Thème

La révolution d’octobre 1917

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?

 
Article 25
L’Opposition ouvrière
(début 1921)
lundi 9 octobre 2017
La révolution d'octobre 1917

I. Les racines de l’Opposition ouvrière

Avant d’éclaircir les rai­sons de la rup­ture crois­sante entre l’Opposition ouvrière et le point de vue offi­ciel de nos diri­geants, il faut atti­rer l’attention sur deux points :

  1. L’Opposition ouvrière est issue du pro­lé­ta­riat indus­triel de la Russie sovié­tique. Elle n’est pas née seule­ment des condi­tions into­lé­rables de vie et de tra­vail où se trouvent sept mil­lions d’ouvriers ; elle est aussi le pro­duit de volte-face, des inco­hé­rences et même des dévia­tions que montre notre poli­tique sovié­tique, par rap­port aux prin­cipes de classe ini­tia­le­ment expri­més dans le pro­gramme com­mu­niste.
  2. L’Opposition n’est pas ori­gi­naire d’un centre par­ti­cu­lier, elle n’est pas le fruit d’une que­relle ou d’un anta­go­nisme per­son­nel, mais au contraire, elle s’étend à toute la Russie sovié­tique et ren­contre une audience récep­tive.
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Article 24
Trente ans après la Révolution russe
lundi 9 octobre 2017
La révolution d'octobre 1917

La contre-révolution

Les années 1938-1939 marquent un nou­veau tour­nant déci­sif. À la faveur des « épu­ra­tions » impla­cables, la trans­for­ma­tion des ins­ti­tu­tions, comme celle des mœurs et des cadres de l’État encore dit sovié­tique, bien qu’il ne le soit plus du tout, s’est ache­vée. Un sys­tème par­fai­te­ment tota­li­taire en résulte puisque ses diri­geants sont les maîtres abso­lus de la vie sociale, éco­no­mique, poli­tique, spi­ri­tuelle du pays, l’individu et les masses ne jouis­sant en réa­lité d’aucun droit.

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article 23
Victor Serge vit
samedi 7 octobre 2017
La révolution d'octobre 1917

Pourquoi un obscur écri­vain à la natio­na­lité dou­teuse et mort dans la plus totale indif­fé­rence à Mexico il y a 60 ans devrait-il vous inté­res­ser ? En tout cas, le pari est que vous lirez Serge bien­tôt, puisque l’un de ses prin­ci­paux romans, « L’affaire Toulaév», vient d’être réédité par Lux Éditeur qui devrait aussi, à l’automne pro­chain, repu­blier son auto­bio­gra­phie, « Mémoires d’un révo­lu­tion­naire ».

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article 22
1917, c’était la révolution
jeudi 5 octobre 2017
La révolution d'octobre 1917

En février 1917, des mil­liers, puis des cen­taines de mil­liers de tra­vailleurs, en fait sur­tout, de tra­vailleuses, para­lysent les grands centres de la Russie. Devant les sol­dats venus les chas­ser, les mères et les grand-mères demandent la fin de l’horrible bou­che­rie qui s’appelle la Première Guerre mon­diale, du pain et aussi, la liberté, contre un régime dic­ta­to­rial qui dure depuis plus de 300 ans. Les sol­dats refusent de tirer dans le tas et bien­tôt, c’est la fin d’un régime. Après cet immense coup de ton­nerre, les pay­sans n’attendent per­sonne pour s’emparer des terres. Les ouvriers prennent les usines déser­tées par les patrons. Les sol­dats aban­donnent les tran­chées et reviennent à la maison avec leurs armes. C’est une immense fête de la liberté, mais aussi un grand chaos.

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Article 21
La révolution décentrée. Deux études sur Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 14 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Un cliché per­sis­tant vou­drait que, acculé par les défaites de la révo­lu­tion en Europe après 1917, Lénine se soit tourné vers l’Orient et l’ait sacré « foyer de la révo­lu­tion mon­diale » par dépit. Pour tordre le coup à ce pré­jugé, Matthieu Renault* signe ici deux études magis­trales, qui sou­lignent la per­sis­tance et l’originalité de la pensée de Lénine sur les marges de la révo­lu­tion : la pre­mière porte sur les mou­ve­ments des natio­na­li­tés dans les empires d’Europe avant-guerre ; la seconde traite des natio­na­li­tés oppri­mées à majo­rité musul­mane dans l’ancien Empire russe. On y lit l’affinité sin­gu­lière de Lénine avec ceux qui affirment avec intran­si­geance la néces­sité d’une « révo­lu­tion colo­niale », misant sur les nations oppri­mées, pay­sans pauvres, bri­sant les rap­ports colo­niaux, comme condi­tion d’une syner­gie avec la révo­lu­tion socia­liste.

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Article 20
Althusser et Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mardi 6 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Ni la nature ni l’histoire ne connaissent de miracles ; mais chaque tour­nant brusque de l’histoire, et notam­ment chaque révo­lu­tion, offre une telle richesse de contenu, met en jeu des com­bi­nai­sons si inat­ten­dues et si ori­gi­nales de formes de lutte et de rap­ports entre les forces en pré­sence que, pour un esprit vul­gaire, bien des choses doivent paraître mira­cu­leuses.
Lénine, Lettres de loin

Lénine a bien une place fon­da­trice dans la tra­jec­toire intel­lec­tuelle d’Althusser. Si les lec­teurs du phi­lo­sophe mar­xiste ont long­temps consi­déré que Lénine n’était rien d’autre qu’un prête-nom, Warren Montag tente ici au contraire de mon­trer le carac­tère inau­gu­ral des inter­ven­tions d’Althusser sur Lénine. Par une lec­ture serrée de « Contradiction et sur­dé­ter­mi­na­tion », Montag réca­pi­tule la dignité phi­lo­so­phique qu’Althusser est allé cher­cher dans la pensée poli­tique de Lénine. Ces élé­ments de phi­lo­so­phie conte­nus dans des textes non phi­lo­so­phiques allaient s’inscrire au cœur de la lec­ture althus­sé­rienne de Spinoza, Machiavel, Rousseau : la ren­contre de flux et de cou­rants hété­ro­gènes, la contra­dic­tion consi­dé­rée comme mul­tiple et com­plexe, le renou­veau de la pensée dia­lec­tique des rap­ports de forces.

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Article 19
Lénine philosophe : l’enjeu du matérialisme
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
jeudi 1 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Aborder Lénine comme phi­lo­sophe, c’est parler du statut du maté­ria­lisme et de l’enjeu poli­tique que cela consti­tue. À ce titre, Matérialisme et empi­rio­cri­ti­cisme est un livre fon­da­men­tal dans la pensée phi­lo­so­phique de cet auteur. Rédigé en 1908 et publié en 1909, cet ouvrage traite en par­ti­cu­lier de la théo­rie de la connais­sance du point de vue du maté­ria­lisme. Nous ver­rons que c’est dans cet ouvrage, et par ailleurs, que se trouve le cœur du maté­ria­lisme de Lénine. Il me faut d’emblée sou­li­gner le fait que l’enjeu qui consiste pour le révo­lu­tion­naire russe à défendre la vali­dité du maté­ria­lisme ne relève pas d’une simple ques­tion phi­lo­so­phique ou épis­té­mo­lo­gique : il est aussi bien poli­tique. En effet, pour Lénine, connaître le monde « objec­ti­ve­ment », c’est la condi­tion pour pou­voir le trans­for­mer effi­ca­ce­ment afin que les causes réelles des phé­no­mènes et des forces motrices réelles à l’œuvre dans la nature et dans la société ne soient pas dis­si­mu­lées der­rière la façade indé­fi­ni­ment rema­niée des conven­tions sociales et des idéo­lo­gies domi­nantes.

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Article 18
Des paysans et de la coopération
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
jeudi 25 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

« le régime de coopé­ra­teurs civi­li­sés, quand les moyens de pro­duc­tion appar­tiennent à la société et que le pro­lé­ta­riat comme classe a triom­phé de la bour­geoi­sie, c’est le régime socia­liste »

Lénine
6 jan­vier 1923

I

Il me semble que nous ne prê­tons pas une atten­tion suf­fi­sante à la coopé­ra­tion. Je ne pense pas que tous com­prennent que, depuis la Révolution d’Octobre et indé­pen­dam­ment de la NEP (au contraire, sous ce rap­port il faut dire : pré­ci­sé­ment grâce à la NEP), la coopé­ra­tion acquiert chez nous une impor­tance tout à fait excep­tion­nelle. Les rêves des vieux coopé­ra­teurs ren­ferment beau­coup de chi­mères. Ils sont sou­vent ridi­cules parce que fan­tas­tiques. Mais en quoi le sont-ils ? En ce qu’on ne com­prend pas la signi­fi­ca­tion fon­da­men­tale, essen­tielle, de la lutte poli­tique de la classe ouvrière pour le ren­ver­se­ment de la domi­na­tion des exploi­teurs. Aujourd’hui, ce ren­ver­se­ment s’est fait chez nous, et bien des rêves fan­tas­tiques, voire roman­tiques, voire vul­gaires, des anciens coopé­ra­teurs deviennent une réa­lité dépour­vue de tout arti­fice.

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Article 17
Lénine et l’économie marxiste
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 17 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

Toutes les contri­bu­tions théo­riques de Lénine à l’économie mar­xiste étaient conçues comme des inter­ven­tions dans la lutte pour une pra­tique révo­lu­tion­naire cor­recte ; ce n’étaient pas des trai­tés d’économie mar­xiste. Ses contri­bu­tions couvrent de nom­breux domaines d’analyse, mais sont toutes com­prises dans une même pers­pec­tive qui était celle de Lénine, pré­ci­sé­ment sa vision de la révo­lu­tion comme un projet concret.

Cela néces­si­tait de des­si­ner une feuille de route entre « le ici et main­te­nant » et la révo­lu­tion ; une ana­lyse des rap­ports sociaux entre le pro­lé­ta­riat et les autres classes ; et aussi la per­cep­tion de la révo­lu­tion comme un pro­ces­sus qui se déroule en plu­sieurs étapes. La vision de la révo­lu­tion comme un projet concret est à la base de la théo­ri­sa­tion par Lénine de la révo­lu­tion dans une société « arrié­rée » comme la Russie. Plus tard, cela lui a aussi permis, sur la base de son ana­lyse de l’impérialisme, de théo­ri­ser un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire mon­dial (qui disait-il, pen­dant la Première Guerre mon­diale, est désor­mais à l’ordre du jour de l’histoire), en uni­fiant les deux grands cou­rants révo­lu­tion­naires du XXe siècle : le cou­rant de la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne dans les pays avan­cés, et le cou­rant de la libé­ra­tion natio­nale (ou de la révo­lu­tion démo­cra­tique) dans les pays oppri­més et « arrié­rés ».

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Article 16
Bilan de la révolution
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Rapport pré­senté au cin­quième congrès de l’Internationale Communiste

V.I. Lénine, 5 novembre 1922

(Extraits)

Au début de 1918, dans une courte polé­mique, j’ai touché la ques­tion de l’attitude que nous devions adop­ter à l’égard du capi­ta­lisme d’État. J’écrivais à cette date :

Le capi­ta­lisme d’État serait un pas en avant par rap­port à la situa­tion actuelle (c’est-à-dire de cette époque) de notre République des Soviets. Si, par exemple, d’ici six mois, le capi­ta­lisme d’État était ins­tauré chez nous, ce serait un immense succès et le plus sûr garant que, dans un an, le socia­lisme serait défi­ni­ti­ve­ment conso­lidé chez nous et qu’il serait invin­cible. 

Certes, cela était dit à une époque où nous étions moins intel­li­gents qu’aujourd’hui, mais non pas sots au point de ne pas savoir exa­mi­ner de pareilles ques­tions.

Par
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