COP26 à Glasgow Comment rater sa dernière chance

Claude Vaillancourt, président d'ATTAC Québec et présentement à Glasgow, nous donne ses premières impressions: la plus grande réussite a été la grande manifestation du 6 novembre!

La plus grande réussite des événements reliés à la COP26 a sans doute été l’immense manifestation du 6 novembre, alors que les gens dans les rues demandaient avec fermeté des actions efficaces contre le réchauffement climatique. La suite de l’histoire montre qu’ils n’ont pas été entendus. On a répété à qui mieux mieux que cette COP serait celle de la dernière chance. Une chance qu’on semble refuser de prendre.

Cette grande manifestation s’inscrivait dans une série d’activités organisées par la Coalition People’s Summit. Il s’agissait d’un rare moment où les opposant.e.s à l’inertie des décideurs ont pu montrer leur mécontentement et se faire entendre. Elle a été suivie par un Sommet des peuples (People Summit for Climate Justice) aux antipodes de celui qui se déroulait à la COP26, tant par les idées qu’on y discutait que par ses dimensions.

Le masque comme une barrière

Tous les deux événements, la COP et le Sommet des peuples, avaient cependant le dénominateur commun de tenter de réunir des gens alors que la Covid persiste et qu’il fallait établir une longue série de mesures de protection. Délégations réduites des ONG à la COP, test de dépistage à subir quotidiennement, port du masque en toutes les circonstances. Pas de fêtes, pas de cocktails, pas de réceptions officielles qui accompagnent généralement ce type d’événement.

Ce qui créait une curieuse ambiance : être en compagnie de gens masqués qui gardent leurs distances n’aide en rien la mobilisation et, après les manifestations, c’est dans une sorte de désolation silencieuse qu’on a reçu les nouvelles affligeantes de gouvernements refusant de prendre des mesures efficaces pour limiter les catastrophes qui nous attendent. Le masque qui se pose comme barrière devient alors la métaphore de toutes celles qui empêchent la réussite de la conférence.

Le Sommet des peuples, de son côté, a beaucoup été celui des jeunes et de la radicalité. Il a été planifié avec une remarquable compétence par des organisations très progressistes, par ailleurs très peu représentées dans le système politique britannique. Les solutions qu’on proposait en grand nombre ressemblaient à celles que défend au Québec le Front commun pour la transition énergétique, avec la même insistance sur la justice sociale. Mais les termes utilisés nécessitent un petit lexique : la dénomination Zéro émission nette est ici à bannir, associée au capitalisme vert, alors que leur Green New Deal est ce qui se rapproche le plus du projet québécois.

Le Sommet des peuples avait en plus une dimension internationale qui permettait d’approfondir les relations entre le Nord et le Sud. Malgré la pandémie, les organisateurs et les organisatrices ont assuré une véritable représentativité sur les panels où l’on retrouvait, entre autres, des femmes et des hommes du Brésil, de la Colombie, de l’Ouganda, du Nigéria, des Philippines, de même que des représentant.e.s des peuples autochtones. Toutes et tous rappelaient, de façon parfois vibrante, à quel point la destruction de leurs écosystèmes est injuste puisque leurs pays ne sont en rien responsables des dérèglements climatiques.

L’amour du pétrole

Malgré les salles pleines, le Sommet des peuples semblait bien petit et marginal, devant les lieux immenses et barricadés de la COP26. De même que les discours très environnementalistes s’accordaient mal avec les rues de Glasgow où règne sans partage l’automobile, alors qu’une autoroute gigantesque vient séparer la ville en deux et crée un grand espace de laideur.

Cette omniprésence de l’automobile rappelle la leçon qui semble ressortir de cette COP. Le GIEC a pointé les coupables, l’industrie fossile. En réduisant drastiquement la consommation de pétrole, de charbon et de gaz, l’objectif d’arrêter le réchauffement climatique à 1,50C serait réalisable. Mais les empêcheurs de tourner en rond sont partout : Trudeau qui ne veut toujours pas couper les subventions aux pétrolières au Canada, la Chine et l’Australie qui défendent mordicus leur consommation de charbon, et tant de pays encore tellement attachés au pétrole. Cette COP démontre tristement un attachement indéniable aux hydrocarbures, l’inaction étant encouragée par des lobbyistes qui se sont installés avec arrogance et tentent de faire croire que l’énergie fossile peut être propre.

Si le Sommet des peuples était celui de la radicalité, la COP est celle du plus petit commun dénominateur. Des témoins ont raconté que des mots comme énergies fossiles et droits humains sont suspects pour certains membres des Nations Unies. Apparaitront-ils dans le texte final? Chercher le compromis à tout prix mène trop souvent à une inaction qui nous désole tous.