COMPTE RENDU

Copenhague : les activistes restent mobilisés, espérant déjouer l’imposant dispositif policier

Par Mis en ligne le 15 décembre 2009

La mobi­li­sa­tion des acti­vistes se main­tient à Copenhague, après le succès de la mani­fes­ta­tion de samedi. Le col­lec­tif Climate Justice Action (CJA) veut tenter d’investir, mer­credi 16 décembre, le Bella Center, où se tient la confé­rence des Nations unies sur le climat, « afin d’y tenir une assem­blée du peuple » sous le slogan « Reclaim power ! » (Reprenez le pou­voir !). Le col­lec­tif juge en effet que le pro­ces­sus de négo­cia­tion « fait partie d’un sys­tème éco­no­mique cor­rompu qui place les pro­fits des grandes entre­prises avant les besoins du peuple » ; le CJA dénonce les « solu­tions injustes et basées sur le marché » qui seraient choi­sies par les gou­ver­ne­ments.

Plusieurs groupes espèrent déjouer par leur sou­plesse l’imposant dis­po­si­tif poli­cier. Selon Rebecca William, du centre de presse du CJA, « d’après le nombre d’activistes logés dans les espaces col­lec­tifs, on estime que 4 000 per­sonnes sont venues par­ti­ci­per ». L’autre grand col­lec­tif, Climate Justice Now, regrou­pant le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste, a annoncé qu’il sou­te­nait cette jour­née de mobi­li­sa­tion de mer­credi.

D’ici là, des actions ont lieu tous les jours : dimanche matin, mani­fes­ta­tion devant le siège d’une grande firme danoise ; lundi, actions sur le thème des poli­tiques d’immigration et des migrants cli­ma­tiques ; mardi sou­tien à l’agriculture pay­sanne.

Cette effer­ves­cence mili­tante s’appuie sur le succès de la mani­fes­ta­tion de samedi 12 décembre, qui a réuni plus de 50 000 per­sonnes (30 000 selon la police, 100 000 selon les orga­ni­sa­teurs) entre la place du Parlement, au centre de Copenhague, et le Bella Center, à six kilo­mètres de là.

Dès 13 heures, une foule dense était réunie sur et autour de la place, sous un ciel bleu lim­pide. Malgré le froid, l’ambiance était joyeuse et fes­tive, éton­nam­ment jeune, mêlant éco­lo­gistes de toutes les nuances, mili­tants de partis de gauche, et de très nom­breux citoyens danois sans affi­lia­tion venus exiger une poli­tique forte de pré­ven­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique.

La marche était ouverte par les repré­sen­tants des peuples indi­gènes. Tout au long du long cor­tège, pan­cartes jaunes, ban­de­roles blanches, rouges ou vio­lettes, dra­peaux et bal­lons mul­ti­co­lores pro­cla­maient « Bla bla bla, Act now » (Le blabla, ça suffit, agis­sez), « Grow soli­da­rity, no eco­nomy » (Faites croître la soli­da­rité, pas l’économie), « Change the poli­tics, not the cli­mate » (Changez la poli­tique, pas le climat), « Climat jus­tice now » (Maintenant, jus­tice cli­ma­tique). L’anglais n’a pas eu tota­le­ment le mono­pole des slo­gans puisqu’on a vu aussi « La pla­nète, tu la res­pectes ou tu la quittes » (en fran­çais) et « Grön Kapitalism exi­te­rar int » (Le capi­ta­lisme vert, ça n’existe pas), en danois.

Parmi les mani­fes­tants – dont de nom­breux couples venus avec leurs enfants en pous­sette – défi­laient des orchestres, des moines boud­dhistes, des clowns, des per­sonnes dégui­sées en cari­bous ou en ours polaires, des punks, etc.

968 inter­pel­la­tions

Contrairement aux orga­ni­sa­tions poli­tiques de gauche danoises, aux éco­lo­gistes de Friends of the Earth (Amis de la Terre) et de Greenpeace, les syn­di­cats étaient peu pré­sents, à l’exception des Belges du CNE. De France étaient venus José Bové (Europe Ecologie), Cécile Duflot (Les Verts), Olivier Besancenot (Nouveau Parti anti­ca­pi­ta­liste), Corinne Morel-Darleux (Parti de gauche).

Peu avant 15 heures, trois pétards explo­sifs très bruyants ont été tirés par des Black blocks – tech­nique de mani­fes­ta­tion qui passe notam­ment par une tenue en noir – sur le minis­tère des affaires étran­gères. Dans la confu­sion, les Black blocks se sont rapi­de­ment dis­per­sés. Un autre inci­dent s’est pro­duit en fin d’après-midi, avec l’incendie de quatre voi­tures près d’un squat. Au total, la police, dis­po­sant de pou­voirs éten­dus selon une loi votée en novembre, a inter­pellé 968 per­sonnes, relâ­chées dans la soirée. Quatre per­sonnes ont été incul­pées.

Mais ces inci­dents n’ont pas terni le succès de la mani­fes­ta­tion popu­laire, la pre­mière qui ait atteint une telle impor­tance lors d’une confé­rence sur le climat.

Hervé Kempf

* Article paru dans le Monde, édi­tion du 15.12.09. LE MONDE | 14.12.09 | 14h26 • Mis à jour le 14.12.09 | 14h26.


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