Copenhague : Pour que toutes les voix dissidentes puissent encore se faire entendre ! Témoignages et analyses en direct

Par Mis en ligne le 17 décembre 2009

De 5000 à 10 000 mani­fes­tants ont par­ti­cipé à l’action non-vio­lente et légale « Reclaim Power » ce mer­credi 16 décembre. Compte-tenu de la psy­chose sécu­ri­taire régnant à Copenhague et des pro­vo­ca­tions mul­tiples des auto­ri­tés danoises vis-à-vis de cette ini­tia­tive portée par les coa­li­tions Climate Justice Action et Climate Justice Now, c’est une nou­velle réus­site, après l’immense mani­fes­ta­tion du 12 décembre qui fera date.

Comme l’on pou­vait s’y attendre, la police danoise a réagi de manière vio­lente et com­plè­te­ment dis­pro­por­tion­née en mul­ti­pliant les arres­ta­tions arbi­traires, dont celle d’un Français, Nicolas Haeringer, membre du comité de rédac­tion de Mouvements et porte-parole du Mouvement pour une Alternative Non-Violente. C’est into­lé­rable. Nous exi­geons des auto­ri­tés qu’elles cessent ces pro­vo­ca­tions inces­santes. L’action Reclaim Power visait à bous­cu­ler les négo­cia­tions offi­cielles en créant un « Forum des Peuples » pour faire entendre celles et ceux qui sont ne sont jamais écouté-e-s et pour impo­ser notre propre agenda et nos solu­tions.

Alors que les négo­cia­tions pié­tinent, que la pré­si­dente de la Convention démis­sionne, que les pays du Nord refusent de recon­naître leurs res­pon­sa­bi­li­tés his­to­riques, que l’Union Européenne revoit ses pro­messes à la baisse, que la France manœuvre vile­ment pour ache­ter le sou­tien de l’Afrique etc… il est plus que temps d’agir pour que les négo­cia­teurs entendent les reven­di­ca­tions des mou­ve­ments sociaux et éco­lo­gistes. Loin de récla­mer la fin des négo­cia­tions, notre action vise à exiger un “bon accord“, qui engage de façon contrai­gnante les pays à réduire leurs émis­sions de gaz à effet de serre à hau­teur au mini­mum des recom­man­da­tions du GIEC, qui recon­naisse la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays du Nord et qui dégage les fonds néces­saires à l’adaptation et à la conver­sion éner­gé­tique des pays pauvres. Nous por­tons éga­le­ment les reven­di­ca­tions sui­vantes : pas de solu­tions basées sur le marché, lais­ser les res­sources fos­siles dans le sol, contrôle démo­cra­tique des popu­la­tions sur les res­sources natu­relles, relo­ca­li­sa­tion des pro­duc­tions, réduc­tion des sur­con­som­ma­tions notam­ment du Nord, recon­nais­sance de la dette éco­lo­gique contrac­tée auprès des pays du Sud, recon­nais­sance des droits des popu­la­tions indi­gènes.

Loin de cher­cher à nous entendre, l’ONU et les auto­ri­tés danoises remettent en cause le carac­tère démo­cra­tique et trans­pa­rent affi­ché de la COP-15 et la pos­si­bi­lité pour toutes les voix dis­si­dentes de se faire entendre : réduc­tion dras­tique des accré­di­ta­tions ces mardis et mer­cre­dis pour atteindre à peine 1000 puis 90 accré­di­ta­tions jeudi et ven­dredi pour l’ensemble des ONG et mou­ve­ments sociaux, inter­dic­tion d’entrée arbi­traire depuis ce mer­credi matin pour des ONG, comme les Amis de la Terre, ou mou­ve­ments perçus comme une « menace » pour le bon déroulé des négo­cia­tions, … Au final, la COP se referme sur les seuls chefs d’Etat sans que les ONG, les popu­la­tions indi­gènes, les mou­ve­ments sociaux et plus lar­ge­ment tous les repré­sen­tants de la « société civile » puissent faire entendre leurs voix. Nous condam­nons ces agis­se­ments et nous conti­nue­rons à faire entendre toutes les voix qui ne peuvent plus s’exprimer libre­ment.

Maxime Combes


16 déc : « Peoples Assembly to reclaim power »

Suite à l’immense succès de la mani­fes­ta­tion de samedi – mani­fes­ta­tion qui fera date et qui marque l’arrivée mas­sive des mou­ve­ments sociaux dans la bataille cli­ma­tique, depuis dimanche, les mou­ve­ments sociaux et éco­lo­gistes main­tiennent la pres­sion sur les négo­cia­tions en mul­ti­pliant les actions de rue et inter­ven­tions au Bella Center. Aujourd’hui mardi 15 décembre, sera dénoncé l’agrobusiness qui par­ti­cipe for­te­ment au réchauf­fe­ment cli­ma­tique sans résoudre la faim dans le monde et tout en enri­chis­sant quelques riches pro­prié­taires et mul­ti­na­tio­nales.

Le 16 décembre, à partir de 8h, orga­ni­sée par les coa­li­tions Climate Justice Action et Climate Justice Now !, l’initiative « Peoples Assembly to reclaim power » mêlera des actions de rue au plus près du Bella Center et des inter­ven­tions à l’intérieur même des négo­cia­tions. L’objectif sera de bous­cu­ler les négo­cia­tions offi­cielles en créant un espace IN-OUT afin de faire entendre celles et ceux qui sont ne sont jamais écouté-e-s et pour impo­ser notre propre agenda et nos solu­tions : pas de solu­tions basées sur le marché, lais­ser les res­sources fos­siles dans le sol, contrôle démo­cra­tique des popu­la­tions sur les res­sources natu­relles, relo­ca­li­sa­tion des pro­duc­tions, réduc­tion des sur­con­som­ma­tions notam­ment du Nord, recon­nais­sance de la dette éco­lo­gique contrac­tée auprès des pays du Sud, recon­nais­sance des droits des popu­la­tions indi­gènes.

Des mili­tant-es des orga­ni­sa­tions du col­lec­tif fran­çais Urgence Climatique Justice Sociale y par­ti­ci­pe­ront, aussi bien à l’intérieur du centre de négo­cia­tions qu’à l’extérieur.

Maxime Combes


Reclaim Power action. Le chaos et l’incompréhensible violence de la police danoise

Amelimelo le mer, 16/12/2009

En arri­vant à 8h ce matin nous appre­nons que la tota­lité de la délé­ga­tion des Amis de la terre International est inter­dite d’accès au centre de confé­rences. C’est la conster­na­tion, et un très mau­vais signe pour la suite de la jour­née. La mise en place de l’action Reclaim Power démarre et la ten­sion monte rapi­de­ment. José Bové, en vou­lant plai­der la cause des Amis de la terre aux côtés de leur Président Nimmo Bassey, est embar­qué par la sécu­rité du Centre de confé­rence et y demeure enfermé un moment. De nom­breux obser­va­teurs d’ONG res­tent coin­cés à l’extérieur bien qu’ils soient en pos­ses­sion des incon­tour­nables badges de niveau 1 et 2.

Côté Reclaim Power, deux actions coor­don­nées doivent conver­ger. L’une à l’intérieur du Centre de confé­rences autour du réseau CJN, l’autre, une marche partie depuis 8 heures et ras­sem­blant plu­sieurs mil­liers de per­sonnes, dans les envi­rons du Bella Center. Les deux espèrent tenir une assem­blée popu­laire sur le lieu de leur conver­gence, à quelques cent mètres de la porte du centre. C’est le sens de l’action : réunir les insi­ders et les out­si­ders qui appellent à un accord contrai­gnant, une res­pon­sa­bi­lité dif­fé­ren­ciée du Nord et du Sud, des trans­ferts finan­ciers à long terme et sur­tout un chan­ge­ment radi­cal du modèle éco­no­mique en vigueur et leur donner l’occasion d’exprimer, ensemble, leurs cri­tiques et leurs pro­po­si­tions. L’action « in » doit aussi porter la voix du réseau CJN et de ses membres, orga­ni­sa­tions pay­sannes, fémi­nistes, indi­gènes… auprès des nom­breux délé­gués offi­ciels pré­sents.

Sur ce der­nier plan c’est un succès. Dès le départ de la marche dans les cou­loirs du BC, une foule de jour­na­listes, micros, camé­ras, appa­reils photos, se masse autour du groupe d’activistes, et les suivra jusqu’à leur sortie. Plus d’une cen­taine de per­sonnes par­ti­cipent à l’action, qui met tout le centre en ébul­li­tion. Mais la conver­gence n’aura pas lieu.

La vio­lence de la police danoise s’est abat­tue depuis une heure sur les mani­fes­tants à l’extérieur. Des mani­fes­tants ont été arrê­tés avant même son arri­vée au Bella Center. La marche partie de l’intérieur de la confé­rence se trouve blo­quée sur le pont qui la sépare du pre­mier groupe, et les CRS locaux tabassent les mili­tants à leur portée. De l’autre côté des bar­rières, les mani­fes­tants blo­qués sont vio­lem­ment mal­me­nés par la police. Des cen­taines d’arrestations, des bles­sés aussi.

Les forces de l’ordre se trans­forment en agents de vio­lence et de chaos. La police danoise déchaîne une répres­sion dis­pro­por­tion­née sur des groupes de mani­fes­ta­tions réso­lu­ment paci­fiques, venus se rejoindre en chan­tant et bat­tant fan­fare aux cris de « Climate Justice Now », « Reclaim power » et « Join the people assem­bly ».

Après l’exclusion de 95% des obser­va­teurs de la société civile pour les deux der­nières jour­nées du Sommet, une telle atti­tude jette un dis­cré­dit pro­fond sur le carac­tère réel­le­ment démo­cra­tique des Nations unies et des négo­cia­tions cli­ma­tiques qui s’opèrent dans leur cadre. La par­ti­ci­pa­tion des mou­ve­ments sociaux et citoyens à la CCNUCC et aux dif­fé­rents COP et leurs réunions pré­pa­ra­toires a tou­jours été garan­tie, contrai­re­ment à d’autres orga­ni­sa­tions ou direc­toires, tels l’OMC ou le G8. Les ONG et les mou­ve­ments sociaux ont tou­jours salué les efforts de la CCNUCC et déve­loppé des rela­tions de col­la­bo­ra­tion et de confiance avec son secré­ta­riat.

Dans ce contexte le trai­te­ment infligé aux mou­ve­ments citoyens depuis deux jours appa­raît incom­pré­hen­sible. Des mili­tants et proches d’Attac ont été moles­tés, battus, embar­qués manu mili­tari et on est tou­jours sans nou­velles d’eux à 16h45 ce 16 décembre. Images ahu­ris­santes de mili­tants traî­nés par terre, menot­tés dans le froid gla­cial, frap­pés avec achar­ne­ment par des poli­ciers les pour­sui­vant jusque sur le toit des véhi­cules… Ou com­ment rendre agres­sifs et para­noïaques les mou­ve­ments au Nord et au Sud qui se battent en toute léga­lité pour la jus­tice cli­ma­tique, et qui veulent sim­ple­ment pou­voir se faire entendre…

Impossible désor­mais d’entrer dans le centre de confé­rences. Les ONG sont admises sur des cri­tères défi­nis à dis­cré­tion et leurs illustres repré­sen­tantes pleurent leurs pri­vi­lèges (c’est ce qui arrive quand la plèbe veut se mêler des affaires des élites) ; vous zen faites pas les filles, ya une vie après le lobby, c’est moins gla­mour, ça brouille le teint, casse les ongles et fait froid aux pieds mais le parfum de l’insurrection peut cha­vi­rer les médias les plus récal­ci­trants. Alors que la marche, blo­quée toute la jour­née, s’apprête à rejoindre le Klimaforum, des véhi­cules de police déferlent dans le quar­tier. Tadzio Muller (voir post d’hier) est sur le point d’être jugé à huis clos.


À Copenhague, la grande braderie de l’Union européenne

Attac France

Communiqué du 15 décembre 2009

Alors que la COP15 s’approche de l’échéance, l’Union euro­péenne reven­dique son rôle de leader du climat mais revoit ses pro­messes à la baisse.

Lors d’une confé­rence de presse tenue hier au Bella Center, l’Union euro­péenne a douché les espoirs des plus opti­mistes, ou des plus cré­dules, quant aux posi­tions qu’elle tien­dra dans la der­nière ligne droite de négo­cia­tions à Copenhague.

Alors qu’elle était ini­tia­le­ment favo­rable à la pré­ser­va­tion d’un accord contrai­gnant qui assi­gne­rait une seconde période d’engagements de réduc­tion d’émissions aux pays indus­tria­li­sés, l’UE se range de fait aujourd’hui der­rière la posi­tion des États-Unis qui refusent un traité contrai­gnant pour les pays riches. Et ceci en oppo­si­tion avec les demandes renou­ve­lées du G77 et de la Chine, sou­cieux d’obtenir des garan­ties expli­cites de la part des pays riches qui ont trop sou­vent manqué à leurs pro­messes (Objectifs du mil­lé­naire, lutte contre le sida, lutte contre la faim) ou qui reprennent de l’autre main dix fois les sommes déri­soires concé­dées à force de har­cè­le­ment (rem­bour­se­ment de la dette, éva­sion fis­cale par exemple). Pour se jus­ti­fier l’Union euro­péenne avance l’argument qu’elle ne peut être seule à s’engager alors que les États-Unis ou l’Australie res­te­raient en dehors de tout sys­tème contrai­gnant.

Elle a éga­le­ment annoncé qu’elle s’engagerait sur une dimi­nu­tion des émis­sions à hau­teur de 23% entre 1990 et 2020. Elle semble donc avoir aban­donné la pro­messe de passer à 30% de réduc­tion si d’autres pays s’engageaient, alors que les pro­po­si­tions nou­velles du G77, appuyées sur les recom­man­da­tions scien­ti­fiques, se chiffrent à 52% de réduc­tion d’émissions entre 1990 et 2017. Le G77 pro­pose une réduc­tion de 80% pour 2030 et 100% en 2050, ce qui cor­res­pon­drait à un réchauf­fe­ment de plus 1,5° maxi­mum.

Enfin l’Union euro­péenne pro­pose un finan­ce­ment d’urgence de 2,4 mil­liards d’euros d’ici 2012, ce qui sou­lève la colère des pays du Sud, qui ne demandent pas la cha­rité mais la recon­nais­sance d’une dette éco­lo­gique. Aucune solu­tion de finan­ce­ment à long terme n’est par ailleurs avan­cée. Cette fai­blesse des finan­ce­ments publics illustre la prio­rité donnée aux mar­chés du car­bone pour assu­rer le finan­ce­ment de la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Attac reste opposé aux mar­chés du car­bone, car ils sont inef­fi­cients et contre-pro­duc­tifs. Ils offrent de nou­velles oppor­tu­ni­tés de spé­cu­la­tion aux acteurs de la finance. Et grâce aux méca­nismes de com­pen­sa­tion, ils per­mettent aux pays riches d’atteindre leurs objec­tifs sans rien chan­ger à leurs modèles de déve­lop­pe­ment.

L’Union euro­péenne a joué un rôle impor­tant au moment de la signa­ture du pro­to­cole de Kyoto, et conti­nue de reven­di­quer une auréole de leader dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Nous appe­lons donc les États membres à se res­sai­sir et à écou­ter ceux pour qui le chan­ge­ment cli­ma­tique n’est pas une abs­trac­tion mais une réa­lité vécue au quo­ti­dien, alors qu’ils n’en sont pas res­pon­sables.

Contacts presse :

A Copenhague :
- Christophe Aguiton : 0045 52713665
- Amélie Canonne : 0045 52646697

En France :
- Geneviève Azam : 0033 662225158


Enlisement des négociations et répression des activistes à la veille de l’Assemblée des peuples.

Fanny Simon

15/12/2009

Des négo­cia­tions en berne … :

Les négo­cia­tions pour un accord à Copenhague ne semblent guère avan­cer, à quelques heures de l’ouverture du Haut Segment. Les pays du Sud conti­nuent de faire pres­sion pour le main­tien du Protocole de Kyoto, seul accord juri­di­que­ment contrai­gnant, et la signa­ture d’un autre accord sous la Convention. A l’inverse, les pays déve­lop­pés poussent en faveur de la signa­ture d’un seul accord, placé sous la Convention et enga­geant tous les pays, ce qui signi­fie­rait l’abandon du Protocole de Kyoto rem­placé par une simple décla­ra­tion poli­tique. Pour ces der­niers, ils réclament un enga­ge­ment symé­trique de tous les pays déve­lop­pés (sous-entendu les Etats-Unis), ainsi qu’un enga­ge­ment des pays émer­gents (notam­ment la Chine) pré­tex­tant que sans un tel accord leurs efforts seraient vains. D’après le der­nier com­mu­ni­qué de l’Union euro­péenne (en date du 15.12.09), les objec­tifs de l’Union euro­péenne de réduc­tion des émis­sions de GES de 30% d’ici 2020 par rap­port à 1990, seraient désor­mais soumis à ces condi­tions :

« As part of a global and com­pre­hen­sive agree­ment for the period beyond 2012, the EU rei­te­rates its condi­tio­nal offer to move to a 30% reduc­tion by 2020 com­pa­red to 1990 levels. This offer is dependent on other deve­lo­ped coun­tries com­mit­ting them­selves to com­pa­rable emis­sion reduc­tions, and on deve­lo­ping coun­tries contri­bu­ting ade­qua­tely accor­ding to their res­pon­si­bi­li­ties and res­pec­tive capa­bi­li­ties »(source :http://​www​.se2009​.eu/​p​o​l​o​p​o​l​y​_fs/1….)

Quant aux dif­fi­cul­tés ren­con­trées pour la deuxième phase du Protocole de Kyoto, Yvo de Boer et Connie Hedegaard (Présidente danoise de la COP 15) répon­daient ce matin lors de la confé­rence de presse, qu’à la dif­fé­rence de Kyoto (1992), il s’agissait désor­mais d’obtenir un accord global qui ne pou­vait se passer des Etats-Unis … Cela ne laisse pré­su­mer rien de bon sur la suite des négo­cia­tions, et encore moins si l’on s’en tient aux récentes décla­ra­tions d’Hilary Clinton : « La crois­sance des émis­sions dans les 20 années à venir vien­dra du Sud. Sans leur enga­ge­ment, rien n’est pos­sible » (source : http://​twit​ter​.com/​L​i​b​e​_​C​o​p​e​n​hague).

… Et une répres­sion de plus en plus forte des acti­vistes à la veille de « Peoples Assembly to reclaim power » :

Après les évé­ne­ments d’hier à Christiana (210 per­sonnes arrê­tées dont 80 du groupe non violent yabasta), la répres­sion des acti­vistes par la police danoise conti­nue de sévir : arres­ta­tion de Tadzio Muller (un des pilliers du CJA) à sa sortie du Bella Center par des poli­ciers en civil ; contrôle de police à la Candy Factory (lieux d’accueil du Bike Bloc) en fin de mati­née (1 per­sonne arrê­tée et saisie de cer­tains vélos) ; une ving­taine de « déso­béis­sants » arrê­tés près du Klimaforum ; et d’autres per­sonnes arrê­tées suite à un sit­ting de contes­ta­tion (pas de chiffre précis, ni le lieu de cette opé­ra­tion). [Pour plus d’informations à ce sujet, voir le post de Nicolaz ci-des­sous].

Les acti­vistes appellent à ne pas se lais­ser inti­mi­der par les pro­vo­ca­tions de la police danoise, et à venir en nombre pour la mobi­li­sa­tion non vio­lente de demain.


Seconde semaine : la tension monte ;

ame­li­melo

15/12/2009 – 13:51

Tentative de sortie de trois jours de pro­blèmes logis­tiques.

Vol de carte d’accréditation pen­dant le week end = cinq heures d’attente dans la cohue des mil­liers de per­sonnes arri­vées hier matin dès 6h pour obte­nir le pré­cieux badge de l’UNFCCC.

La rigueur des poli­ciers danois confine à l’ubuesque : après une heure d’attente dans la file des accré­di­tés qui attendent les contrôles de sécu­rité, ils me ren­voient dans celle des non-accré­di­tés, blo­qués par une panne du sys­tème infor­ma­tique et le dépas­se­ment des capa­ci­tés d’accueil du Bella Center.

J’entame 4 heures de sta­tion debout, écra­sée par la foule pres­sée d’atteindre le Saint des saints, affa­mée et tran­sie de froid. Je ren­contre des gens sym­pa­thiques, une jour­na­liste de la radio publique luxem­bour­geoise à qui je déve­loppe les posi­tions d’Attac sur le sommet de Copenhague et la crise cli­ma­tique, un syn­di­ca­liste de la CSC belge (Confédération euro­péenne des syn­di­cats), nous échan­geons des nou­velles d’amis com­muns… des repré­sen­tants des mul­ti­na­tio­nales aussi, le lobby che­villé au corps, qui tentent de convaincre leurs voi­sins de queue du rôle déter­mi­nant des entre­prises dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Près de moi patiente un repré­sen­tant de la Ligue inter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la nature qui argu­mente doc­te­ment auprès de ses voi­sins sur la néces­sité urgente de mettre en place des poli­tiques dras­tiques de limi­ta­tion des nais­sances, la sur­po­pu­la­tion étant la cause pre­mière du réchauf­fe­ment cli­ma­tique selon son orga­ni­sa­tion. Dans le même temps il recon­naît la res­pon­sa­bi­lité des pays du Nord dans la crise éco­lo­gique… Va com­prendre.

Les consignes de sécu­rité sont encore mon­tées d’un cran autour du Bella Center. L’arrivée immi­nente des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ments et l’incroyable affluence de la presse et de la société civile com­pliquent la vie de la CCNUCC et de la police danoise. 15000 places pour 46000 accré­di­tés, des contrôles de sécu­rité inté­rieurs, scan’ des badges de niveau 1 et 2… La foule est hagarde et furieuse à l’extérieur. La masse se trans­forme en confu­sion et la confu­sion vire à la colère… Des pro­tes­ta­tions spon­ta­nées s’organisent autour du slogan « let us in » (Laissez nous entrer).

Je suis dans une situa­tion com­pli­quée. Je dois ren­trer dans le Bella Center avant 18h et la rumeur cir­cule que plus per­sonne n’y péné­trera aujourd’hui. Mon rôle de chef de délé­ga­tion d’Attac France me confère moins d’honneurs que d’épreuves à vrai dire : je dois en effet reti­rer les badges de second niveau qui per­met­tront à Attac d’accéder au Bella Center dans les jours qui viennent, pour un tiers de la délé­ga­tion envi­ron. Car les res­tric­tions vont cres­cendo, 30-40 % aujourd’hui et demain, un peu moins jeudi, seule­ment 90 per­sonnes parmi les 22000 obser­va­teurs pour la plé­nière de ven­dredi.

Je rentre fina­le­ment à 15h en pleu­rant sur l’épaule d’un poli­cier et en mon­trant la somme de papiers qui jus­ti­fient de ma bonne foi.

Mission accom­plie, je suis accueillie en héroïne par mes col­lègues à l’intérieur. Encore 40 minutes de queue pour un nou­veau badge, puis 30 minutes d’attente dans une nou­velle file pour le retrait des badges de second niveau. Je suis opé­ra­tion­nelle pour tra­vailler aux envi­rons de 16h…

Le soir nous par­tons dans le quar­tier de Christiana à la Reclaim Power Party (voir post à venir aujourd’hui). Reclaim Power, c’est le nom de l’action orga­ni­sée demain par les réseaux CJN et CJA. Le débat ras­semble Naomi Klein, Michael Hardt, Tazio Müller (le prin­ci­pal ani­ma­teur de CJA). L’objectif est clair : apai­ser les esprits après la mani­fes­ta­tion de samedi et les 700 arres­ta­tions, rap­pe­ler, à la veille de l’action, les valeurs com­munes de radi­ca­lité non-vio­lente, la force du col­lec­tif et de sa déter­mi­na­tion. Face à l’arbitraire poli­cier, cer­tains mani­fes­tants n’y croient plus et se pré­parent à l’affrontement. Le débat est presque tendu dans ses der­nières minutes, mais Klein, Hardt et Muller par­viennent à rame­ner la concorde.

Quand nous par­tons, un véhi­cule brule à l’extérieur de la yourte où se déroule la fête qui suit le débat. Quelques minutes plus tard la police, qui ne peut entrer dans Christiana, boucle le péri­mètre et gaze la zone. Des acti­vistes sont arrê­tés. Ils font la une des jour­naux danois ce matin.

La neige tombe main­te­nant sur les esprits échauf­fés. Les négo­cia­tions pié­tinent.


[COP15] Mercredi 16 : action « Reclaim Power »

Nikolaz le mar, 15/12/2009

MARDI 15 DÉCEMBRE, 18H00

La police vient de faire une des­cente dans le quar­tier de Norrebro, sur le site de pré­pa­ra­tion des acti­vi­tés menées par le Bike Block qui pla­ni­fiait ce mer­credi des actions dans le cadre de la jour­née « Reclaim Power ». La nou­velle loi danoise per­met­tant de réa­li­ser des arres­ta­tions pré­ven­tives semble mar­cher à mer­veille, en cette veille d’action… peut-être seront-elles/ils relachéEs demain midi, une fois l’action ter­mi­née…

Pas de quoi pour autant se déses­pé­rer !

La res­tric­tion du nombre d’accréditations plus s’approche le moment de l’arrivée des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment et la fina­li­sa­tion pos­sible d’un accord, ou du moins d’un agenda pour les mois à venir, peut contri­buer au succès de l’action « Reclaim Power » : nom­breuses seront les per­sonnes qui devant Bella Center deman­de­ront ce mer­credi à être enten­dues en dehors du cadre fermé de la confé­rence des Nations unies !

A 8h00 ce mer­credi, une mani­fes­ta­tion par­tira de l’arrêt du RER situé avant celui du Bella Center pour rejoindre le lieu de confé­rence. Elle sera rejoint par de nom­breux autres groupes qui auront pour objec­tif, non de blo­quer ou d’empêcher la confé­rence de se tenir — comme c’est le cas lors des actions de blo­cage des réunions que nous jugeons illé­gi­times (G8, G20, etc.) —, mais d’inviter les dif­fé­rentes délé­ga­tions pré­sentes dans Bella Center à écou­ter les voix de celles et ceux qui sont « sans badge ». Il s’agit aussi de rendre visible et audible la parole de celles et ceux qui au sein du Bella Center sont confron­tés à l’autisme des pays du Nord.


« 24 heures chrono » avec les activistes

Christophe Aguiton, mili­tant d’ATTAC, actif dans la coa­li­tion Climate Justice Now !

Mardi 15 décembre, 15h05, Bella Center
Après une confé­rence de presse orga­ni­sée par les coa­li­tions CJN ! et CJA dans le centre de confé­rence pour appe­ler aux mani­fes­ta­tions du len­de­main, Tazio Muller, mili­tant alle­mand du jour­nal « Turbulence » est arrêté juste à sa sortie par trois poli­ciers en civil, la police annon­çant offi­cieu­se­ment qu’il devrait être inculpé de « trouble à l’ordre public », peut-être parce qu’il a animé la veille un débat sur la déso­béis­sance civile avec Naomi Klein et Mickael Hart à Christiania, l’ex -et tou­jours un peu- « com­mune libre » de Copenhague…

Mardi 18h, Klimaforum
La police arrête 20 mili­tants fran­çais, des « déso­béis­sants » qui fai­saient un sit-in devant une confé­rence de busi­ness­men avec une ban­de­role (Climate is not your busi­ness).

Mardi 18h15, Klimaforum
Un coup de fil nous informe que la police fait un raid à la Candy Factory, une ancienne usine où les mili­tants répa­raient des vélos pour la mani­fes­ta­tion du len­de­main… Résultats : un mili­tant et tous les vélos pré­sents sont arrê­tés !

Mardi 18h30, Klimaforum
Réunion extra­or­di­naire du « board » de Klimaforum pour voir com­ment réagir face aux arres­ta­tions et inter­ven­tions poli­cières. Une réunion impor­tante car la situa­tion n’est pas facile entre les mili­tants danois : CJA regroupe quasi exclu­si­ve­ment de très jeunes mili­tants, actifs sur la scène alter­na­tive mais perçus sou­vent avec sus­pi­cion par les mili­tants plus tra­di­tion­nels du monde asso­cia­tif. Finalement un accord est passé pour un com­mu­ni­qué de presse condam­nant la lourde pré­sence poli­cière autour du Klimaforum.

Mardi 19h, Klimaforum
Réunion d’urgence à l’appel d’ATTAC Danemark et des Amis de la Terre sué­dois pour voir com­ment réagir face à la répres­sion. Aucune déci­sion n’est prise, mais les partis de gauche et les asso­cia­tions danois com­mencent à se dire qu’il n’est pas pos­sible de lais­ser faire les choses sans réac­tion…

RTXRW9M_​Comp RTXRWPM_​Comp Mardi 19h, Klimaforum Plus de 400 mili­tants au « brie­fing » quo­ti­dien de CJN !

-20mn de débrie­fing sur les der­nières nou­velles des négo­cia­tions, la pour­suite du blo­cage et les dif­fé­rentes « manœuvres » pour tenter de divi­ser les pays du sud.

-20mn d’informations sur la répres­sion, la pré­sen­ta­tion du com­mu­ni­qué de presse de CJN ! et le lan­ce­ment d’un appel auprès de toutes les délé­ga­tions natio­nales pour qu’elles le relaient ou en écrivent un spé­ci­fique pour leur propre presse.

-30mn pour pré­pa­rer les actions du 30, avec conseils légaux, numé­ros de télé­phone d’avocats et sur­tout des rendez-vous donnés pour le len­de­main pour les délé­gués accré­di­tés, mais aussi pour ceux qui se voient refu­ser leur accré­di­ta­tion (les délé­ga­tions voient leur nombre réduit de 80%) et qui pro­tes­te­ront devant l’entrée du Bella Center, et sur­tout pour la mani­fes­ta­tion qui par­tira de la gare de Tarnby.

Mardi 20h 30, Klimaforum
Réunion tech­nique rapide pour véri­fier que tout ce que devait faire Tazio Muller (prin­ci­pal ani­ma­teur de CJA) est pris en charge par d’autres mili­tants. Échanges de numé­ros de télé­phone pour la coor­di­na­tion des actions du len­de­main.

Mardi 21h 30, res­tau­rant
Diner avec les mili­tants thaï, phi­lip­pins et indiens, échanges d’impression et pré­pa­ra­tion pour le len­de­main.

Mardi 23h
Juste avant de se cou­cher, coup de fil annon­çant une des­cente de police dans les locaux où les repré­sen­tants de « Via Campesina », la fédé­ra­tion inter­na­tio­nale de pay­sans dont fait partie la Confédération Paysanne en France, tenaient une confé­rence. Ils étaient sortis quelques minutes aupa­ra­vant…

Mercredi 7h 30, dans le train
Coup de fil annon­çant l’exclusion de la confé­rence des 90 mili­tants des Amis de la Terre.

Mercredi 8h, à la sta­tion de train Tarnby
Plusieurs cen­taines de jeunes mili­tants se retrouvent joyeu­se­ment, malgré le froid, une samba venue de France réchauffe l’atmosphère. Les repré­sen­tants de Via Campesina et Jubilee South, la coa­li­tion qui exige l’annulation de la dette des pays pauvres, prennent la tête de la marche qui compte bien­tôt de 5.000 à 10.000 mani­fes­tants.

Mercredi 8h45, Tarnby
Il est temps d’essayer d’entrer au Bella Center. Descente à la gare où un employé des che­mins de fer explique aux pas­sa­gers que le trafic des trains est arrêté par la police : des mili­tants seraient sur les voies…

Seule solu­tion, un jog­ging sous la neige pour arri­ver à temps au Bella Center… A mon âge et avec un badge de délé­gué, aucun pro­blème pour y arri­ver. La police pré­sente à tous les coins de rue me ren­seigne poli­ment sur le chemin à prendre.

Mercredi 9h30, Bella Center
Pas de pro­blème –ouf– pour entrer.
Une ving­taine de mili­tants indi­gènes indiens pro­testent devant l’entrée.
Après la sécu­rité, ren­contre avec José Bové qui vient juste d’être inter­pellé, pour 10mn, par la sécu­rité de la confé­rence.

Mercredi 10h, Bella Center
Rencontre dans le grand hall avec les mili­tants qui pré­parent l’action. La res­pon­sable presse de CJN ! est par­veune à faire venir toute la presse amé­ri­caine, ce qui n’est en géné­ral pas si simple. La presse fran­çaise, alle­mande et ita­lienne est là aussi. Série d’interviews pour expli­quer pour­quoi nous sommes là.

Pas pour récla­mer la fin des négo­cia­tions. Au contraire pour exiger un « bon accord », qui engage de façon contrai­gnante les pays à réduire leurs émis­sions de gaz à effet de serre en sui­vant au moins les recom­man­da­tions du GIEC, qui recon­nait la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays du Nord et qui dégage les fonds néces­saires à l’adaptation et à la conver­sion éner­gé­tique des pays pauvres.

Nous sommes là éga­le­ment pour pro­tes­ter contre les ten­ta­tives d’étouffer toutes voix dis­si­dentes, par des arres­ta­tions mas­sives ou des inter­dic­tions de par­ti­ci­per à la confé­rence.

Mercredi 11h, Bella Center
L’action démarre, sous les cris « cli­mate, jus­tice ! » et les slo­gans. Plus de 200 repré­sen­tants de mou­ve­ments et d’ONGs, rejoints par des repré­sen­tants de la délé­ga­tion boli­vienne, par­courent le centre de confé­rence. Une cohue incroyable de jour­na­listes et de camé­ras.

La sécu­rité des Nations unies est bon enfant, ravie de voir que l’on se dirige vers la sortie.

Mercredi 11h45, exté­rieur du Bella Center
La petite mani­fes­ta­tion sort de la salle de confé­rence. Elle est rejointe par quelques dizaines de délé­gués non admis qui attendent dehors et marche vers le lieu où est arri­vée la grande mani­fes­ta­tion. Après de longues négo­cia­tions, la police empêche toute jonc­tion. Le groupe est arrêté sur un petit pont, la police matraque, mais sans arres­ta­tion. A l’inverse, de l’autre côté des palis­sades, des cen­taines de per­sonnes sont en train de se faire arrê­ter.

Mercredi 12h 30 exté­rieur du Bella Center
Nous contour­nons les bar­rages poli­ciers pour essayer de rejoindre le gros de la mani­fes­ta­tion partie de Tarnby. Un der­nier cordon nous en empêche. Tentative de ren­trer au Bella Center, toutes les entrées sont inter­dites aux ONGs et bien­tôt à la presse, seuls ceux qui sont à l’intérieur peuvent y rester.

Mercredi 15h, centre-ville
Retour vers le Klimaforum. Coup de fil : le caucus des peuples indi­gènes qui devait avoir une réunion avec Evo Morales au Bella Center est inter­dit d’entrée…


Au Klimaforum09, sommet alternatif de Copenhague

Par Louis Villers | Reporter / LINTERVIEW​.fr | 14/12/2009 | 15H50

(De Copenhague) En paral­lèle du COP15, le sommet des Nations unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique, se déroule à Copenhague le Klimaforum09, « sommet des peuples » alter­na­tif où l’on croise mili­tants verts, hip­pies, acti­vistes et experts du réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

L’initiative émane de quatre jeunes habi­tants de la capi­tale danoise, qui ont réussi à fédé­rer une cen­taine d’ONG, dont Attac, les Amis de la Terre… qui avaient déjà fourni les rangs de la grande mani­fes­ta­tion de samedi.

Les 10 000 per­sonnes qui fré­quentent ce lieu chaque jour sont invi­tées à signer un appel à un accord ambi­tieux de réduc­tion de 40% des émis­sions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020 et de consa­crer l’équivalent de 1,5% du PIB mon­dial à aider les pays les plus vul­né­rables à s’adapter aux chan­ge­ments cli­ma­tiques.

Car pour ces mili­tants, ce sont les pays déve­lop­pés qui sont cou­pables du blo­cage actuel des négo­cia­tions offi­cielles. Anaïde, l’une des orga­ni­sa­trices, résume la spé­ci­fi­cité de ce contre-sommet. (Voir le dia­po­rama sonore)

Cette décla­ra­tion finale inti­tu­lée « Changer le sys­tème, pas le climat » sera remise ce lundi aux repré­sen­tants de la confé­rence offi­cielle, située, elle, au Bella Center de Copenhague.

Venus du bout du monde ou du coin de la rue pour la même cause, ils apportent tous avec eux leur propre his­toire. Nous en avons croi­sés qui ont fait le voyage depuis l’Australie à vélo, qui sou­hai­taient chan­ger la consti­tu­tion alle­mande, d’autres encore qui nous cal­cu­laient le CO2 en fonc­tion de la taille des chaus­sures…

Ils sont mar­gi­naux ou experts, une chose est sûre, cette confé­rence alter­na­tive leur offre la pos­si­bi­lité de s’exprimer, de faire entendre leurs voix. (Voir le dia­po­rama sonore)

Au Klimaforum09, on retrouve l’essentiel des débats offi­ciels et des per­son­na­li­tés impor­tantes. Pas de chefs d’Etat et leur armée de diplo­mates, mais des prix Nobel de la paix (pas Barack Obama certes, mais la Kenyane Wangari Maathai), Marina Silva, can­di­date verte à l’élection pré­si­den­tielle bré­si­lienne, des experts inter­na­tio­naux, ou même des poli­tiques fran­çais, tel que notre José Bové natio­nal qui a répondu à nos ques­tions. (Voir la vidéo, excu­sez le mau­vais éclai­rage, il fai­sait nuit…)

Manifestant la jour­née, se retrou­vant le soir au Klimaforum09, les « petites voix » ten­te­ront de se faire entendre le plus pos­sible des puis­sants de ce monde. En atten­dant, tous rangent leur sac de cou­chage dans les salles de confé­rence. Une longue nuit de « négo­cia­tions » arro­sées s’achève. Une autre mani­fes­ta­tion aura bien­tôt lieu.

(Avec Alexis Sarini)


[COP15] Les manifestations et la police danoise

Nikolaz le lun, 14/12/2009

Le week-end des 12 & 13 décembre était le point fort du Contre-sommet, avec notam­ment la mani­fes­ta­tion impo­sante du samedi. Dès le ven­dredi matin, les forces de l’ordre s’étaient déployées dans le centre ville. A 10h00 avait notam­ment lieu la pre­mière action orga­ni­sée par Climate Justice Action – CJA (coa­li­tion d’obédience liber­taire). Il n’est pas cer­tain que cette pre­mière action ait été un succès ; mais elle ne semble pas non plus avoir donné lieu à une répres­sion poli­cière.

L’objectif était d’interrompre les acti­vi­tés des entre­prises pre­nant part aux négo­cia­tions de la Conférence de l’ONU et/​ou spon­so­ri­sant l’espace « Hopenhagen » ins­tallé place de l’Hôtel de Ville pour pro­mou­voir l’éco-blanchiment (green­wa­shing). On retrouve ici les mul­ti­na­tio­nales locales comme Siemens, Carlsberg et d’autres comme McDonalds, SAP, CocaCola, etc.

Depuis le jeudi soir, les per­sonnes ne ces­saient d’arriver à Copenhague après quelques contrôles d’identité aux fron­tières (sus­pen­sion des accords de Schengen). Les héber­ge­ments col­lec­tifs se rem­plis­saient d’heure en heure. Un cor­tège impor­tant sem­blait pou­voir défi­ler le samedi dans les rues de Copenhague en direc­tion de Bella Center.

La vio­lence poli­cière a réel­le­ment com­mencé ce samedi après-midi avec la ponc­tion d’un tron­çon de cor­tège (cf. cette page). Le sens de cette opé­ra­tion semble avoir été simple : per­mettre aux jour­na­listes du monde entier de relayer dès le soir-même des infos sur les vio­lences com­mises par des « élé­ments ultra-vio­lents mino­ri­taires ». Guère d’images de ces vio­lences pour­tant lar­ge­ment com­men­tées ; nous ne dis­po­sons en fait que des images de l’arrestation mas­sive de près de 1000 per­sonnes, filmée par la police elle-même et dif­fu­sée en quasi-direct.

L’interdiction de la mani­fes­ta­tion du dimanche midi en direc­tion du port était un pas de plus dans la confis­ca­tion de la contes­ta­tion (cf. cette page). La police se com­por­tait comme bon lui sem­blait, ne res­pec­tait pas les auto­ri­sa­tions de mani­fes­ta­tion et usait lar­ge­ment de la nou­velle loi sur les « arres­ta­tions pré­ven­tives » per­met­tant de priver de liberté pen­dant 6 heures qui­conque par­ti­cipe à une mani­fes­ta­tion.

La semaine d’action sem­blait mal enga­gée, avec un com­por­te­ment poli­cier plutôt agres­sif cher­chant à dis­cré­di­ter voire tout sim­ple­ment priver de parole la mobi­li­sa­tion citoyenne.

La mani­fes­ta­tion No Border de ce lundi midi, sous le mot d’ordre « Pas de fron­tières ! Pas de réfu­giés cli­ma­tiques », a tou­te­fois montré un léger chan­ge­ment. L’encadrement poli­cier était certes impor­tant (un cordon de poli­ciers de chaque côté de la rue et de nom­breux four­gons le long du par­cours dans les rues adja­centes), mais 2000 per­sonnes ont tout de même pu mani­fes­ter dans les rues du centre-ville de Copenhague jusqu’au Parlement sans que le moindre heurt n’ait lieu.

La sphère sym­bo­li­sant la Terre, d’un volume équi­valent à une tonne de CO2, ins­tal­lée sur la place du Parlement à l’initiative du Ministère du Climat et de l’Energie, a eu droit à être libé­rée de ses amarres pour faire un tour du bâti­ment traî­née par une foule qui dan­sait au rythme de la sono du camion ou de la samba avec les­quels nous avions fait le par­cours. Un esprit bon enfant régnait, que la police a su res­pec­ter, nous bar­rant les accès au centre-ville et nous ame­nant à quit­ter les lieux vers les fau­bourgs sans employer la force. (1)

Il ne s’agit pas ici de faire un éloge de la manière dont la police se porte garante des droits civiques, juste de rap­por­ter à chaud quelques impres­sions concer­nant la manière dont se déroulent les mani­fes­ta­tions du Contre-sommet. Cela peut aussi être une manière d’envisager com­ment pour­rait se passer celle de ce mer­credi 16 « Reclaim Power » visant à inter­pel­ler au plus près de Bella Center les dif­fé­rents négo­cia­teurs pré­sents dans la confé­rence de l’ONU pour échan­ger avec eux sur les conte­nus concrets de ce que pour­rait être la « jus­tice cli­ma­tique » dont un bon accord serait l’expression.

Nikolaz

(1) Selon les der­nières nou­velles (ce lundi à 18h00), la post-manif’ en direc­tion des fau­bourgs aurait été l’occasion de nou­velles inter­pel­la­tions.

MARDI 15 DÉCEMBRE, 18H00

La police vient de faire une des­cente dans le quar­tier de Norrebro, sur le site de pré­pa­ra­tion des acti­vi­tés menées par le Bike Block qui pla­ni­fiait ce mer­credi des actions dans le cadre de la jour­née « Reclaim Power ». La nou­velle loi danoise per­met­tant de réa­li­ser des arres­ta­tions pré­ven­tives semble mar­cher à mer­veille, en cette veille d’action… peut-être seront-elles/ils relachéEs demain midi, une fois l’action ter­mi­née…

Pas de quoi pour autant se déses­pé­rer !

La res­tric­tion du nombre d’accréditations plus s’approche le moment de l’arrivée des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment et la fina­li­sa­tion pos­sible d’un accord, ou du moins d’un agenda pour les mois à venir, peut contri­buer au succès de l’action « Reclaim Power » : nom­breuses seront les per­sonnes qui devant Bella Center deman­de­ront ce mer­credi à être enten­dues en dehors du cadre fermé de la confé­rence des Nations unies !

A 8h00, une mani­fes­ta­tion par­tira de l’arrêt du RER situé avant celui du Bella Center pour rejoindre le lieu de confé­rence. Elle sera rejoint par de nom­breux autres groupes qui auront pour objec­tif, non de blo­quer ou d’empêcher la confé­rence de se tenir — comme c’est le cas lors des actions de blo­cage des réunions que nous jugeons illé­gi­times (G8, G20, etc.) —, mais d’inviter les dif­fé­rentes délé­ga­tions pré­sentes dans Bella Center à écou­ter les voix de celles et ceux qui n’ont pas de « badge ». Il s’agit ici de rendre visible et audible la parole de celles et ceux qui au sein du Bella Center sont confron­tés à l’autisme des pays du Nord.

Les commentaires sont fermés.