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Conjonctures et actualités

Article 2
Octobre 1917 à l’épreuve de l’histoire
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


La révo­lu­tion d’Octobre a pro­fon­dé­ment marqué l’histoire du XXe siècle (1). Elle a sus­cité de nom­breuses polé­miques, des jus­ti­fi­ca­tions et des pro­cla­ma­tions idéo­lo­giques, des images d’Épinal et des condam­na­tions sans appel qui se confondent, pour de nom­breux obser­va­teurs, avec la réa­lité. La per­pé­tua­tion de ces repré­sen­ta­tions ancrées dans l’événement fon­da­teur que fut la prise du Palais d’hiver contri­bue à mas­quer, dans l’esprit de beau­coup, la réa­lité. Ainsi, en 1917, ce qui pré­do­mi­nait était le bou­le­ver­se­ment géné­ral (armée, police, appa­reil d’État, milieux éco­no­miques, opi­nions et per­cep­tion de la vie poli­tique) et un chaos qui allait pro­fon­dé­ment peser sur les choix des bol­che­viks. À plu­sieurs reprises d’ailleurs, ce qui se joue sur la scène sovié­tique n’a pas de rap­port avec le décor et les dis­cours. Conséquence : une his­toire pleine de sur­prises car elle a pour cadre un espace por­teur de crises, où les fac­teurs de décom­po­si­tion ont agi avec une vio­lence par­ti­cu­lière et où les fac­teurs de recom­po­si­tion ont pris des formes sur­pre­nantes. Tout sys­tème, pré­sent ou passé, doit être ana­lysé du point de vue de ses forces vives, de sa capa­cité ou non à se réfor­mer, et donc à trou­ver une nou­velle vita­lité en aban­don­nant une orien­ta­tion dan­ge­reuse. Les idéo­lo­gies sont sou­vent aveu­glantes, car elles pra­tiquent l’autocélébration : elles amènent les êtres humains à oublier que le régime sous lequel ils vivent et qu’ils consi­dèrent comme plus sou­hai­table a com­mencé à fonc­tion­ner selon d’autres règles, sous l’action de fac­teurs éco­no­miques et sociaux dis­sol­vants, capables de le vider de sa sub­stance et de n’en lais­ser sub­sis­ter que les appa­rences. Une telle situa­tion peut être com­pa­rée à un théâtre où le décor et l’action n’ont rien à voir. Le décor est celui d’une autre pièce, appar­te­nant à une autre époque ; quant à l’action qui se joue, elle mène tout à fait ailleurs.

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Retour en force de la droite et questions pour la gauche !
vendredi 13 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Un peu par­tout en Amérique latine, les gou­ver­ne­ments de gauche élus au cours de la der­nière décen­nie sont en dif­fi­culté, devant une droite qui s’organise. Comment com­prendre ce retour en force dans plu­sieurs pays ?

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Éloge de la manifestation
jeudi 12 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Romancier et cri­tique d’art mar­xiste, John Berger est mort tout récem­ment. Ce texte est paru ini­tia­le­ment, en anglais, dans New Society le 23 mai 1968. Il a été repro­duit sur le site de la revue Contre-Temps. La tra­duc­tion est de Sylvestre Jaffard

Il y a 70 ans (le 6 mai 1898) des tra­vailleurs, hommes et femmes, ont mani­festé en masse dans le centre de Milan. Il serait trop long de rela­ter ici les évé­ne­ments qui les y avaient menés. La mani­fes­ta­tion fut atta­quée et dis­per­sée par l’armée com­man­dée par le géné­ral Beccaris. À midi, la cava­le­rie char­gea dans la foule ; les ouvriers sans armes essayèrent de construire des bar­ri­cades ; la loi mar­tiale fut décla­rée et, pen­dant trois jours, l’armée com­bat­tit des gens désar­més. Les chiffres offi­ciels des vic­times indi­quèrent que 100 ouvriers avaient été tués et 450 bles­sés. Un poli­cier avait été tué acci­den­tel­le­ment par un soldat. Il n’y avait pas de vic­times parmi les mili­taires. (Deux ans plus tard Umberto Ier fut assas­siné parce qu’il avait féli­cité publi­que­ment le géné­ral Beccaris, le « bou­cher de Milan », après le mas­sacre). J’ai essayé de com­prendre cer­tains aspects de la mani­fes­ta­tion du Corso Venezia du 6 mai, pour une nou­velle que je suis en train d’écrire. Ce fai­sant, je suis par­venu à cer­taines conclu­sions à propos des mani­fes­ta­tions qui sont peut-être sus­cep­tibles de s’appliquer de façon plus géné­rale.

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Article 1
Relire la révolution russe
1917-2017 : Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


En 1917, les grandes puis­sances se dressent les unes contre les autres dans une foire d’empoigne inter impé­ria­liste. Dans les tran­chées, c’est une véri­table bou­che­rie où coulent des flots de sang pro­lé­taire et popu­laire écla­bous­sant un corps social pour­ris­sant. Pourtant presque par­tout, l’opinion popu­laire est pro guerre, empor­tée par une fer­veur natio­na­liste mani­pu­lée par la droite et l’extrême droit. Pire encore, ce patrio­tisme mal placé est endossé par les prin­ci­paux mou­ve­ments socia­listes. Certes, il y a des excep­tions : ici et là, des mou­ve­ments, des intel­lec­tuels, quelques partis de gauche, rechignent, mais sans grand impact. Sauf en Russie.

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L'entente de Vancouver acceptée par les provinces :
Qu’arrivera-t-il au Régime de rentes du Québec ?
L’Organisation des retraité-es de l’entretien du transport de Montréal
mercredi 4 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Depuis de très nom­breuses années, le mou­ve­ment syn­di­cal, des asso­cia­tions de per­sonnes âgées et de retrai­tés, des regrou­pe­ments de femmes se sont coa­li­sés pour récla­mer auprès des gou­ver­ne­ments des amé­lio­ra­tions au régime de pen­sion du Canada (RPC) et à son équi­valent ici au Québec, le régime de rentes du Québec (RRQ). Faut savoir que ces deux régimes mis en place au milieu des années 60 versent des pres­ta­tions (pen­sions) équi­va­lentes à envi­ron 25% des reve­nus sur les­quels des coti­sa­tions ont été ver­sées. Bien que les béné­fices du RPC (régime de pen­sion du Canada) et de la RRQ soient assez simi­laires, les coti­sa­tions à la RRQ sont un peu plus éle­vées. Le RPC n’est pas le régime de pen­sion de la sécu­rité de vieillesse, mais bien l’équivalent du Régime de rentes du Québec (RRQ) dans les autres pro­vinces au Canada.

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Réforme du mode de scrutin
Trudeau est-il en train de paver la voie au vote préférentiel ?
lundi 19 décembre 2016
Conjonctures et actualités

Lors de l’entrevue qu’il accor­dée à Radio-Canada récem­ment le pre­mier ministre Justin Trudeau a réitéré l’engagement que son gou­ver­ne­ment ferait adop­ter une réforme du mode de scru­tin à temps pour la tenue des élec­tions de 2019 comme le Parti libé­ral l’avait promis lors de la der­nière cam­pagne élec­to­rale. Le chef du gou­ver­ne­ment contre­dit ainsi des décla­ra­tions que lui même, ainsi que la ministre de la réforme élec­to­rale, Maryam Monsef, avaient faites il y a quelques semaines.

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Entretien avec Gilbert Achcar (1)
Les dessous de la crise en Syrie
Propos recueillis par Pierre Beaudet (2)
dimanche 18 décembre 2016
Conjonctures et actualités

PB – La crise en Syrie a éclaté au moment où au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sur­gis­sait le « prin­temps arabe ». Il y avait un fond commun de reven­di­ca­tions démo­cra­tiques, ainsi que des mou­ve­ments popu­laires rela­ti­ve­ment spon­ta­nés, non vio­lents. En quoi la situa­tion en Syrie s’est-elle déve­lop­pée d’une manière spé­ci­fique ?

GA – Le sou­lè­ve­ment syrien de 2011 s’inscrit plei­ne­ment dans ce qui a été appelé le prin­temps arabe. Il n’en dif­fère en rien du point de vue de ses racines pro­fondes, sociales, éco­no­miques et poli­tiques. Comme l’ensemble des pays de la région, la Syrie est un pays qui a connu une aggra­va­tion des condi­tions éco­no­miques au cours de la der­nière décen­nie, très mar­quée, notam­ment dans les zones rurales. Parallèlement, dans les villes, le chô­mage a for­te­ment aug­menté, consé­quence d’un phé­no­mène de dés­in­dus­tria­li­sa­tion. Entre-temps, les mesures néo­li­bé­rales dans le domaine de l’économie ont pro­vo­qué une énorme concen­tra­tion de la richesse dans la famille régnante. Le cousin du pré­sident actuel est l’homme le plus riche de la Syrie et contrôle une partie majeure de l’économie syrienne.

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Il serait pourtant plus facile d’instaurer un scrutin proportionnel que de négocier des accords de libre-échange
lundi 12 décembre 2016
Conjonctures et actualités

Comme il fal­lait s’y attendre le gou­ver­ne­ment Trudeau ne rem­plira pas l’engagement de réfor­mer le mode de scru­tin pour les pro­chaines élec­tions qui a été un des prin­ci­paux élé­ments de la pla­te­forme de son parti lors de la cam­pagne élec­to­rale de 2015. Le pre­mier ministre l’avait lui-même laissé entendre au Devoir il y a quelques semaines et la ministre Maryam Monsef, res­pon­sable de la réforme élec­to­rale, l’a confirmé il y a quelques jours au moment du dépôt de son rap­port par le comité par­le­men­taire mul­ti­par­tite mis sur pied afin de consul­ter la popu­la­tion au sujet de la réforme élec­to­rale.

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Pourquoi Cuba est-elle devenue un problème difficile pour la gauche ?
mercredi 30 novembre 2016
Conjonctures et actualités

Boaventura de Sousa SantosCette ques­tion peut paraître étrange, et cer­tains diront que la for­mu­la­tion inverse serait peut-être plus exacte : pour­quoi la gauche est-elle deve­nue un pro­blème dif­fi­cile pour Cuba ? Au cours du XXe siècle, en effet, la révo­lu­tion cubaine a occupé une place incon­tour­nable au sein de la pensée et de la pra­tique de la gauche. Cela semble d’autant plus vrai que l’on porte moins le regard sur la société cubaine, en elle-même, et plus sur la contri­bu­tion de Cuba en matière de liens entre les peuples, tel­le­ment les actes de soli­da­rité inter­na­tio­na­liste posés par la révo­lu­tion cubaine au cours des 50 der­nières années ont été nom­breux. On peut dire que l’Europe et l’Amérique du Nord ne seraient pro­ba­ble­ment pas autre chose que ce qu’elles sont sans la révo­lu­tion cubaine. Mais il n’en a pas été ainsi dans le cas de l’Amérique latine, de l’Afrique et de l’Asie, c’est-à-dire dans les régions de la pla­nète où vit 85% de la popu­la­tion mon­diale. Au cours des cinq der­nières décen­nies, la soli­da­rité inter­na­tio­na­liste four­nie par Cuba a porté sur les domaines les plus divers, entre autres, sur les domaines poli­tique, mili­taire, social et huma­ni­taire.

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¡Hasta siempre Comandante !
samedi 26 novembre 2016
Conjonctures et actualités

fidel-castroLes pro­chaines géné­ra­tions se sou­vien­dront long­temps de Fidel Castro et de sa révo­lu­tion impro­bable. En 1959 avec une poi­gnée de gué­rillé­ros et une orga­ni­sa­tion fan­to­ma­tique, il s’empare du pou­voir détenu par quelques voyous et mafio­sos. Au début, les États-Unis hésitent, mais rapi­de­ment, le conflit éclate, notam­ment lorsque le nou­veau gou­ver­ne­ment décide de redis­tri­buer les terres qui appar­tiennent à la puis­sante United Fruit. Dès 1960, une guerre invi­sible com­mence avec les mul­tiples ten­ta­tives de la CIA d’assassiner Castro. En 1961, une ten­ta­tive d’invasion menée par des mer­ce­naires cubains à la solde des États-Unis se ter­mine par un lamen­table échec. En 1962, le monde passe à un cheveu de la guerre nucléaire quand les États-Unis décident d’empêcher l’installation de mis­siles sovié­tiques à Cuba.

Castro tient le coup parce qu’essentiellement, il a l’appui de la popu­la­tion. D’une part, il rompt avec la cor­rup­tion géné­ra­li­sée et l’insolence des riches qui avaient trans­formé ce pays en une sorte de bordel déli­rant des États-Unis. D’autre part, le nou­veau régime, certes peu démo­cra­tique, a l’immense qua­lité de répondre aux besoins du peuple, ce qui place Cuba bien en avant des pays d’Amérique latine au niveau des poli­tiques sociales et de l’intégration socio-éco­no­mique des couches mar­gi­na­li­sées (notam­ment des Afro-Cubains). Cuba devient le cham­pion dans plu­sieurs domaines (santé mater­nelle et infan­tile, alpha­bé­ti­sa­tion et sco­la­ri­sa­tion, etc.)

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