Conjuguer l’urgence climatique et la justice sociale

Les enjeux de Copenhague 2009

Mis en ligne le 27 octobre 2009

1- Crise climatique, crise globale

Le déve­lop­pe­ment d’une crise éco­lo­gique glo­bale, affec­tant l’avenir des habi­tants de la pla­nète, est devenu une évi­dence. Son ampleur a été démon­trée par les tra­vaux du Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du climat (GIEC) qui a pré­cisé la réa­lité du réchauf-ement cli­ma­tique global et en a iden­ti­fié la cause prin­ci­pale : l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre, en pre­mier lieu le dioxyde de car­bone (CO2) issu prin­ci­pa­le­ment de l’utilisation des com­bus­tibles fos­siles, qui explose depuis la Seconde Guerre mon­diale. Mais la dégra­da­tion de l’environ-nement se mani­feste éga­le­ment par la défo­res­ta­tion, la déser­ti­fi­ca­tion, l’épuisement et la pol­lu­tion des sols, de l’air et de l’eau, et les atteintes sans pré­cé­dent au fonc­tion­ne­ment des éco­sys­tèmes et à la bio­di­ver­sité. Les milieux natu­rels qui ont permis à l’humanité de se déve­lop­per pen­dant des mil­lé­naires posent désor­mais des pro­blèmes colos­saux : séche­resses, famines, mala­dies, migra­tions de popu­la­tions, guerres pour les res­sources, à une échelle que l’humanité n’a jamais eu à affron­ter à ce jour, et qui peuvent remettre en cause, à terme, sa péren­nité.

La crise cli­ma­tique révèle la pro­fon­deur de la crise éco­lo­gique glo­bale et l’accélère. Elle appa­raît aujourd’hui comme la conden­sa­tion des limites et contra­dic­tions d’un modèle d’organisation des socié­tés éco­lo­gi­que­ment non viable et socia­le­ment injuste et des­truc­teur. La mon­dia­li­sa­tion et l’extension du capi­ta­lisme à l’échelle pla­né­taire ont consi­dé­ra­ble­ment accé­léré un pro­ces­sus à l’œuvre depuis près de deux siècles. Les menaces induites remettent en cause la pos­si­bi­lité de vivre dans des socié­tés construites sur des valeurs de liberté, de soli­da­rité, de jus­tice sociale et de démo­cra­tie.

Face à de tels enjeux, nous aime­rions avoir le temps. Mais le chan­ge­ment cli­ma­tique ne donne plus aucun répit, car le GIEC indique très clai­re­ment que, si l’on ne veut pas dépas­ser la limite que l’Union euro­péenne a fixée pour 2100 (aug­men­ta­tion maxi­male de la tem­pé­ra­ture ter­restre de 2°C par rap­port à la période pré-indus­trielle), le monde devra d’ici 2050 réduire ses émis­sions de 90 % [1]. Il faudra pour cela « que la courbe de nos émis­sions com­mence à décroître en 2015, explique Jean-Paul Céron, membre du groupe de tra­vail II du GIEC. Puis il faudra bais­ser de 6 % par an. Les pro­grès tech­no­lo­giques ne pour­ront pas suf­fire à atteindre cet objec­tif. Il va fal­loir un chan­ge­ment des modes de vie. Si on ne fait rien, on va inévi­ta­ble­ment en payer les consé­quences ». Elles seraient lourdes. Le GIEC aver­tit les États qu’« un chan­ge­ment cli­ma­tique non atté­nué condui­rait vrai­sem­bla­ble­ment, à long terme, à dépas­ser les capa­ci­tés d’adaptation des sys­tèmes natu­rels, gérés et humains. » et que « les der­nières obser­va­tions confirment que le pire des scé­na­rios est en train de se réa­li­ser ».

Lutter réel­le­ment contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique oblige donc à des remises en cause radi­cales et, de plus, rapides, comme le sou­li­gnait le rap­port du PNUD 2007-2008, affir­mant qu’« un des ensei­gne­ments les plus clairs du chan­ge­ment cli­ma­tique est que le modèle éco­no­mique des pays riches (pous­sant à la crois­sance et à la consom­ma­tion) (…), est éco­lo­gi­que­ment insou­te­nable ». Mais, bien que cer­taines ONG éco­lo­gistes aient porté cette exi­gence lors de sa négo­cia­tion, le pro­to­cole de Kyoto, visant à réduire modes­te­ment les émis­sions de gaz à effet de serre, n’est entré en vigueur qu’en 2005. Et, après de nom­breuses péri­pé­ties – en par­ti­cu­lier le refus des États-Unis de se sou­mettre à des objec­tifs chif­frés –, il n’évoque à aucun moment la néces­sité de trans­for­ma­tions pro­fondes du modèle de déve­lop­pe­ment domi­nant pour atteindre ces objec­tifs. Et malgré l’échec désor­mais patent du modèle néo­li­bé­ral, la croyance en une crois­sance maté­rielle infi­nie, assor­tie du dogme du libre-échange absolu et de la capa­cité du marché à régu­ler les socié­tés et le climat, demeure.

Si elle n’est pas le seul lieu où se jouera en réa­lité l’avenir du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, la confé­rence de Copenhague en décembre 2009, appe­lée à mettre en place l’accord qui fera suite au pro­to­cole de Kyoto sur la période 2013-2020, sera l’un des élé­ments déter­mi­nant pour l’avenir de notre pla­nète, en condi­tion­nant en partie les choix des socié­tés. L’enjeu cli­ma­tique obli­gera éga­le­ment à revoir les formes de la coopé­ra­tion inter­na­tio­nale Nord-Sud, les moda­li­tés de répar­ti­tion de la richesse, la jus­tice sociale, et la ges­tion des biens publics et des biens com­muns. Sur tous ces points, les déci­sions de Copenhague auront un impact. C’est le sens de l’appel des mou­ve­ments sociaux réunis lors du FSM de Belém (voir ci-des­sous).


Extraits de l’appel du FSM de Belém Climate Justice Now !

« Une fois encore, ceux qui sont à l’origine des pro­blèmes nous expliquent qu’ils ont des solu­tions : le marché d’émission de gaz car­bo­nique, le pré­tendu “char­bon propre”, l’énergie nucléaire, les agro­car­bu­rants, et même un “new deal” vert. Mais ce sont des fausses solu­tions, des illu­sions néo­li­bé­rales. Il nous faut aller au-delà de ces illu­sions.

Les solu­tions réelles au chan­ge­ment cli­ma­tique sont en train de se construire avec ceux qui ont tou­jours pro­tégé la terre et ceux qui se battent tous les jours pour défendre l’environnement et leurs condi­tions de vie. Nous devons aujourd’hui glo­ba­li­ser ces solu­tions. Pour nous, les luttes pour la jus­tice cli­ma­tique et la jus­tice sociale sont une même chose. C’est la lutte pour l’accès à la terre, la défense des forêts, l’accès à l’eau, la réforme agraire et urbaine, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et éner­gé­tique, la lutte pour le droit des femmes et le droit des tra­vailleurs. C’est le combat pour l’égalité et la jus­tice pour les popu­la­tions indi­gènes, pour les peuples du “Sud global”, pour la répar­ti­tion des richesses et la recon­nais­sance de la dette éco­lo­gique his­to­rique des pays du Nord.

(…) Le mou­ve­ment pour la jus­tice cli­ma­tique reven­dique la défense des “biens com­muns” et met les ques­tions sociales et éco­no­miques au cœur de notre combat contre le chan­ge­ment de climat. Nous appe­lons les sala­riés, les pay­sans, les pêcheurs, les jeunes et les étu­diants, les peuples indi­gènes et tous les êtres humains concer­nés, du Nord comme du Sud, à rejoindre cette bataille com­mune pour construire les solu­tions réelles à la crise cli­ma­tique pour le futur de la pla­nète, celui de nos socié­tés et de nos cultures ».

(texte com­plet : Crise cli­ma­tique : Non aux solu­tions néo­li­bé­rales, oui aux réponses des peuples !)


2- Le climat prisonnier de la finance carbone

Les méca­nismes de flexi­bi­lité du pro­to­cole de Kyoto

Le pro­to­cole de Kyoto a auto­risé la construc­tion d’un marché des permis et cré­dits d’émission, comp­ta­bi­li­sés en tonnes équi­valent car­bone, à partir de « méca­nismes de flexi­bi­lité ». Ce marché du car­bone com­prend deux par­ties essen­tielles, liées entre elles.

Il existe un marché des droits d’émission (ou « droits à pol­luer »), émis par les États, sur lequel les com­pa­gnies élec­triques et indus­trielles sou­mises à des pla­fonds d’émission échangent des droits d’émission qui leur sont alloués : à l’échelon euro­péen, ce sont les cré­dits-car­bone, appe­lés EUA (European Union Allowances). Sur ce marché, s’échangent les cré­dits qui n’ont pas été uti­li­sés par les entre­prises ou qu’elles ont récu­pé­rés, ou bien dont elles ont besoin. Le marché euro­péen ou ETS (Emissions Trading System) est le pre­mier marché des droits d’émission à fonc­tion­ner depuis 2005. Les gagnants ont été les entre­prises qui ont une pro­duc­tion inten­sive en éner­gie et qui ont béné­fi­cié du marché des cré­dits. L’effondrement du prix de la tonne car­bone en 2007 et sa vola­ti­lité illus­trent l’échec de ce marché à per­mettre la réduc­tion des émis­sions. D’autres mar­chés de ce type vont être mis en place en Australie et aux États-Unis.

Le marché du car­bone com­prend un autre com­par­ti­ment, avec l’échange des cré­dits d’émission. Sur ce marché, cir­culent les cer­ti­fi­cats de réduc­tion d’émissions, des cré­dits, non émis par les États, mais obte­nus à l’extérieur dans le cadre des méca­nismes de flexi­bi­lité du pro­to­cole de Kyoto. Ces cré­dits rému­nèrent des émis­sions « évi­tées » grâce à des inves­tis­se­ments « propres ». Le pre­mier méca­nisme, dit de mise en œuvre conjointe (MOC), concerne essen­tiel­le­ment des inves­tis­se­ments en Europe de l’Est, qui ont offert des pos­si­bi­li­tés d’obtention des droits à bas coûts pour le rem­pla­ce­ment d’industries vétustes.

Mais le méca­nisme le plus impor­tant est le méca­nisme de déve­lop­pe­ment propre (MDP) qui s’applique aux inves­tis­se­ments dans les pays en déve­lop­pe­ment. Des entre­prises des pays riches peuvent finan­cer des pro­jets « addi­tion­nels ». La règle d’additionnalité veut que les por­teurs de pro­jets, recon­nus au titre du MDP par l’ONU, montrent que ces pro­jets n’auraient pas eu lieu en l’absence de ce méca­nisme (par exemple projet de rem­pla­ce­ment du char­bon par des éner­gies renou­ve­lables) et qu’ils per­mettent réel­le­ment d’éviter des émis­sions par rap­port à la pour­suite de la situa­tion anté­rieure. La réa­li­sa­tion des pro­jets recon­nus en tant que MDP donne lieu à l’attribution de cré­dits appe­lés Unités de réduc­tion cer­ti­fiée des émis­sions (URCE), qui peuvent être négo­ciés aussi bien sur le marché euro­péen que sur le marché inter­na­tio­nal. Les entre­prises des pays riches ont pu ainsi ache­ter des droits à bon marché et éviter les coûts de pas­sage à une pro­duc­tion sobre en car­bone.

Vers des « sub­primes carbon » ?

Les opé­ra­tions d’achat et de vente sur ces mar­chés des droits d’émission et des cré­dits passent par des mar­chés déri­vés et des contrats à terme, qui contiennent des pro­messes de vente de quotas d’émission ou de cré­dits, dans une cer­taine quan­tité, à un cer­tain prix, à une date donnée. Pour l’instant, les mar­chés du car­bone, bien qu’en aug­men­ta­tion, sont encore res­treints, mais la prio­rité donnée à la finance car­bone pour régu­ler le chan­ge­ment cli­ma­tique les appelle à gran­dir très rapi­de­ment. Un rap­port récent des Amis de la Terre International sou­ligne la pro­fu­sion de contrats « bad carbon » ou encore « junk carbon » (car­bone pourri), pour les­quels les risques de non-exé­cu­tion sont impor­tants et dont le prix peut s’effondrer [2]. Les risques sont en effet de plu­sieurs ordres : dif­fi­cul­tés à éva­luer les effets réels d’un projet sur les émis­sions futures, indé­pen­dance contes­table des orga­nismes d’évaluation, dif­fi­cul­tés pour véri­fier l’additionnalité des pro­jets, vente des cré­dits à terme avant même qu’ils soient déli­vrés, etc.

Les risques désor­mais fla­grants des mar­chés finan­ciers se com­binent donc avec la logique indus­trielle à grande échelle. Les pro­jets pou­vant être enre­gis­trés sur ces mar­chés sont exclu­si­ve­ment ceux de l’industrie et de l’agro-industrie, qui, contrai­re­ment aux acti­vi­tés tra­di­tion­nelles et locales, ont accès au marché du car­bone après vali­da­tion comme pro­jets MDP.

3- Pour un financement public de la lutte contre le changement climatique

Attac et les Amis de la Terre donnent la prio­rité à la réduc­tion des émis­sions à la source. Cela sup­pose des régle­men­ta­tions et des normes contrai­gnantes, choi­sies et déci­dées démo­cra­ti­que­ment et sur la base d’une coopé­ra­tion inter­na­tio­nale renou­ve­lée.

Pour cela, et dans le souci d’une véri­table jus­tice cli­ma­tique à l’échelle de la pla­nète, un finan­ce­ment public de la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique s’impose.

À Poznan, en décembre 2008, plus de 160 ONG, orga­ni­sa­tions des peuples indi­gènes et asso­cia­tions pour une jus­tice cli­ma­tique ont lancé, en repre­nant une pro­po­si­tion éla­bo­rée par le groupe des pays en déve­lop­pe­ment appelé « G77 plus la Chine », un appel pour un finan­ce­ment de la réponse au chan­ge­ment cli­ma­tique, qui serait placé sous l’autorité de la Convention-cadre des Nations unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC), et donc indé­pen­dant de la Banque mon­diale qui tend à se poser comme l’outil de finan­ce­ment. C’est néces­saire pour per­mettre un trans­fert sur une grande échelle de res­sources finan­cières des pays riches vers les pays pauvres.

Le finan­ce­ment doit être obli­ga­toire et auto­ma­tique, selon le prin­cipe des Nations unies affir­mant « des res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais dif­fé­ren­ciées sur la base des contri­bu­tions his­to­riques et actuelles au réchauf­fe­ment cli­ma­tique et de leur capa­cité à payer ». L’administration des fonds doit être trans­pa­rente et démo­cra­tique, avec une repré­sen­ta­tion forte des pays en déve­lop­pe­ment, des peuples indi­gènes, des mou­ve­ments sociaux et envi­ron­ne­men­taux, des mou­ve­ments de femmes.

Le Fonds mon­dial pour le climat doit appor­ter les outils néces­saires pour l’élaboration de plans natio­naux de lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique, qui garan­tissent la par­ti­ci­pa­tion des peuples, des com­mu­nau­tés, des indi­vi­dus. L’accès direct à ce fonds doit être garanti pour les plus vul­né­rables, par le biais des asso­cia­tions popu­laires, des mou­ve­ments sociaux, des ONG et des mou­ve­ments de base – notam­ment des asso­cia­tions de femmes. Les acti­vi­tés du fonds doivent mettre l’accent sur des accords-clés de l’ONU, défi­nis­sant les Droits de l’homme élar­gis, et le fonds doit ren­for­cer le droit des peuples à la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et éner­gé­tique. Plus géné­ra­le­ment, les pays du Sud s’accordent sur quelques prin­cipes fon­da­men­taux : le finan­ce­ment de l’adaptation et de la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique doit être séparé de l’aide publique au déve­lop­pe­ment et prendre la forme de sub­ven­tions et non de prêts. Les contri­bu­tions devraient être dif­fé­ren­ciées en fonc­tion du PIB, des émis­sions, de la popu­la­tion. De manière géné­rale, ces pays pro­posent des sources de finan­ce­ment indé­pen­dantes du marché, et la levée de nombre de bre­vets sur les tech­no­lo­gies appro­priées.

Le finan­ce­ment sup­pose la mise en place de taxes glo­bales qui doivent comp­ter parmi les ins­tru­ments de régu­la­tion publique. Dans cette optique, les taxes en effet ne sont pas seule­ment des régu­la­teurs du marché, elles doivent per­mettre les trans­ferts de richesse néces­saires au finan­ce­ment de la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique et à la tran­si­tion vers des éco­no­mies éco­lo­gi­que­ment viables. Selon de nom­breux experts, l’instauration d’une taxe inter­na­tio­nale sur les émis­sions est la seule option réa­liste, qui pro­cède à une sorte de revue de détail sur la ques­tion. Cependant, il faut ins­crire la fis­ca­lité éco­lo­gique dans la démarche plus large de la ges­tion des biens publics mon­diaux. [3].

4- Copenhague 2009 : enjeux et forces en présence

Mise en place en 1992 lors du sommet de la Terre, et entrée en vigueur en 1994, la Convention-cadre des Nations unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC) comp­tait 192 par­ties fin 2008, dont l’Union euro­péenne. La confé­rence des Parties (CdP) est son organe de déci­sion. Le Fonds pour l’environnement mon­dial (FEM) qui admi­nistre les fonds de la conven­tion visant à aider les pays en déve­lop­pe­ment et le Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du climat (GIEC), créé par l’ONU en 1988, sont les deux par­te­naires essen­tiels de la conven­tion.

Le pro­to­cole de Kyoto est quant à lui né en 1997. Entré en vigueur en 2005, et rati­fié par 172 pays à l’exception notable des États-Unis, il pro­pose un calen­drier de réduc­tion des émis­sions des gaz à effet de serre avec des enga­ge­ments de réduc­tion des émis­sions pour 38 pays indus­tria­li­sés, pour une réduc­tion glo­bale de 5,2 % des émis­sions de CO2 d’ici 2012 par rap­port à celles de 1990, et arrive à échéance en 2012. Les prin­ci­paux outils mis en place pour cette réduc­tion sont des outils de marché. La 15e CdP annuelle se réunira donc à Copenhague en décembre 2009 pour négo­cier la suite de ce pro­to­cole. La négo­cia­tion por­tera essen­tiel­le­ment sur la déter­mi­na­tion des objec­tifs natio­naux de réduc­tion des émis­sions, (et sur leur carac­tère obli­ga­toire ou indi­ca­tif) ; le type d’outils à mettre en place pour atteindre ces objec­tifs ; les pos­si­bi­li­tés de com­pen­sa­tions entre pays, et les outils per­met­tant de les mettre en œuvre – mar­chés de car­bone en tête. Depuis avril 2009, et jusqu’à décembre 2009, se tiennent des réunions pré­pa­ra­toires de la CCNUCC.

Groupes de pays et groupes de pres­sion

Les négo­cia­tions cli­ma­tiques s’effectuent à partir des groupes régio­naux ou de coa­li­tions. L’Alliance des petits États insu­laires en déve­lop­pe­ment (APEID) est com­po­sée de 43 membres par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, tout comme les pays les moins avan­cés (PMA), au nombre de 49, alors que le G77-Chine regroupe 129 pays en déve­lop-pement plus la Chine.

La coa­li­tion des pays avec des forêts plu­viales (Rainforest coa­li­tion) cherche à faire recon­naître les efforts réa­li­sés pour ralen­tir les émis­sions dues au déboi­se­ment. Le Forum inter­na­tio­nal des peuples indi­gènes sur le chan­ge­ment cli­ma­tique (IIPFCC) n’est actuel­le­ment pas reconnu comme partie et demande à l’être pour la confé­rence de Copenhague.

Face à ces coa­li­tions, les pays riches sont ras­sem­blés soit au sein du groupe de l’Union euro­péenne, soit dans un autre groupe appelé « Groupe para­pluie », qui com­porte notam­ment les États-Unis, le Canada, le Japon, l’Australie et la Russie. Mais, en paral­lèle des négo­cia­tions onu­siennes, les ques­tions cli­ma­tiques sont dis­cu­tées au sein du G8 ou du G20, ce qui tend à mar­gi­na­li­ser et délé­gi­ti­mer le pro­ces­sus de l’ONU, tout comme la Rencontre des éco­no­mies majeures sur l’énergie et le climat, créée à l’initiative des États-Unis pour défi­nir un régime cli­ma­tique post-2012. Si la posi­tion euro­péenne est la plus avan­cée (s’engageant notam­ment à une baisse de 20 % des émis­sions en 2020 par rap­port à 1990, voire 30 % en cas d’accord cli­ma­tique ambi­tieux), les posi­tions actuelles des États-Unis (- 16 % envi­ron) ne per­mettent pas d’engager une dyna­mique de négo­cia­tion posi­tive, sus­cep­tible d’entraîner les pays dits émer­gents.

En outre, de nom­breuses struc­tures de lob­bying sont en place, en par­ti­cu­lier le World Business Council for Sustainable Developpement regrou­pant plus de 200 entre­prises mul­ti­na­tio­nales. Il est à l’origine du Global Business Day, qui a eu lieu notam­ment à Poznan lors de la der­nière ren­contre des par­ties de la CCNUCC en décembre 2008. Il est « orga­nisé pour faci­li­ter le dia­logue entre les hautes entre­prises et les experts gou­ver­ne­men­taux » [4]. Tout est dit. En mai 2009, s’est tenu à Copenhague le World Business Summit on Climate Change (WBSCC), qui aura toute sa place dans les négo­cia­tions à Copenhague en décembre 2009. La négo­cia­tion s’engage donc sur des bases très fra­giles, à moins que la mobi­li­sa­tion des mou­ve­ments citoyens ne pousse les dif­fé­rents États à la révi­sion à la hausse de leurs enga­ge­ments.


Mouvements citoyens : les reven­di­ca­tions d’Attac et des Amis de la Terre

Parmi les mou­ve­ments citoyens au sens large, le Climate Action Network (CAN) est un réseau inter­na­tio­nal de 450 ONG. À Poznan en décembre 2008, le réseau a sol­li­cité direc­te­ment les res­pon­sables de l’Union euro­péenne, dont Nicolas Sarkozy, sur l’importance de leur rôle pour la réus­site de la confé­rence. En paral­lèle, le CAN a orga­nisé chaque jour dans le hall où se tenaient les négo­cia­tions les « Fossil of the Day AWARD » afin de dénon­cer devant les jour­na­listes le pays ayant le plus ralenti les négo­cia­tions. Le Canada a ainsi été déclaré grand « vain­queur » de ce ralen­tis­se­ment. Le col­lec­tif Ultimatum cli­ma­tique reflète cette ten­dance en France, et ne prend pas véri­ta­ble­ment posi­tion sur les aspects éco­no­miques et sociaux.

Le réseau « Climate Justice Now ! » qui s’est consti­tué à Bali lors de la CCNUCC en 2007, regroupe plus de 160 réseaux inter­na­tio­naux à partir d’ONG et de mou­ve­ments sociaux (dont Attac, les Amis de la Terre inter­na­tio­nal, Via Campesina, Focus on the global South, International Forum on Globalization…). Plus radi­cal, il ins­crit l’urgence cli­ma­tique au cœur de la crise du modèle de pro­duc­tion et de consom­ma­tion domi­nant et des poli­tiques néo­li­bé­rales. Ce réseau, for­te­ment pré­sent à Poznan en 2008, a notam­ment contri­bué à la visi­bi­lité du Forum des peuples indi­gènes, à la dénon­cia­tion des ten­ta­tives pour inclure les forêts et la terre dans la finance car­bone, à l’affirmation de la néces­sité d’un fonds mon­dial pour le climat géré par l’ONU au lieu des ten­ta­tives de la Banque mon­diale de se poser comme la struc­ture cen­trale du finan­ce­ment de la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique par le biais des mar­chés du car­bone. En France , le col­lec­tif « Urgence cli­ma­tique – Justice sociale » est lié au réseau inter­na­tio­nal « Climate Justice Now ! ».

Pour ces der­niers groupes, les déci­sions de Copenhague devront immé­dia­te­ment faire face aux enjeux, en rom­pant avec la logique pro­duc­ti­viste, et se fonder sur les prin­cipes de jus­tice sociale et de soli­da­rité avec les pays les plus tou­chés par le chan­ge­ment cli­ma­tique et sur la recon­nais­sance de la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays indus­tria­li­sés. La posi­tion d’Attac et des Amis de la Terre se décline en ce sens selon trois axes essen­tiels :

1. Les objec­tifs de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre des pays indus­tria­li­sés doivent être d’au moins 40 % entre 1990 et 2020 et de 90 % d’ici 2050. Ces objec­tifs sont conformes aux recom­man­da­tions du GIEC et beau­coup plus ambi­tieux que ceux qu’envisage aujourd’hui l’Union euro­péenne (20 % de réduc­tion d’ici 2020 par rap­port à 1990).

2. Chaque pays doit atteindre ces objec­tifs sur son propre ter­ri­toire. Cela implique l’abandon des méca­nismes de flexi­bi­lité MOC et MDP, notam­ment les pro­jets visant à inclure dans le marché des cré­dits la lutte contre la défo­res­ta­tion et le cap­tage du car­bone. Pour le marché des droits d’émission (tel le marché euro­péen), les pro­po­si­tions sont en débat. Dans tous les cas, l’acceptation de ce méca­nisme n’est conce­vable que dans le cadre d’un enca­dre­ment strict, avec l’instauration de droits payants, la fixa­tion d’un prix plan­cher pour la tonne de car­bone, sa res­tric­tion au cadre géo­gra­phique de régu­la­tion par les États ou grou­pe­ments d’États et l’interdiction des mar­chés déri­vés.

3. Un véri­table accord inter­na­tio­nal et l’engagement des pays du Sud ne seront pos­sibles qu’avec la recon­nais­sance de la dette éco­lo­gique des pays du Nord et la mise en place d’un sys­tème de finan­ce­ment public pour la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique. Les fonds, gérés dans le cadre de l’ONU, doivent per­mettre la mise en œuvre et le suivi de pro­grammes de recréa­tion de sys­tèmes locaux de pro­duc­tion, socia­le­ment justes et adap­tés aux contraintes éco­lo­giques des milieux.


Notes

[1] Rapport com­plet du groupe de tra­vail I du GIEC, cha­pitre 10, p. 824-825, http://​www​.ipcc​.ch/​p​d​f​/​a​s​s​e​s​s​m​ent-r...

[2] http://​www​.foe​.org/​s​u​b​p​r​i​m​e​c​arbon

[3] http://​www​.france​.attac​.org/​s​p​ip.ph…

[4] Site inter­net du WBCSD, qui contient de nom­breuses autres phrases du même style (http://​www​.wbcsd​.org)

* Dossier réa­lisé par Attac en col­la­bo­ra­tion avec Les Amis de la Terre. à partir d’extraits de la bro­chure d’Attac : « Pour une jus­tice cli­ma­tique, libé­rons le climat de la finance » (à paraître en juillet 2009) et de la bro­chure des Amis de la Terre : « Climat, le point de non-retour », Le Courrier de la Baleine, n° 158..

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