Ceci n’est pas un plan de lutte !

Mis en ligne le 10 juin 2010

mardi 8 juin 2010, par Collectif pour un Québec sans pau­vreté

Après avoir lu et ana­lysé le Plan d’action gou­ver­ne­men­tal pour la soli­da­rité et l’inclusion sociale 2010-2015, comme l’a demandé le ministre Sam Hamad, le Collectif voit ses craintes confir­mées : ceci n’est pas un plan de lutte à la pau­vreté.

Communiqué du 7 juin 2010

La recon­duc­tion d’un pre­mier plan limité

Le nou­veau plan du gou­ver­ne­ment cor­res­pond à peu de choses près à la recon­duc­tion inté­grale du pre­mier plan qui a cou­vert la période 2004-2010. Malgré de bonnes mesures, comme le sou­tien aux enfants, et des mesures aux impacts miti­gés, telle la prime au tra­vail, ce pre­mier plan n’a que trop montré ses limites. Il a notam­ment aban­donné à leur sort les per­sonnes sans tra­vail et sans enfants : « Rien n’est mis en place dans le second plan pour cor­ri­ger cette injus­tice criante, même si elle a été recon­nue par le gou­ver­ne­ment », a déploré Robin Couture, por­te­pa­role du Collectif.

De nou­velles mesures contre la pau­vreté ?

Près de la moitié des nou­veaux inves­tis­se­ments, tota­li­sant 1,3 mil­liard de dol­lars, ser­vi­ront à un crédit d’impôt pour la soli­da­rité qui, dans les faits, ne fait que com­pen­ser par­tiel­le­ment des hausses de taxes et de tarifs annon­cées dans le der­nier budget du Québec. Ce crédit n’améliore en rien le sort des per­sonnes en situa­tion de pau­vreté. Tout au plus, il les main­tien­dra dans un statu quo inte­nable. Quant à l’indexation des pres­ta­tions d’assistance sociale, elle ne peut être consi­dé­rée comme une mesure de lutte à la pau­vreté : elle ne fait qu’empêcher la déva­lua­tion des pres­ta­tions. « C’est comme la boni­fi­ca­tion de l’exemption des pen­sions ali­men­taires : elle ne consti­tue qu’une dimi­nu­tion du détour­ne­ment que l’État fait au détri­ment des enfants », a ajouté M. Couture. Du côté du loge­ment social, les 3 000 nou­velles unités annon­cées sont bien loin de l’engagement élec­to­ral pris en 2008 par Jean Charest qui avait promis de finan­cer au moins 3000 loge­ments sociaux par année sur une période de cinq ans.

Une insis­tance qui laisse per­plexe

L’insistance mise par le gou­ver­ne­ment sur la mobi­li­sa­tion et la concer­ta­tion des acteurs régio­naux et locaux de la société civile laisse per­plexe. « C’est dif­fi­cile d’être contre la vertu, www​.pau​vrete​.qc​.ca sur­tout lorsqu’elle se drape de soli­da­rité et d’inclusion. Cependant, il est pour le moins curieux d’annoncer qu’on mobi­lise l’ensemble de la société lors d’une confé­rence de presse d’où on exclut des orga­ni­sa­tions qui luttent contre la pau­vreté sur le ter­rain, en par­ti­cu­lier celle qui est à l’origine de la Loi visant à lutter contre la pau­vreté et l’exclusion sociale, loi que le ministre bafoue régu­liè­re­ment », a com­menté M. Couture. « La mobi­li­sa­tion régio­nale et locale ne pourra porter ses fruits que si elle s’appuie sur des mesures de relè­ve­ment du revenu à l’échelle natio­nale, ce qui n’est pas dans le plan gou­ver­ne­men­tal. »

Un manque de vision

Si le train de mesures annon­cées donne une impres­sion d’ampleur, il cache mal le manque de vision du gou­ver­ne­ment. De un, il fait fi de la conver­gence de vues qui s’est déga­gée lors de ses propres consul­ta­tions et ignore la presque tota­lité des pro­po­si­tions mises de l’avant par le mou­ve­ment citoyen qué­bé­cois lors de ces consul­ta­tions. De deux, les visées du gou­ver­ne­ment sont loin d’être claires : il a écarté la ques­tion des cibles de reve­nus à atteindre, alors que la Loi lui fai­sait l’obligation d’en fixer, et il n’a aucune visée sur une pro­gres­sion à faire et les moyens à uti­li­ser. De trois, lorsqu’il se com­pare aux autres pro­vinces et pays, le gou­ver­ne­ment se féli­cite un peu trop rapi­de­ment ; il choi­sit de mettre de l’avant les indi­ca­teurs de pau­vreté qui servent son propos ; il met de côté les ques­tions liées à l’accroissement des inéga­li­tés ou à l’accessibilité aux ser­vices publics, mena­cée par le budget du Québec 2010-2011. « Bref, de dire M.Couture, rien n’est acquis dans la lutte à la pau­vreté : le gou­ver­ne­ment mise sur des mesures qui ont démon­tré leur inef­fi­ca­cité et il omet volon­tai­re­ment des solu­tions qui s’imposent si on veut pro­gres­ser. »

Le lan­ce­ment de la cam­pagne Retour à l’expéditeur

Le Collectif a pro­fité de sa confé­rence de presse pour lancer offi­ciel­le­ment la cam­pagne Retour à l’expéditeur. En effet, le nou­veau plan déposé hier n’améliore pas vrai­ment les condi­tions de vie des per­sonnes en situa­tion de pau­vreté, il ignore les droits humains, il passe outre les objec­tifs et obli­ga­tions de la loi et il ne fait pas face aux enjeux sociaux pres­sants mis en évi­dence ces der­nières années. « Pour toutes ces rai­sons, nous invi­tons tout le Québec à en refu­ser la livrai­son et à le retour­ner à son expé­di­teur, le gou­ver­ne­ment. Le mou­ve­ment citoyen de lutte à la pau­vreté est entêté et exi­gera sans faillir la jus­tice sociale dont le gou­ver­ne­ment se réclame aujourd’hui », de conclure M. Couture.

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