Comprendre le capitalisme aujourd’hui

Marx et d’autres ont ouvert des « chantiers » que nous continuons à déchiffrer. Dans le marxisme, il y a des éléments de « scientificité » qui représentent des constructions théoriques adéquates pour comprendre le réel. Mais ces éléments sont mêlés à toutes sortes de bifurcations qui s’avèrent à la longue inutiles et nuisibles. C’est ainsi que le corpus théorique auquel se réfère la gauche doit être compris comme un « laboratoire », un « work-in-progress ». Pour explorer ces chantiers, les intellectuels doivent considérer un certain nombre d’autres éléments. Une des richesses du marxisme est l’importance que Marx et d’autres accordent à la relation dialectique entre théorie et pratique, appelée « praxis ».

Pour les intellectuels de gauche, le point de départ doit carrément être le refus d’une quelconque «tour d’ivoire», même de «gauche». Deuxième considération, le travail intellectuel ne se fait pas seulement à l’université, mais dans tous les lieux et sites où il y a production de connaissances. Parmi ces lieux et sites, il y a les mouvements populaires où les masses sont en lutte. Ces masses disposent de riches savoirs, elles réfléchissent sur ce savoir et produisent de nouvelles connaissances et de nouvelles théories. Le critère décisif de ces savoirs et de ces connaissances relève de la pratique. Il vaut la peine de rappeler la réflexion de Mao à cet effet :

Pour connaître un phénomène, il faut participer personnellement à la lutte pratique qui vise à transformer la réalité, à transformer ce phénomène ou cet ensemble de phénomènes, car c’est le seul moyen d’entrer en contact avec eux en tant qu’apparences (…) Le point de vue de la vie, de la pratique, doit être le point de vue premier, fondamental de la théorie de la connaissance (De la pratique).

Par contre, ces savoirs, tous les savoirs en fin de compte, n’apparaissent pas «spontanément». Ils ressortent d’un effort de systématisation et de synthèse exigeants :

La tâche véritable de la connaissance consiste à s’élever jusqu’à la compréhension progressive des contradictions internes des choses, des phénomènes tels qu’ils existent objectivement, jusqu’à la compréhension de leurs lois, de la liaison interne des différents processus, c’est-à-dire qu’elle consiste à aboutir à la connaissance logique (De la contradiction).

Les savoirs et les connaissances sont des productions, des constructions, des élaborations qui requièrent des enquêtes, des hypothèses théoriques, des élaborations, qui n’ont pas vraiment de fin, et qui exigent un travail scientifique continu. Encore une fois, la réflexion de Mao est pertinente :

Dans le processus général du développement de l’univers, le développement de chaque processus particulier est relatif. Par conséquent, dans le flot infini de la vérité absolue, la connaissance qu’ont les hommes d’un processus particulier à chaque degré de son développement n’est qu’une vérité relative. (…) Dans son développement, un processus objectif est plein de contradictions et de luttes, il en est de même d’un mouvement de la connaissance humaine. Le mouvement de transformation, dans le monde de la réalité objective, n’a pas de fin, et l’homme n’a donc jamais fini de connaître la vérité dans le processus de la pratique. (De la contradiction).