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Conspirationnisme : un manifeste qui allume la mauvaise mèche

Le livre polémique de la rentrée de janvier est noir, anonyme et s’intitule « Manifeste conspirationniste ». Étrillé depuis sa sortie, il doit penser être victime de la doxa qu’il dénonce mais l’est davantage de ses propres errements.

« Le pouvoir présent a pris goût à cette opération récurrente : poser un réel délirant, puis déclarer hérétiques ceux qui refusent d’y souscrire », alors qu’il y a des « réalités qui divergent, des continents perceptifs qui s’éloignent, des formes de vie qui deviennent irréconciliables ».

L’anonyme Manifeste conspirationniste publié par les éditions du Seuil, dont ces propos sont tirés, est-il hérétique ou « schismatique », comme il le revendique en assumant de vouloir faire « sécession » ? Est-il audacieux ou pernicieux ? Confus ou profus ? Complotiste ou situationniste ?

Depuis sa sortie, à quelques rares exceptions, l’ouvrage a été étrillé, non seulement dans les rangs des journalistes que l’ouvrage voue à longueur de page aux gémonies, mais aussi depuis ceux d’intellectuels engagés à gauche, à l’instar du directeur des éditions Verticales, Yves Pagès, ou du philosophe Mathieu Potte-Bonneville, venu d’Act-Up et de la revue Vacarme.

Au point que la direction du Seuil a dû se fendre, jeudi 27 janvier, d’un communiqué de presse pour justifier cette publication, se désolidarisant « avec la plus grande fermeté des interprétations abusives du Manifeste conspirationniste cherchant à relier le livre à une tradition de pensée d’extrême droite à visée déréalisante et/ou fascisante ».

Pour l’éditeur du Manifeste, celui-ci, « par le moyen d’une écriture subversive clairement affichée – dans son titre notamment – et de lectures documentées, traite des conséquences liberticides des politiques sanitaires menées et de la marchandisation numérique du monde ». 

À l’époque du film Hold-Up, de QAnon et des antivax de Civitas, revendiquer le conspirationnisme peut cependant difficilement paraître autrement que cynique, sinistre ou suicidaire.

Toutefois, la mémoire de l’affaire dite de Tarnac, où des militants d’extrême gauche ont été, à tort comme l’a reconnu la justice, traités comme des terroristes, et où une partie de la presse, y compris de gauche, a embrayé sur le discours officiel (« L’extrême gauche déraille », titrait ainsi Libération), invite à ne pas considérer d’emblée comme une « insurrection qui craint » cet ouvrage sans nom mais attribuable à Julien Coupat, également au centre de l’affaire de Tarnac et des publications du Comité invisible.

Et cela, bien que l’ouvrage soit plus énervant qu’énervé, avec ses angles morts, sa minimisation des morts et des deuils de l’épidémie, ses affirmations douteuses, voire erronées, son ton péremptoire, ses corrélations invérifiables, et le risque qu’il prend de se transformer en apprenti sorcier à force de vouloir allumer à tout prix la mèche de la révolution, quitte à flatter certaines tendances complotistes.

Toutefois, en dépit de ses défauts et des problèmes qu’il pose, en assumant une position stratégique aussi radicale que discutable, l’ouvrage nous oblige à ne pas esquiver certaines questions politiques nécessaires.

Sommes-nous entrés dans une phase décisive où le contrôle technologique et biopolitique de nos vies par les gouvernements et les grandes entreprises numériques a atteint un degré tel qu’il interdit d’ores et déjà tout renversement d’un ordre social profitant aux plus riches et puissants ?

Quelle stratégie peut-on opposer aux états d’urgence qui s’étirent dans le temps et l’espace, et faut-il aller jusqu’à espérer une convergence révolutionnaire des colères, d’où qu’elles viennent et quelles que soient leurs formes ? Et peut-on, alors, revendiquer la conspiration comme mode de respiration ?

Discuter de ce manifeste peut être nécessaire afin de ne pas se retrouver piégé entre deux positions douteuses.

L’ouvrage est davantage un coup de poker politique fonctionnant par aphorismes et citations qu’un ouvrage de sciences humaines. Ce qui est d’autant plus dommage, car on pourrait y apprendre plein de choses si on ne venait pas, au fil de la lecture, à douter de l’objet lui-même, de sa stratégie comme de nombre de ses affirmations.

De toute façon, le livre cherche volontairement à cliver et à échapper à la critique en dénigrant au préalable tout travail de journaliste ou de fact-checking (vérification des faits) et en opérant sur le mode d’une polarisation facile qui consiste, grosso modo, à asséner que celles et ceux qui ne se retrouveraient pas dans les propos tenus se situent dans la soumission au système ou l’aveuglement à la réalité. En dépit de cette rhétorique grossière, discuter de ce manifeste peut toutefois être nécessaire afin de ne pas se retrouver piégé entre deux positions douteuses.

La première, dont la commission Bronner a été le dernier avatar en date, soupçonne toute forme de radicalité de participer des « théories du complot » et brandit la raison en étendard, en la confondant trop souvent avec celle des plus forts, afin de préserver le monde tel qu’il est.

La seconde, dont le Manifeste conspirationniste participe, note qu’il existe de nombreux arrangements secrets ou discrets servant les intérêts des puissants, de la conférence Bilderberg aux opérations de lobbying, et minimise en retour les risques de la mise en doute d’une vérité partageable. Souvent, et malheureusement, par désir de s’auto-attribuer le monopole de la radicalité en prétendant appartenir à l’avant-garde lucide, quitte à la confondre avec de l’isolement sectaire.

Sortir de cette pince formée par ceux qui voient partout des complots et ceux qui voient partout des théories du complot – ou plutôt par ceux qui ne voient nulle part des complots et ceux qui ne voient nulle part des théories du complot –, quand on est conscient qu’une mollassonne voie médiane ne nous sortira pas des impasses politiques dans lesquelles nous nous trouvons, impose donc de tenir aussi ferme sur la quête de radicalité que sur la recherche de vérité.

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Il est, dans cette perspective, important de rappeler, comme le fait le Manifeste conspirationniste, mais aussi, sur un ton plus scientifique, l’anthropologue Didier Fassin dans son dernier ouvrage, que l’expression de « théorie du complot » a été forgée par le philosophe autrichien exilé en Grande-Bretagne Karl Popper, dans un livre publié en 1945, The Open Society and Its Enemies. Ce que vise alors Karl Popper, l’un des fondateurs de l’ultralibérale Société du Mont-Pèlerin, ce sont les théories critiques de la société, en particulier celles inspirées par le marxisme. Il y a donc une logique généalogique à se méfier de celles et ceux qui brandissent le complot ou la conspiration comme une insulte.

Tout comme il faut, ainsi que l’écrit encore Didier Fassin, mesurer à quel point les divergences et luttes entre les discours qui traversent la société, que ce soit sur la vaccination ou la violence par exemple, « sont asymétriques tant les pouvoirs publics disposent de puissants relais pour imposer leur lecture et tant les médias se contentent souvent des versions officielles ».

Le Manifeste conspirationniste est, dans ce contexte, loin d’être le premier à vouloir prendre acte d’un moment de bascule politique inédit que nous serions en train de vivre, et à réagir face au recul des libertés publiques et à l’accoutumance aux exigences d’un pouvoir biopolitique qui impose, sans beaucoup de résistance, des technologies utiles à la lutte contre l’épidémie mais aussi disponibles pour le contrôle social : QR Code, passe sanitaire, passe vaccinal…

Cela pour parler de nos seules latitudes et sans même évoquer la manière dont le pouvoir chinois s’appuie sur des dispositifs techniques de surveillance expérimentés depuis des années pour confiner et quadriller des villes entières au moindre cas de coronavirus.

On a ainsi récemment pu entendre des discours proches de celui tenu dans cet ouvrage, ancrés sur la disproportion entre la réalité épidémique et l’ampleur et la nature des mesures mises en œuvre, dans la bouche de nombreux professeurs de droit, pas nécessairement connus pour leurs penchants autonomes : Stéphanie Hennette-Vauchez, autrice de La Démocratie en état d’urgence. Quand l’exception devient permanente ; Paul Cassia jugeant que « l’État de droit cède la place à un État de covid, où le virus fait la loi » ; Diane Roman dénonçant une « gestion exclusivement policière de la crise sanitaire » ou encore Stéphanie Renard estimant que la politique sanitaire actuelle « menace l’avenir de l’État de droit et le principe de légalité », et constitue un « retour en arrière, vers une vision hygiéniste de la société ».

On a aussi entendu des propos similaires chez des politiques occupant pourtant des places opposées sur l’échiquier, provenant aussi bien de députés européens Les Républicains, à l’instar de François-Xavier Bellamy affirmant que « depuis l’apparition du coronavirus, nous sommes passés par bien des expériences inédites, et nous avons vu vaciller, de confinement en couvre-feu, la rassurante et illusoire évidence de nos libertés publiques », que de député·e·s de La France Insoumise : « République du QR Code » pour Mathilde Panot, « Banalité du mal » pour François Ruffin.

Trois points indéfendables

Sans compter tous les avocats, essayistes, activistes et membres de la société civile qui se sont prononcés dans un sens parallèle… Le Manifeste conspirationniste déborde toutefois ces alertes et analyses sur au moins trois points indéfendables.

D’abord en reprenant, au nom de la résistance à la politique sanitaire et technologique contemporaine, certains arguments erronés, écrivant par exemple que « les “vaccins” dominants sont plus néfastes que le virus pour la plupart des gens », ou certains énoncés douteux tels que « le but de la vaccination est bien le passe et non l’inverse ».

Ensuite en passant à la trappe rien de moins que les près de six millions de morts du Covid. Que certaines mesures prises pour lutter contre cette épidémie aient été démesurées, voire que l’épidémie ait constitué une opportunité inédite pour des grandes entreprises avides de profit ou des gouvernement avides de contrôle, c’est possible. Mais peut-on brandir aussi légèrement « l’inanité sanitaire, désormais démontrée, du confinement général » ou affirmer que le but du confinement serait avant tout « de prévenir les effets d’une panique générale, de garder la maîtrise de la population » en faisant l’impasse sur les millions de morts ? Et cela sans même formuler ne serait-ce que les prémices de ce qu’aurait été une politique sanitaire alternative ?

Enfin en insinuant sans cesse, sans vraiment le démontrer, que « ce que l’on déroule sous nos yeux et dans nos existences depuis deux ans », à savoir « la tentative de réaliser le projet transhumaniste dément de convergence des technologies NBIC (Nano-Bio-Info-Cognitive) », cette « utopie de refonte complète du monde », aurait « tous les caractères d’un plan ».

Certes, il existe des liens entre celles et ceux qui ont intérêt à ce que les populations se tiennent sages.

Ce plan, d’après le Manifeste conspirationniste, vient de loin, puisqu’il serait le prolongement de dispositifs inventés et financés durant la guerre froide par des organisations étatiques et entrepreneuriales, allant de la CIA au forum de Davos, de la fondation Rockefeller à la fondation Gates. Mais il aurait été accéléré comme une réponse aux soulèvements qui se sont produits partout dans le monde en 2019, des « gilets jaunes » au Chili, en passant par Hong Kong, le Liban ou l’Irak. Pour le Manifeste« la contre-révolution de 2020 répond aux soulèvements de 2019 ».

Certes, ainsi que le relève l’ouvrage, en amont de l’épidémie de Covid, certains exercices de gestion des risques et des foules en cas de danger font bien écho à ce qu’on a vécu avec l’apparition de l’épidémie. Certes, la focale mise sur le parcours de certains personnages dessine bien des continuités entre la guerre froide et la situation contemporaine. Certes, plusieurs financements, notamment ceux de la Darpa, la tête chercheuse et le bras financier du ministère de la défense américain, mettent en lumière des collaborations inquiétantes entre les pouvoirs étatiques et technologiques. Certes, il existe indéniablement des lieux et des liens entre celles et ceux qui ont intérêt à ce que les populations se tiennent sages, en dépit des effets de plus en plus délétères du néolibéralisme autoritaire.

Mais là où le manifeste pense empiler les preuves par accumulation, on en ressort plutôt avec le sentiment qu’il confond, volontairement ou non, liens de corrélation et liens de conséquence, et fonctionne par accusation de contiguïté davantage que par démonstration de complicité.

Cela n’ôte pas tout intérêt à l’ouvrage, par exemple quand il déterre toute une « littérature grise » rarement étudiée, en refusant malheureusement de s’embarrasser de notes de bas de page pour réaliser ce qu’il ambitionne, à savoir une « archéologie du présent » qui aurait été sans doute plus utile avec des références mieux sourcées et davantage contextualisées.

Par exemple aussi quand il met en relation certaines citations de théoriciens, de dirigeants de grandes entreprises technologiques, ou de personnages plus ou moins publics évoluant dans les sphères du pouvoir militaire et politique.

Par exemple, encore, quand il s’aventure dans la généalogie de « l’ingénierie politique » du monde dans lequel nous vivons, de sa préhistoire au XIXe siècle jusqu’au « nudge » contemporain, en rappelant que la politique néolibérale est peut-être en réalité davantage concentrée sur ces domaines que sur la « bataille des idées ».

Il est également difficile de donner tort à l’ouvrage quand il relève que les injonctions contradictoires auxquelles nous sommes soumis depuis le début de l’épidémie peuvent entraîner une dissonance à l’intérieur même des groupes et des individus, aboutissant à « l’obéissance aveugle des uns » et la « rétractation obsidionale des autres ».

Ou bien quand il souligne que nous n’avons pas automatiquement à avoir confiance envers l’État français quand il prétend défendre, quoi qu’il en coûte, la « vie », alors qu’il a laissé prospérer le chlordécone, le glyphosate et tant d’autres matières polluantes qui détruisent non seulement l’environnement mais la santé humaine.

Ou même quand il assène que « les démocraties ne savent plus comment annoncer qu’elles ne comptent finalement pas tenir leur promesse que chacun puisse choisir la forme de vie qui lui convient et s’y épanouir. Partout les pouvoirs se raidissent. La gouvernementalité chinoise leur tient lieu d’étoile polaire ».

Pourtant, si l’on peut ici et là suivre certains fils tirés par ce Manifeste, l’ensemble verse dans un ensemble sentencieux et se laisse pénétrer de trop d’affirmations contestables pour atteindre ce qui était sans doute son but premier, même si sa stratégie peut demeurer obscure une fois les 378 pages refermées : donner des armes et arguments aux colères et angoisses contemporaines pour les diriger vers le camp révolutionnaire.

Pour ce Manifeste, une perspective révolutionnaire n’a pas à donner de gages de pureté a priori, et il est donc nécessaire que cette révolution soit éloignée des regards, donc « conspiratrice », pour ne pas être absorbée par la surveillance de masse ; multiple et décentrée pour éviter d’être détruite dès l’amont ; et hétérogène parce que, « si, au début de la Résistance, on s’en était tenu à qui est catholique et qui est protestant, qui est communiste et qui est anarchiste, qui est français et qui est arménien, qui est républicain et qui est monarchiste, qui est ouvrier et qui est universitaire, on n’aurait eu l’audace de rien ».

On pourrait ne pas contester ces points mais, outre les écueils déjà notés, une part de l’insatisfaction que l’on ressent à la lecture de ce livre tient aussi sans doute à ce que sa perspective révolutionnaire est affaiblie par le sentiment que le camp révolutionnaire, déjà réduit, est lui-même, comme nombre d’individus en leur for intérieur, fortement divisé sur la pandémie et la réponse qui y est apportée.

Pour le dire trop simplement, la mouvance autonome et révolutionnaire s’est déchirée entre celles et ceux qui, à l’instar du Manifeste conspirationniste, adhèrent aux dernières saillies du philosophe italien Giorgio Agamben, qui ne voit dans la politique sanitaire contemporaine qu’un prolongement de la « guerre au terrorisme » post-2001, et celles et ceux qui en contestent les analyses, même lorsqu’ils reconnaissent le durcissement du contrôle biopolitique des populations.

Les textes très différents publiés sur le site LundiMatin, proche du Comité invisible, en sont l’une des manifestations, de même que le récent tweet du Comité invisible ainsi sobrement rédigé : « Les écrits du comité invisible sont signés comité invisible ».

Il suffit pourtant de lire un texte comme celui publié sur LundiMatin et titré « Sur la catastrophe en cours et comment en sortir », signé Serge Quadruppani et Jérôme Floch, pour se dire qu’on peut critiquer radicalement la société de contrôle catalysée à l’occasion de l’épidémie de coronavirus, sans verser dans les écueils complotistes ni même avoir besoin de revendiquer le conspirationnisme.

Comme il suffit de regarder le texte traduit en septembre 2021 par Paris Luttes Infos et intitulé « Agamben WhatTheFuck » pour se demander effectivement si le philosophe italien Giorgio Agamben, cette « référence incontournable de la gauche radicale », ne s’évertue pas « à nier la réalité de l’épidémie et à assimiler toute mesure de protection collective à un accroissement du contrôle », ainsi que l’écrit l’auteur de ce texte à charge mais argumenté, le sociologue Benjamin Bratten.

Le Manifeste conspirationniste fait d’ailleurs une discrète allusion à ces divisions quand il écrit que le sociologue de la santé Patrick Zylberman a publié « un plaidoyer en faveur de la gestion de crise gouvernementale – Oublier Wuhan – dans une maison d’édition dont il s’agit à l’évidence pour lui de ramener le lectorat gauchisant au bercail biopolitique ».

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Ici, Julien Coupat, s’il est bien l’auteur du Manifeste conspirationniste, règle des comptes obscurs avec La Fabrique, éditeur du Comité invisible et d’une partie de la gauche radicale, qui a publié Oublier Wuhan, un ouvrage qui demeure éloigné d’un éloge de la politique d’Olivier Véran, même s’il n’endosse pas, à l’instar du Manifeste conspirationniste, la seule thèse d’un virus créé, accidentellement ou non, en laboratoire.

Cette pique cryptée, qui explique peut-être que ce ne soit pas la Fabrique mais le Seuil qui publie aujourd’hui ce livre, témoigne sans doute du fait que la mouvance autour du comité emblématique est elle-même clivée, comme toute l’extrême gauche et sans doute une bonne partie de la société, quant à savoir l’endroit où se situe, face à la pandémie, le curseur entre protection et répression.

Dans son introduction, le Manifeste conspirationniste écrit pourtant : « Ce livre est anonyme car il n’appartient à personne ; il appartient au mouvement de dissociation sociale en cours. Il accompagne ce qui adviendra – dans six mois, dans un an ou dans dix. Il eût été suspect, en plus d’être imprudent, qu’il s’autorise d’un nom ou de plusieurs. Ou qu’il serve quelque gloire que ce soit. »

L’appel à un futur proche ou lointain n’empêche pas que ce livre soit, dès aujourd’hui, trop problématique pour être le déclencheur de la révolte qu’il prétend armer, et risque de n’être, in fine, qu’un symptôme des impasses d’une certaine extrême gauche trop sectaire et sûre d’elle-même pour ne pas commettre des erreurs à la fois théoriques et stratégiques.

Joseph Confavreux