Contre l’insécurité, la souveraineté alimentaire

Par Mis en ligne le 13 janvier 2013

6L’auteur part d’un constat, « la hausse bru­tale des prix ali­men­taires » qu’il qua­li­fie de tem­pête. Tempête, non natu­relle, mais créée par les poli­tiques de la Banque mon­diale (BM) et du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) : « les pro­grammes d’ajustement struc­tu­rel impo­sés par la Banque mon­diale et le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) aux pays en déve­lop­pe­ment, qui ont gra­ve­ment réduit le sou­tien public à l’agriculture et fait bais­ser la pro­duc­tion agri­cole ; les sub­ven­tions mas­sives qui détournent des cultures ali­men­taires de vastes super­fi­cies de terres céréa­lières, en par­ti­cu­lier aux États-Unis, pour les orien­ter vers la pro­duc­tion de matières pre­mières pour les bio­car­bu­rants ; la spé­cu­la­tion des mar­chés finan­ciers sur les den­rées ; enfin, la résis­tance crois­sante des insectes aux pes­ti­cides et le refus des sols à réagir à l’intensification de l’usage des engrais ».

Walden Bello sou­ligne de plus « Dans ces condi­tions, il est pra­ti­que­ment sûr que les catas­trophes cli­ma­tiques vont se mul­ti­plier dans les pro­chaines décen­nies et pro­vo­quer des crises ali­men­taires plus nom­breuses et encore plus graves ».

L’auteur ana­lyse l’éviction de l’agriculture pay­sanne par l’agriculture capi­ta­liste. Ce pro­ces­sus a com­mencé en Angleterre au XVIIIe siècle avec la poli­tique des « enclo­sures ». Comme le sou­ligne Walden Bello, il s’agit de pro­ces­sus vio­lents, en Angleterre, dans les colo­nies, dans les plan­ta­tions. L’auteur ana­lyse aussi les poli­tiques de l’aide ali­men­taire, des sub­ven­tions à l’achat de semences, d’engrais ou de pes­ti­cides. Un saut qua­li­ta­tif est fait avec les poli­tiques d’ajustements struc­tu­rels, et le déve­lop­pe­ment du génie géné­tique. Des ana­lyses pré­cises et ins­crites dans l’histoire.

Les cha­pitres les plus inté­res­sants sont consa­crés au Mexique devenu impor­ta­teur de maïs, aux Philippines et à la crise du riz, ou à la des­truc­tion de l’agriculture afri­caine « A l’époque de la déco­lo­ni­sa­tion des années 1960, l’Afrique était, en matière agri­cole, non seule­ment auto­suf­fi­sante mais expor­ta­trice nette : de 1966 à 1970, elle a exporté en moyenne 1,3 mil­lion de tonnes de pro­duits ali­men­taires par an. Aujourd’hui, le conti­nent importe 25% de son ali­men­ta­tion, et ses pays sont pra­ti­que­ment tous des impor­ta­teurs nets de den­rées ».

Un cha­pitre est consa­cré à la Chine et au déve­lop­pe­ment de la crise agraire.

L’auteur traite aussi des agro­car­bu­rants, tant du point de vue des éner­gies que de l’insécurité ali­men­taire, « la désas­treuse recon­ver­sion des terres-pour-l’alimentation en terres-pour-les-car­bu­rants ».

Walden Bello ter­mine son ouvrage sur les résis­tances et des pistes pour l’avenir, en sou­li­gnant la place de Via Campesina dans les mobi­li­sa­tions et les éla­bo­ra­tions.

Un livre très abor­dable sur les poli­tiques capi­ta­listes d’insécurité ali­men­taire, de famines et de catas­trophes à venir. Un livre qui sou­ligne les poli­tiques cri­mi­nelles du FMI et de la Banque mon­diale.

Pour appuyer ces ana­lyses, il n’est cepen­dant pas néces­saire de faire réfé­rence aux détes­tables théo­ri­sa­tions de Malthus, de parler de « l’effondrement de l’économie mon­diale » ou de « la démon­dia­li­sa­tion accé­lé­rée de la pro­duc­tion ». Rien ne sert non plus d’essentialiser « la nature » qui ne sau­rait « se venger », ni « trou­ver des moyens moins plai­sants de réta­blir l’équilibre entre elle et nous ».

Reste aussi à dis­cu­ter de ce que l’auteur nomme les pré­lè­ve­ments sur la pro­duc­tion pay­sanne pour le déve­lop­pe­ment de l’industrie et des ser­vices col­lec­tifs, de la place des femmes dans l’agriculture pay­sanne sou­hai­tée et plus géné­ra­le­ment des formes de démo­cra­tie per­met­tant aux citoyen-ne-s d’élaborer les modes d’organisation de la société, les formes de ges­tion et d’autogestion des acti­vi­tés.

Parmi les mul­tiples com­plé­ments pos­sibles :

Via Campesina : Une alter­na­tive pay­sanne à la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale(CETIM 2002) Quiconque meurt de faim, meurt d’un assas­si­nat

CETIM, Grain : Hold-up sur l’alimentation. Comment les socié­tés trans­na­tio­nales contrôlent l’alimentation du monde, font main basse sur les terres et détraquent le climat (2012) Hold-up sur l’alimentation

Alternatives Sud : Pressions sur les terres. Devenir des agri­cul­tures pay­sannes (Centre tri­con­ti­nen­tal et Editions Syllepse 2010) Terres non pri­vées d’habitant-e-s

Alternatives Sud : Agrocarburants : impacts au Sud ? (2011)

Concentration des terres, des­truc­tion des éco­sys­tèmes, fra­gi­li­sa­tion de la sécu­rité ali­men­taire

Alternatives Sud : Emprise et empreinte de l’agrobusiness(Centre tri­con­ti­nen­tal et Editions Syllepse 2012) Un modèle de déve­lop­pe­ment socia­le­ment excluant et éco­lo­gi­que­ment des­truc­teur

CETIM : La pro­priété intel­lec­tuelle contre la Biodiversité ? Géopolitique de la diver­sité bio­lo­gique (2011) Un commun global

CETIM : Terre et Liberté. A la conquête de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire(2012) La sou­ve­rai­neté ali­men­taire, un axe trans­for­ma­teur du modèle éco­no­mique et social domi­nant

Appel : (Jakarta, le 2 mars 2012) Le 17 avril a été déclaré “Journée inter­na­tio­nale des luttes pay­sannesStop aux acca­pa­re­ments de terres : La terre est à celles et ceux qui la tra­vaillent !

Walden Bello : La fabrique de la famine. Les pay­sans face à la mon­dia­li­sa­tion

tra­duit de l’anglais par Françoise et Paul Chemla

Carnets Nord, Editions Montparnasse, Paris 2012, 222 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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