Thème

Chantiers théoriques

 
Article 11
Lénine et l’essor des mouvements de libération nationale
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 29 mars 2017
La révolution d'octobre 1917

Un dia­logue dif­fi­cile dès l’origine

Au moment de son avè­ne­ment, le socia­lisme euro­péen s’inscrit dans les grandes luttes démo­cra­tiques et sociales euro­péennes. Pour Marx, le capi­ta­lisme est à la fois l’obstacle que doivent sur­mon­ter les mou­ve­ments socia­listes et la matrice d’une réor­ga­ni­sa­tion fon­da­men­tale de la société. Marx pense que le capi­ta­lisme est « révo­lu­tion­naire » parce qu’il confronte l’ordre ancien (le féo­da­lisme), mais aussi parce que, par nature, il bous­cule les rap­ports sociaux(1). D’autre part il crée ses propres fos­soyeurs, les pro­lé­taires modernes, qui vont mettre fin à l’accumulation du capi­tal et même à l’État. Cette vision opti­miste de Marx ins­pi­rée en partie d’Hegel fait en sorte que la marche de l’histoire se joue en Europe dans les pays indus­tria­li­sés, alors qu’ailleurs, les peuples sont essen­tiel­le­ment des spec­ta­teurs. Plus encore, le capi­ta­lisme euro­péen de par ses pous­sées impé­ria­listes ouvre la voie. En Inde notam­ment, au-delà des pré­da­tions et des mas­sacres, le colo­nia­lisme bri­tan­nique, estime Marx, impose des trans­for­ma­tions néces­saires.

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Prise de parole
La Russie de Poutine : le miroir grossissant d’une dérive
Lord du lancement du no. 17, hiver 2017, des Nouveaux Cahiers du Socialisme (NCS)
dimanche 26 mars 2017
La révolution d'octobre 1917
Article 10
Luxemburg et Lénine : spontanéité et organisation*
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Lénine a tou­jours pro­fessé qu’en der­nière ins­tance la révo­lu­tion dépend uni­que­ment de la qua­lité du Parti. D’accord en cela avec Kautsky, pour qui la conscience révo­lu­tion­naire ne pou­vait être qu’injectée du dehors aux tra­vailleurs, Lénine affir­mait :

L’histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arri­ver qu’à la conscience trade-unio­niste, c’est-à-dire à la convic­tion qu’il faut s’unir en syn­di­cats, se battre contre les patrons, récla­mer du gou­ver­ne­ment telles lois néces­saires aux ouvriers, etc. Quant à la doc­trine socia­liste, elle est née des théo­ries phi­lo­so­phiques, his­to­riques, éco­no­miques, éla­bo­rées par les repré­sen­tants culti­vés des classes pos­sé­dantes, par les intel­lec­tuels.

Ainsi, les ouvriers sont inca­pables d’acquérir une conscience poli­tique, ce préa­lable obligé à la vic­toire du socia­lisme. Le socia­lisme cesse dès lors d’être « l’œuvre des tra­vailleurs eux-mêmes », selon la for­mule de Karl Marx.

Lénine n’a jamais envi­sagé autre chose que de placer les moyens de pro­duc­tion sous la coupe d’autorités nou­velles, ce qui lui paraît une condi­tion suf­fi­sante pour l’instauration du socia­lisme. D’où l’importance exces­sive qu’il accorde au fac­teur poli­tique, au fac­teur sub­jec­tif, allant jusqu’à consi­dé­rer l’œuvre d’organisation de la société socia­liste comme un acte poli­tique. Pas de socia­lisme sans révo­lu­tion, dit assu­ré­ment Marx, et la révo­lu­tion consti­tue un acte poli­tique. Toutefois, ajoute-t-il, le pro­lé­ta­riat n’a recours à cet acte poli­tique que « dans la mesure où il a besoin de détruire et de dis­soudre. Mais dès que com­mence son action d’organisation, là où se mani­feste son but imma­nent, son âme, le socia­lisme se dépouille de son enve­loppe poli­tique ».

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Article 9
Lénine et l’impossible dépassement*
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Lénine amorce une autre voie que celle tracée par le socia­lisme de la Deuxième Internationale. Non pas ren­for­cer l’appareil d’État, ne pas non plus vou­loir le rendre res­pon­sable de tous les maux et le détruire immé­dia­te­ment selon les vœux anar­chistes, mais le trans­for­mer. En 1921, il pose le pro­blème d’une façon tout à fait créa­trice et extrê­me­ment ins­truc­tive. Il montre qu’il faut à la fois défendre l’État pour qu’il reste aux mains du pro­lé­ta­riat et lutter « d’en bas » contre cet État pour le trans­for­mer. Face à Trotsky qui disait qu’il n’y avait plus de bour­geoi­sie, et que l’État était un « État ouvrier », Lénine réplique :

  • « En fait, notre État n’est pas un État ouvrier, mais un État ouvrier-paysan »53 (car la révo­lu­tion russe n’était pas pure­ment pro­lé­ta­rienne, mais asso­ciait les pay­sans pauvres dans les tâches anti­féo­dales et démo­cra­tiques res­tant à accom­plir).
  • « Notre État est un État ouvrier pré­sen­tant une défor­ma­tion bureau­cra­tique », où se refor­mait donc une bour­geoi­sie. Et de cela Lénine tirait cette conclu­sion que les ouvriers devaient à la fois défendre cet Etat et se défendre contre lui : « Notre État est tel aujourd’hui que le pro­lé­ta­riat tota­le­ment orga­nisé doit se défendre, et nous devons uti­li­ser les orga­ni­sa­tions ouvrières (ici les syn­di­cats) pour défendre les ouvriers contre leur Etat et pour que les ouvriers défendent notre Etat ».
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Article 8
L’actualité de Lénine *
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


La pensée stra­té­gique défi­nit une dis­po­ni­bi­lité per­for­ma­tive à l’événement qui peut sur­ve­nir. Mais cet évé­ne­ment n’est pas l’événement absolu, venu de nulle part. Il s’inscrit dans des condi­tions de pos­si­bi­lité his­to­ri­que­ment déter­mi­nées. C’est ce qui le dis­tingue du miracle reli­gieux. Ainsi la crise révo­lu­tion­naire de 1917 et son dénoue­ment insur­rec­tion­nel deviennent stra­té­gi­que­ment pen­sables dans l’horizon tracé par Le Développement du capi­ta­lisme en Russie. Ce rap­port dia­lec­tique entre néces­sité et contin­gence, struc­ture et rup­ture, his­toire et évé­ne­ment, fonde la pos­si­bi­lité d’une poli­tique orga­ni­sée dans la durée alors que le pari arbi­trai­re­ment volon­ta­riste sur une irrup­tion évé­ne­men­tielle, s’il permet de résis­ter à l’air du temps, débouche plus sou­vent sur une pos­ture de résis­tance esthé­ti­sante que sur un enga­ge­ment mili­tant à modi­fier patiem­ment le cours des choses.

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Article 7
Les deux mouvements de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Dans le déve­lop­pe­ment de la Révolution russe, pré­ci­sé­ment parce que c’est une véri­table révo­lu­tion popu­laire qui a mis en mou­ve­ment des dizaines de mil­lions d’hommes, on observe une remar­quable conti­nuité des étapes. Les évé­ne­ments se suc­cèdent comme s’ils obéis­saient aux lois de la pesan­teur. Le rap­port mutuel des forces est véri­fié à chaque étape de deux façons : d’abord les masses montrent la puis­sance de leur impul­sion ; ensuite, les classes pos­sé­dantes, s’efforçant de prendre leur revanche, n’en décèlent que mieux leur iso­le­ment.

En février, les ouvriers et les sol­dats de Petrograd s’étaient sou­le­vés non seule­ment malgré la volonté patrio­tique de toutes les classes culti­vées, mais aussi en dépit des cal­culs des orga­ni­sa­tions révo­lu­tion­naires. Les masses se mon­trèrent irré­sis­tibles. Si d’elles-mêmes elles s’en étaient rendu compte, elles seraient deve­nues le pou­voir. Mais il n’y avait pas encore à leur tête de parti révo­lu­tion­naire puis­sant et consa­cré. Le pou­voir tomba dans les mains de la démo­cra­tie petite-bour­geoise, camou­flée sous les cou­leurs du socia­lisme. Les men­che­viks et les socia­listes révo­lu­tion­naires étaient inca­pables de faire de la confiance des masses un autre usage que celui d’appeler au gou­ver­nail la bour­geoi­sie libé­rale, laquelle, à son tour, ne pou­vait se dis­pen­ser de mettre le pou­voir dont l’investissaient les conci­lia­teurs au ser­vice des inté­rêts de l’Entente.

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Alan Sennett, Revolutionary Marxism in Spain, 1930-1937,
Sur l’histoire de la révolution et de sa défaite dans l’Espagne des années 1930-1940
Un livre d'une grande portée éducative
mardi 21 février 2017
Chantiers théoriques

L’étude que pré­sente Alan Sennett sur le mar­xisme révo­lu­tion­naire en Espagne est impor­tante, tant par son objet que par les thèmes spé­ci­fiques qu’il ana­lyse. La période cou­verte voit en effet les conflits de classe se tendre pro­gres­si­ve­ment jusqu’à un point de rup­ture, situa­tion qui amène la for­ma­tion puis l’élection en février 1936 du Front popu­laire espa­gnol ; les chan­ge­ments voulus par le peuple des cam­pagnes et des villes sont mul­tiples, démo­cra­tiques et sociaux : les pay­sans « occupent de grandes pro­prié­tés ter­riennes», les grèves ouvrières pro­li­fèrent, on exige « la des­truc­tion des orga­ni­sa­tions fas­cistes » (p.316), si bien qu’un groupe de géné­raux, à la tête des­quels se trouve notam­ment le Général Franco, s’engage dans un Coup d’État qu’il veut pré­ven­tif le 17 juillet sui­vant. L’effet direct du Coup, cepen­dant, s’avère dia­mé­tra­le­ment contraire à ce qu’en atten­daient les géné­raux : plutôt que de pré­ve­nir le déclen­che­ment d’un pro­ces­sus de révo­lu­tion ouverte, leur ten­ta­tive le sus­cite direc­te­ment et le jus­ti­fie. Des milices ouvrières et anti­fas­cistes sont for­mées alors que s’engage par la base syn­di­cale la col­lec­ti­vi­sa­tion d’entreprises et que s’élargit l’appropriation de grands domaines agri­coles. Débutent trois longues années d’une guerre civile féroce et sans merci, et d’un gou­ver­ne­ment de Front popu­laire qui, écrit Sennett, en vien­dra éga­le­ment à mener « une guerre civile dans la guerre civile», c’est-à-dire un gou­ver­ne­ment qui visera à conte­nir puis à faire régres­ser sur le ter­ri­toire qu’il contrôle le pro­ces­sus de la révo­lu­tion et les acquis des pre­miers mois de son dérou­le­ment. La défaite défi­ni­tive aux mains du fas­cisme fran­quiste -appuyé par l’Église « et les tra­di­tio­na­listes catho­liques, les monar­chistes, les ban­quiers, les indus­triels, les grands pro­prié­taires ter­riens » (p.316) – sur­vient quand les troupes insur­gées réus­sissent fina­le­ment à sub­ju­guer l’héroïque Catalogne en mars 1939. Plus la guerre civile se pour­sui­vait, plus il devint clair, par ailleurs, que « cer­tai­ne­ment la Grande Bretagne et peut-être même la France et les États-Unis sup­por­taient taci­te­ment Franco » (p.319), comme option la mieux en mesure de réins­tau­rer le règne sans par­tage de la pro­priété privée et d’une hié­rar­chie des pou­voirs l’assurant. Le pays entra alors en 1939 dans une période de dic­ta­ture fas­ciste qui allait durer trente-six années.

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Article 6
Les impasses de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


De la cri­tique que font Trotski et Lénine des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, il res­sort qu’ils repoussent en prin­cipe les repré­sen­ta­tions natio­nales éma­nant d’élections géné­rales et ne veulent s’appuyer que sur les soviets. Mais alors pour­quoi a-t-on pro­clamé le suf­frage uni­ver­sel ? C’est ce qu’on ne voit pas très bien. D’ailleurs, autant que nous sachions, ce suf­frage uni­ver­sel n’a jamais été appli­qué : on n’a jamais entendu parler d’élections à aucune sorte de repré­sen­ta­tion popu­laire faite sur cette base. Il est plus pro­bable qu’il n’est resté qu’un droit théo­rique, exis­tant uni­que­ment sur le papier, mais, tel qu’il est, il n’en consti­tue pas moins un pro­duit très remar­quable de la théo­rie bol­che­viste de la dic­ta­ture. Tout droit de vote, comme d’ailleurs tout droit poli­tique, doit être mesuré, non pas d’après des sché­mas abs­traits de jus­tice et autres mots d’ordre tirés de la phra­séo­lo­gie bour­geoise-démo­cra­tique, mais d’après les condi­tions éco­no­miques et sociales, pour les­quelles il est fait. Le suf­frage éla­boré par le gou­ver­ne­ment des soviets est pré­ci­sé­ment cal­culé en vue de la période de tran­si­tion de la forme de société bour­geoise-capi­ta­liste à la forme de société socia­liste, en vue de la période de dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat. Conformément à l’interprétation de cette dic­ta­ture, que repré­sentent Lénine et Trotski, ce droit n’est accordé qu’à ceux qui vivent de leur propre tra­vail, et refusé aux autres.

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Article 5
Lénine, lecteur de Hegel (1)
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Irruption du mas­sacre de masse au cœur des pays impé­ria­listes après un siècle de rela­tive « paix » interne, le moment de la Première Guerre mon­diale est simul­ta­né­ment celui de l’effondrement de son oppo­sant his­to­rique, le mou­ve­ment ouvrier euro­péen, essen­tiel­le­ment orga­nisé dans la Deuxième Internationale. Si l’on consi­dère que ce second désastre frappe cette vérité poli­tique même qui est née en réponse au pre­mier, et qui s’est nommée « Octobre 17 », et tout autant : « Lénine », c’est alors la boucle du « court ving­tième siècle » qui s’est refer­mée sur cette désas­treuse répé­ti­tion. Paradoxalement donc, le moment n’est peut-être pas si mal choisi pour reprendre les choses par le début, à l’instant où, dans la boue et le sang qui sub­merge l’Europe en cet été 1914, le siècle surgit.

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Art, culture et politique
Dada et avant-garde russe : sur les liens entre l’art, la politique et la révolution…
dimanche 5 février 2017
Chantiers théoriques

1916. Il y a un peu plus d’un siècle, voyait le jour en Suisse le mou­ve­ment Dada. Ce mou­ve­ment artis­tique a été créé lors de la Grande Guerre de 1914-1918. À cette occa­sion, des artistes sortent de leur iso­le­ment et décident de prendre posi­tion contre ce grand car­nage humain qui déchire les pays civi­li­sés d’Europe. Certains membres de ce groupe ten­te­ront, à l’instar du cou­rant artis­tique de l’Avant-garde russe, de jouer un rôle pivot impor­tant dans la défi­ni­tion des liens à créer entre l’art, la poli­tique et la révo­lu­tion. Je vous pro­pose, dans les lignes qui suivent, une réflexion cri­tique autour des notions sui­vantes : « Dada », « Avant-garde russe », art, poli­tique et révo­lu­tion.

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