Contre une alliance électorale entre le PQ et QS, pas de raccourci en politique !

Par Mis en ligne le 26 janvier 2012

La pos­si­bi­lité d’alliance tac­tique élec­to­rale entre le PQ et QS, malgré un vote de congrès de Québec soli­daire défa­vo­rable, a fait couler beau­coup d’encre, beau­coup trop. En pen­sant contour­ner la dis­tor­sion du sys­tème par­le­men­taire cer­tains membres de QS font courir un risque beau­coup plus dan­ge­reux à QS que la non élec­tion de député-es. Posons la ques­tion froi­de­ment, pour­quoi une alliance avec le PQ et non avec d’autres partis comme la CAQ ou l’ancienne ADQ ? Parce que ce sont des partis qui défendent une poli­tique néo­li­bé­rale, direz-vous, contre les tra­vailleurs et tra­vailleuses, pour l’enrichissement de la classe diri­geante. Mais alors le PQ serait dif­fé­rent, plus à gauche ? Alors pour­quoi se tuer à vou­loir construire un autre parti ?

Depuis plus de trente ans la gauche poli­tique qué­bé­coise s’évertue à faire la preuve que le pré­jugé favo­rable du PQ envers les tra­vailleurs et tra­vailleuses n’est qu’un écran de fumée. Il a agi comme étei­gnoir sur les luttes ouvrières et popu­laires. Bénéficiant de l’appui des direc­tions syn­di­cales et d’une majeure partie des tra­vailleurs et tra­vailleuses, il a pu aller plus loin dans les reculs impo­sés que n’aurait pu le faire le gou­ver­ne­ment Libéral. Les cou­pures de 20% du salaire des ensei­gnants en 1985 en sont un exemple. La poli­tique de défi­cit zéro du gou­ver­ne­ment Bouchard en 1996 a retran­ché du défi­cit qué­bé­cois $3,5 mil­liards en à peine trois ans, a coupé des mil­liers d’emplois dans le sec­teur de l’éducation et dans le sec­teur de la santé.

Il a affai­bli les ser­vices publics à un point tel que le gou­ver­ne­ment a du rap­pe­ler quelques années plus tard des infir­mières qui avaient été mises à la retraite. Il est impor­tant de se rap­pe­ler que cette démo­li­tion de nos ser­vices publics s’est faite dans le cadre de som­mets socio-éco­no­miques de mars et octobre 1996 et à laquelle les direc­tions syn­di­cales avaient donné leur aval. Nous en subis­sons encore les séquelles aujourd’hui. Le gou­ver­ne­ment Libéral de Jean Charest élu en 2003 n’a donc pas inventé la roue lorsqu’il a fait adop­ter une série de lois rétro­grades qui ont appro­fondi la pré­ca­ri­sa­tion de notre sys­tème de santé et d’éducation, le lit avait déjà été fait par le PQ.

Durant toute cette période et encore aujourd’hui, le mou­ve­ment syn­di­cal de façon cer­taine et le mou­ve­ment popu­laire dans une moindre mesure, ont été embri­ga­dés dans le giron du PQ. Comme nous l’avons constaté, cela n’a pas été sans impact sur leurs stra­té­gies de lutte. Il a fallu un tra­vail de poli­ti­sa­tion et d’organisation de plu­sieurs années pour réus­sir à construire les bases d’un parti poli­tique alter­na­tif auquel se sont joints de nom­breux mili­tants et mili­tantes en rup­ture avec le PQ. Cela a consti­tué un défi impor­tant que Québec Solidaire a réussi à rele­ver.

La place du Québec en tant que nation oppri­mée dans l’État cana­dien a fait en sorte que les luttes pour l’émancipation sociale au Québec se sont trans­po­sées en luttes pour la libé­ra­tion natio­nale contre l’État cana­dien et contre l’establishment anglo-saxon. Le PQ est apparu comme le défen­seur de la nation qué­bé­coise fran­co­phone, mais son projet est assez vite entré en oppo­si­tion avec le mou­ve­ment ouvrier.

Cette direc­tion a che­vau­ché les aspi­ra­tions natio­nales des tra­vailleurs et tra­vailleuses qué­bé­cois depuis plus de 30 ans dans un projet qui ne repré­sente pas une lutte contre la domi­na­tion de l’État cana­dien, mais un accom­mo­de­ment pour la petite bour­geoise qué­bé­coise dans l’État cana­dien. Au niveau éco­no­mique ce projet est d’ailleurs régu­liè­re­ment entré en conflit avec les luttes syn­di­cales et popu­laires pour des rai­sons évi­dentes. Les com­pa­gnies, fussent-elles qué­bé­coises, ne défendent pas les mêmes inté­rêts que les tra­vailleurs et tra­vailleuses, les sans-emplois, les étu­diants et les étu­diantes.

La lutte pour la sou­ve­rai­neté du Québec, c’est la lutte pour le contrôle des masses labo­rieuses sur leur des­ti­née. Cette vic­toire ne sera jamais arra­chée par le PQ, elle ne sera même jamais véri­ta­ble­ment menée par lui. Parce qu’il repré­sente des inté­rêts oppo­sés, parce que la lutte de libé­ra­tion natio­nale du Québec exige une mobi­li­sa­tion que le PQ ne peut sou­le­ver de crainte d’en perdre le contrôle.

Nous sommes tou­jours aujourd’hui au cœur de ce défi. La crise qui tra­verse le PQ comme celui qui a tra­versé le Bloc qué­bé­cois, a comme fon­de­ment la crise d’une stra­té­gie d’autonomie natio­nale sans issue parce que confron­tée objec­ti­ve­ment aux aspi­ra­tions éco­no­miques, sociales, fémi­nistes et éco­lo­giques des masses popu­laires seules capables d’exercer un rap­port de force contre l’État fédé­ral et les mul­ti­na­tio­nales. Le seul attrait qui per­siste demeure la ques­tion iden­ti­taire et lin­guis­tique. Mais à ce cha­pitre le PQ demeure pri­son­nier de la dif­fi­culté d’imposer un élar­gis­se­ment de la loi 101 en milieu de tra­vail sans confron­ter les entre­prises, ce qui ne se fera pas sans mobi­li­sa­tion popu­laire. L’intégration de la loi 101 dans les Cegeps reste donc une échap­pa­toire plus facile à réa­li­ser mais sans résoudre pour autant la ques­tion de l’intégration au fran­çais comme langue de tra­vail.

En avan­çant la pos­si­bi­lité de pactes tac­tiques avec ce parti, on vient de défaire ce que nous avons mis tant de temps à construire, c’est-à-dire la rup­ture avec l’idéologie néo­li­bé­rale du PQ enru­ban­née dans un dis­cours soi- disant sou­ve­rai­niste. Ce fai­sant on se jette des bâtons dans les roues et on nuit bien plus à la crois­sance de QS que l’absence toute hypo­thé­tique de gains élec­to­raux. Hypothétique parce que rien ne garan­tit le trans­fert des appuis au PQ vers des votes pour un ou une can­di­date de QS, mais éga­le­ment parce que la direc­tion du PQ n’a pas réel­le­ment cette option en tête.

Faut-il rap­pe­ler que lors d’un col­loque en 2010 le PQ avait pris posi­tion en faveur de l’enrichissement indi­vi­duel, qu’il est en faveur de l’augmentation des frais de sco­la­rité, qu’il a retiré de son pro­gramme la réforme du mode du scru­tin.

D’ailleurs il ne faut pas se faire d’illusions, le PQ a tout inté­rêt à voir QS dis­pa­raître. Comment peut-on s’imaginer un ins­tant que le PQ pour­rait lais­ser une pos­si­bi­lité à QS de croître alors qu’il a inter­dit l’existence en son sein du SPQ Libre, beau­coup moins mena­çant disons le que QS. Cette for­ma­tion avait été encou­ra­gée par Bernard Landry jus­te­ment parce qu’elle coïn­ci­dait avec la créa­tion de Québec Solidaire et pou­vait servir de frein à son élar­gis­se­ment. Ce n’était plus le cas sous Pauline Marois. QS ayant déjà pris son envol, le SPQ Libre deve­nait un embar­ras inutile.

Autre temps, autres stra­té­gies, il a été utile pour le PQ dans la crise actuelle de lais­ser paraître une cer­taine ouver­ture à QS. Cela cau­tion­nait l’idée que le PQ fait partie des pro­gres­sistes et pou­vait aider à rame­ner en son sein les indé­cis-e-s. Mais une fois cette opé­ra­tion ter­mi­née, oubliez les alliances. Le fait que Nicolas Girard ait été sur toutes les tri­bunes et au cœur des dos­siers les plus impor­tants démontre bien l’importance que le PQ met à tenter de battre Françoise David. L’annonce de l’adhésion de l’écologiste, Daniel Breton et de sa can­di­da­ture dans Rosemont vient scel­ler la fin des illu­sions.

Les rac­cour­cis poli­tiques sont une voie dan­ge­reuse qui ne peuvent rem­pla­cer la jus­tesse des ana­lyses, la vision de l’avenir et la mise de l’avant de pers­pec­tives ras­sem­bleuses qui appor­te­ront des solu­tions aux citoyens et citoyennes aux prises avec la dété­rio­ra­tion de leurs condi­tions de vie. La lutte actuelle du mou­ve­ment étu­diant pour le droit à l’éducation, la mobi­li­sa­tion de la coa­li­tion oppo­sée à la pri­va­ti­sa­tion et la tari­fi­ca­tion et la montée des luttes contre les fer­me­tures d’entreprises nous indiquent la voie à suivre.

Pour réus­sir à donner une pers­pec­tive gagnante à nos luttes, pour vaincre les poli­tiques néo­li­bé­rales de pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, pour lutter contre la concen­tra­tion de la richesse qui atteint au Canada et au Québec un taux inégalé depuis les années 1920 (le top 1% de la popu­la­tion s’accapare autour de 15% du total des reve­nus), il faut construire une stra­té­gie de lutte et de mobi­li­sa­tion qui remet en ques­tion la logique du profit et de la com­pé­ti­ti­vité des entre­prises qui conduit aux délo­ca­li­sa­tions et aux fer­me­tures. Il faut conso­li­der un parti poli­tique qui cimen­tera nos luttes et les pour­sui­vra sur le ter­rain poli­tique. Il faut donner un contenu à ce projet de sou­ve­rai­neté ; un Québec sou­ve­rain sera un Québec de jus­tice sociale.

C’est pré­ci­sé­ment la place qu’a com­mencé à prendre Québec Solidaire avec sa cam­pagne « Pour un pays de pro­jets », expli­quer que la sou­ve­rai­neté du Québec est indis­so­cia­ble­ment lié à un projet de jus­tice sociale.

Les commentaires sont fermés.