par Isabella Kenfield, Via Campesina

Jeudi, 22 Avril 2010 00:02

(Cochabamba, 19 avril 2010) Le 19 avril, à Cochabamba en Bolivie, l’une des pre­mières acti­vi­tés à l’ordre du jour de la Conférence mon­diale des Peuples sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et les droits de la Terre nour­ri­cière a été l’Assemblée des mou­ve­ments sociaux. L’Assemblée a sou­li­gné l’accent mis sur le carac­tère popu­laire de la confé­rence, orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment boli­vien, suite à l’échec des gou­ver­ne­ments et des entre­prises qui ne par­vinrent pas à négo­cier un plan pour stop­per le chan­ge­ment cli­ma­tique lors de la Conférence de Copenhague en décembre der­nier. La confé­rence se tient du 19 avril au 22 et a pour objec­tif d’amplifier la voix de ceux qui n’ont pas été enten­dus à Copenhague.

L’Assemblée des Mouvements sociaux a été fondée, il y a envi­ron 10 ans, dans le cadre du Forum social mon­dial pour ren­for­cer la voix et l’agenda poli­tique des mou­ve­ments sociaux par­tout dans le monde.

L’Assemblée est impor­tante “afin de mettre en place des poli­tiques com­munes en vue de construire un pro­gramme de luttes, de résis­tance et de pro­po­si­tions” a déclaré Fausto Torres, membre de l’Association des tra­vailleurs ruraux du Nicaragua et de La Via Campesina, mou­ve­ment inter­na­tio­nal prô­nant la sou­ve­rai­neté ali­men­taire.

Selon Nalu Faria, une des orga­ni­sa­trices bré­si­liennes de la Marche glo­bale des femmes, “L’assemblée a été très impor­tante depuis ses débuts afin de construire un pro­gramme commun, contre, par exemple, l’Organisation mon­diale du Commerce, la guerre en Irak, et main­te­nant le chan­ge­ment cli­ma­tique. Pour nous, ce pro­ces­sus avec nos alliés est très impor­tant pour l’élaboration de poli­tiques géné­rales et éten­dues visant les chan­ge­ments devant être effec­tués.”

L’Assemblée “est la conver­gence des volon­tés de nom­breux mou­ve­ments sociaux de dif­fé­rents pays et divers sec­teurs, non seule­ment des pay­sans et des migrants, mais éga­le­ment des syn­di­ca­listes, des femmes et des peuples autoch­tones. L’important est que la plu­part de ces mou­ve­ments ont prin­ci­pa­le­ment iden­ti­fié, grâce à cer­taines des poli­tiques com­munes, que le sys­tème doit chan­ger,” a déclaré Carlos Marentes du Projet des tra­vailleurs agri­coles du Texas, aux USA, éga­le­ment membre de la Via Campesina.

En effet, lors de l’Assemblée d’aujourd’hui, le consen­sus sur le besoin d’un chan­ge­ment sys­té­mique a été obtenu à une écra­sante majo­rité. Des solu­tions réelles visant le chan­ge­ment cli­ma­tique exigent une modi­fi­ca­tion glo­bale de la façon dont le ‘déve­lop­pe­ment’ est envi­sagé, déclare François Houtart, un cher­cheur belge. “Parce que nous sommes face à une crise majeure qui n’est pas que finan­cière et éco­no­mique mais affecte réel­le­ment tout le sys­tème. Or, la réponse est com­plexe et glo­bale. La logique du sys­tème capi­ta­liste est à l’origine de la crise. Il est donc impor­tant pour tous les mou­ve­ments de com­prendre cela, et de voir quelle est leur place dans cette lutte glo­bale en vue de chan­ger le sys­tème étant donné qu’ils sont ceux qui essaient d’exprimer les besoins et les luttes popu­laires. Si les chan­ge­ments poli­tiques ne sont pas sou­te­nus par les mou­ve­ments sociaux, ils seront très fra­giles.”

Lors de l’Assemblée, plu­sieurs inter­ve­nants ont mis l’accent sur la jus­tice cli­ma­tique. “Le chan­ge­ment cli­ma­tique n’affecte pas de la même façon les gens,” déclare Faria. “Il y a des élé­ments de genre, de classe et de race, et des rela­tions entre les pays du Nord et du Sud.”

Un autre thème commun aux dif­fé­rents inter­ve­nants a été que les solu­tions en vue de résoudre le pro­blème du chan­ge­ment cli­ma­tique, pro­po­sées par les gou­ver­ne­ments et les entre­prises des pays indus­triels du Nord, sont inadap­tées et ne feront qu’empirer la crise cli­ma­tique. Selon Henry Saragih, Coordinateur géné­ral de La Via Campesina, “A l’heure actuelle, les trans­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments de pays indus­tria­li­sés pro­posent de fausses solu­tions.” L’une des solu­tions pro­po­sée par l’industrie est la séques­tra­tion du car­bone dans les plan­ta­tions de pal­miers à huile culti­vés pour la pro­duc­tion des agro­car­bu­rants et qu’ils dénomment ´’forêts’.

“La Via Campesina estime que ce n’est pas la bonne solu­tion parce que les trans­na­tio­nales uti­lisent la crise cli­ma­tique pour s’agrandir et trou­ver de nou­velles oppor­tu­ni­tés de négoce. Il est temps que les peuples et les mou­ve­ments sociaux se réunissent afin de recher­cher de véri­tables solu­tions au chan­ge­ment cli­ma­tique,” déclare Saragih, qui, avec 300 délé­gués de La Via Campesina assiste à la Conférence de Bolivie pour envoyer le mes­sage au monde que l’agriculture pay­sanne durable peut refroi­dir la pla­nète.

La Via Campesina a été pré­sente lors des réunions offi­cielles des Nations unies sur le climat depuis décembre 2007 à Bali. Alberto Gomez, coor­di­na­teur de la région d’Amérique du Nord de La Via Campesina, a évoqué le plan de l’organisation en vue de mobi­li­ser des mil­liers de gens pour la confé­rence sur le climat à venir qui se tien­dra à Cancun, au Mexique, en décembre pro­chain. La Via Campesina à Mexico s’organise pour une grande mobi­li­sa­tion à Cancun, mais éga­le­ment dans chacun des Etats du pays et dans d’autres pays. “Il y aura des mani­fes­ta­tions de masse à Cancun,” déclare Gomez.

Isabella Kenfield, Via Campesina

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