Thème

Chantiers théoriques

 
Article 15
Guerre et révolution : Lénine en 1914
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

En octobre 1914, peu de temps après l’éclatement de la Première Guerre mon­diale, Lénine écrit à son com­pa­gnon Alexandre Chliapnikov (1885-1937): « Désormais, je hais et méprise Kautsky plus que per­sonne, avec son hypo­cri­sie vile, sale, et satis­faite d’elle-même. » Ce résumé mor­dant de l’attitude de Lénine à l’égard de Kautsky, qui allait rester inchan­gée pour le reste de sa vie, est sou­vent cité. Mais pour com­prendre la vision des choses de Lénine, c’est un autre com­men­taire qui est en fin de compte plus utile. Quatre jours plus tard, Lénine écri­vait au même Chliapnikov : « Procure-toi sans faute et relis (ou fais-toi tra­duire) Le chemin du pou­voir de Kautsky (et vois) ce qu’il y écrit à propos de la révo­lu­tion à notre époque ! Et aujourd’hui com­ment il joue au confor­miste et désa­voue tout cela !».

Lénine suivit son propre conseil. En décembre 14, il s’est pris le temps de par­cou­rir le livre et il a réuni une page et demie de cita­tions qu’il a insé­rées dans un article inti­tulé « Chauvinisme mort et socia­lisme vivant ». Il y écri­vit : « Voilà ce que Kautsky écri­vait dans un passé très très ancien – c’était il y a cinq ans. Voilà ce qu’était la social-démo­cra­tie alle­mande ou, plus exac­te­ment, ce qu’elle pré­ten­dait être. C’était la sorte de social-démo­cra­tie qu’on pou­vait et devait res­pec­ter.»

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Article 14
Guerre et révolution chez Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 26 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Publié par A l’encontre le 15 novembre 2012

Nous publions ci-des­sous la suite logique et chro­no­lo­gique de l’article de Georges Haupt (voir indi­ca­tions bio­gra­phiques à la fin du texte) inti­tulé « Guerre ou révo­lu­tion ? l’Internationale et l’Union sacrée ». Ces deux articles prennent toute leur place et leur valeur dans le cadre des ini­tia­tives de « com­mé­mo­ra­tion » du Congrès de Bâle de la IIe Internationale qui s’est tenu à Bâle en novembre 1912. (Rédaction A l’Encontre)

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Article 13
La théorie du parti de Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 12 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Les écrits de Lénine sur les pro­blèmes d’organisation du Parti social-démo­crate russe dans la période 1900-1904 – en par­ti­cu­lier Que faire ? (1902) et Un pas en avant, deux pas en arrière (1904) – consti­tuent un ensemble cohé­rent, expri­mant une concep­tion typi­que­ment « cen­tra­liste » du mou­ve­ment socia­liste.

On explique habi­tuel­le­ment cette ten­dance par les « sources russes du bol­ché­visme » : le machia­vé­lisme et l’omniscience des chefs dans Netchaïev, le « sub­jec­ti­visme » de Lavrov et Mikhailovsky, le jaco­bino-blan­quisme de Tkatchev, etc [1]. En effet, il est indis­cu­table que les tra­di­tions du XIXe siècle russe – sur­tout la struc­ture conspi­ra­tive du groupe ter­ro­riste Narodnaïa Volia ( « La volonté du peuple ») – sont un des cadres socio­cul­tu­rels des théo­ries déve­lop­pées dans Que faire ? Lénine lui-même le recon­naît, dans la mesure où il ne cache pas son admi­ra­tion pour le groupe Terre et Liberté (pré­cur­seur de la Narodnaïa Volia formé en 1876 par les popu­listes et Plekhanov), qu’il consi­dère comme une « excel­lente orga­ni­sa­tion », « qui devrait nous servir de modèle à tous » [2]. Enfin, les héri­tiers directs des « narod­niki », les social-révo­lu­tion­naires, futurs enne­mis mor­tels du bol­ché­visme, approu­vaient cha­leu­reu­se­ment le cen­tra­lisme de Lénine avant 1905 [3].

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Article 12
Un bilan de la Révolution d’octobre
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

La Révolution russe d’octobre 1917 fut l’événement le plus mar­quant du XXe siècle. Mais puisque ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire, il est peu connu que cette révo­lu­tion n’était que l’ouverture d’une immense vague de contes­ta­tion du capi­ta­lisme qui a balayé tout le monde indus­triel, sus­ci­tant de puis­sants échos éga­le­ment dans le monde colo­nial. Partout entre 1918 et 1921 les effec­tifs syn­di­caux et les jour­nées per­dues en grèves ont atteint des records his­to­riques, tandis que se gon­flaient les rangs de l’aile révo­lu­tion­naire des partis socia­listes.

L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des révo­lu­tions, dont la force motrice était la classe ouvrière. Des situa­tions por­tant un poten­tiel révo­lu­tion­naire réel et immé­diat ont surgi en Italie et dans des régions de Pologne et de France. Dans un mémo­ran­dum à la Conférence de paix à Versailles en 1919, le Premier Ministre bri­tan­nique, Lloyd George, a écrit : « L’Europe entière est d’une humeur révo­lu­tion­naire. Les tra­vailleurs res­sentent une insa­tis­fac­tion pro­fonde des condi­tions de vie, telles qu’elles étaient avant la guerre. Ils sont rem­plis de colère et d’indignation. Tout l’ordre social, poli­tique et éco­no­mique exis­tant est remis en ques­tion par les masses popu­laires d’un bout de l’Europe à l’autre. » (1)

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Article 11
Lénine et l’essor des mouvements de libération nationale
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 29 mars 2017
La révolution d'octobre 1917

Un dia­logue dif­fi­cile dès l’origine

Au moment de son avè­ne­ment, le socia­lisme euro­péen s’inscrit dans les grandes luttes démo­cra­tiques et sociales euro­péennes. Pour Marx, le capi­ta­lisme est à la fois l’obstacle que doivent sur­mon­ter les mou­ve­ments socia­listes et la matrice d’une réor­ga­ni­sa­tion fon­da­men­tale de la société. Marx pense que le capi­ta­lisme est « révo­lu­tion­naire » parce qu’il confronte l’ordre ancien (le féo­da­lisme), mais aussi parce que, par nature, il bous­cule les rap­ports sociaux(1). D’autre part il crée ses propres fos­soyeurs, les pro­lé­taires modernes, qui vont mettre fin à l’accumulation du capi­tal et même à l’État. Cette vision opti­miste de Marx ins­pi­rée en partie d’Hegel fait en sorte que la marche de l’histoire se joue en Europe dans les pays indus­tria­li­sés, alors qu’ailleurs, les peuples sont essen­tiel­le­ment des spec­ta­teurs. Plus encore, le capi­ta­lisme euro­péen de par ses pous­sées impé­ria­listes ouvre la voie. En Inde notam­ment, au-delà des pré­da­tions et des mas­sacres, le colo­nia­lisme bri­tan­nique, estime Marx, impose des trans­for­ma­tions néces­saires.

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Prise de parole
La Russie de Poutine : le miroir grossissant d’une dérive
Lord du lancement du no. 17, hiver 2017, des Nouveaux Cahiers du Socialisme (NCS)
dimanche 26 mars 2017
La révolution d'octobre 1917
Article 10
Luxemburg et Lénine : spontanéité et organisation*
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Lénine a tou­jours pro­fessé qu’en der­nière ins­tance la révo­lu­tion dépend uni­que­ment de la qua­lité du Parti. D’accord en cela avec Kautsky, pour qui la conscience révo­lu­tion­naire ne pou­vait être qu’injectée du dehors aux tra­vailleurs, Lénine affir­mait :

L’histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arri­ver qu’à la conscience trade-unio­niste, c’est-à-dire à la convic­tion qu’il faut s’unir en syn­di­cats, se battre contre les patrons, récla­mer du gou­ver­ne­ment telles lois néces­saires aux ouvriers, etc. Quant à la doc­trine socia­liste, elle est née des théo­ries phi­lo­so­phiques, his­to­riques, éco­no­miques, éla­bo­rées par les repré­sen­tants culti­vés des classes pos­sé­dantes, par les intel­lec­tuels.

Ainsi, les ouvriers sont inca­pables d’acquérir une conscience poli­tique, ce préa­lable obligé à la vic­toire du socia­lisme. Le socia­lisme cesse dès lors d’être « l’œuvre des tra­vailleurs eux-mêmes », selon la for­mule de Karl Marx.

Lénine n’a jamais envi­sagé autre chose que de placer les moyens de pro­duc­tion sous la coupe d’autorités nou­velles, ce qui lui paraît une condi­tion suf­fi­sante pour l’instauration du socia­lisme. D’où l’importance exces­sive qu’il accorde au fac­teur poli­tique, au fac­teur sub­jec­tif, allant jusqu’à consi­dé­rer l’œuvre d’organisation de la société socia­liste comme un acte poli­tique. Pas de socia­lisme sans révo­lu­tion, dit assu­ré­ment Marx, et la révo­lu­tion consti­tue un acte poli­tique. Toutefois, ajoute-t-il, le pro­lé­ta­riat n’a recours à cet acte poli­tique que « dans la mesure où il a besoin de détruire et de dis­soudre. Mais dès que com­mence son action d’organisation, là où se mani­feste son but imma­nent, son âme, le socia­lisme se dépouille de son enve­loppe poli­tique ».

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Article 9
Lénine et l’impossible dépassement*
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Lénine amorce une autre voie que celle tracée par le socia­lisme de la Deuxième Internationale. Non pas ren­for­cer l’appareil d’État, ne pas non plus vou­loir le rendre res­pon­sable de tous les maux et le détruire immé­dia­te­ment selon les vœux anar­chistes, mais le trans­for­mer. En 1921, il pose le pro­blème d’une façon tout à fait créa­trice et extrê­me­ment ins­truc­tive. Il montre qu’il faut à la fois défendre l’État pour qu’il reste aux mains du pro­lé­ta­riat et lutter « d’en bas » contre cet État pour le trans­for­mer. Face à Trotsky qui disait qu’il n’y avait plus de bour­geoi­sie, et que l’État était un « État ouvrier », Lénine réplique :

  • « En fait, notre État n’est pas un État ouvrier, mais un État ouvrier-paysan »53 (car la révo­lu­tion russe n’était pas pure­ment pro­lé­ta­rienne, mais asso­ciait les pay­sans pauvres dans les tâches anti­féo­dales et démo­cra­tiques res­tant à accom­plir).
  • « Notre État est un État ouvrier pré­sen­tant une défor­ma­tion bureau­cra­tique », où se refor­mait donc une bour­geoi­sie. Et de cela Lénine tirait cette conclu­sion que les ouvriers devaient à la fois défendre cet Etat et se défendre contre lui : « Notre État est tel aujourd’hui que le pro­lé­ta­riat tota­le­ment orga­nisé doit se défendre, et nous devons uti­li­ser les orga­ni­sa­tions ouvrières (ici les syn­di­cats) pour défendre les ouvriers contre leur Etat et pour que les ouvriers défendent notre Etat ».
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Article 8
L’actualité de Lénine *
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


La pensée stra­té­gique défi­nit une dis­po­ni­bi­lité per­for­ma­tive à l’événement qui peut sur­ve­nir. Mais cet évé­ne­ment n’est pas l’événement absolu, venu de nulle part. Il s’inscrit dans des condi­tions de pos­si­bi­lité his­to­ri­que­ment déter­mi­nées. C’est ce qui le dis­tingue du miracle reli­gieux. Ainsi la crise révo­lu­tion­naire de 1917 et son dénoue­ment insur­rec­tion­nel deviennent stra­té­gi­que­ment pen­sables dans l’horizon tracé par Le Développement du capi­ta­lisme en Russie. Ce rap­port dia­lec­tique entre néces­sité et contin­gence, struc­ture et rup­ture, his­toire et évé­ne­ment, fonde la pos­si­bi­lité d’une poli­tique orga­ni­sée dans la durée alors que le pari arbi­trai­re­ment volon­ta­riste sur une irrup­tion évé­ne­men­tielle, s’il permet de résis­ter à l’air du temps, débouche plus sou­vent sur une pos­ture de résis­tance esthé­ti­sante que sur un enga­ge­ment mili­tant à modi­fier patiem­ment le cours des choses.

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Article 7
Les deux mouvements de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


Dans le déve­lop­pe­ment de la Révolution russe, pré­ci­sé­ment parce que c’est une véri­table révo­lu­tion popu­laire qui a mis en mou­ve­ment des dizaines de mil­lions d’hommes, on observe une remar­quable conti­nuité des étapes. Les évé­ne­ments se suc­cèdent comme s’ils obéis­saient aux lois de la pesan­teur. Le rap­port mutuel des forces est véri­fié à chaque étape de deux façons : d’abord les masses montrent la puis­sance de leur impul­sion ; ensuite, les classes pos­sé­dantes, s’efforçant de prendre leur revanche, n’en décèlent que mieux leur iso­le­ment.

En février, les ouvriers et les sol­dats de Petrograd s’étaient sou­le­vés non seule­ment malgré la volonté patrio­tique de toutes les classes culti­vées, mais aussi en dépit des cal­culs des orga­ni­sa­tions révo­lu­tion­naires. Les masses se mon­trèrent irré­sis­tibles. Si d’elles-mêmes elles s’en étaient rendu compte, elles seraient deve­nues le pou­voir. Mais il n’y avait pas encore à leur tête de parti révo­lu­tion­naire puis­sant et consa­cré. Le pou­voir tomba dans les mains de la démo­cra­tie petite-bour­geoise, camou­flée sous les cou­leurs du socia­lisme. Les men­che­viks et les socia­listes révo­lu­tion­naires étaient inca­pables de faire de la confiance des masses un autre usage que celui d’appeler au gou­ver­nail la bour­geoi­sie libé­rale, laquelle, à son tour, ne pou­vait se dis­pen­ser de mettre le pou­voir dont l’investissaient les conci­lia­teurs au ser­vice des inté­rêts de l’Entente.

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