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Conjonctures et actualités

Valleyfield, mémoires et résistances
Valleyfield 1946
Revenir en arrière pour regarder vers l’avant

Pour la classe ouvrière au Québec, 1946 est une année excep­tion­nelle, alors que le capi­ta­lisme nord-amé­ri­cain tente un retour à la nor­male après cinq années de guerre. La guerre froide pointe à l’horizon, les États-Unis, à peine sortis du conflit avec l’Allemagne nazie, déci­dant de confron­ter l’Union sovié­tique. En Angleterre, le pre­mier ministre conser­va­teur Winston Churchill affirme qu’un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe la divi­sant en zones, com­mu­niste à l’est et « libre » à l’ouest, et qu’il appar­tient aux pays capi­ta­listes d’aider à « libé­rer » l’Europe. Au Canada, ce tour­nant bel­li­queux prend forme au sein du gou­ver­ne­ment. Des mili­tantes et des mili­tants de gauche et des syn­di­ca­listes sont sus­pec­tés d’être « à la solde » de l’URSS. Plusieurs sont arrê­tés à la suite d’une affaire d’« espion­nage » qui don­nera lieu à des accu­sa­tions, des empri­son­ne­ments et des vies bri­sées, même si la plu­part des per­sonnes « accu­sées » seront fina­le­ment dis­cul­pées.

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Valleyfield, mémoires et résistances
L’indépendance, toujours à l’ordre du jour, Entrevue avec Pierre LaGrenade
Les enjeux pour le mouvement populaire

Ce n’est pas d’hier que la ques­tion dite natio­nale domine la société à Valleyfield et dans la région du Suroît. Après la Conquête, le nou­veau sei­gneur de Beauharnois nommé par l’administration colo­niale, Edward Ellice, s’empare des terres et devient « une sorte de tyran régio­nal, très impo­pu­laire, fré­quem­ment dénoncé[2] ». Lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838, les Patriotes sont très actifs dans la région. Dans les années sub­sé­quentes, les capi­ta­listes anglo-cana­diens prennent le contrôle de l’économie locale qui culmine avec l’installation de la Montreal Cotton. Les pro­fits sont énormes, les salaires misé­rables. L’intervention de l’armée colo­niale est fré­quente pour répri­mer les mou­ve­ments de grève. Des « admi­nis­tra­teurs » délé­gués par la Cotton, tous anglo­phones, sont pré­sents aux séances du conseil muni­ci­pal pour sur­veiller ce qui se passe, car, jusque dans les années 1950, Valleyfield est une véri­table « com­pany town ». Dans la ville ségré­gée, il y a les quar­tiers pour les patrons anglo­phones, ceux pour le per­son­nel tech­nique et d’encadrement (majo­ri­tai­re­ment bri­tan­niques et écos­sais) et ceux pour la masse ouvrière cana­dienne-fran­çaise à 95 %.

Durant les années 1970, une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments sociaux prend forme avec au pre­mier plan les syn­di­cats. Valleyfield devient une ville mili­tante où les syn­di­ca­listes en mènent large. En 1976, un jeune ensei­gnant, Laurent Lavigne, est élu dans le comté sous la ban­nière du Parti qué­bé­cois (PQ). La défaite du OUI au pre­mier réfé­ren­dum de 1980 fait mal. Pour plu­sieurs mili­tantes et mili­tants, la stra­té­gie « éta­piste » pensée par le ministre Claude Morin consti­tue une erreur, qui fait glis­ser le PQ dans le piège de la « gou­ver­nance pro­vin­ciale ».

En 1995, Jacques Parizeau relance le projet. Le deuxième réfé­ren­dum fait appel à une coa­li­tion large au sein de laquelle les syn­di­cats et les mou­ve­ments popu­laires trouvent leur place. Un orga­nisme visant à coa­li­ser les indé­pen­dan­tistes, les Partenaires pour la sou­ve­rai­neté, est créé pour mobi­li­ser la popu­la­tion qui vient très près de l’emporter contre l’État fédé­ral ; celui-ci s’efforce de contrer la vague sou­ve­rai­niste par tous les moyens, y com­pris par la vio­la­tion des lois élec­to­rales. Plus tard, le gou­ver­ne­ment péquiste crée le Conseil de la sou­ve­rai­neté du Québec. Quand le PQ perd les élec­tions en 2003, ce conseil devient un peu plus auto­nome, et intègre les indé­pen­dan­tistes de l’Union des forces pro­gres­sistes (UFP). En 2013, le Conseil adopte un nou­veau nom, les Organisations unies pour l’indépendance du Québec, les OUI Québec. Des col­lec­tifs (des tables régio­nales) se mettent en place un peu par­tout au Québec, y com­pris à Valleyfield, où Pierre LaGrenade, tou­jours très impli­qué dans la vie poli­tique et sociale de sa ville, devient son porte-parole.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Des enjeux urbains en mutation
Les enjeux pour le mouvement populaire

À l’été 2017, Denis Lapointe, le pre­mier magis­trat de la ville annonce qu’il ne bri­guera pas le poste de maire qu’il occupe depuis 22 ans. Il affirme que « des jeunes ont leurs idées » et qu’il est normal de leur lais­ser la place pour qu’ils pour­suivent la crois­sance de la ville de Salaberry-de-Valleyfield. En face de lui s’ébauche un nou­veau projet, le Mouvement Renouveau Valleyfield. Mais rapi­de­ment, ce mou­ve­ment s’estompe, ses trois fon­da­teurs, Miguel Lemieux, Sébastien Poiré et Guillaume Massicotte, ayant décidé de faire cam­pagne comme can­di­dats indé­pen­dants. Néanmoins, on sent un cer­tain vent de chan­ge­ment. Plus de 25 per­sonnes déposent leur for­mu­laire de can­di­da­ture, ce qui est un nombre inédit, dont six femmes (une pre­mière !). Le 4 novembre 2017, le ver­dict tombe. Le conseil de ville fait peau neuve : un nou­veau maire, Miguel Lemieux, est élu, de même que cinq nou­veaux membres, deux femmes et trois élus de moins de 35 ans. Les élec­trices et les élec­teurs n’ont pour­tant montré la porte à aucun can­di­dat sor­tant. Le mot chan­ge­ment est sur toutes les lèvres : en réa­lité, il s’agit d’une muta­tion plutôt que d’une trans­for­ma­tion.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Un mouvement féministe fort et engagé
Les enjeux pour le mouvement populaire

Le mou­ve­ment des femmes s’est orga­nisé et struc­turé à Valleyfield dans les années 1970, une époque de grande effer­ves­cence. Plusieurs groupes de femmes se sont formés dans la région et des comi­tés de condi­tion fémi­nine dans les syn­di­cats. En ras­sem­blant les femmes, en fai­sant de l’éducation popu­laire, en déve­lop­pant des res­sources, ces groupes ont joué un rôle majeur dans l’organisation de la lutte pour faire pro­gres­ser l’égalité entre les hommes et les femmes.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Le mouvement étudiant et « l’école de Valleyfield »
Les enjeux pour le mouvement populaire

Historiquement recon­nue comme un des mou­ve­ments de masse les plus impor­tants du Québec[1], la mobi­li­sa­tion citoyenne du prin­temps 2012, qui s’est ter­mi­née par la défaite élec­to­rale du gou­ver­ne­ment libé­ral de Jean Charest, a com­mencé avec la grève du mou­ve­ment étu­diant et elle fut sou­te­nue par dif­fé­rentes autres actions col­lec­tives. La soli­da­rité étu­diante a su conver­tir des reven­di­ca­tions étu­diantes en enjeux socio­po­li­tiques élar­gis, ce qui consti­tue sa plus grande réa­li­sa­tion. Elle est notam­ment inter­ve­nue dans la lutte contre les poli­tiques d’austérité et la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, afin de fédé­rer d’autres orga­ni­sa­tions de la société civile et inter­pel­ler un nombre impor­tant de citoyennes et de citoyens sur ces enjeux[2].

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Valleyfield, mémoires et résistances
Mouvement communautaire et enjeux de la pauvreté à Salaberry-de-Valleyfield
Les enjeux pour le mouvement populaire

Le mou­ve­ment com­mu­nau­taire peut-il endi­guer la pau­vreté ? La réponse à cette ques­tion est sans équi­voque : non. Les orga­nismes com­mu­nau­taires consti­tuent une réponse par­tielle de soli­da­rité à un pro­blème d’ordre struc­tu­rel lié à un sys­tème éco­no­mique qui génère et main­tient une partie impor­tante des citoyennes et des citoyens en situa­tion de pau­vreté, un sys­tème qui crée de la richesse, mais dont les méca­nismes de redis­tri­bu­tion de cette richesse demeurent inéqui­tables. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tous les efforts déployés pour venir en aide aux plus démuni-e-s et atté­nuer leurs dif­fi­cul­tés n’ont pas leur raison d’être. Au contraire, les orga­nismes com­mu­nau­taires assurent la survie d’un nombre crois­sant de per­sonnes vivant de façon pré­caire.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Dongping Han, The Unknown Cultural Revolution. Life and Change in a Chinese Village, New York, Monthly Review, 2008
Notes de lecture
lundi 16 mars 2020
Conjonctures et actualités

Les médias et les intel­lec­tuelles nous racontent que la Révolution cultu­relle (1966-1976) en Chine a été une sorte de « coup monté » par Mao pour conso­li­der son pou­voir et que cela a été fait sur le dos de jeunes braillards qui vou­laient tout casser et bru­ta­li­ser les pauvres gens. Cette ima­ge­rie domine le cinéma et la lit­té­ra­ture, où abondent des vic­times se retrou­vant dans un vil­lage sor­dide à ramas­ser la merde des cochons[1]. La même lec­ture est reprise dans les ana­lyses « savantes » sur la Chine d’aujourd’hui, qui expliquent que le pays est en voie de se « débar­ras­ser » de son utopie com­mu­niste en s’engageant soli­de­ment dans le capi­ta­lisme, seule voie de la moder­nité et du pro­grès.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Une classe ouvrière qui résiste
Les enjeux pour le mouvement populaire

Tout au long de son his­toire, Salaberry-de-Valleyfield a été mar­quée par une com­ba­ti­vité ouvrière hors du commun. Une des pre­mières grèves au Canada a été déclen­chée en 1843 par les ouvriers irlan­dais qui tra­vaillaient à la construc­tion du canal de Beauharnois. Réprimés par l’armée, ils occu­pèrent pen­dant 22 jours la ville de Saint-Timothée qui fait aujourd’hui partie du ter­ri­toire de Valleyfield. Au moins 18 ouvriers, qui récla­maient de meilleures condi­tions de tra­vail, ont péri sous les balles des sol­dats anglais lors de ce sou­lè­ve­ment[1]. L’usine de tex­tile Montreal Cotton éta­blie en 1875 a été le théâtre de plu­sieurs grèves, dont l’importante grève de 1946[2].

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résistance
Les universités populaires en Europe et ici
Luttes et résistance

La réflexion sur les fina­li­tés de l’éducation dépasse lar­ge­ment les ins­ti­tu­tions post­se­con­daires. Oui, il faut défendre les uni­ver­si­tés et les cégeps. Oui, il est impor­tant de s’assurer de la plus grande acces­si­bi­lité pos­sible au savoir dis- pensé dans nos écoles. Oui, il faut que ce savoir reste libre et cri­tique. Mais il faut aussi savoir qu’à l’extérieur des murs offi­ciels, une lutte paral­lèle a lieu : celle de l’éducation popu­laire.

À tra­vers la pro­vince, on retrouve plu­sieurs ini­tia­tives qui cherchent à dif­fu­ser des connais­sances aux per­sonnes qui sont à l’extérieur des réseaux offi­ciels d’éducation. À Montréal seule­ment, on compte sept centres d’éducation popu­laire (CEP) qui offrent tant des cours de fran­ci­sa­tion, des ate­liers d’initiation à la tech­no­lo­gie que des confé­rences sur l’économie, ainsi que plu­sieurs ini­tia­tives d’éducation popu­laire autour de groupes com­mu­nau­taires[1]. Ce texte abor­dera un autre type de projet, soit les uni­ver­si­tés popu­laires d’inspiration euro­péenne que l’on trouve main­te­nant au Québec, mais aussi sous diverses formes, ailleurs en Amérique du Nord ou dans des pays « émer­gents ».

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Financement des universités et reconfiguration marchande
Mutations de l'éducation supérieure

Le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés connaît de fortes modi­fi­ca­tions depuis les années 1980. Lorsqu’on l’analyse de près, ce phé­no­mène révèle un lien serré entre le détour­ne­ment des ins­ti­tu­tions d’enseignement de leur mis­sion tradi- tion­nelle de for­ma­tion d’esprits libres et com­plets et leur réduc­tion au rôle de sou­tien de la crois­sance éco­no­mique. Étudier l’évolution du finan­ce­ment des uni­ver­si­tés, c’est donc, sans grande sur­prise, étu­dier la direc­tion prise par ces der­nières.

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