Budget fédéral

Coupures improductives et attaque des retraites

Par Mis en ligne le 30 mars 2012

Le pre­mier budget sous un gou­ver­ne­ment conser­va­teur majo­ri­taire a été déposé aujourd’hui à Ottawa. Comme prévu, sous pré­texte de résor­ber rapi­de­ment le défi­cit, le budget pro­cède à des cou­pures majeures dans les pro­grammes du gou­ver­ne­ment. Au terme des trois pro­chains exer­cices, le total des mon­tants coupés sur­pas­sera 5G$, ce qui cor­res­pond à 1,9% des dépenses de pro­grammes.

L’ampleur des cou­pures varie d’un pro­gramme à l’autre. Pour Radio-Canada, l’ACDI ou l’ONF, les cou­pures sont de l’ordre de 10%, ce qui aura un impact pro­fond dans ces orga­nismes en termes de per­son­nel et de res­sources. Mais l’ensemble des cou­pures sont plus ques­tion­nables encore lorsque mises en pers­pec­tives avec les sommes dont se prive l’État en reve­nus fis­caux.

En effet, le gou­ver­ne­ment conser­va­teur n’a pas renoué, et n’a aucune inten­tion de renouer, avec le niveau de revenu qui pré­va­lait avant la réces­sion. Comme le montre le gra­phique 6.5, le ratio des reve­nus au PIB a chuté et ne se relè­vera plus.

Un calcul rapide nous permet d’estimer que l’État se prive de 30G$ en ne rat­tra­pant pas le niveau de revenu d’avant la réces­sion. Comme le défi­cit à résor­ber est de l’ordre de 25G$, ce retour à la nor­male aurait été lar­ge­ment pré­fé­rable pour pré­ser­ver l’accès et la qua­lité des ser­vices publics.

Même si en chiffre absolu la cou­pure de plus d’un mil­liard dans les dépenses mili­taires appa­raît comme la plus impo­sante et rompt avant l’irrépressible infla­tion de ce poste bud­gé­taire dans les der­nières années, elle repré­sente un pour­cen­tage de réduc­tion plus faible que la plu­part des autres cou­pures.

Le budget 2012-2013 du ministre des Finances Jim Flaherty pas­sera aussi à l’histoire comme celui où l’on aura repoussé de 65 à 67 l’âge de la retraite au Canada. En effet, les per­sonnes nées au Canada après 1962 ne pren­dront plus leur retraite à 65 ans puisqu’ils ne seront admis­sibles au pro­gramme de sécu­rité de la vieillesse (SV) et au sup­plé­ment au revenu garanti (SRG) qu’à partir de 67 ans.

Cette mesure est un recul social impor­tant et des poli­tiques simi­laires ont été très mal reçues par les popu­la­tions d’autres pays. Le Québec était par­venu dans le budget de l’an der­nier à modu­ler en douce le niveau du RRQ afin de péna­li­ser la prise de la retraite avant 65 ans. La mesure du budget fédé­ral est beau­coup plus dure puisque seul des tra­vailleurs aisés et en santé pour­ront l’encaisser aisé­ment. Les autres, ceux et celles dont le tra­vail est érein­tant, ceux et celles qu’on ne veut plus embau­cher, ou qui sont pauvres et malades, connaî­tront la misère. Certains ana­lystes ont déjà cal­culé qu’une telle mesure ferait croître rapi­de­ment le nombre d’aînés qui vivent sous le seuil de pau­vreté.

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