Bilan et perspectives 2010-2011 de la CSN

Combattre la montée de la droite

Par Mis en ligne le 03 janvier 2011

« L’année 2010 aura été mar­quée par une reprise éco­no­mique timide, accen­tuée par le retrait des États qui prennent pré­texte des défi­cits pour rompre avec l’activisme dont ils avaient fait preuve quand il s’agissait de sauver le sys­tème finan­cier. Aujourd’hui, ces États ne parlent plus de “refon­der le capi­ta­lisme”. Ils se retranchent plutôt der­rière des orien­ta­tions bud­gé­taires de droite ». C’est ainsi que la pré­si­dente de la CSN dresse le bilan de l’année qui se ter­mine.

« Au Québec, les pra­tiques des libé­raux en matière de copi­nage et de bâillon­ne­ment des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques ont pro­vo­qué une grave crise de confiance », de pour­suivre Claudette Carbonneau. « Le refus de ce même gou­ver­ne­ment de mettre en place une com­mis­sion d’enquête sur l’octroi des contrats publics donne des airs de “duples­sisme” à un gou­ver­ne­ment qui est au bout de son rou­leau ! »

Pour la diri­geante syn­di­cale, l’adoption du projet de loi sur les écoles pas­se­relles, l’annonce à quelques jours de Noël de la construc­tion du CHUM en PPP sur la base d’un rap­port secret, la ren­contre man­quée des par­te­naires de l’éducation sur la hausse des droits de sco­la­rité et la ges­tion catas­tro­phique du dos­sier des gaz de schiste, ne sont que le pâle reflet du mépris des libé­raux pour la démo­cra­tie poli­tique. « Ce gou­ver­ne­ment a une pro­pen­sion natu­relle pour bâillon­ner le débat. À Ottawa, la longue feuille de route du gou­ver­ne­ment de Stephen Harper en matière d’ultraconservatisme, de déci­sions uni­la­té­rales, d’arrogance et d’opacité ins­pire un bilan tout aussi sombre. »

Une droite de plus en plus provocante

Crise de confiance et montée du cynisme à l’égard de l’action poli­tique et col­lec­tive consti­tuent un ter­rain fer­tile pour des orga­ni­sa­tions de droite telles le Réseau Liberté Québec. « Sur des airs de nou­veau­tés, ce réseau ne fait que reprendre les vieux man­tras de Thatcher, Reagan et Bush », affirme Claudette Carbonneau. « Les liber­tés dont ils se réclament ne sont que des “illu­sions tran­quilles” pour l’immense majo­rité de la popu­la­tion qui n’aura jamais les moyens de s’en pré­va­loir. Il est grand temps de répondre vigou­reu­se­ment à ces groupes qui prennent d’assaut la place publique à grand ren­fort de mar­ke­ting poli­tique et de remettre à l’ordre du jour la ques­tion du bien commun et de l’intérêt col­lec­tif », sou­tient la pré­sident de la CSN qui entend en faire un point fort de l’action syn­di­cale en 2011.

Pénible sortie de crise en 2010, austérité en 2011

Malgré la reprise ané­mique, Québec et Ottawa gardent le cap sur l’austérité bud­gé­taire. En main­te­nant ses objec­tifs de baisses d’impôt, par­ti­cu­liè­re­ment pour les entre­prises, le gou­ver­ne­ment de Stephen Harper se prive de reve­nus impor­tants. Son pen­chant bien affi­ché pour l’industrie du pétrole retarde les inno­va­tions de recherche qui per­met­traient une tran­si­tion vers les éner­gies propres. Tout indique que le pro­chain budget conser­va­teur sera contesté, ce qui devrait conduire à des élec­tions prin­ta­nières. Avec le budget Bachand, construit selon les pré­ceptes des « lucides » et de la bande des quatre éco­no­mistes de droite (Gagné, Montmarquette, Fortin et Godbout), la reprise se fera à coups de hache dans les ser­vices et les pro­grammes. Ce sont les fon­de­ments mêmes de l’État social qui sont remis en ques­tion.

Un budget dévastateur

Poursuivant leur tra­vail de démo­li­tion, les libé­raux de Jean Charest ont opté pour un budget axé sur les com­pres­sions et les mesures fis­cales à carac­tère régres­sif, comme la fran­chise santé. « Jouant d’une rare mal­hon­nê­teté, ils ont poussé l’odieux jusqu’à refi­ler l’ensemble de la fac­ture aux citoyennes et aux citoyens. Ils ont pré­tendu assu­mer 62 % de l’effort bud­gé­taire en se cachant der­rière une sous-esti­ma­tion de la crois­sance des coûts de sys­tème », de pour­suivre la pré­si­dente de la CSN, Claudette Carbonneau.

L’avènement de l’Alliance sociale

Pour la deuxième année consé­cu­tive, la CSN a fait des finances publiques sa prio­rité en menant une cam­pagne sur le thème Se donner le Québec qu’on veut. Il fal­lait aug­men­ter la force de frappe, explique la diri­geante syn­di­cale. C’est dans ce contexte qu’est née l’Alliance sociale, coa­li­tion com­po­sée des grandes orga­ni­sa­tions syn­di­cales et étu­diantes au Québec, dont les membres tra­vaillent tou­jours à son élar­gis­se­ment pour ras­sem­bler l’ensemble des forces pro­gres­sistes au Québec. « L’objectif est clair : com­battre le dis­cours de la droite et inflé­chir la tra­jec­toire du pro­chain budget du Québec », de rap­pe­ler Claudette Carbonneau. L’Alliance sociale par­ti­ci­pera aux consul­ta­tions pré­bud­gé­taires qui débu­te­ront en jan­vier. Elle pré­pare aussi un évé­ne­ment d’envergure avant le dépôt du budget. L’année 2011 sera donc mar­quée par la pour­suite de cette lutte.

Une année de congrès

Pour la CSN, 2011 sera aussi une année de congrès. Le 63e Congrès de l’organisation, qui sou­li­gnera son 90e anni­ver­saire, aura lieu à Montréal, du 15 au 20 mai. À cette occa­sion, elle s’engagera dans la pro­mo­tion d’un véri­table pacte social pour le Québec, qui s’appuiera sur trois axes : la lutte aux inéga­li­tés, un nou­veau modèle de déve­lop­pe­ment et le renou­vel­le­ment du syn­di­ca­lisme. Pour la pré­si­dente de la CSN, le mou­ve­ment syn­di­cal doit mili­ter en faveur d’un filet de sécu­rité sociale et d’un sys­tème d’éducation public fort. « Nous savons que 70 % des nou­veaux emplois néces­si­te­ront un diplôme d’études post­se­con­daires et que pour chaque dollar investi en édu­ca­tion, cinq revien­dront dans les coffres de l’État, pro­fi­tant ainsi à l’ensemble de la société. » L’environnement, le tra­vail décent et des emplois verts de qua­lité doivent être au cœur d’un nou­veau modèle de déve­lop­pe­ment durable qui aura pour socle notre indé­pen­dance éner­gé­tique et un virage pour une éco­no­mie faible en émis­sions de car­bone. La CSN veut aussi ouvrir un grand chan­tier sur le renou­vel­le­ment du syn­di­ca­lisme.

Des règlements majeurs

En 2010, deux règle­ments majeurs ont marqué le monde du tra­vail, soit ceux dans l’industrie de la construc­tion et le sec­teur public. Une entente his­to­rique aura éga­le­ment été conclue entre le gou­ver­ne­ment et les res­pon­sables de garde en milieu fami­lial. « Ça me fait chaud au cœur de voir le chemin par­couru par ces femmes cou­ra­geuses qui ont été les pre­mières à ouvrir la voie à une moder­ni­sa­tion de notre légis­la­tion du tra­vail et des pro­tec­tions sociales qui en découlent. Ça fait plus de 10 ans que la CSN les accom­pagne dans leur lutte, depuis leur dif­fi­cile syn­di­ca­li­sa­tion jusqu’à aujourd’hui. Par cette entente, ces femmes viennent prou­ver qu’on peut réus­sir à amé­lio­rer nos condi­tions de vie en fai­sant preuve de soli­da­rité et de téna­cité », a déclaré la pré­si­dente de la CSN.

Un conflit qui perdure

Le 24 jan­vier pro­chain, cela fera deux ans que les tra­vailleuses et les tra­vailleurs du Journal de Montréal seront en lock-out. L’emploi et la qua­lité de l’information demeurent les enjeux majeurs iden­ti­fiés par l’assemblée géné­rale du 12 octobre der­nier qui avait rejeté à près de 90 % une pre­mière offre patro­nale dépo­sée après plus de 20 mois de conflit. « Nous comp­tons inten­si­fier nos efforts pour arri­ver à un règle­ment négo­cié qui tarde depuis trop long­temps. À ce jour, plus de 30 000 per­sonnes ont signé notre péti­tion en ligne pour adhé­rer à la cam­pagne de boy­cot­tage lancée par la CSN et obte­nir une moder­ni­sa­tion des dis­po­si­tions anti­bri­seurs de grève de façon à prendre en compte les nou­velles tech­no­lo­gies de l’information. J’invite la popu­la­tion a sou­te­nir ces 253 familles en signant sur le site de l’Assemblée natio­nale la péti­tion qui presse le gou­ver­ne­ment du Québec d’agir et de ne plus tolé­rer l’intolérable », de conclure de la pré­si­dente de la CSN.

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