Congrès QS : une volonté d’élargir l’électorat des solidaires

Le 15e Congrès de Québec solidaire a pris fin dimanche dernier et fut l’occasion d’adopter une plateforme pour les élections de 2022. Comme plusieurs l’ont indiqué, l’ensemble de la démarche devait identifier des propositions qui peuvent être réalisées dans un premier mandat. Il s’agissait de renforcer la crédibilité du parti en vue des prochaines élections. Cette orientation a été confirmée par une franche majorité de délégué. e. s. Est-ce que ce sera suffisant pour QS pour accroître même le nombre de député.e.s ? Possible. Mais au-delà de cette quête de crédibilité, se pose la question «Comment convaincre plus largement?» Point de vue sur la nécessité d’un parti de type nouveau.

Une conjoncture favorable aux solidaires

La présente conjoncture offre des occasions d’entrer en contact avec un électorat plus large. Le résultat des élections municipales est de la musique aux oreilles des solidaires ! Le rajeunissement des élu. e. s, le nombre accru des femmes dans les conseils municipaux, la diversité sont au rendez-vous des résultats. Plus, la crise au Parti libéral du Québec (PLQ) et la déroute du Parti québécois (PQ) offrent une ouverture à l’option solidaire qui amène plusieurs médias à reconnaître QS comme la réelle opposition à la Coalition avenir Québec (CAQ).

La jeunesse de l’équipe proche de Gabriel Nadeau-Dubois constitue aussi un avantage qui pourrait être stratégique dans le futur. Le grand changement de génération qu’on constate partout dans la société s’exprime jusqu’au Chili. Gabriel Boric, 35 ans, dirigeant étudiant de l’importante mobilisation étudiante et populaire de 2011-2012, , l’autre Gabriel est nez à nez avec son opposant de la droite radicale, après un premier tour de la présidence chilienne. Cet événement agit aussi comme un miroir des possibles au Québec.

La bataille sur l’environnement, la priorité électorale de QS

La déroute des puissances de la planète à trouver un accord à Glasgow participe au discrédit des personnels politiques réfractaires aux mesures audacieuses. Elle renforce évidemment la contestation anti-systémique qui n’a pas manqué de s’exprimer à Glasgow. Elle bénéficie à Québec solidaire, surtout avec l’adoption d’une cible ambitieuse. L’appel de Manon Massé à la soirée du samedi à former le premier gouvernement écologiste ne ment pas sur la priorité des solidaires pour la campagne électorale.

L’ouverture du congrès n’a pas manqué de faire une critique sévère de la COP 26 et d’écorcher les politiques de Trudeau et de Legault. Le bilan qui fut fait de ce rendez-vous par Claude Vaillancourt, président d’ATTAC et par Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, était sans équivoque : l’échec du consensus à la COP 26 est celui des partisans gouvernementaux du capitalisme vert.

Le congrès a donc abordé les enjeux en environnement dès le premier débat délibérant. Trois options concernant la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) s’étaient définies dans les consultations sur la question. Alors que la première était celle du statu quo, soit un minimum de 45 % de réduction des GES, la troisième identifiait plutôt une cible minimale de 65 %. Une option mitoyenne proposait de s’en tenir à 50 %. Or, une résolution d’urgence de la direction nationale et de la commission politique a été annoncée avant le congrès et proposait plutôt une cible d’au moins 55 %, «en se rapprochant le plus possible de la cible de 65 % encouragée par les mouvements sociaux».

L’objectif de la démarche, qui fut l’objet de consultations internes élargies, visait d’être en phase avec les mouvements écologistes. Elle cherchait aussi à rallier les différents courants au sein du parti pour lancer publiquement un message d’unité, un an avant les élections. Dès le premier tour de votation sur les options, la proposition mitoyenne assortie de la résolution d’urgence a obtenu 88 % des appuis des délégations. La résolution finale amendée fut adoptée à 93 %.

Comment atteindre une telle cible?

Les spins-doctors de la CAQ n’ont pas manqué de décrier l’irréalisme de QS. Il est vrai que l’atteinte d’une telle cible exige un profond changement de cap au Québec. Dans ce contexte, plusieurs se questionnent sur le rejet des amendements concernant les nationalisations des grands pollueurs et des entreprises voyous. En effet, elles ont toutes été battues, sauf celle sur la nationalisation du secteur des énergies renouvelables. Une nette majorité a écarté la plupart de ces amendements en vue du prochain scrutin. Autrement dit, le débat sur la plateforme n’était pas celui des nationalisations, mais celui de la crédibilité électorale. Néanmoins, ce débat sur les moyens ne perd rien pour attendre.

La transition énergétique marquée par une forte réduction des GES relance la question du projet de société que nous voulons mettre en place. Sortir des énergies fossiles est possible, mais elle ne peut se réaliser qu’au prix d’une transition antisystémique qui tourne le dos à une économie centrée sur le profit, la croissance et les énergies fossiles ainsi qu’à une culture de surconsommation.

Plus spécifiquement liée au projet indépendantiste, l’atteinte de la cible exige de disputer à l’État canadien la politique internationale. Elle demande aussi, plus globalement, de contester l’hégémonie de l’impérialisme nord-américain, première puissance des pays du Nord coincée dans les énergies fossiles. Développer des relations de solidarité avec les mouvements sociaux et partis de gauche en Amérique du Nord devient un élément stratégique fondamental plus la croissance du parti se confirme.

L’action politique des député. e. s

L’action politique des député. e. s solidaires est remarquable. Andres Fontecilla fut ovationné à l’ouverture du congrès pour avoir mis tout son poids pour bloquer l’expulsion du demandeur d’asile Mamadou Konaté, sursis confirmé le vendredi avant le début du congrès. Catherine Dorion mène une énorme bataille dans le champ culturel. Québec solidaire a contribué à l’échec de GNL et anime une solide bataille sur le 3e lien à Québec. Avec l’acharnement des député. e. s solidaires de Québec, le 3e lien est devenu un projet toxique dans le débat public au Québec. Et c’est sans parler de l’action des député. e. s dans différents champs : l’éducation, la langue, la Caisse de dépôt, l’éthique ministérielle, etc.

On doit saluer cet engagement exemplaire de l’aile parlementaire. On doit aussi constater qu’il demeure en continuité avec une interprétation étroite du parti-mouvement. Celle-ci laisse sous-entendre que le seule succès de l’action parlementaire du parti peut permettre de transformer la société.

Quelle place occupe les mouvements sociaux dans la stratégie des solidaires?

L’échec de GNL a bénéficié de l’appui de différents réseaux, tout comme le sursis obtenu pour Mamadou Konaté. Une victoire n’est pas complète en l’absence de la mobilisation sociale et le gain reste tout autant fragile. Les victoires des mouvements sociaux doivent devenir des victoires des solidaires dans les mouvements. L’appui et l’acharnement d’Andres ont donné du courage aux réseaux pour soutenir la pression sur les autorités en immigration. Celle-ci fut toutefois nécessaire pour arracher le sursis.

Avec l’élection de dix député. e. s en 2018, il y avait le défi de crédibiliser l’action parlementaire et le rôle des député. e. s auprès de la population et des mouvements. C’est dans ce contexte qu’on doit applaudir la capacité des député. e. s à faire de la politique autrement. Mais, pour expliquer et convaincre plus largement de faire bloc avec les solidaires, l’action politique du parti ne peut se réduire à sa seule construction comme mouvement, à la seule action électorale ou à la performance de ses député. e. s. Un parti comme QS a besoin d’un puissant mouvement social qui rend irréversibles ses propositions en vue de la transition énergétique et qui comble l’écart entre son programme, qui sera toujours trop exagéré pour les classes dirigeantes, et la population au Québec.

Un parti des urnes et de l’engagement social

Construire un parti comme QS est exigeant! Ça demande aux membres de ne pas réduire leur engagement à leur seule action électorale. S’engager dans un parti comme QS exige de construire aussi les mouvements sociaux, sans préalable, sans condition, sans ambition de les contrôler, dans le respect des militants.es des mouvements. Au sein du parti, il existe un mécanisme pour ce faire, ce sont les réseaux militants.

L’accroissement et le renforcement des réseaux militants du parti constituent un levier stratégique pour convaincre et élargir l’influence du parti dans toutes les sphères de la société. Tout en mettant en place ce qui est nécessaire pour réaliser la prochaine campagne électorale, la participation des membres au sein des organisations et des réseaux sociaux permet de démontrer que QS sert leurs intérêts. C’est ainsi que QS pourra contribuer à la convergence de trois défis démocratiques de notre époque : social, économique et climatique.

Ronald Cameron