Conférence de Durban sur le climat : l’agonie d’un mandat

Par Mis en ligne le 12 décembre 2011

La confé­rence de Durban sur le chan­ge­ment cli­ma­tique est ter­mi­née. Elle s’achève sur un accord sans enga­ge­ment, condam­nant à une aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture glo­bale de plus de 4°C, dont l’objectif est de diluer les res­pon­sa­bi­li­tés à tra­vers la négo­cia­tion d’un nou­veau mandat pour 2015 qui ne serait appli­cable qu’en 2020.

Le traité de Kyoto recon­nais­sait la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays indus­tria­li­sés et leur assi­gnait des objec­tifs obli­ga­toires de réduc­tion des émis­sions jusqu’en 2012 – avec un enga­ge­ment à défi­nir une deuxième période de 2012 à 2017 (article 3). Le texte de Durban n’applique pas le traité. Pour cela il aurait fallu un amen­de­ment et un pro­ces­sus de rati­fi­ca­tion des États. Il a été seule­ment « pris note » de la néces­sité d’examiner une nou­velle période d’engagements lors de la pro­chaine confé­rence, la « COP18 » qui se tien­dra à Doha (Qatar) fin 2012. Pendant ce temps, le Japon, la Russie, le Canada et d’autres pour­ront ne pas res­pec­ter les obli­ga­tions qu’ils avaient rati­fiées. Plus encore, ce pour­rait même être une aubaine pour jus­ti­fier la négo­cia­tion d’un nou­veau traité.

La posi­tion des États-Unis a gagné du ter­rain et s’est fina­le­ment impo­sée : un nou­veau pro­ces­sus de négo­cia­tions devrait s’ouvrir, chargé de défi­nir un nou­veau « cadre juri­dique » à comp­ter de 2020. Appliqué à tous les pays, sans dis­tinc­tion et sans être léga­le­ment contrai­gnant, ce nou­veau cadre enter­re­rait défi­ni­ti­ve­ment ce qui a consti­tué le fon­de­ment de la Convention climat de l’ONU en 1992 : la recon­nais­sance d’une res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays indus­triels. Il éta­bli­rait dans un texte commun les enga­ge­ments et pro­messes des dif­fé­rents pays, ce qui, en l’état actuel des choses, condui­rait à un réchauf­fe­ment de plus de 4°C en 2050.

Des enga­ge­ments finan­ciers avaient été annon­cés à Copenhague par les pays indus­tria­li­sés (10 mil­liards par an jusqu’à 2012, 70 mil­liards par an jusqu’à 2020 et 100 mil­liards par an à partir de cette date). La mise en place de ce « fonds vert » a été l’appât et le moyen de pres­sion à Copenhague et à Cancún. Mais, sur les mil­liards promis à Copenhague, les pays du Sud ne voient tou­jours rien venir. Aujourd’hui les seuls moyens de finan­ce­ment concrè­te­ment envi­sa­gés pour finan­cer la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique sont des fonds privés atti­rés par les mar­chés du car­bone. C’est la raison essen­tielle de la défense du pro­to­cole de Kyoto par l’Union euro­péenne, sou­cieuse de l’effondrement du marché euro­péen.

La ges­tion de ce fonds sera confiée, pour l’essentiel, à la Banque mon­diale, et les entre­prises pour­raient y avoir direc­te­ment accès. La Banque mon­diale s’est éga­le­ment posée comme acteur cen­tral et contrô­leur des trans­ferts de tech­no­lo­gies, avec notam­ment les expé­ri­men­ta­tions en matière de géo-engé­nie­rie, pour les­quelles il existe un mora­toire de l’ONU qui pour­rait être détourné par la Banque. Dans la même logique, même si cela n’a pas été retenu cette fois dans le texte, l’agriculture devien­drait un pour­voyeur de ces mar­chés, en ce qu’elle per­met­trait en pre­mier de séques­trer le car­bone émis ailleurs. La Banque mon­diale a entamé le pro­ces­sus en dehors des textes onu­siens, comme elle l’a fait pour la défo­res­ta­tion. Elle est à ce titre l’expérimentatrice des­dits finan­ce­ments inno­vants. Dans le même esprit, la séques­tra­tion et le sto­ckage du car­bone ont été recon­nus à Durban comme étant des « Mécanismes de déve­lop­pe­ment propre » pour le plus grand bon­heur des entre­prises qui pour­ront ainsi gagner des cré­dits d’émission en conti­nuant à extraire les éner­gies fos­siles.

Au moment où les rap­ports scien­ti­fiques convergent pour dire l’urgence des chan­ge­ments à mettre en œuvre, ce sommet des Nations unies res­tera celui du grand renon­ce­ment. Aujourd’hui, c’est clai­re­ment le rôle des popu­la­tions d’imposer d’autres choix à une diplo­ma­tie cli­ma­tique sou­mise, plus que jamais, aux inté­rêts géo­po­li­tiques et aux lob­bies éco­no­miques et finan­ciers. Crise cli­ma­tique, crise éco­no­mique et sociale, crise démo­cra­tique ne sont pas dis­jointes. Tout en affir­mant notre soli­da­rité concrète avec ceux qui vivent déjà les consé­quences du chan­ge­ment cli­ma­tique, c’est à nous tous de lier et arti­cu­ler nos pro­po­si­tions de tran­si­tion, et de pour­suivre la construc­tion de rap­ports de force pou­vant débou­cher sur les trai­tés inter­na­tio­naux dont nous avons besoin pour répondre au ter­rible défi du chan­ge­ment cli­ma­tique.

AITEC/​Attac France,
Paris, le 12 décembre

Les commentaires sont fermés.