Comparaison des crises de 1929 et d’aujourd’hui. Crises, bulles, spéculations

Par Mis en ligne le 04 décembre 2011

PDF - 307.2 koFritz Weber, Historien de l’économie spé­cia­lisé dans l’histoire du mou­ve­ment syn­di­cal et des banques en Europe cen­trale aux xixe et xxe siècles. Ses der­niers livres portent sur l’histoire de la gauche du Parti socia­liste autri­chien lors de la recons­truc­tion après 1945 et sur la pré­his­toire de la crise finan­cière en Autriche.

Le monde a connu un krach finan­cier à l’automne 2008, qui a conduit les mar­chés finan­ciers au bord de l’effondrement. Le calme est revenu ensuite (plus exac­te­ment un retour au calme orga­nisé) jusqu’à ce qu’un autre pro­blème crée de nou­velles tur­bu­lences. Maintenant, ce sont les États qui – parce qu’ils ont (pré­ten­du­ment ou réel­le­ment) « vécu au-dessus de leurs moyens » et contracté des dettes – se retrouvent sur le banc des accu­sés. Les mar­chés sont acquit­tés. On leur permet, sans les gêner, d’investir de nou­veaux ter­rains de spé­cu­la­tion, comme les matières pre­mières ou les pro­duits ali­men­taires. L’addition sera tou­te­fois payée, comme tou­jours, par d’autres.

Ce pro­blème n’est pas nou­veau : au cours des quatre der­niers siècles, une crise finan­cière a éclaté en moyenne tous les dix ans1. Ces per­tur­ba­tions ont aussi été la norme au cours du xxe siècle, sauf entre 1945 et 1971. Au cours de cette période, les mar­chés finan­ciers étaient stric­te­ment régulés2. Mais à partir des années 1980, les digues ont été éliminées3.

Le résul­tat n’est pas sur­pre­nant : d’après des recherches du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI), il y a eu, durant les deux décen­nies qui ont suivi 1975, 158 crises moné­taires et 54 crises ban­caires (pour la plu­part dans les pays en voie de déve­lop­pe­ment et émer­gents), qui ont sus­cité en moyenne une réces­sion de 8 % du PIB, et même de 11,5 % pour les crises ban­caires, aux États-Unis, au Japon et ailleurs4.

Comme l’écrit l’historien de l’économie alle­mand, Werner Plumpe : « à l’échelle du monde, les tur­bu­lences moné­taires ont aug­menté depuis les années 1980. […] La confi­gu­ra­tion déjà connue au xixe siècle d’un pro­ces­sus de crises mul­tiples consti­tué de crises conjonc­tu­relles, d’excès de spé­cu­la­tion et de crises moné­taires et de la dette est de retour. » 5

Un parallèle avec 1929 ?

La ques­tion du paral­lèle entre la crise éco­no­mique mon­diale de 1929 et celle d’aujourd’hui est sou­vent posée. L’évidence sta­tis­tique tout comme la recherche sur les causes plaident en sens contraire6.

Quand on évoque la crise de 1929, la plu­part pensent au krach bour­sier de Wall Street en octobre 1929. L’éclatement de la bulle spé­cu­la­tive des actions n’a tou­te­fois été que le révé­la­teur de la dépres­sion mon­diale. Ses causes sont à recher­cher dans de nom­breuses dérives de l’économie mon­diale qui, pour une part, ont à voir avec la Première Guerre mon­diale. Seuls les États-Unis connais­saient la pros­pé­rité en 1929 ; en Europe, les années 1920 étaient beau­coup moins celles d’un « âge d’or ».

Le déclen­che­ment de la crise éco­no­mique mon­diale a aussi mis en lumière les pro­blèmes cachés des banques euro­péennes. Elle a culminé dans une crise finan­cière aiguë, qui a débuté avec la faillite de la Österreichische Creditanstalt en mai 1931 pour gagner rapi­de­ment l’Allemagne et la Grande-Bretagne et aggra­ver la crise indus­trielle.

Contrairement à 2008 tou­te­fois, les pro­blèmes des banques n’étaient pas la cause mais la consé­quence des pro­blèmes de l’industrie. Et la puis­sance du capi­tal finan­cier repo­sait sur les liens étroits avec l’industrie, et non pas comme aujourd’hui sur une sépa­ra­tion voulue.

Ce qui est arrivé en 2008 a été le résul­tat, selon le Premier ministre bri­tan­nique Gordon Brown, d’une poli­tique menée depuis trois décen­nies et qu’on peut décrire comme la domi­na­tion du néo­li­bé­ra­lisme dans l’économie7. Cette ère de confiance aveugle dans le marché n’est pas ter­mi­née, loin s’en faut. Le combat pour l’hégémonie dans le débat sur les poli­tiques éco­no­miques vient au contraire seule­ment de com­men­cer. Ce sont seule­ment les thèmes qui ont changé. On ne parle plus de la défaillance des mar­chés finan­ciers et des pra­tiques témé­raires des banques et de leurs diri­geants mais – voir la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et peut-être bien­tôt la France – des erreurs des diri­geants et des dettes publiques. Les excès du capi­ta­lisme de casino, qui a inventé des titres et les a fait cir­cu­ler dans la sphère finan­cière alors que per­sonne n’en com­pre­nait les risques, ne doivent pas être oubliés. Ils sont la vraie cause du pro­blème des dettes sou­ve­raines.

Alors que la spé­cu­la­tion s’est en partie dépla­cée vers les matières pre­mières, les métaux pré­cieux et les pro­duits ali­men­taires et qu’existe le risque de nou­velles bulles dan­ge­reuses, une autre partie se concentre sur l’isolement et la chasse des États finan­ciè­re­ment « voyous », sus­cep­tibles d’être décla­rés indignes d’obtenir des cré­dits. Les mêmes agences de nota­tion qui ont accordé à la légère et de façon cri­mi­nelle un triple A aux légen­daires sub­primes, cause de la récente crise finan­cière, dégradent main­te­nant les obli­ga­tions d’État en junk bonds et tra­vaillent pour les mêmes « chas­seurs de bonus » qui ont pré­cé­dem­ment convaincu le gou­ver­ne­ment grec de faire de la corde raide avec des mesures finan­cières ris­quées et qui vou­draient aujourd’hui avec leurs mau­vais conseils assai­nir le pays jusqu’à le détruire.

Le pré­tendu « sau­ve­tage » des États est au fond un projet idéo­lo­gique qui ne sert en fin de compte qu’à sauver les banques créan­cières. Naguère, on appe­lait cela la « socia­li­sa­tion des pertes ». Ce pro­ces­sus peut dans des situa­tions extrêmes être ration­nel pour le sys­tème car les crises finan­cières aiguës ont leur dyna­mique propre et – une fois lan­cées – sont dif­fi­ciles à remettre sous contrôle. Il faut noter ici que les requins de la finance sont deve­nus si puis­sants qu’ils ont été en mesure depuis un an déjà de ral­lier à leurs vues une UE très indé­cise.

La crise est-elle passée ?

La crise finan­cière a été trai­tée en urgence en 2008 et 2009 par des inter­ven­tions conver­gentes des banques cen­trales et des gou­ver­ne­ments en Europe et aux États-Unis. Mais elle n’est pas encore sur­mon­tée. Comme en 1929, l’amélioration de la situa­tion éco­no­mique est aujourd’hui mena­cée par des sur-réac­tions des gou­ver­ne­ments et de ce qu’on appelle les « mar­chés ». Une accen­tua­tion de la crise est fon­da­men­ta­le­ment pen­sable – au-delà de toutes les dif­fé­rences avec 1929. Mais le dérou­le­ment de la crise est dif­fé­rent : en 1929 la crise est appa­rue dans l’économie réelle (dans l’agriculture et l’industrie) pour atteindre deux ans plus tard – en 1929 – le sec­teur finan­cier et, à partir de là, ren­for­cée par des erreurs de poli­tique éco­no­mique, réagir sur l’économie réelle.

Ce danger existe fon­da­men­ta­le­ment aujourd’hui aussi, sur­tout si les États s’attaquent pré­ma­tu­ré­ment et de façon exa­gé­ré­ment dog­ma­tique aux défi­cits créés par la socia­li­sa­tion des pertes (mot-clé : réduc­tion des défi­cits). D’un autre côté, il existe des fac­teurs de ralen­tis­se­ment de la crise, comme par exemple la dyna­mique de crois­sance qui existe tou­jours dans les pays émer­gents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil8.

Les débuts de la domi­na­tion du « capi­tal finan­cier » ont été ana­ly­sés avant la Première Guerre mon­diale par des pen­seurs mar­xistes comme Rudolf Hilferding. Mais c’est seule­ment au cours des vingt der­nières années que le sec­teur finan­cier est devenu le maître du monde, au sens empha­tique du terme. Libérées de toutes les contraintes régu­la­trices, les banques et les « banques fan­tômes » (Fonds) ont joué une par­ti­tion sur laquelle les mar­chés finan­ciers et l’économie réelle mon­diale ont dansé : en 1980, le PIB mon­dial, avec 12 000 mil­liards de dol­lars, dépas­sait encore l’accumulation finan­cière (10 100 mil­liards de dol­lars). Seize ans plus tard, le PIB mon­dial était de 48 300 mil­liards de dol­lars, contre 167 000 mil­liards de dol­lars pour la finance, dont 100 000 mil­liards de dol­lars pour les patri­moines finan­ciers privés9.

En 2010, la valeur totale des biens et des ser­vices pro­duits dans le monde (le PIB total) était de 63 000 mil­liards de dol­lars. Le volume des échanges d’actions et d’obligations, avec 87 000 mil­liards de dol­lars, la dépas­sait de 40 %. Le volume nomi­nal estimé des tran­sac­tions sur les pro­duits déri­vés hors bourses se mon­tait la même année à 601 000 mil­liards de dol­lars ; le volume des tran­sac­tions moné­taires (extra­polé sur la base des échanges d’avril 2010) a atteint le mon­tant de rêve de 955 000 mil­liards de dol­lars, c’est-à-dire presque quinze fois la valeur du PIB mon­dial. Tout cela illustre ce que peut avoir d’illusoire la capa­cité d’intervention des États et des banques cen­trales en cas de panique finan­cière.

Le ballet des acteurs de la finance n’est pas encore ter­miné. Mais on en a fini avec une chi­mère en tout cas : l’idée que le gon­fle­ment du sec­teur finan­cier peut dura­ble­ment créer de la richesse sociale, de la crois­sance et des emplois, sans que les banques jouent leur rôle tra­di­tion­nel de finan­ce­ment de l’économie réelle. En réa­lité, la forte crois­sance de la valeur dans le sec­teur finan­cier repo­sait sur la sous-esti­ma­tion sys­té­ma­tique des risques et de l’accumulation de gains imaginaires10.

Il y a banque et banque

Il faut avant tout redi­men­sion­ner un sec­teur finan­cier trop gonflé. Mais il faut dis­tin­guer deux types de banques : celles dont l’activité prin­ci­pale est aujourd’hui comme hier de mettre du crédit à la dis­po­si­tion du sec­teur pro­duc­tif et celles dont les acti­vi­tés sont spé­cu­la­tives, jusqu’aux « banques fan­tômes », et parmi elles d’abord les hedge funds. Les banques d’affaires ont res­senti prin­ci­pa­le­ment la vague secon­daire du choc de 2008, quand la crise a gagné l’économie réelle et s’est trans­for­mée en crise mon­diale du crédit et de la confiance, ce qui a menacé d’assécher les canaux de refi­nan­ce­ment.

L’économie est pour une large part psy­cho­lo­gie (par­ti­cu­liè­re­ment dans le sec­teur finan­cier), et a à voir avec la confiance et une vision opti­miste de l’avenir. Chaque crise finan­cière se tra­duit par une inver­sion, de l’euphorie à une névrose aiguë de panique. À la fin de 2008, la méfiance entre les banques avait atteint un niveau propre à para­ly­ser le marché moné­taire. Comme les banques d’affaires refu­saient de se prêter de l’argent entre elles, les banques cen­trales et les gou­ver­ne­ments ont sauté dans la brèche. Le gou­ver­neur de la banque cen­trale espa­gnole a décrit ainsi cette situa­tion dan­ge­reuse :

« Le com­merce inter­ban­caire ne fonc­tionne pas, ce qui enclenche un cercle vicieux : les consom­ma­teurs ne consomment plus, les entre­prises n’entreprennent pas, les inves­tis­seurs n’investissent pas et les banques ne prêtent pas. Nous sommes face à une para­ly­sie presque totale… » 11.

C’est en fait le scé­na­rio du pire, qui crée les dépres­sions – qui n’est par hasard un mot venu de la psy­chia­trie. Et, en effet, les mar­chés et les bourses ne connaissent que deux états : maniaque et dépres­sif. Si on laisse la mala­die se déve­lop­per ; on arrive à ce que nous vivons aujourd’hui.

On pour­rait penser que les banques spé­cu­la­tives ont tiré les leçons de leur mésa­ven­ture. Si seule­ment c’était un casino, comme le pensent beau­coup ! Mais il s’agit d’une véri­table indus­trie finan­cière qui – mue par la chasse à l’argent rapide – a conti­nué (ou presque) comme avant 2008. Voir l’UBS, où la direc­tion de la banque laisse un jeune joueur jouer pour son propre compte aussi long­temps que cela marche. Si cela va mal, on le fait arrê­ter.

Comme au cours de la crise mon­diale de 1929, il manque au mini­mum des règles strictes – si on consi­dère qu’on ne peut pas se débar­ras­ser tout de suite du capi­ta­lisme comme sys­tème. Aux États-Unis, le Glass-Seagal Act a tracé une fron­tière stricte entre banques d’investissement et banques com­mer­ciales « nor­males ». L’abrogation de cette loi en 1999 sous Bill Clinton a contri­bué lar­ge­ment à la gra­vité de la crise de 2008.

Le sec­teur finan­cier, qui a grandi de façon gigan­tesque, est enchâssé dans un nou­veau sys­tème capi­ta­liste où le sec­teur indus­triel est négligé car les divi­dendes tirés de l’investissement finan­cier sont net­te­ment plus élevés. Pour l’économie réelle, on a inventé de nou­velles « théo­ries » comme celle de la valeur pour l’actionnaire, où le gain rapide à n’importe quel prix a été élevé en prin­cipe suprême. Là encore, ce sont prin­ci­pa­le­ment les inves­tis­seurs finan­ciers (banques, fonds, assu­rances) qui en ont tiré profit.

Dans les pays indus­tria­li­sés, tout cela a conduit à la baisse de la part des salaires. Aux États-Unis, l’écart entre pauvres et riches, écrit même la Neue Zür­cher Zeitung (NZZ), serait « entre-temps devenu plus élevé que dans les répu­bliques bana­nières tra­di­tion­nelles ». Le 1 % le plus riche de la popu­la­tion amé­ri­caine acca­pare aujourd’hui (chiffres de 2007) plus de 18 % du revenu natio­nal. Les salaires les plus élevés équi­valent à 531 fois le salaire moyen. En 1980, le rap­port était encore de 1 à 4112. Il est inté­res­sant de noter qu’en 1929, cette extrême répar­ti­tion des reve­nus était sem­blable à ce qu’elle est aujourd’hui. Le 1 % le plus favo­risé acca­pa­rait 18,4 % de tous les reve­nus, contre 18,3 % en 200713. Il serait inté­res­sant de savoir, pour la recherche sur les causes des crises finan­cières, si une telle confi­gu­ra­tion porte en germe la for­ma­tion de bulles spé­cu­la­tives.

Dans une éco­no­mie fermée, on devrait assis­ter à une inévi­table crise de sous-consom­ma­tion. Le néo­li­bé­ra­lisme a résolu le pro­blème de façon « créa­tive » : la délo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion dans des pays à faibles salaires a ouvert un espace pour la baisse des salaires réels dans les éco­no­mies riches, ce qui permet et élar­git les com­por­te­ments tra­di­tion­nels de consom­ma­tion. Un exemple : dans l’industrie tex­tile amé­ri­caine les salaires horaires étaient de 15,10 dol­lars en 2002, au Mexique ils étaient de 2,30 dol­lars, en Inde de 0,40 et au Bangladesh de 0,2514. Il est donc normal que nos T-shirts ne viennent pas des États-Unis.

Mais la stra­té­gie glo­bale des bas prix se révèle de plus en plus inadap­tée à l’assainissement des finances publiques. Elle atteint pré­ci­sé­ment les couches à faible revenu dans les « pays riches », ces groupes aux­quels Keynes prê­tait, il y a 75 ans, une forte incli­na­tion mar­gi­nale à la consom­ma­tion. Les aug­men­ta­tions ou dimi­nu­tions de reve­nus influent plus direc­te­ment sur la consom­ma­tion des ménages à reve­nus modestes car leur incli­na­tion et leur capa­cité à l’épargne sont plus faibles du fait de leur revenu. C’est le point de départ, du point de vue sys­té­mique, de la dis­cus­sion sur la fis­ca­lité.

De « nouveaux » vieux dangers

Le danger des crises finan­cières, c’est qu’elles s’étendent à ce qu’on appelle l’économie réelle – c’est-à-dire celle qui pro­duit réel­le­ment – et qu’elles déclenchent ainsi une réac­tion en chaîne vers le bas. Que cela arrive ou non dépend en partie de la poli­tique éco­no­mique mise en œuvre. Le danger n’est pas écarté de voir suc­cé­der à la pre­mière réac­tion à la crise en 2009, qui était rai­son­nable et quasi key­né­sienne, une période de plu­sieurs années d’orthodoxie des poli­tiques éco­no­miques qui – comme en 1929 – aggra­ve­rait la crise de l’économie réelle pour devoir en fin de compte être à nou­veau cor­ri­gée de manière inter­ven­tion­niste. On pour­rait prendre comme exemple de cette riposte celui des États-Unis : sous la pres­sion de « l’opinion publique », le gou­ver­ne­ment de Roosevelt est revenu en 1937 à l’équilibre bud­gé­taire, après la période de New Deal. La consé­quence a été un nouvel effon­dre­ment éco­no­mique qui n’a pu être sur­monté que grâce au réar­me­ment du fait de la Deuxième Guerre mon­diale.

Aujourd’hui aussi, on demande la réduc­tion à tout prix des défi­cits. Nul besoin d’imaginer ce qui advien­drait si tous les pays de la zone euro optaient pour les res­tric­tions bud­gé­taires. On peut le lire dans un article de NZZ sur l’Irlande :

« Selon [l’agence de nota­tion] Moody’s, du fait du pro­gramme d’économies, le temps qu’il faudra à l’économie irlan­daise pour se remettre est incer­tain […]. Cette décla­ra­tion dit impli­ci­te­ment que la forte cure d’austérité du pays pour­rait se tra­duire par une spi­rale des­cen­dante. Elle condui­rait à la sup­pres­sion de postes dans le sec­teur public, davan­tage de chô­mage, une demande en baisse et des ren­trées fis­cales plus faibles, ce qui néces­si­te­rait en retour de nou­velles coupes bud­gé­taires. Le gou­ver­ne­ment irlan­dais espère néan­moins que la poli­tique d’austérité per­met­tra au pays de retrou­ver à moyen terme sa cré­di­bi­lité sur les mar­chés finan­ciers, l’assainissement des finances publiques et le retour de la crois­sance. Dans ce scé­na­rio, la poli­tique d’exportation joue­rait un rôle impor­tant » 15.

La sol­va­bi­lité vient tou­jours d’ailleurs. Si chaque pays adopte cette poli­tique, la somme sera nulle. Qu’il faille réduire le défi­cit bud­gé­taire irlan­dais dû à la poli­tique insou­ciante du passé, cela ne fait aucun doute. Il était de 12 % du PIB en 2010 ; si on y ajoute l’aide publique aux banques, il atteint 32 % 16.

Si on rem­place l’Irlande par l’Autriche, si on se reporte aux années 1930 et si on écrit poli­tique défla­tion­niste au lieu d’austérité, on obtient – y com­pris pour la répar­ti­tion du far­deau de la crise – un paral­lèle aussi par­fait que pré­oc­cu­pant avec l’époque de la crise éco­no­mique mondiale17. En Espagne comme en Irlande, une récente étude de l’OCDE sug­gère des aug­men­ta­tions d’impôts en Espagne (à sup­po­ser que le plan gou­ver­ne­men­tal de réduc­tion du défi­cit bud­gé­taire de 11,1 % en 2009 à 6 % en 2010 soit mis en œuvre), entre autres, comme en Autriche en 1931, par l’augmentation de la TVA. L’étude tonne contre la « pro­tec­tion exces­sive des contrats à durée indé­ter­mi­née » et pro­pose la réduc­tion des pen­sions à tra­vers l’augmentation de la durée de coti­sa­tion de 15 ans actuel­le­ment à la durée totale d’activité18.

Ce type de poli­tique est sans fin. Ce que signi­fient les coupes extrêmes est illus­tré par l’exemple grec : selon le plan gou­ver­ne­men­tal, le défi­cit bud­gé­taire devait être réduit en 2011 de 14 mil­liards d’euros par rap­port à 2010, et passer ainsi de 15,4 % du PIB en 2010 à 7,4 % en 2011. On n’en parle plus main­te­nant. Le défi­cit bud­gé­taire res­tera à 9,5 %, et le PIB va encore bais­ser de 5,5 %, et de 2 % à nou­veau en 2012. D’après les der­nières infor­ma­tions, les sala­riés du public gagne­ront 40 % de moins à l’avenir, les pen­sions aussi seront à nou­veau diminuées19. Dès 2010, la consom­ma­tion privée a baissé de 40 % par rap­port à l’année pré­cé­dente ; comme consé­quence de la poli­tique d’austérité, le chô­mage a doublé de volume20. En Espagne aussi, le chô­mage est à plus de 20 %, plus élevé que jamais. En Andalousie, il s’est appro­ché de 30 % en 2010 ; plus de 40 % des moins de vingt ans sont sans emploi21.

Même sans tenir compte des consé­quences sur l’économie réelle, la crise finan­cière est loin d’être sur­mon­tée, même aux États-Unis. Là-bas, l’éclatement de la pro­chaine bulle immo­bi­lière pour­rait mettre près de la moitié des banques en faillite22. Pour les banques euro­péennes, le danger ne vient pas seule­ment – comme on essaie de nous le faire croire – des dettes sou­ve­raines, mais de façon géné­rale des dettes pour­ries, de la fai­blesse des fonds propres – un pro­blème qui exis­tait aussi en 1929 –, des pertes exter­na­li­sées qui n’apparaissent pas dans le bilan des banques elles-mêmes.

Si l’on ne savait pas que le mal est plus pro­fond, on pour­rait dire : il faut réfor­mer les banques. La vraie dimen­sion des pro­blèmes révé­lés avec le krach de 2008 a été décrite par l’économiste amé­ri­cain Kenneth Rogoff : « Eux [les poli­tiques] ont garanti à peu près tous les cré­dits de la terre et jeté un filet sur le sys­tème finan­cier mon­dial ». Cela a certes « stoppé la panique », mais en même temps engen­dré un « monstre », un sys­tème où c’est le contri­buable qui porte le risque. L’enjeu est aujourd’hui de « domp­ter » ce monstre23.

Mais il n’est pas ques­tion de domp­ter qui que ce soit. Il suffit de penser au plus récent scan­dale de la banque suisse UBS. De façon géné­rale, on peut dire que les banques et « banques fan­tômes » – notam­ment les amé­ri­caines – prennent les mêmes hauts risques qu’avant 2008. Les domp­ter appa­raît rela­ti­ve­ment plus simple là où les banques ont conduit des pays entiers au bord de la ruine – ce qui les a for­te­ment affai­blies, comme en Islande ou en Irlande. Aux États-Unis ou au Royaume-Uni en revanche, le capi­tal finan­cier oppose une forte résis­tance aux ten­ta­tives d’introduire de nou­velles règles. Pour reve­nir à un concept ancien mais utile : une lutte pour l’« hégé­mo­nie » sur les ques­tions de poli­tique éco­no­mique est enga­gée.

L’argument fal­la­cieux des néo­li­bé­raux est pour l’instant le souci des défi­cits publics et la sta­bi­lité moné­taire. Dans le lan­gage neutre de la NZZ : « Du point de vue de beau­coup d’acteurs des mar­chés, […] les mesures jusqu’alors prises dans la zone euro ne consti­tuent pas une solu­tion durable ». Pour la pre­mière fois depuis la fin des années 1940, le jour­nal pour­suit : « Dans les pays éco­no­mi­que­ment déve­lop­pés, il sub­siste le risque que cer­tains pays ne soient plus en mesure de faire face inté­gra­le­ment à leurs obli­ga­tions ». C’est dans la péri­phé­rie de la zone euro que le danger serait le plus grand, mais il « pour­rait bien­tôt gagner d’autres pays, y com­pris le Japon et les États-Unis » 24.

Cela fonc­tionne, comme sou­vent dans des sys­tèmes de pensée fermés, comme une pro­phé­tie auto-réa­li­sa­trice. Mais ce n’est que la moitié de la vérité des spé­cu­la­teurs : depuis la période où les banques se sont brûlé les doigts à l’automne 2008, d’immenses quan­ti­tés de capi­tal à la recherche de pro­fits errent sur tous les mar­chés où il est pos­sible de faire rapi­de­ment de l’argent grâce à la spé­cu­la­tion : ceux des métaux, des céréales ou même des obli­ga­tions d’État, que l’on a pour­ries et que main­te­nant la BCE garan­tit.

Et qu’arrivera-t-il quand tous les bud­gets seront en équi­libre ? La grande reprise ou – comme après 1929 – la dégrin­go­lade dans la spi­rale de la dépres­sion ? Que peut-on dire trois ans après le krach ? En 1930 aussi, on tra­çait des pers­pec­tives roses pour l’avenir de l’économie mon­diale, avant que la crise finan­cière ne frappe de plein fouet le monde entier en 1931 et n’aggrave la crise éco­no­mique. Ce n’est pas un hasard si la crise finan­cière a démarré avec les banques – comme la Österreichische. Credit-Anstalt für Handel und Gewerbe qui, dans l’illusion d’une conjonc­ture favo­rable (qui n’est jamais venue) a pra­ti­qué pen­dant des années une poli­tique de crédit plus qu’optimiste et for­te­ment expansionniste25.

Ce n’est pas un hasard non plus si les vic­times prin­ci­pales de la crise finan­cière ouverte en 2008 ont été les banques et les gou­ver­ne­ments qui ont cru le plus à une expan­sion sans fin. Dans la sphère finan­cière, pous­ser jusqu’au bout cette stra­té­gie au cours d’une période « nor­male », c’est croire aveu­glé­ment à une crois­sance de rêve. À la pre­mière épreuve un peu forte, les pro­blèmes appa­raissent.

Ce qui conduit à la ques­tion : que retiennent de l’histoire les banques et les poli­tiques ? Avant 2008 – comme avant 1929 – les signaux mon­trant la consti­tu­tion d’une bulle exis­taient. John Kenneth Galbraith a écrit dans son célèbre livre sur la grande crise de 1929 qu’une « sorte de rage » de deve­nir « rapi­de­ment très riches, avec un mini­mum d’effort » avait « gagné les Américains »26. Comme aujourd’hui. Galbraith décrit aussi le rôle néfaste des Investment Trusts, c’est-à-dire des Fonds gérant les actions. Ce n’est pas un hasard non plus si les expres­sions « levier », « effet levier » sont appa­rues pour la pre­mière fois dans ce contexte : avec un inves­tis­se­ment finan­cier le plus faible pos­sible, gagner le plus possible27. Comme aujourd’hui.

Avant 1929, la spé­cu­la­tion s’est concen­trée sur la Bourse de New York. Elle a pro­vo­qué là le fameux « jeudi noir », le 24 octobre 1929. Au bout du compte, les actions amé­ri­caines ont perdu 85 % de leur valeur entre 1929 et 1932. En 1933, le PIB des États-Unis avait dimi­nué du tiers par rap­port à 1929. Près de 13 mil­lions de per­sonnes se sont retrou­vées sans emploi cette année-là, ce qui repré­sen­tait un taux de chô­mage de 25 % 28. C’est seule­ment cette année-là qu’il y a eu une inver­sion de la poli­tique éco­no­mique.

Cette fois-ci – en 2008 et après – le mal a été moindre car la réac­tion devant la menace de fusion du cœur du réac­teur finan­cier a été rapide et déci­sive – grâce aux mesures non ortho­doxes des banques cen­trales et des poli­tiques qui après des années de prêche pour l’eau néo­li­bé­rale ont versé un peu de vin key­né­sien dans les canaux pleins de trous de la finance.

Mais le danger d’une chute dans la dépres­sion est tou­jours là, même si les grands États occi­den­taux ont été, dans un pre­mier temps, sauvés par les mar­chés émer­gents d’Asie et d’Amérique latine. On estime en géné­ral que ces pays contri­bue­ront au cours des cinq années à venir pour plus de 50 % à la crois­sance glo­bale. Dit autre­ment : la redis­tri­bu­tion glo­bale au détri­ment des « vieilles » éco­no­mies va se pour­suivre.

Dangers politiques

Il n’est pas éton­nant qu’une par­ties des popu­la­tions amé­ri­caine et euro­péenne ait peur de l’avenir et soit sen­sible aux partis popu­listes ou extrêmes de droite29. Mais ce n’est pas le seul danger. On peut entendre des dis­cours dan­ge­reux de la part des partis démo­cra­tiques, aux­quels il faut être atten­tifs : dans les années 1930, la démo­cra­tie n’a pas seule­ment été mise à mal par Dollfuß et consorts, mais aussi par les experts finan­ciers de la Société des nations [SDN], pour qui la len­teur des pro­ces­sus de déci­sions par­le­men­taires était un obs­tacle à l’assainissement rapide des finances de l’État30.

Ces voix se font entendre aussi aujourd’hui : la démo­cra­tie, met­tait en garde il y a moins d’un an le poli­to­logue Rudolf Bur­­ger, « est avant tout une ques­tion de forme. Elle sup­pose au pre­mier chef de res­pec­ter les lois […]. Le 9 mai 2010, le plan de sau­ve­tage de l’euro a été adopté au cours d’une réunion extra­or­di­naire du Conseil euro­péen. Au cours de la nuit. Ainsi, d’un seul coup, 27 par­le­ments ont été des­sai­sis ! Sans cris ! Je ne veux pas juger du contenu du plan de sau­ve­tage. Mais cela m’a rap­pelé, tout à coup, le 24 mars 1933, le jour de la loi don­nant les pleins pou­voirs aux nazis, de la mise hors cir­cuit du par­le­ment alle­mand. Alors aussi, on disait : « pour éviter les dom­mages pour le peuple et le Reich » […] Je m’attends à une crise d’érosion pour toute l’Europe. Pas une révo­lu­tion mais une éro­sion gran­dis­sante de la légi­ti­mité du pou­voir et des struc­tures poli­tiques. » 31

La logique auto­ri­taire des « plans de sau­ve­tage » appa­raît plus évi­dente encore dans le cas de l’Irlande, dans le contrat (« Memorandum of Understanding ») signé entre le gou­ver­ne­ment irlan­dais, le FMI, la BCE et la Commission euro­péenne. Méditons le com­men­taire de la Neue Zürcher Zeitung : « L’accord confirme la cor­rec­tion envi­sa­gée de la situa­tion bud­gé­taire jusqu’à la fin 2013 à hau­teur de 15 mil­liards d’euros ou 9 % du PIB du pays… 6 mil­liards concer­ne­ront la pro­tec­tion sociale. […] Le gou­ver­ne­ment irlan­dais doit rendre compte heb­do­ma­dai­re­ment de la situa­tion bud­gé­taire aux créan­ciers inter­na­tio­naux. […] Tous les trois mois, l’État doit infor­mer de la situa­tion de l’emploi public et des salaires versés. Comme un mau­vais augure, le rap­port indique que des licen­cie­ments com­plé­men­taires auront lieu, aussi long­temps que les gains de pro­duc­ti­vité atten­dus du ser­vice public ne seront pas atteints » 32.

L’appréciation du Irish Times est la sui­vante : « Nous avons été humi­liés à un degré sans pré­cé­dent » 33. On peut lire des choses sem­blables dans les jour­naux grecs depuis des mois. Mais cela ne fait que para­phra­ser ce que les jour­naux autri­chiens écri­vaient dans les années 1930 à propos des demandes de la Société des nations, qui étaient à peu près les mêmes que celles adres­sées aujourd’hui à l’Irlande, au Portugal, à l’Espagne et à la Grèce.

En juin de cette année, les Salzburger Nachrichten, à propos du Portugal, en ont fait un concept : « Quel que soit le gou­ver­ne­ment, il doit faire ce que l’UE et les fonds moné­taires exigent » 34.

Le jour­nal y ajoute ce qu’il appelle la « codé­ter­mi­na­tion » 35. Le pré­sident de la Commission, José Manuel Barroso, au cours d’une ren­contre avec des syn­di­ca­listes en juin 2010, aurait mis en garde contre les consé­quences poli­tiques des pro­tes­ta­tions sociales en Europe du Sud, en n’excluant pas la fin de la démo­cra­tie par­le­men­taire dans ces pays. Il aurait dit « que ces pays, avec leurs struc­tures démo­cra­tiques, comme on les connaît aujourd’hui, pour­raient dis­pa­raître ». Le Premier ministre grec, Giorgos Papandreou, semble avoir eu cela à l’esprit quand, évo­quant les débuts de la dic­ta­ture mili­taire de 1967 à 1974, il a estimé que les pro­tes­ta­tions contre la poli­tique d’économies de son gou­ver­ne­ment pour­raient détruire la démocratie36.

Dans tous les cas, se sou­mettre aux dik­tats des mar­chés finan­ciers, du FMI et des experts finan­ciers de l’UE, consti­tue une mise sous tutelle de facto. Cela ne sera peut-être pas aussi grave que lorsque, dans l’Autriche des années 1930, la démo­cra­tie fut liqui­dée avec l’aval du conseiller de la Société des nations, parce qu’elle fai­sait obs­tacle au « tra­vail de recons­truc­tion » 37, à l’assainissement des finances de l’État.

Après 1929 aussi, il fut ques­tion de déman­tè­le­ment social, d’économies sur les fonc­tion­naires, de res­tric­tion du « pou­voir » des syn­di­cats et d’un « régime » avec des « pleins pou­voirs élar­gis » sur le modèle du gou­ver­ne­ment Brüning en Allemagne.

Aujourd’hui, tout cela se fait à pas feutré. Les édi­tions de la FAZ viennent de publier un livre sous le titre Oser moins de démo­cra­tie. L’auteur se plaint de « l’influence para­ly­sante de la « voix du peuple » […] et de l’esprit du temps éman­ci­pa­teur et dou­tant de tout ». Il se pro­nonce pour le déman­tè­le­ment de la par­ti­ci­pa­tion démocratique38. L’an der­nier déjà, on pou­vait voir, exprimé dans un article sem­blable de la presse alle­mande qui met­tait en garde contre la lour­deur des pro­ces­sus de prise de déci­sion démo­cra­tique, le « sou­hait d’un « tout petit peu de dic­ta­ture » », d’un « dic­ta­teur pro­vi­soire » dans l’esprit du juriste nazi Carl Schmitt39.

La fac­ture de l’assainissement n’est pas encore arri­vée. Aujourd’hui Il ne s’agit pas seule­ment de la répar­ti­tion du coût de la socia­li­sa­tion des pertes, mais – au sens d’un pro­gramme mini­mum – de pro­mou­voir une pré­ven­tion des crises à venir : des règles plus sévères pour le sys­tème finan­cier, le ren­for­ce­ment du contrôle des banques et des mar­chés finan­ciers, des taxes sur les tran­sac­tions (avec son modèle d’origine, la taxe Tobin), etc. Même le FMI a pro­posé, et ceci depuis une bonne dou­zaine d’années, une « pru­dente régu­la­tion pour res­treindre les flux de capi­taux de court terme » 40.

Pendant ce temps, les acti­vi­tés sur les mar­chés moné­taires et des capi­taux conti­nuent à aller bon train. Le pré­sident de la Deutsche Bank lui-même, Josef Ackermann, a jugé le climat sur les mar­chés finan­ciers com­pa­rable à celui qui exis­tait avant le krach de la Lehman Brothers. Les banques se méfient l’une de l’autre ; seule la BCE rend le marché moné­taire fluide. Les mar­chés sont, comme on le dit dans le jargon néo­li­bé­ral, « extrê­me­ment ner­veux ». Chaque petite rumeur fait valser les cours bour­siers. Cette fois-ci, la partie se joue entre ban­que­routes des États, hair­cuts et Credit Default Swaps, à coup de paris sur les garan­ties ou les non-garan­ties sur les obli­ga­tions d’État. Les Credit Default Swaps ont déjà joué un rôle dans la crise des sub­primes et accen­tué la panique. Ce n’est pas une fin de partie mais on sait déjà qui paiera la note, compte tenu du rap­port de forces actuel. Sauf si ceux qui sont priés de passer à la caisse refusent ce jeu-là.

Notes

1) Charles P. Kindlberger, Manies, paniques et faillites. Une his­toire des crises finan­cières, 3e édi­tion, New York-Chi­che­ster-Brisbane-Toronto-Singapour 1996, Appendix B, p. 203ff. Voir aussi Carmen M. Reinhardt/​Kenneth S. Rogoff, Cette époque est dif­fé­rente. Huit siècles de folie finan­cière, Princeton University Press, 2009.

2) Franklin Allen/​Douglas Gale, Comprendre les crises finan­cières, Oxford 2007.

3) Michael Bloss et al., De la crise des sub­primes à la crise finan­cière, Munich, 2007, p. 23ff.

4) Neue Zürcher Zeitung (NZZ), 17.4.1998.

5) Ebenda, S. 102.

6) Voir dia­grammes de Barry Eichegreen : From Great Depression to Great Credit Crisis : Similarities, Differences and Lessons.

7) Financial Times, 11-12 décembre 2010. Voir aussi Gordon Brown, Au-delà du Crash. Surmonter la pre­mière crise de la mon­dia­li­sa­tion, Simon & Schuster, 2010.

8) On trai­tera dans un autre article le fait que la Chine a suf­fi­sam­ment de pro­blèmes propres, comme l’endettement massif des auto­ri­tés pro­vin­ciales (et la bulle immo­bi­lière poten­tielle que cela com­porte) – voir Die Presse, 7 jan­vier 2011.

9) ISW Report Nr. 75, p. 22ff.

10) Voir à ce propos l’article très docu­menté : « Prudence devant l’expansion allé­chante du sec­teur ban­caire », NZZ, 23 sep­tembre 2011.

11) World Socialist Web Site, WSWS. org

12) Andrea Köhler, « La nation sans bon­heur », NZZ, 4.12.2010 ; « Les beaux et les damnés », The Economist, 22.1.2011.

13) « Les beaux et les damnés », The Economist, 22.1.2011.

14) Données sur l’industrie tex­tile, cité dans Salzburger Nachrichten, 8.1.2005.

15) NZZ, 20.12.2010

16) Die Presse, 7. 1.2011.

17) Voir Fritz Weber, « Le cas de l’Autriche. Pourquoi la poli­tique éco­no­mique autri­chienne a renoncé après 1931 à des mesures déci­sives pour com­battre la crise éco­no­mique et pour­quoi cette poli­tique res­tric­tive a conduit à la dic­ta­ture », in : Manfred Mugrauer (Hg.), Crises éco­no­miques et finan­cières dans le capi­ta­lisme. Aspects his­to­riques et actuels. Vienne, 2010, p. 34-44.

18) NZZ, 21.12.2010.

19) NZZ, 23.9.2011.

20) SN, 21.12.2010 ; NZZ, 24.12.2010.

21) SN, 29.1.2011.

22) Die Presse, 23.9.2011.

23) Süddeutsche Zeitung, 1.12.2009.

24) NZZ, 6.12.2010.

25) Voir Fritz Weber, Avant le grand krach. La crise du sys­tème ban­caire autri­chien dans les années 1920. Habilschrift, Salzburg 1991. À paraître en 2012 chez Böhlau-Verlag.

26) John Kenneth Galbraith, Le grand krach de 1920. L’histoire d’une illu­sion qui a conduit dans le pré­ci­pice, Stuttgart, 1963, p. 25.

27) Ebenda, p. 85ff.

28) Galbraith, p. 233.

29) Cela est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour l’Europe de l’Est. Même le chef de la Raiffeisen Bank International, Herbert Stepic, évoque à ce sujet le « danger de la montée des natio­na­lismes » et du « glis­se­ment à droite, qui les fait parler à nou­veau de race supé­rieure ». (SN, 28.12.2010).

30) Voir le rap­port déjà cité de Fritz Weber (Anm. 36), p. 33ff.

31) La pitoyable esthé­tique de l’État, in SN, 28 décembre 2010.

32) NZZ, 4.12.2010.

33) Zit.n. NZZ, 4.12.2010.

34) SN, 6.6.2011.

35) mit­bes­tim­mung Nr. 4/2011.

36) NZZ, 3.7.2011.

37) Journal de Rost van Tonningen du 30 juillet 1934, cité par Grete Klingenstein, L’emprunt de Lausanne. Une contri­bu­tion à l’histoire de la Première République, 1931-1934, Vienne, 1965, p. 98.

38) Laszlo Trankovits, Oser moins de démo­cra­tie ! Comment réar­ti­cu­ler le dia­logue entre le poli­tique et l’économie, Frankurt/​Main, 2011.

39) « Un petit peu de dic­ta­ture ? », in : Internationale Politik, mai/​juin 2010.

40) NZZ, 17.4.1998.

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