Thème

Chantiers théoriques

 
Article 18
Des paysans et de la coopération
jeudi 25 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

« le régime de coopé­ra­teurs civi­li­sés, quand les moyens de pro­duc­tion appar­tien­nent à la société et que le pro­lé­ta­riat comme classe a triom­phé de la bour­geoi­sie, c’est le régime socia­liste »

Lénine
6 jan­vier 1923

I

Il me semble que nous ne prê­tons pas une atten­tion suf­fi­sante à la coopé­ra­tion. Je ne pense pas que tous com­pren­nent que, depuis la Révolution d’Octobre et indé­pen­dam­ment de la NEP (au contraire, sous ce rap­port il faut dire : pré­ci­sé­ment grâce à la NEP), la coopé­ra­tion acquiert chez nous une impor­tance tout à fait excep­tion­nelle. Les rêves des vieux coopé­ra­teurs ren­fer­ment beau­coup de chi­mè­res. Ils sont sou­vent ridi­cu­les parce que fan­tas­ti­ques. Mais en quoi le sont-ils ? En ce qu’on ne com­prend pas la signi­fi­ca­tion fon­da­men­tale, essen­tielle, de la lutte poli­ti­que de la classe ouvrière pour le ren­ver­se­ment de la domi­na­tion des exploi­teurs. Aujourd’hui, ce ren­ver­se­ment s’est fait chez nous, et bien des rêves fan­tas­ti­ques, voire roman­ti­ques, voire vul­gai­res, des anciens coopé­ra­teurs devien­nent une réa­lité dépour­vue de tout arti­fice.

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Article 17
Lénine et l’économie marxiste
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 17 mai 2017
La révolution d'octobre 1917

Toutes les contri­bu­tions théo­ri­ques de Lénine à l’économie mar­xiste étaient conçues comme des inter­ven­tions dans la lutte pour une pra­ti­que révo­lu­tion­naire cor­recte ; ce n’étaient pas des trai­tés d’économie mar­xiste. Ses contri­bu­tions cou­vrent de nom­breux domai­nes d’analyse, mais sont toutes com­pri­ses dans une même pers­pec­tive qui était celle de Lénine, pré­ci­sé­ment sa vision de la révo­lu­tion comme un projet concret.

Cela néces­si­tait de des­si­ner une feuille de route entre « le ici et main­te­nant » et la révo­lu­tion ; une ana­lyse des rap­ports sociaux entre le pro­lé­ta­riat et les autres clas­ses ; et aussi la per­cep­tion de la révo­lu­tion comme un pro­ces­sus qui se déroule en plu­sieurs étapes. La vision de la révo­lu­tion comme un projet concret est à la base de la théo­ri­sa­tion par Lénine de la révo­lu­tion dans une société « arrié­rée » comme la Russie. Plus tard, cela lui a aussi permis, sur la base de son ana­lyse de l’impérialisme, de théo­ri­ser un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire mon­dial (qui disait-il, pen­dant la Première Guerre mon­diale, est désor­mais à l’ordre du jour de l’histoire), en uni­fiant les deux grands cou­rants révo­lu­tion­nai­res du XXe siècle : le cou­rant de la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne dans les pays avan­cés, et le cou­rant de la libé­ra­tion natio­nale (ou de la révo­lu­tion démo­cra­ti­que) dans les pays oppri­més et « arrié­rés ».

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Article 16
Bilan de la révolution
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Rapport pré­senté au cin­quième congrès de l’Internationale Communiste

V.I. Lénine, 5 novem­bre 1922

(Extraits)

Au début de 1918, dans une courte polé­mi­que, j’ai touché la ques­tion de l’attitude que nous devions adop­ter à l’égard du capi­ta­lisme d’État. J’écrivais à cette date :

Le capi­ta­lisme d’État serait un pas en avant par rap­port à la situa­tion actuelle (c’est-à-dire de cette époque) de notre République des Soviets. Si, par exem­ple, d’ici six mois, le capi­ta­lisme d’État était ins­tauré chez nous, ce serait un immense succès et le plus sûr garant que, dans un an, le socia­lisme serait défi­ni­ti­ve­ment conso­lidé chez nous et qu’il serait invin­ci­ble. 

Certes, cela était dit à une époque où nous étions moins intel­li­gents qu’aujourd’hui, mais non pas sots au point de ne pas savoir exa­mi­ner de pareilles ques­tions.

Par
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Article 15
Guerre et révolution : Lénine en 1914
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

En octo­bre 1914, peu de temps après l’éclatement de la Première Guerre mon­diale, Lénine écrit à son com­pa­gnon Alexandre Chliapnikov (1885-1937): « Désormais, je hais et méprise Kautsky plus que per­sonne, avec son hypo­cri­sie vile, sale, et satis­faite d’elle-même.» Ce résumé mor­dant de l’attitude de Lénine à l’égard de Kautsky, qui allait rester inchan­gée pour le reste de sa vie, est sou­vent cité. Mais pour com­pren­dre la vision des choses de Lénine, c’est un autre com­men­taire qui est en fin de compte plus utile. Quatre jours plus tard, Lénine écri­vait au même Chliapnikov : «Procure-toi sans faute et relis (ou fais-toi tra­duire) Le chemin du pou­voir de Kautsky (et vois) ce qu’il y écrit à propos de la révo­lu­tion à notre époque ! Et aujourd’hui com­ment il joue au confor­miste et désa­voue tout cela !».

Lénine suivit son propre conseil. En décem­bre 14, il s’est pris le temps de par­cou­rir le livre et il a réuni une page et demie de cita­tions qu’il a insé­rées dans un arti­cle inti­tulé « Chauvinisme mort et socia­lisme vivant ». Il y écri­vit : «Voilà ce que Kautsky écri­vait dans un passé très très ancien – c’était il y a cinq ans. Voilà ce qu’était la social-démo­cra­tie alle­mande ou, plus exac­te­ment, ce qu’elle pré­ten­dait être. C’était la sorte de social-démo­cra­tie qu’on pou­vait et devait res­pec­ter.»

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Article 14
Guerre et révolution chez Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 26 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Publié par A l’encontre le 15 novem­bre 2012

Nous publions ci-des­sous la suite logi­que et chro­no­lo­gi­que de l’article de Georges Haupt (voir indi­ca­tions bio­gra­phi­ques à la fin du texte) inti­tulé « Guerre ou révo­lu­tion ? l’Internationale et l’Union sacrée ». Ces deux arti­cles pren­nent toute leur place et leur valeur dans le cadre des ini­tia­ti­ves de « com­mé­mo­ra­tion » du Congrès de Bâle de la IIe Internationale qui s’est tenu à Bâle en novem­bre 1912. (Rédaction A l’Encontre)

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Article 13
La théorie du parti de Lénine
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 12 avril 2017
La révolution d'octobre 1917

Les écrits de Lénine sur les pro­blè­mes d’organisation du Parti social-démo­crate russe dans la période 1900-1904 – en par­ti­cu­lier Que faire ? (1902) et Un pas en avant, deux pas en arrière (1904) – consti­tuent un ensem­ble cohé­rent, expri­mant une concep­tion typi­que­ment « cen­tra­liste » du mou­ve­ment socia­liste.

On expli­que habi­tuel­le­ment cette ten­dance par les « sour­ces russes du bol­ché­visme » : le machia­vé­lisme et l’omniscience des chefs dans Netchaïev, le « sub­jec­ti­visme » de Lavrov et Mikhailovsky, le jaco­bino-blan­quisme de Tkatchev, etc [1]. En effet, il est indis­cu­ta­ble que les tra­di­tions du XIXe siècle russe – sur­tout la struc­ture conspi­ra­tive du groupe ter­ro­riste Narodnaïa Volia ( « La volonté du peuple ») – sont un des cadres socio­cul­tu­rels des théo­ries déve­lop­pées dans Que faire ? Lénine lui-même le recon­naît, dans la mesure où il ne cache pas son admi­ra­tion pour le groupe Terre et Liberté (pré­cur­seur de la Narodnaïa Volia formé en 1876 par les popu­lis­tes et Plekhanov), qu’il consi­dère comme une « excel­lente orga­ni­sa­tion », « qui devrait nous servir de modèle à tous » [2]. Enfin, les héri­tiers directs des « narod­niki », les social-révo­lu­tion­nai­res, futurs enne­mis mor­tels du bol­ché­visme, approu­vaient cha­leu­reu­se­ment le cen­tra­lisme de Lénine avant 1905 [3].

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Article 12
Un bilan de la Révolution d’octobre
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

La Révolution russe d’octobre 1917 fut l’événement le plus mar­quant du XXe siècle. Mais puis­que ce sont les gagnants qui écri­vent l’histoire, il est peu connu que cette révo­lu­tion n’était que l’ouverture d’une immense vague de contes­ta­tion du capi­ta­lisme qui a balayé tout le monde indus­triel, sus­ci­tant de puis­sants échos éga­le­ment dans le monde colo­nial. Partout entre 1918 et 1921 les effec­tifs syn­di­caux et les jour­nées per­dues en grèves ont atteint des records his­to­ri­ques, tandis que se gon­flaient les rangs de l’aile révo­lu­tion­naire des partis socia­lis­tes.

L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des révo­lu­tions, dont la force motrice était la classe ouvrière. Des situa­tions por­tant un poten­tiel révo­lu­tion­naire réel et immé­diat ont surgi en Italie et dans des régions de Pologne et de France. Dans un mémo­ran­dum à la Conférence de paix à Versailles en 1919, le Premier Ministre bri­tan­ni­que, Lloyd George, a écrit : « L’Europe entière est d’une humeur révo­lu­tion­naire. Les tra­vailleurs res­sen­tent une insa­tis­fac­tion pro­fonde des condi­tions de vie, telles qu’elles étaient avant la guerre. Ils sont rem­plis de colère et d’indignation. Tout l’ordre social, poli­ti­que et éco­no­mi­que exis­tant est remis en ques­tion par les masses popu­lai­res d’un bout de l’Europe à l’autre. » (1)

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Article 11
Lénine et l’essor des mouvements de libération nationale
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 29 mars 2017
La révolution d'octobre 1917

Un dia­lo­gue dif­fi­cile dès l’origine

Au moment de son avè­ne­ment, le socia­lisme euro­péen s’inscrit dans les gran­des luttes démo­cra­ti­ques et socia­les euro­péen­nes. Pour Marx, le capi­ta­lisme est à la fois l’obstacle que doi­vent sur­mon­ter les mou­ve­ments socia­lis­tes et la matrice d’une réor­ga­ni­sa­tion fon­da­men­tale de la société. Marx pense que le capi­ta­lisme est « révo­lu­tion­naire » parce qu’il confronte l’ordre ancien (le féo­da­lisme), mais aussi parce que, par nature, il bous­cule les rap­ports sociaux(1). D’autre part il crée ses pro­pres fos­soyeurs, les pro­lé­tai­res moder­nes, qui vont mettre fin à l’accumulation du capi­tal et même à l’État. Cette vision opti­miste de Marx ins­pi­rée en partie d’Hegel fait en sorte que la marche de l’histoire se joue en Europe dans les pays indus­tria­li­sés, alors qu’ailleurs, les peu­ples sont essen­tiel­le­ment des spec­ta­teurs. Plus encore, le capi­ta­lisme euro­péen de par ses pous­sées impé­ria­lis­tes ouvre la voie. En Inde notam­ment, au-delà des pré­da­tions et des mas­sa­cres, le colo­nia­lisme bri­tan­ni­que, estime Marx, impose des trans­for­ma­tions néces­sai­res.

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Prise de parole
La Russie de Poutine : le miroir grossissant d’une dérive
Lord du lancement du no. 17, hiver 2017, des Nouveaux Cahiers du Socialisme (NCS)
dimanche 26 mars 2017
La révolution d'octobre 1917
Article 10
Luxemburg et Lénine : spontanéité et organisation*
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Lénine a tou­jours pro­fessé qu’en der­nière ins­tance la révo­lu­tion dépend uni­que­ment de la qua­lité du Parti. D’accord en cela avec Kautsky, pour qui la conscience révo­lu­tion­naire ne pou­vait être qu’injectée du dehors aux tra­vailleurs, Lénine affir­mait :

L’histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arri­ver qu’à la conscience trade-unio­niste, c’est-à-dire à la convic­tion qu’il faut s’unir en syn­di­cats, se battre contre les patrons, récla­mer du gou­ver­ne­ment telles lois néces­sai­res aux ouvriers, etc. Quant à la doc­trine socia­liste, elle est née des théo­ries phi­lo­so­phi­ques, his­to­ri­ques, éco­no­mi­ques, éla­bo­rées par les repré­sen­tants culti­vés des clas­ses pos­sé­dan­tes, par les intel­lec­tuels.

Ainsi, les ouvriers sont inca­pa­bles d’acquérir une conscience poli­ti­que, ce préa­la­ble obligé à la vic­toire du socia­lisme. Le socia­lisme cesse dès lors d’être « l’œuvre des tra­vailleurs eux-mêmes », selon la for­mule de Karl Marx.

Lénine n’a jamais envi­sagé autre chose que de placer les moyens de pro­duc­tion sous la coupe d’autorités nou­vel­les, ce qui lui paraît une condi­tion suf­fi­sante pour l’instauration du socia­lisme. D’où l’importance exces­sive qu’il accorde au fac­teur poli­ti­que, au fac­teur sub­jec­tif, allant jusqu’à consi­dé­rer l’œuvre d’organisation de la société socia­liste comme un acte poli­ti­que. Pas de socia­lisme sans révo­lu­tion, dit assu­ré­ment Marx, et la révo­lu­tion consti­tue un acte poli­ti­que. Toutefois, ajoute-t-il, le pro­lé­ta­riat n’a recours à cet acte poli­ti­que que « dans la mesure où il a besoin de détruire et de dis­sou­dre. Mais dès que com­mence son action d’organisation, là où se mani­feste son but imma­nent, son âme, le socia­lisme se dépouille de son enve­loppe poli­ti­que ».

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