du pays (Wikipédia).
  4. AFL-CIO : American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations.
  5. UFCW : United Food and Commercial Workers. Au Québec : Travailleurs et Travailleuses unis de l’alimentation et du com­merce, TUAC Québec.
  6. « Fighting for the schools our chil­dren deserve ».


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