Construisons l’alternative plutôt que l’alternance

Mis en ligne le 22 octobre 2007

BRAOUEZEC Patrick

16 octo­bre 2007

http://​www​.europe​-soli​daire​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e7850

Rénover, refon­der à la gauche du PS, c’est une idée en ges­ta­tion depuis plus de vingt ans. Elle a accom­pa­gné les crises iden­ti­tai­res du Parti com­mu­niste dans les années 1980 et elle a mûri au gré de ses sou­bre­sauts. De textes à foison, en appels à répé­ti­tion, de forums en réunions, rien n’a émergé de façon pérenne. Seuls des espoirs tem­po­rai­res, mais fina­le­ment sans len­de­main comme la vic­toire du non au réfé­ren­dum sur la Constitution euro­péenne, ont consti­tué des éclair­cies dans ce ciel bouché. Des mil­liers de citoyens obser­vent avec per­plexité ces bal­bu­tie­ments de l’offre poli­ti­que de la gauche radi­cale émiet­tée. Des mili­tants du PC, des Verts, de la LCR, du PS, du MRC, du PRG… se deman­dent com­ment sortir du laby­rin­the. L’impatience est pal­pa­ble. Le décou­ra­ge­ment aussi.

La droite a gagné les der­niè­res élec­tions parce qu’elle avait un projet, séquencé dans un pro­gramme. La gauche a perdu parce qu’elle était dépour­vue d’une visée claire et audi­ble, mais aussi parce que sa divi­sion, dans sa frange réfor­miste et plus encore dans sa partie radi­cale, était au moins aussi tan­gi­ble que ses lacu­nes de contenu.

Sarkozy est désor­mais aux manet­tes. Il agit en homme orches­tre, prince et fac­to­tum à la fois. Il secoue le shaker des réfor­mes libé­ra­les, il flatte les adep­tes du tout-sécu­ri­taire en accom­mo­dant à la sauce moderne, comme pour les tests ADN sur les immi­grés, des pra­ti­ques qui rap­pel­lent des heures som­bres de l’Histoire. Il fait plai­sir au Medef et aux caté­go­ries les plus aisées de la popu­la­tion, il dési­gne des boucs émis­sai­res et s’attaque à des acquis sociaux de plus de cin­quante ans…

Mais pour le reste ? Quid des atten­tes de l’électorat, notam­ment popu­laire, qui l’a porté au pou­voir ? Pouvoir d’achat, emploi, crois­sance, loge­ment… Les résul­tats annon­cés avec force rou­le­ments de tam­bour ne sont pas au rendez-vous, pire vont se retour­ner contre le peuple. De ce point de vue, le pré­si­dent dégage, en creux, des pers­pec­ti­ves pour une alter­na­tive poli­ti­que. C’est au contour et au contenu de celle-ci qu’il est urgent de tra­vailler. Depuis cet été, des textes cir­cu­lent, des appels fleu­ris­sent. Chacun y va de sa petite musi­que, dans son coin.

Et les partis poli­ti­ques de la gauche his­to­ri­que pro­gram­ment leur néces­saire réno­va­tion à l’aune de l’échéance de leurs calen­driers. Il faut atten­dre, tou­jours atten­dre que les congrès se tien­nent… fin 2008 ! D’ici là, d’autres textes paraî­tront, d’autres voix s’élèveront pour déplo­rer que les orga­ni­sa­tions cam­pent sur leurs grands soirs par­ti­sans.

LA CHARRUE AVANT LES BOEUFS

Alors, que faire ? Attendre ces gran­des messes ? S’échiner chacun dans son coin ou se bouger ensem­ble ? Et si, pour une fois, nous choi­sis­sions la deuxième solu­tion ? Et si nous met­tions de côté les pro­blé­ma­ti­ques de cha­pelle, et que nous tra­vail­lions à l’unité des petits conglo­mé­rats qui prô­nent la trans­for­ma­tion sociale ? Et si la somme des micro-pla­nè­tes de la galaxie gauche de gauche s’évertuait à la mise en commun, non pas pour col­la­tion­ner un cata­lo­gue, mais pour vali­der des conte­nus sur les enjeux sociaux, éco­no­mi­ques, éco­lo­gi­ques et socié­taux ?

Et si, cette fois, pour par­ve­nir à cette mise en commun des conte­nus nous met­tions la char­rue avant les boeufs en menant ce tra­vail à partir d’une orga­ni­sa­tion struc­tu­rée et reven­di­quée comme telle, ce que, pour des rai­sons diver­ses, nous avons tou­jours refusé de faire ? Et si nous osions, enfin, créer une coor­di­na­tion, un réseau ayant pignon sur rue, sta­tuts et porte- parole, qui per­met­trait aux citoyens sans carte comme aux mili­tants encar­tés mais dési­reux de réflé­chir pour agir, de pou­voir le faire au grand jour ?

Et si, cette fois, nous ouvrions en grand les portes et les fenê­tres pour donner de l’air à celles et ceux qui ne déses­pè­rent pas de donner du muscle au cou­rant de la gauche de trans­for­ma­tion sociale ? C’est le sens de cette sol­li­ci­ta­tion publi­que qui a pour voca­tion à deve­nir la pro­priété com­mune de tous ceux qui ne se satis­font pas de l’éclatement du cou­rant de pensée qui prône l’alternative plutôt que l’alternance.

BRAOUEZEC Patrick

* Article paru dans le Monde, édi­tion du 16.10.07. LE MONDE | 15.10.07 | 15h07.

* Patrick Braouezec est député de Seine-Saint-Denis.

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