Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance

Chili : les universités au pays du libre marché

Luttes et résistance

Par Mis en ligne le 27 février 2020

Le grand prin­temps étu­diant qué­bé­cois se joint à plu­sieurs résis­tances étu­diantes dans les Amériques. Au cours de 2011, le Honduras, la Colombie, le Brésil et le Chili ont tous connu les sou­bre­sauts des mou­ve­ments étu­diants. À la dif­fé­rence d’autres pays, où l’on défend l’université publique et son héri­tage, au Chili, les étu­diantes sont à l’offensive et com­battent un sys­tème d’éducation de libre marché. Tant par sa lon­gueur (près de huit mois) que par sa radi­ca­lité (plus de 300 col­lèges et uni­ver­si­tés occu­pés), la grève étu­diante de 2011 a été, sans doute, la plus grande d’Amérique latine depuis la grève de l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) en 2000. Les mani­fes­ta­tions étu­diantes se sont éten­dues à toutes les régions du pays et se sont élar­gies à de larges pans de la société, sapant du coup la popu­la­rité du gou­ver­ne­ment. Le mou­ve­ment étu­diant a récolté un appui citoyen si grand que des mani­fes­ta­tions spon­ta­nées ont déferlé dans les quar­tiers rési­den­tiels en appui à la cause étu­diante[1].

Parmi les révoltes sociales qui ont déferlé sur les cinq conti­nents au cours de l’année 2011, le mou­ve­ment étu­diant au Chili a sou­vent été repris comme le cha­pitre sud-amé­ri­cain de la grande résis­tance mon­diale. Entre les révo­lu­tions démo­cra­tiques dans les pays de langue arabe, les « occu­pons » d’Amérique du Nord et les « indi­gnées » d’Europe, la rébel­lion estu­dian­tine du Chili par­ti­cipe au même rejet de la domi­na­tion, des inéga­li­tés et du capi­ta­lisme.

Cette lutte épique, qui s’est pour­sui­vie en 2012, a obtenu une pre­mière vic­toire : la reprise en main par l’État du sys­tème de prêts étu­diants. En fait, en avril de cette année, le gou­ver­ne­ment a annoncé l’abolition du hon­teux sys­tème de « prêt avec garan­tie de l’État » basé sur l’endettement ban­caire privé (voir les détails plus bas). Leur pre­mière cible atteinte, les fédé­ra­tions étu­diantes pour- suivent la mobi­li­sa­tion pour voir leur lutte se concré­ti­ser en une édu­ca­tion de qua­lité, publique et gra­tuite.

Les rai­sons de la révolte étu­diante ne man­quaient pas au Chili. Ce pays est sans doute le meilleur exemple de l’application des poli­tiques néo­li­bé­rales en édu­ca­tion : le retrait de l’État à la faveur d’un « marché » d’institutions d’enseignement ato­mi­sées y va de pair avec une tari­fi­ca­tion élevée et des inéga­li­tés abys­sales. L’ineptie des pro­messes du gou­ver­ne­ment de droite pour un « nouvel accord » en l’éducation a pu aussi aider à une prise de conscience. Finalement, à l’instar du Québec, la déter­mi­na­tion des étu­diantes s’est durcie devant l’attitude bornée d’un gou­ver­ne­ment impo­pu­laire auprès de l’opinion publique, son atti­tude de mépris et son inca­pa­cité de dia­lo­guer avec les diri­geantes et diri­geants du mou­ve­ment.

Cependant, on doit men­tion­ner que le mou­ve­ment étu­diant chi­lien s’était conso­lidé depuis quelques années, notam­ment à la suite de la « révo­lu­tion des pin­gouins », cette grève des élèves du secon­daire en 2005. Depuis lors, les fédé­ra­tions uni­ver­si­taires, qui ont fait le plein d’une nou­velle géné­ra­tion de mili­tantes, ont aiguisé leur argu­men­taire et conso­lidé leurs forces. Le mou­ve­ment a pu ainsi s’articuler autour de tous les niveaux d’éducation (secon­daire, tech­nique et uni­ver­si­taire) et dépas­ser les frac­tion­ne­ments entre ins­ti­tu­tions publiques et pri­vées.

1. La des­truc­tion de l’éducation publique

Le « marché » de l’éducation au Chili, basé sur l’entreprise privée et le fi indi­vi­duel, est apparu pro­gres­si­ve­ment au cours des qua­rante der­nières années, au fur et à mesure que l’éducation publique était répri­mée, sous-fi et dis­cré­di­tée. Les réformes ultra­li­bé­rales impo­sées par la dic­ta­ture d’Augusto Pinochet entre 1973 et 1990 ont largué l’éducation hors de la sphère de l’État, tandis qu’elles favo­ri­saient sans rete­nue l’expansion des cor­po­ra­tions pri­vées lucra­tives, de la mater­nelle à l’université, en pas­sant par l’éducation tech­nique et pro­fes­sion­nelle. Toutefois, c’est prin­ci­pa­le­ment lors de la période de l’après-dictature, sous la gou­verne de la Concertation, une coa­li­tion de centre gauche, que l’édifice néo­li­bé­ral de l’éducation chi­lienne s’est conso­lidé. Lorsque les mili­taires usurpent vio­lem­ment le pou­voir le 11 sep­tembre 1973, les étu­diantes et le corps pro­fes­so­ral sont spé­cia­le­ment ciblés par la répres­sion. Les facul­tés sont épu­rées des membres avérés ou pré­su­més des partis de gauche, tandis que cer­taines dis­ci­plines, la socio­lo­gie par­ti­cu­liè­re­ment, sont pros­crites. L’Université du Chili est dépouillée d’une bonne partie de son patri­moine qui passe aux mains des forces armées et poli­cières.

La dic­ta­ture ne se satis­fait pas d’imposer la cen­sure, elle s’attèle métho­di­que­ment à détruire l’institution publique. Elle entre­prend un pro­gramme radi­cal de réformes struc­tu­relles, une expé­rience pion­nière dans ce qui sera nommé par la suite la « thé­ra­pie de choc[2] ». Les réformes incluent une vague de pri­va­ti­sa­tions sans pré­cé­dent dans tous les sec­teurs de l’économie, d’abord les sec­teurs pro­duc­tifs et indus­triels natio­na­li­sés par l’Unité popu­laire, puis les régimes de retraite, l’assurance mala­die, l’éducation, l’eau potable et les routes, etc. Tout doit être vendu !

Les réformes concer­nant l’éducation sont ins­crites dans la nou­velle Constitution de 1980. La Loi orga­nique consti­tu­tion­nelle de l’Éducation (LOCE) sti­pule que l’État cen­tral ne peut pas agir comme pour­voyeur, il ne peut qu’assurer des stan­dards mini­mums de qua­lité en édu­ca­tion. Les écoles publiques sont pla­cées sous le giron des muni­ci­pa­li­tés tandis que la loi donne plus d’autonomie aux éta­blis­se­ments privés, en per­met­tant qu’ils agissent comme n’importe quelle entre­prise. Le finan­ce­ment de l’État doit res­pec­ter le libre-choix de l’individu : la sub­ven­tion à l’élève est accor­dée à l’établissement qu’il choi­sit de fré­quen­ter, qu’il soit public ou privé. Ce schéma influencé par le néo­li­bé­ra­lisme est aussi conforme à l’idéologie conser­va­trice de l’élite chi­lienne pour qui l’éducation s’acquiert par l’effort de la famille, la liberté d’enseignement (notam­ment reli­gieux) est sacrée et doit être pré­ser­vée de l’intervention éta­tique.

Dans les années 1980, les ins­ti­tuts tech­niques et pro­fes­sion­nels sont pri­va­ti­sés et l’Université du Chili démem­brée : chaque unité régio­nale devient une uni­ver­sité dis­tincte. La réforme du sec­teur uni­ver­si­taire ouvre la voie à la créa­tion d’universités pri­vées, mais les « entre­pre­neurs » sont au départ peu nom­breux. Dans la der­nière année de la dic­ta­ture, tou­te­fois, des dizaines d’universités pri­vées obtiennent leur recon­nais­sance légale. Par la suite, plu­sieurs de ces uni­ver­si­tés devien­dront le refuge des hauts fonc­tion­naires de la dic­ta­ture, en plus d’être des lieux d’investissement ren­tables dotés de mul­tiples avan­tages fis­caux.

2. Panorama de l’éducation chi­lienne

Entre 1990 et 2010, le pays s’illustre non seule­ment par sa forte crois­sance éco­no­mique, mais aussi par ses gou­ver­ne­ments de centre gauche issus de la Concertation[3], dont les poli­tiques sociales sont conçues selon le cane­vas de l’efficience ges­tion­naire : poli­tiques sub­ven­tion­naires, ciblées, exter­na­li­sées et exé­cu­tées par le sec­teur privé.

Dans ce contexte, la libre concur­rence entre les écoles a pour résul­tat une course à la clien­tèle, exa­cer­bée par l’augmentation des col­lèges dits « par­ti­cu­liers », sub­ven­tion­nés par l’État, mais admi­nis­trés par des « finan­ceurs » privés, sou­vent rat­ta­chés à des réseaux cor­po­ra­tifs à but lucra­tif. Les pro­jets édu­ca­tifs à carac­tère par­ti­cu­lier se mul­ti­plient, mais sont de plus en plus seg­men­tés et ato­mi­sés. Cela conduit à une stra­ti­fi­ca­tion sociale, entre les grands col­lèges payants de l’élite d’une part, et les écoles muni­ci­pales et sub­ven­tion­nées d’autre part. De plus, un fossé abys­sal existe entre les dif­fé­rentes muni­ci­pa­li­tés. Dans l’agglomération de Santiago, trois ou quatre muni­ci­pa­li­tés concentrent les lycées pres­ti­gieux, qui sélec­tionnent les élèves à l’entrée, alors que dans les muni­ci­pa­li­tés les plus pauvres, on trouve des écoles plus ou moins médiocres, dont les pro­fes­seures sont débor­dées et mal payées. En bout de piste, l’entrée aux uni­ver­si­tés pres­ti­gieuses, par­ti­cu­liè­re­ment les uni­ver­si­tés tra­di­tion­nelles, est déter­mi­née par « l’épreuve de sélec­tion uni­ver­si­taire » (PSU de son sigle en espa­gnol), un exa- men natio­nal unique pour lequel des écoles « pré­uni­ver­si­taires », par cours du soir payants, offrent une pré­pa­ra­tion spé­ci­fique.

Le sec­teur uni­ver­si­taire au Chili connait un essor simi­laire à celui de son éco­no­mie, mais malgré cette crois­sance ful­gu­rante, les uni­ver­si­tés sont seg­men­tées, ségré­guées et inéga­li­taires. La majeure partie de l’essor de l’éducation supé­rieure s’est faite dans les uni­ver­si­tés pri­vées dont la qua­lité et la recon­nais­sance varient énor­mé­ment d’un éta­blis­se­ment à l’autre. On compte au Chili 60 uni­ver­si­tés pour une popu­la­tion de 15 mil­lions de per­sonnes, tandis que le Québec en compte 17[4] pour une popu­la­tion de 8 mil­lions et l’Ontario 23 pour 13 mil- lions d’habitants. En 2011, plus de 600 000 per­sonnes étaient ins­crites dans un pro­gramme uni­ver­si­taire au Chili, et 300000 dans un pro­gramme pro­fes­sion­nel tech­nique. De ce nombre, sept étu­diantes sur dix avaient des parents n’ayant jamais fré­quenté l’éducation supé­rieure[5].

Les yeux tech­no­cra­tiques voient dans ces chiffres un large « accès » à l’éducation, mais de quelle « édu­ca­tion » et de quelle « uni­ver­sité » s’agit-il ? Il existe trois types d’université au Chili : (a) les uni­ver­si­tés éta­tiques, (b) les « uni­ver­si­tés par­ti­cu­lières » – uni­ver­si­tés catho­liques ou indé­pen­dantes, fon­dées avant 1973,– et (c) les uni­ver­si­tés pri­vées. Les uni­ver­si­tés éta­tiques et par­ti­cu­lières, appe­lées cou­ram­ment « uni­ver­si­tés tra­di­tion­nelles », font partie du Conseil des rec­teurs des uni­ver­si­tés chi­liennes (CRUCH) et reçoivent une aide finan­cière directe de l’État. Cette aide n’atteint cepen­dant pas 15 % de leur budget et elles doivent se finan­cer par les frais de sco­la­rité. Il s’agit d’ailleurs de l’un des taux de finance- ment public les plus faibles au monde.

D’autres fonds publics pour l’éducation supé­rieure sont dis­tri­bués sous la forme d’une aide publique indi­recte (AFI en espa­gnol). Il s’agit d’un sys­tème de bons d’éducation cor­res­pon­dant aux meilleures étu­diantes éva­luées par l’épreuve PSU. Le bon d’éducation est remis à l’établissement post­se­con­daire fré­quenté par un élève d’excellence, que ce soit une uni­ver­sité tra­di­tion­nelle ou privée, un ins­ti­tut pro­fes­sion­nel ou un centre de for­ma­tion tech­nique[6].

La dis­tri­bu­tion même de ce bon d’éducation montre à quel point l’accès à l’éducation supé­rieure est ségré­gué. De manière géné­rale, six grandes uni­ver­si­tés tra­di­tion­nelles se dis­tri­buent la moitié des bons étu­diants (tableau 1). Ces grandes uni­ver­si­tés concentrent les facul­tés les plus pres­ti­gieuses du Chili, pos­sèdent un corps pro­fes­so­ral à temps plein et recueillent près des trois quarts des bud­gets de recherche du pays. Les uni­ver­si­tés régio­nales tra­di­tion­nelles accueillent un bon nombre d’étudiantes per­for­mantes, mais elles com­mencent à être sur­pas­sées en res­sources et en effec­tifs par les uni­ver­si­tés pri­vées.

On peut dis­tin­guer les uni­ver­si­tés pri­vées en trois groupes en com­men­çant par les uni­ver­si­tés de l’élite, qui chargent des frais astro­no­miques et recrutent parmi les familles des classes domi­nantes, atti­rant un grand nombre d’étu- diantes et d’étudiants per­for­mants. Un groupe d’universités pri­vées à ren­de­ment moyen par­vient à recru­ter nombre d’étudiantes qui n’accèdent pas aux uni­ver­si­tés tra­di­tion­nelles. Enfin, des uni­ver­si­tés clien­té­listes, cen­trées uni­que­ment sur l’enseignement, ne sélec­tionnent pas les étu­diantes à l’entrée et offrent des par­cours sim­pli­fiés, le plus sou­vent axés sur le marché du tra­vail. À titre d’exemple, trois uni­ver­si­tés clien­té­listes ont plus de 20 000 ins­crites, dont qua­si­ment aucun étu­diante d’excellence (tableau 1). Ces uni­ver­si­tés connaissent un taux de crois- sance quatre fois plus élevé que les grandes uni­ver­si­tés.

Les jeunes en dif­fi­cul­tés sco­laires, pro­ve­nant en géné­ral de milieux vul­né­rables et défa­vo­ri­sés, accèdent donc aux pires uni­ver­si­tés, ou bien aux ins­ti­tuts tech­niques et pro­fes­sion­nels éga­le­ment privés. Une grande partie de leur clien­tèle pro­vient aussi de tra­vailleuses et tra­vailleurs de tout âge, qui suivent des pro­grammes de soir et de fin de semaine dans l’espoir d’améliorer leur sort sur le marché du tra­vail. Les entre­prises d’éducation mul­ti­plient les campus sur le ter­ri­toire et attirent une clien­tèle qui dépasse aujourd’hui la popu­la­tion des grandes uni­ver­si­tés. Elles n’hésitent pas à dépen­ser des mil­lions en publi­cité, mais n’offrent que rare­ment des bourses d’études[7]. Loin d’être un outil favo­ri­sant l’égalité et la mobi­lité sociale, ces uni­ver­si­tés jouent sur les aspi­ra­tions des plus dému­nies à l’obtention d’un diplôme.

D’autre part, on assiste à la sépa­ra­tion idéo­lo­gique des uni­ver­si­tés. Le libre marché de l’enseignement a permis à plu­sieurs orga­ni­sa­tions reli­gieuses ou à des col­lec­ti­vi­tés poli­tiques de se doter d’universités, par­fois rat­ta­chées à leur réseau d’écoles pri­maires et secon­daires. Les uni­ver­si­tés de Los Andes et Finnis Terrae sont res­pec­ti­ve­ment de l’Opus Dei et des Légionnaires du Christ, alors que l’Universidad del Desarrollo et l’Universidad Adolfo Ibañez ont plu­sieurs direc­teurs et pro­fes­seures pro­ve­nant des rangs de l’Union démo­cra­tique indé­pen­dante (UDI), le parti ultra­con­ser­va­teur pro-Pinochet. On retrouve ces uni­ver­si­tés de l’oligarchie dans les beaux quar­tiers, dans des édi­fices ultra­mo­dernes, où elles pri­vi­lé­gient les pro­grammes de génie, de méde­cine ou de ges­tion. En revanche, les uni­ver­si­tés « de gauche » jouissent de campus modestes et se dédient à la péda­go­gie, aux arts et aux sciences sociales. C’est le cas de l’université jésuite Alberto Hurtado et de l’Academia de huma­nismo cris­tiano, toutes deux fon­dées par des mis­sions sociales de l’Église, ou bien de l’université ARCIS, proche du Parti com­mu­niste, qui regroupe des intel­lec­tuelles de ten­dance com­mu­niste, mar­xiste ou fémi­niste. La plu­ra­lité au sein de chaque ins­ti­tu­tion uni­ver­si­taire a cédé à la plu­ra­lité des orga­ni­sa­tions. Cette « diver­sité » est des plus inéqui­tables puisque les posi­tions idéo­lo­giques et reli­gieuses des sec­teurs domi­nants sont repro­duites dans des uni­ver­si­tés

richis­simes liées orga­ni­que­ment aux réseaux de l’élite poli­tique, éco­no­mique et pro­fes­sion­nelle. La liberté de créer des uni­ver­si­tés a res­treint, dans bien des cas, la liberté de parole au sein des uni­ver­si­tés.

C’est dans ce contexte que le mou­ve­ment étu­diant, les syn­di­cats et les asso­cia­tions citoyennes reven­diquent le retour de l’État et la défense de l’éducation publique. Il ne s’agit pas tant de défendre les uni­ver­si­tés publiques, mais davan- tage la nature publique de l’université ; ils affirment que l’esprit aca­dé­mique doit primer sur les fins com­mer­ciales et que la gra­tuité sco­laire doit être garante de la mixité sociale. Cependant, cette cri­tique du rôle et de la nature de l’université, au-delà de son acces­si­bi­lité, est sou­vent taxée d’être le relai d’une pensée éli­tiste ou d’une sup­po­sée aris­to­cra­tie aca­dé­mique. Les classes domi­nantes ont en effet réussi à percer le champ du dis­cours sur l’égalité en pré­ten­dant que la gra­tuité sco­laire est inéqui­table et que les uni­ver­si­tés sont des mono­poles bureau­cra­tiques du savoir. L’issue de ce combat idéo­lo­gique demeure ouverte, mais le mou­ve­ment chi­lien pour l’éducation a mis en lumière nombre de fumis­te­ries que l’on nomme « for­ma­tion pro­fes­sion­nelle », menant à des « diplômes » que l’on fait payer à gros prix parce que la publi­cité sou­tient que ce sont des « uni­ver­si­tés ».

3. Frais de sco­la­rité et endet­te­ment étu­diant

« L’éducation est le seul com­merce où le client n’a pas Raison. »

— Lu dans une manif

Le désen­ga­ge­ment public en édu­ca­tion fait porter un très lourd far­deau sur les épaules des familles et des jeunes tra­vailleurs et tra­vailleuses. Les frais de sco­la­rité au Chili, entre 3 000 et 9000 dol­lars[8] par année, sont les plus élevés des pays de l’OCDE après ceux des États-Unis, et ce, bien que les salaires y soient en moyenne quatre fois moins élevés qu’aux États-Unis. Le budget natio­nal couvre à peine 15 % du total des dépenses en édu­ca­tion post­se­con­daire, alors que la moyenne est de 80 % dans les pays de l’OCDE. Ajoutons éga­le­ment que des pays voi­sins financent aussi leurs uni­ver­si­tés à hau­teur de 80 %. C’est le cas de l’Argentine et de l’Uruguay, où la gra­tuité sco­laire existe dans les uni­ver­si­tés d’État. Au Chili, ce sont les étu­diantes qui assument près de 79 % des coûts de leur édu­ca­tion, alors que les fon­da­tions pri­vées apportent envi­ron 6 %[9].

Les bourses d’études de l’État sont décer­nées dans les uni­ver­si­tés tra­di­tion­nelles en fonc­tion du ren­de­ment sco­laire. La majo­rité des Chiliennes, qui suivent une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, uni­ver­si­taire ou tech­nique, sont lancés dans une spi­rale d’endettement ou de sur­charge de tra­vail. Il n’est pas rare de ren­con­trer des per­sonnes qui tra­vaillent et étu­dient à temps plein, cumu­lant des semaines de tra­vail de 80 heures. L’endettement est donc la seule issue pos­sible pour bon nombre d’étudiantes.

Le « capi­tal humain » est financé entiè­re­ment par le sala­riée comme une ponc­tion directe à son futur salaire. L’endettement est un devenu un droit que s’est appro­prié le capi­tal finan­cier qui usurpe une partie de la plus­va­lue réa­li­sée par la future force de tra­vail. Selon une étude de la Banque mon­diale[10], les futures diplô­mées devront consa­crer en moyenne 15 % de leur salaire men­suel à payer leurs dettes d’études. Pour cer­taines pro­fes­sions, comme vété­ri­naire, archi­tecte ou psy­cho­logue, le paie­ment de la dette d’études pour­rait atteindre entre 24 et 31 % du salaire. Prenant en compte l’intérêt, les tech­ni­ciennes et les pro­fes­sion­nelles d’origine modeste paie­ront leur accès à « l’économie du savoir » beau­coup plus que les per­sonnes issues des classes supé­rieures.

4. Prêts étu­diants avec garan­tie de l’État : le car­bu­rant du com­merce édu­ca­tif

L’une des prin­ci­pales vic­toires du mou­ve­ment étu­diant a été l’abolition du sys­tème de « Prêt avec garan­tie de l’État » (CAE selon l’acronyme en espa­gnol[11]). En 2006, le gou­ver­ne­ment de Ricardo Lagos a mis en place ce nou­veau sys- tème de prêts étu­diants. L’État, à tra­vers une fon­da­tion para­pu­blique, offrait aux banques un cer­tain nombre de prêts dont il se por­tait garant. Le pro­gramme finan­çait sans dis­tinc­tion les ins­ti­tuts pro­fes­sion­nels, les centres de for­ma­tion tech­nique, les uni­ver­si­tés publiques et les uni­ver­si­tés pri­vées. À l’admission, les étu­diantes se voyaient offrir ce prêt, sans égard à leur ren­de­ment sco­laire, qu’ils devaient rem­bour­ser une fois leurs études ter­mi­nées. Le ministre de l’Éducation de l’époque, Sergio Bitar, affirme aujourd’hui sur toutes les tri­bunes[12] que c’était la seule manière de finan­cer la mas­si­fi­ca­tion des études supé­rieures, notam­ment pour les moins nantis et les étu­diants du sec­teur tech­nique.

Le CAE était une mesure sociale typi­que­ment néo­li­bé­rale : l’objectif était de per­mettre l’accès au « marché » des indi­vi­dus qui en sont exclus, de cibler les plus dému­nis et de mini­mi­ser la pré­sence de l’État, tout en offrant au capi­tal une oppor­tu­nité de profit et en fai­sant porter les risques à l’État et aux tra­vailleurs et tra­vailleuses. Pour le gou­ver­ne­ment, le CAE a réussi à cibler les plus néces­si­teux : 60 % des béné­fi­ciaires pro­ve­naient de familles qui se situent parmi les 40 % les moins riches du pays[13]. En 2011, envi­ron le quart des étu­diantes d’éducation supé­rieure obte­nait ce prêt. Cela ne fai­sait pour­tant que reflé­ter une réa­lité sociale évi­dente : les jeunes des classes popu­laires ont plus de dif­fi­cul­tés à obte­nir les

résul­tats sco­laires néces­saires pour obte­nir les bourses des grandes uni­ver­si­tés et leurs parents ne peuvent payer les frais de sco­la­rité. Au lieu de s’attaquer aux sources des inéga­li­tés, l’État les consa­crait en une occa­sion d’affaires.

5. Le négoce scan­da­leux des banques aux dépens de l’État

Selon une étude du Centre de recherche jour­na­lis­tique Ciper[14], entre 2006 et 2011, 350 000 per­sonnes ont eu accès à un prêt du CAE, ce qui équi­vaut à 2,26 mil­liards de dol­lars versés aux uni­ver­si­tés. En uti­li­sant le méca­nisme qui leur per­met­tait de revendre à l’État leurs « mau­vais actifs », les banques se sont défaites de 887 mil­lions de dol­lars de dettes d’études (40 % des prêts octroyés) que le Trésor public a ache­tées au coût de 1,18 mil­liard de dol­lars. Les sept banques qui ont par­ti­cipé au sys­tème de prêts ont chargé 300 mil­lions de dol­lars en inté­rêts et com­mis­sions, ce qui repré­sente une marge de profit de 25 % en moyenne. Certaines banques ont même engrangé un profit de 63 % pour les « mau­vaises » dettes étu­diantes. Pendant que les banques comp­taient leur gains, les endet­tées conti­nuaient de rem­bour­ser leur dette à l’État.

Le CAE est tou­te­fois devenu insou­te­nable puisque les mon­tants pris en charge par l’État pour les mau­vais payeurs n’ont fait qu’augmenter avec le temps. Seulement pour l’année 2011, selon l’économiste Manuel Riesco[15], le CAE a dirigé 808 mil­lions $ aux ins­ti­tu­tions d’éducation supé­rieure, la plu­part pri­vées. Néanmoins, cette année-là, l’État a dépensé un total de 506 mil­lions $ pour finan­cer le rachat de prêts aux banques (com­mis­sions incluses). Le CAE a grevé bru­ta­le­ment 30 % du budget de l’État alloué à l’éducation supé­rieure en 2011 ! Ce méca­nisme était coû­teux tant pour les étu­diants que pour l’État, mais il permet- tait des béné­fices juteux aux banques et aux éta­blis­se­ments privés.

En abo­lis­sant le CAE, le gou­ver­ne­ment pro­pose que l’État prenne la res­pon­sa­bi­lité des prêts étu­diants. Ce der­nier char­gera un faible inté­rêt de 2 % sur les prêts. Si le mou­ve­ment étu­diant s’est féli­cité de l’élimination du profit ban- caire sur le dos des étu­diantes, il dénonce que le nou­veau sys­tème conserve la logique mar­chande et ne réponde pas aux besoins des étu­diantes les moins for­tu­nées. Contrairement au sys­tème qué­bé­cois d’aide finan­cière, le prêt ne couvre pas le coût de la vie, mais il est payé direc­te­ment aux uni­ver­si­tés pour cou­vrir les fara­mi­neux frais de sco­la­rité. Dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, les frais de sco­la­rité et les frais affé­rents sont supé­rieurs au mon­tant maxi­mum du prêt, la dif­fé­rence étant à la charge de l’étudiante. Ce sys­tème injuste fait payer davan­tage aux jeunes pro­ve­nant de milieux modestes puisque leurs frais sont addi­tion­nés d’intérêts. De plus, il est insou­te­nable éco­no­mi­que­ment : les pro­jec­tions montrent que le far­deau pour les salaires des futures tra­vailleurs et tra­vailleuses sera déme­suré. Finalement, il est inef­fi­cace à assu­rer la pla­ni­fi­ca­tion des res­sources, celles- ci tombent dans les poches d’universités qui inves­tissent davan­tage dans leurs immo­bi­li­sa­tions et leur publi­cité, qu’en livres et pro­fes­seures.

Tout compte fait, l’abolition du prêt avec garan­tie de l’État aurait pu per­mettre de finan­cer, sous forme de bourses, les frais de sco­la­rité à un nombre d’étudiantes équi­valent aux deux tiers des anciennes béné­fi­ciaires du CAE. En les dépen­sant direc­te­ment dans un réseau public, l’État aurait pu s’assurer que l’argent soit dépensé en pro­fes­seures, livres et maté­riels, plutôt qu’en publi­cité et en profit pour les cor­po­ra­tions pri­vées.

Conclusion

« Nous ne sommes pas les enfants de la démo­cra­tie, nous sommes les parents d’une révo­lu­tion »

— Lu dans une manif

L’éducation chi­lienne a été mor­ce­lée par la dic­ta­ture, puis dis­soute dans ce qui n’est guère plus qu’un « envi­ron­ne­ment com­mer­cial ». La révolte étu­diante, qui se pour­sui­vait au moment d’écrire ces lignes, rejette avec force le statut de consom­ma­teur conféré aux étu­diantes, et reven­dique pour l’éducation un espace en dehors du marché. Ultime rem­part de la société, peut-être, où il est pos­sible de penser que l’égalité peut avoir pré­séance sur la gros­seur du por­te­feuille. Des familles entières par­ti­cipent aux mani­fes­ta­tions étu­diantes, conscientes de l’arnaque publi­ci­taire qui promet le succès der­rière n’importe quelle « for­ma­tion », étran­glées par l’endettement usu­raire et dés­illu­sion­nées par la valeur réelle de leur « capi­tal humain » sur le marché. En poin­tant l’un des maillons faibles de l’édifice néo­li­bé­ral chi­lien, le mou­ve­ment a dépassé la lutte sec­to­rielle ; sa portée englobe main­te­nant toutes les sphères de la vie publique : santé, retraites, sécu­rité sociale, tra­vail et éco­lo­gie.

La société chi­lienne est lézar­dée de fis­sures sociales. La grogne contre la droite au gou­ver­ne­ment atteint d’ailleurs tous les sec­teurs de la société : les mineurs qui luttent contre la pri­va­ti­sa­tion du cuivre, les pêcheurs arti­sa­naux, les vic­times du trem­ble­ment de terre mécon­tentes de la recons­truc­tion, les habi­tants des régions éloi­gnées et les mou­ve­ments éco­lo­gistes contre les bar­rages en Patagonie. Mal- gré les repor­tages com­plai­sants de la télé­vi­sion et la suf­fi­sance des porte-parole gou­ver­ne­men­taux, la popu­la­tion s’aperçoit que la crois­sance éco­no­mique se fait à ses dépens, tout comme l’accès à l’université ne fait que l’endetter.

Les mou­ve­ments sociaux affron­te­ront un scé­na­rio com­plexe dans un avenir proche. Plusieurs mili­tantes, vic­times de la répres­sion, ont été expul­sées de leur éta­blis­se­ment. Si le mou­ve­ment garde sa vigueur et sa convic­tion, il ne gagne guère en capa­cité orga­ni­sa­tion­nelle. En 2011, le gou­ver­ne­ment a démon­tré qu’il pré­fé­rait lais­ser pour­rir les lycées et uni­ver­si­tés affec­tés par les grèves, en majo­rité du sys­tème public, plutôt que d’écouter les reven­di­ca­tions popu­laires. La droite semble espé­rer que les mobi­li­sa­tions deviennent, à leur insu, les propres fos­soyeurs de ce qu’il reste d’éducation publique.

L’impopularité géné­ra­li­sée frappe tous les partis confon­dus. Les partis d’op- posi­tion, de la Concertation au Parti com­mu­niste ne se sont pas ren­for­cés, pour l’instant, de l’immense oppo­si­tion de la rue. Au contraire, les luttes sociales ont montré l’inaptitude des partis tra­di­tion­nels à pro­po­ser un pro­gramme de réformes auda­cieux. La rue a donné aux Chiliennes le goût de s’aventurer hors des ter­rains poli­tiques connus. La situa­tion sociale au Chili risque de bouillir encore au cours des pro­chaines années. De mul­tiples ini­tia­tives de forces extra- par­le­men­taires sont à l’œuvre, prô­nant la créa­tion d’une assem­blée consti­tuante pour abolir la Constitution léguée par la dic­ta­ture. Ces ini­tia­tives ont l’appui des mou­ve­ments sociaux, mais elles devront dépas­ser leur frag­men­ta­tion et leur dis­per­sion pour par­ve­nir à leurs fins.

Tableau I

Principales uni­ver­si­tés du Chili, clas­sées selon le nombre d’étudiantEs de 1er cycle don­nant droit à une sub­ven­tion AFI

AFI 2011 Étudiants de 1er cycle
Type Nom de l’institution Étudiants sub­ven­tion­nés % du total des sub­ven­tions accor­dés par ins­ti­tu­tion % des nou­veaux étu­diants admis par ins­ti­tu­tion
1 A Universidad de Chile 4235 15,34 % 15,89 % 26 659
2 B Pontificia Universidad Católica de Chile 3482 12,61 % 15,82 % 22 011
3 A Universidad de Santiago de Chile 2092 7,58 % 10,45 % 20 022
4 B Universidad Técnica Federico Santa María 2040 7,39 % 12,62 % 16 168
5 B Universidad de Concepción 1915 6,94 % 8,13 % 23 543
6 B Pontificia Universidad Católica de Valparaíso 1219 4,42 % 9,11 % 13 387
7 C Universidad Nacional Andrés Bello 1100 3,98 % 3,03 % 36 325
8 C Universidad Adolfo Ibañez 1075 3,89 % 14,76 % 7281
9 C Universidad del Desarrollo 983 3,56 % 8,39 % 11 715
10 C Universidad Diego Portales 934 3,38 % 7,36 % 12 693
11 A Universidad de Valparaíso 859 3,11 % 5,55 % 15 478
12 C Universidad de Los Andes 754 2,73 % 13,03 % 5785
13 C Universidad Mayor 638 2,31 % 4,47 % 14 273
14 C Universidad San Sebastián 590 2,14 % 2,74 % 21 571
15 A Universidad de la Frontera 584 2,12 % 7,08 % 8247
16 B Universidad Austral de Chile 579 2,10 % 4,97 % 11 651
17 B Universidad Católica del Norte 481 1,74 % 5,36 % 8973
18 A Universidad de Talca 477 1,73 % 6,60 % 7229
19 B Universidad Católica del Maule 272 0,99 % 4,54 % 5989
20 A Universidad del Bío-Bío 261 0,95 % 2,46 % 10 597
21 A Universidad Metropolitana de Ciencias de la Educación 257 0,93 % 5,55 % 4634
29 C Universidad Santo Tomás 144 0,52 % 0,52 % 27 565
50 C Universidad de las Américas 20 0,07 % 0,07 % 28 947
52 C Universidad del Mar 16 0,06 % 0,08 % 19 204
A+B Universités du CRUCH 19 950 72,26 % 7,25 % 275 047
C Université privée 7194 26,05 % 2,19 % 327 445
A : Université éta­tique

B : Université par­ti­cu­lière C : Université privée

Source : Élaboré par l’auteur d’après des don­nées du Centro Nacional de Educación et du minis­tère de l’Éducation du Chili.

  1. Pour une revue de cette lutte, voir mes articles sur le site de La Gauche, < www.lagauche. com/lagauche/spip.php?mot102 > et Sergio Grez Toso, « Le Chili 2012 : le mouve- ment étu­diant à la croi­sée des che­mins », À l’encontre, 18 jan­vier 2012, < http://​tiny​.cc/ aGXe2b >.
  2. 1. Naomi Klein, The Shock Doctrine. The Rise Of Disaster Capitalism, Toronto, Knopf, 2007.
  3. 1. L’origine de cette coa­li­tion est le regrou­pe­ment des partis poli­tiques oppo­sés à la dic­ta­ture : la Démocratie chré­tienne, le Parti pour la démo­cra­tie, le Parti radi­cal social-démo­crate et le Parti socia­liste. Le Parti com­mu­niste s’en est dis­so­cié for­mel­le­ment, mais sa bureau­cra­tie est tou­jours restée proche de la coa­li­tion.
  4. En consi­dé­rant les HEC et l’École poly­tech­nique comme des unités dis­tinctes, comme le fait la Conférence des rec­teurs et des prin­ci­paux des uni­ver­si­tés du Québec (CREPUQ).
  5. Gouvernement du Chili, Consejo Nacional de Educación, 1er mars 2012, <www​.cned​.cl>.
  6. Lorena Flores Javier Gonzalez, Jorge Rodriguez et Daniela Sugg, « Aporte fifissc­caall iinnd­dii– recto : una pro­puesta para su moder­ni­za­ción », Calidad de la edu­ca­ción, n° 35, décembre 2011, éga­le­ment en ligne, 1er mars 2012, < http://​tiny​.cc/​I​AEe2b >.
  7. Maria O. Monckeberg, El nego­cio de las uni­ver­si­dades en Chile, Santiago, Debate, 2007.
  8. Tous les mon­tants sont expri­més en dol­lars états-uniens ; le taux moyen du peso chi­lien est de 500 CLP pour un dollar.
  9. Elizabeth Simonsen, « Chile tiene mayor gasto de las fami­lias en edu­ca­ción, pero menor emplea­bi­li­dad », La Tercera, Santiago, 21 sep­tembre 2011, p. 12.
  10. Elizabeth Simonsen, « Egresados des­ti­narán el 15 % de su sueldo a pagar el cré­dito de edu­ca­ción super­ior », La Tercera, Santiago, 15 mai 2011, p. 8.
  11. Crédito con aval del Estado ; notez qu’en espa­gnol, iro­ni­que­ment, CAE veut dire « tombe ! »
  12. L’ex-ministre de l’Éducation Sergio Bitar a été pris à partie par les porte-parole étu­diants pour être l’architecte du CAE, sys­tème qui a pro­fité à l’Universidad Mayor, dont il est devenu membre du conseil d’administration. Voir notam­ment le débat télé­visé sur CNN- Chile qui oppose Sergio Bitar à Francisco Figueroa, diri­geant de la Fédération étu­diante de l’Université du Chili (FECH), 1er mai 2012, < http://​youtu​.be/​4​y​d​g​w​_​gYlQM >.
  13. Fondation Integra, 1er mai 2012, <ww2​.ingresa​.cl/​e​s​t​a​d​i​s​t​icas/>.
  14. Juan Andrés Guzmán et Gregorio Riquelme, « CAE : Cómo se creó y opera el cré­dito que le deja a los bancos ganan­cias por $150 mil mil­lones », Ciper, 20 décembre 2012, dis­po­nible en ligne le 1er mai 2012, < http://​tiny​.cc/​ai0y3 >.
  15. Manuel Riesco, éco­no­miste du centre de recherche CENDA. Les don­nées pro­viennent de son blogue < http://​eco​no​mia​.manuel​riesco​.cl/ >.

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