Colonialisme et pipelines

Par Mis en ligne le 19 juin 2015

pipelineL’université popu­laire des NCS (20-23 août pro­chain) ani­mera un débat sur la conver­gence pos­sible entre les luttes autoch­tones et les luttes envi­ron­ne­men­tales.

Le projet Northern Gateway de la com­pa­gnie Enbridge vise à trans­por­ter le pétrole lourd alber­tain vers le port de Kitimat en Colombie bri­tan­nique et de là, dans des super cargos pétro­liers, vers les mar­chés de l’Asie-Pacifique.

Ce projet est l’objet de vives cri­tiques de divers groupes envi­ron­ne­men­ta­listes. Il est éga­le­ment contesté par plu­sieurs nations autoch­tones, dont l’Alliance des Dene Yinka, une coa­li­tion de six nations qui demande l’interdiction de ce pipe­line sur leur ter­ri­toire. Les com­mu­nau­tés sont par­ti­cu­liè­re­ment outrées du fait qu’elles manquent d’eau potable, en lien avec le fait qu’une grande partie de l’eau est détour­née vers les pro­jets pétro­liers.

Elles observent éga­le­ment dans les régions où se concentrent l’extraction et la pro­duc­tion l’augmentation du cancer, de mala­dies res­pi­ra­toires, d’infections de la peau affec­tant les humains, la faune et la flore. Enbridge par ailleurs est cri­ti­qué pour la ges­tion de ses pro­jets. Ainsi, des études docu­mentent plu­sieurs inci­dents, notam­ment les fuites de pétrole au Michigan qui ont affecté plus de 50 kilo­mètres de voies navales et de terres inon­dées for­çant l’évacuation de mil­liers de per­sonnes.

En sub­stance, ces pro­jets violent la sou­ve­rai­neté des nations autoch­tones. Les ter­ri­toires visés par les pro­jets n’ont jamais été cédés par les com­mu­nau­tés autoch­tones. Ils n’ont jamais fait l’objet des trai­tés négo­ciés à la fin du dix-neu­vième siècle. Selon un récent juge­ment de la Cour suprême (Tsilhqot’in Nation V. British Columbia), les par­ties inté­res­sées sont requises de consul­ter les nations autoch­tones avant de démar­rer tout projet qui peut avoir un impact sur la terre sur laquelle celles-ci ont des droits.

Malgré l’opposition des popu­la­tions, le gou­ver­ne­ment cana­dien est for­te­ment engagé en faveur de ce projet. Parallèlement, le gou­ver­ne­ment a mis en place un nou­veau dis­po­si­tif de contrôle et de répres­sion, sous l’égide des « Équipes inté­grées de la sécu­rité natio­nale » (EISN), pour « d’accroître la capa­cité de col­lecte, d’échange et d’analyse des ren­sei­gne­ments concer­nant des indi­vi­dus et des enti­tés qui menacent la sécu­rité natio­nale ». Un rap­port pro­duit en 2009 par l’Institut cana­dien sur la défense et les affaires étran­gères par Tom Flanagan, ancien conseiller de Stephen Harpe, pré­vient les auto­ri­tés des « menaces » à venir de sabo­teurs, d’écoterroristes, d’environnementalistes et des Premières nations. La logique impli­cite du rap­port de Flanagan est qu’il faut pro­mou­voir la divi­sion et empê­cher la coopé­ra­tion au sein des « oppo­sants au déve­lop­pe­ment », de manière à assu­rer la « sécu­rité » des champs de sable bitu­mi­neux.

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