Thème

Chantiers théoriques

 
Article 21
La révolution décentrée. Deux études sur Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 14 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Un cliché per­sis­tant vou­drait que, acculé par les défaites de la révo­lu­tion en Europe après 1917, Lénine se soit tourné vers l’Orient et l’ait sacré « foyer de la révo­lu­tion mon­diale » par dépit. Pour tordre le coup à ce pré­jugé, Matthieu Renault* signe ici deux études magis­trales, qui sou­lignent la per­sis­tance et l’originalité de la pensée de Lénine sur les marges de la révo­lu­tion : la pre­mière porte sur les mou­ve­ments des natio­na­li­tés dans les empires d’Europe avant-guerre ; la seconde traite des natio­na­li­tés oppri­mées à majo­rité musul­mane dans l’ancien Empire russe. On y lit l’affinité sin­gu­lière de Lénine avec ceux qui affirment avec intran­si­geance la néces­sité d’une « révo­lu­tion colo­niale », misant sur les nations oppri­mées, pay­sans pauvres, bri­sant les rap­ports colo­niaux, comme condi­tion d’une syner­gie avec la révo­lu­tion socia­liste.

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Article 20
Althusser et Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mardi 6 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Ni la nature ni l’histoire ne connaissent de miracles ; mais chaque tour­nant brusque de l’histoire, et notam­ment chaque révo­lu­tion, offre une telle richesse de contenu, met en jeu des com­bi­nai­sons si inat­ten­dues et si ori­gi­nales de formes de lutte et de rap­ports entre les forces en pré­sence que, pour un esprit vul­gaire, bien des choses doivent paraître mira­cu­leuses.
Lénine, Lettres de loin

Lénine a bien une place fon­da­trice dans la tra­jec­toire intel­lec­tuelle d’Althusser. Si les lec­teurs du phi­lo­sophe mar­xiste ont long­temps consi­déré que Lénine n’était rien d’autre qu’un prête-nom, Warren Montag tente ici au contraire de mon­trer le carac­tère inau­gu­ral des inter­ven­tions d’Althusser sur Lénine. Par une lec­ture serrée de « Contradiction et sur­dé­ter­mi­na­tion », Montag réca­pi­tule la dignité phi­lo­so­phique qu’Althusser est allé cher­cher dans la pensée poli­tique de Lénine. Ces élé­ments de phi­lo­so­phie conte­nus dans des textes non phi­lo­so­phiques allaient s’inscrire au cœur de la lec­ture althus­sé­rienne de Spinoza, Machiavel, Rousseau : la ren­contre de flux et de cou­rants hété­ro­gènes, la contra­dic­tion consi­dé­rée comme mul­tiple et com­plexe, le renou­veau de la pensée dia­lec­tique des rap­ports de forces.

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Article 19
Lénine philosophe : l’enjeu du matérialisme
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
jeudi 1 juin 2017
La révolution d'octobre 1917

Aborder Lénine comme phi­lo­sophe, c’est parler du statut du maté­ria­lisme et de l’enjeu poli­tique que cela consti­tue. À ce titre, Matérialisme et empi­rio­cri­ti­cisme est un livre fon­da­men­tal dans la pensée phi­lo­so­phique de cet auteur. Rédigé en 1908 et publié en 1909, cet ouvrage traite en par­ti­cu­lier de la théo­rie de la connais­sance du point de vue du maté­ria­lisme. Nous ver­rons que c’est dans cet ouvrage, et par ailleurs, que se trouve le cœur du maté­ria­lisme de Lénine. Il me faut d’emblée sou­li­gner le fait que l’enjeu qui consiste pour le révo­lu­tion­naire russe à défendre la vali­dité du maté­ria­lisme ne relève pas d’une simple ques­tion phi­lo­so­phique ou épis­té­mo­lo­gique : il est aussi bien poli­tique. En effet, pour Lénine, connaître le monde « objec­ti­ve­ment », c’est la condi­tion pour pou­voir le trans­for­mer effi­ca­ce­ment afin que les causes réelles des phé­no­mènes et des forces motrices réelles à l’œuvre dans la nature et dans la société ne soient pas dis­si­mu­lées der­rière la façade indé­fi­ni­ment rema­niée des conven­tions sociales et des idéo­lo­gies domi­nantes.

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Article 18
Des paysans et de la coopération
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
jeudi 25 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

« le régime de coopé­ra­teurs civi­li­sés, quand les moyens de pro­duc­tion appar­tiennent à la société et que le pro­lé­ta­riat comme classe a triom­phé de la bour­geoi­sie, c’est le régime socia­liste »

Lénine
6 jan­vier 1923

I

Il me semble que nous ne prê­tons pas une atten­tion suf­fi­sante à la coopé­ra­tion. Je ne pense pas que tous com­prennent que, depuis la Révolution d’Octobre et indé­pen­dam­ment de la NEP (au contraire, sous ce rap­port il faut dire : pré­ci­sé­ment grâce à la NEP), la coopé­ra­tion acquiert chez nous une impor­tance tout à fait excep­tion­nelle. Les rêves des vieux coopé­ra­teurs ren­ferment beau­coup de chi­mères. Ils sont sou­vent ridi­cules parce que fan­tas­tiques. Mais en quoi le sont-ils ? En ce qu’on ne com­prend pas la signi­fi­ca­tion fon­da­men­tale, essen­tielle, de la lutte poli­tique de la classe ouvrière pour le ren­ver­se­ment de la domi­na­tion des exploi­teurs. Aujourd’hui, ce ren­ver­se­ment s’est fait chez nous, et bien des rêves fan­tas­tiques, voire roman­tiques, voire vul­gaires, des anciens coopé­ra­teurs deviennent une réa­lité dépour­vue de tout arti­fice.

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Article 17
Lénine et l’économie marxiste
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 17 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

Toutes les contri­bu­tions théo­riques de Lénine à l’économie mar­xiste étaient conçues comme des inter­ven­tions dans la lutte pour une pra­tique révo­lu­tion­naire cor­recte ; ce n’étaient pas des trai­tés d’économie mar­xiste. Ses contri­bu­tions couvrent de nom­breux domaines d’analyse, mais sont toutes com­prises dans une même pers­pec­tive qui était celle de Lénine, pré­ci­sé­ment sa vision de la révo­lu­tion comme un projet concret.

Cela néces­si­tait de des­si­ner une feuille de route entre « le ici et main­te­nant » et la révo­lu­tion ; une ana­lyse des rap­ports sociaux entre le pro­lé­ta­riat et les autres classes ; et aussi la per­cep­tion de la révo­lu­tion comme un pro­ces­sus qui se déroule en plu­sieurs étapes. La vision de la révo­lu­tion comme un projet concret est à la base de la théo­ri­sa­tion par Lénine de la révo­lu­tion dans une société « arrié­rée » comme la Russie. Plus tard, cela lui a aussi permis, sur la base de son ana­lyse de l’impérialisme, de théo­ri­ser un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire mon­dial (qui disait-il, pen­dant la Première Guerre mon­diale, est désor­mais à l’ordre du jour de l’histoire), en uni­fiant les deux grands cou­rants révo­lu­tion­naires du XXe siècle : le cou­rant de la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne dans les pays avan­cés, et le cou­rant de la libé­ra­tion natio­nale (ou de la révo­lu­tion démo­cra­tique) dans les pays oppri­més et « arrié­rés ».

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Article 16
Bilan de la révolution
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Rapport pré­senté au cin­quième congrès de l’Internationale Communiste

V.I. Lénine, 5 novembre 1922

(Extraits)

Au début de 1918, dans une courte polé­mique, j’ai touché la ques­tion de l’attitude que nous devions adop­ter à l’égard du capi­ta­lisme d’État. J’écrivais à cette date :

Le capi­ta­lisme d’État serait un pas en avant par rap­port à la situa­tion actuelle (c’est-à-dire de cette époque) de notre République des Soviets. Si, par exemple, d’ici six mois, le capi­ta­lisme d’État était ins­tauré chez nous, ce serait un immense succès et le plus sûr garant que, dans un an, le socia­lisme serait défi­ni­ti­ve­ment conso­lidé chez nous et qu’il serait invin­cible. 

Certes, cela était dit à une époque où nous étions moins intel­li­gents qu’aujourd’hui, mais non pas sots au point de ne pas savoir exa­mi­ner de pareilles ques­tions.

Par
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Article 15
Guerre et révolution : Lénine en 1914
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

En octobre 1914, peu de temps après l’éclatement de la Première Guerre mon­diale, Lénine écrit à son com­pa­gnon Alexandre Chliapnikov (1885-1937): « Désormais, je hais et méprise Kautsky plus que per­sonne, avec son hypo­cri­sie vile, sale, et satis­faite d’elle-même.» Ce résumé mor­dant de l’attitude de Lénine à l’égard de Kautsky, qui allait rester inchan­gée pour le reste de sa vie, est sou­vent cité. Mais pour com­prendre la vision des choses de Lénine, c’est un autre com­men­taire qui est en fin de compte plus utile. Quatre jours plus tard, Lénine écri­vait au même Chliapnikov : «Procure-toi sans faute et relis (ou fais-toi tra­duire) Le chemin du pou­voir de Kautsky (et vois) ce qu’il y écrit à propos de la révo­lu­tion à notre époque ! Et aujourd’hui com­ment il joue au confor­miste et désa­voue tout cela !».

Lénine suivit son propre conseil. En décembre 14, il s’est pris le temps de par­cou­rir le livre et il a réuni une page et demie de cita­tions qu’il a insé­rées dans un article inti­tulé « Chauvinisme mort et socia­lisme vivant ». Il y écri­vit : «Voilà ce que Kautsky écri­vait dans un passé très très ancien – c’était il y a cinq ans. Voilà ce qu’était la social-démo­cra­tie alle­mande ou, plus exac­te­ment, ce qu’elle pré­ten­dait être. C’était la sorte de social-démo­cra­tie qu’on pou­vait et devait res­pec­ter.»

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Article 14
Guerre et révolution chez Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 26 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Publié par A l’encontre le 15 novembre 2012

Nous publions ci-des­sous la suite logique et chro­no­lo­gique de l’article de Georges Haupt (voir indi­ca­tions bio­gra­phiques à la fin du texte) inti­tulé « Guerre ou révo­lu­tion ? l’Internationale et l’Union sacrée ». Ces deux articles prennent toute leur place et leur valeur dans le cadre des ini­tia­tives de « com­mé­mo­ra­tion » du Congrès de Bâle de la IIe Internationale qui s’est tenu à Bâle en novembre 1912. (Rédaction A l’Encontre)

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Article 13
La théorie du parti de Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 12 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Les écrits de Lénine sur les pro­blèmes d’organisation du Parti social-démo­crate russe dans la période 1900-1904 – en par­ti­cu­lier Que faire ? (1902) et Un pas en avant, deux pas en arrière (1904) – consti­tuent un ensemble cohé­rent, expri­mant une concep­tion typi­que­ment « cen­tra­liste » du mou­ve­ment socia­liste.

On explique habi­tuel­le­ment cette ten­dance par les « sources russes du bol­ché­visme » : le machia­vé­lisme et l’omniscience des chefs dans Netchaïev, le « sub­jec­ti­visme » de Lavrov et Mikhailovsky, le jaco­bino-blan­quisme de Tkatchev, etc [1]. En effet, il est indis­cu­table que les tra­di­tions du XIXe siècle russe – sur­tout la struc­ture conspi­ra­tive du groupe ter­ro­riste Narodnaïa Volia ( « La volonté du peuple ») – sont un des cadres socio­cul­tu­rels des théo­ries déve­lop­pées dans Que faire ? Lénine lui-même le recon­naît, dans la mesure où il ne cache pas son admi­ra­tion pour le groupe Terre et Liberté (pré­cur­seur de la Narodnaïa Volia formé en 1876 par les popu­listes et Plekhanov), qu’il consi­dère comme une « excel­lente orga­ni­sa­tion », « qui devrait nous servir de modèle à tous » [2]. Enfin, les héri­tiers directs des « narod­niki », les social-révo­lu­tion­naires, futurs enne­mis mor­tels du bol­ché­visme, approu­vaient cha­leu­reu­se­ment le cen­tra­lisme de Lénine avant 1905 [3].

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Article 12
Un bilan de la Révolution d’octobre
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

La Révolution russe d’octobre 1917 fut l’événement le plus mar­quant du XXe siècle. Mais puisque ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire, il est peu connu que cette révo­lu­tion n’était que l’ouverture d’une immense vague de contes­ta­tion du capi­ta­lisme qui a balayé tout le monde indus­triel, sus­ci­tant de puis­sants échos éga­le­ment dans le monde colo­nial. Partout entre 1918 et 1921 les effec­tifs syn­di­caux et les jour­nées per­dues en grèves ont atteint des records his­to­riques, tandis que se gon­flaient les rangs de l’aile révo­lu­tion­naire des partis socia­listes.

L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des révo­lu­tions, dont la force motrice était la classe ouvrière. Des situa­tions por­tant un poten­tiel révo­lu­tion­naire réel et immé­diat ont surgi en Italie et dans des régions de Pologne et de France. Dans un mémo­ran­dum à la Conférence de paix à Versailles en 1919, le Premier Ministre bri­tan­nique, Lloyd George, a écrit : « L’Europe entière est d’une humeur révo­lu­tion­naire. Les tra­vailleurs res­sentent une insa­tis­fac­tion pro­fonde des condi­tions de vie, telles qu’elles étaient avant la guerre. Ils sont rem­plis de colère et d’indignation. Tout l’ordre social, poli­tique et éco­no­mique exis­tant est remis en ques­tion par les masses popu­laires d’un bout de l’Europe à l’autre. » (1)

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