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Conjonctures et actualités

En finir avec le bon sauvage

Crédit photo : mon​dia​li​sa​tion​.ca

L’imaginaire colo­nial

Lors de la conquête des ter­ri­toires autoch­tones, le colo­nia­lisme s’est construit un ima­gi­naire qui, peu à peu, s’est enchâssé dans la loi, la culture, les ins­ti­tu­tions, aussi bien parmi les Blancs que parmi les Autochtones. Cet ima­gi­naire fonc­tion­nait sur deux registres. Il y avait d’abord l’Autochtone violent, instable, inca­pable d’accéder à la moder­nité, qui devait être, en fin de compte, anni­hilé comme indi­vi­dua­lité. De l’autre côté, il y avait le « bon sau­vage », un être mythique qui repré­sen­tait un passé héroïque et idyl­lique, rap­pe­lant une sorte d’état « natu­rel » qui aurait été dis­lo­qué au fil des siècles par des civi­li­sa­tions cor­rup­trices. Parfois, le « bon sau­vage » était accom­pa­gné de la « belle prin­cesse indienne » qui repré­sen­tait elle aussi cette per­sonne natu­rel­le­ment « bonne » et sus­cep­tible d’être « civi­li­sée ». Avec le bon sau­vage et la prin­cesse indienne, le colo­nia­lisme atté­nuait le sen­ti­ment de culpa­bi­lité qui décou­lait des mas­sacres, des expro­pria­tions et des expul­sions. De plus, le bon sau­vage était « inno­cent » et, en soi, il res­tait une « vic­time ». Il fal­lait par consé­quent le sauver, ce qui était le mandat confié aux mis­sion­naires. L’un comme l’autre, ces registres avaient pour objec­tif de détruire l’identité autoch­tone, de subor­don­ner la société autoch­tone à celle des colons et en fin de compte, de l’anéantir.

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Le colonialisme canadien, d’hier à aujourd’hui

En 1492, la monar­chie espa­gnole man­date Christophe Colomb pour qu’il prenne pos­ses­sion des Amériques[2]. Dans les années qui suivent, d’autres Européens débarquent en Amérique en pro­ve­nance de France, des Pays-Bas, de l’Angleterre et même de la Russie. Dès lors, le colo­nia­lisme s’installe, selon des registres dis­tincts dans le temps, selon les puis­sances colo­niales et les rela­tions avec les peuples autoch­tones.

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Québec, Baie-James et Premières Nations
Ou la décolonisation assujettie

De 1973 à 1975, vingt-quatre mois de négo­cia­tions allaient se solder par la pro­mul­ga­tion d’un règle­ment juri­dique tra­duit de l’anglais sous le titre de Convention de la Baie-James et du Nord qué­bé­cois (James Bay and Northern Quebec Agreement).

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De quoi la Commission de vérité et réconciliation du Canada est-elle le nom ?

À consi­dé­rer la Commission de vérité et récon­ci­lia­tion du Canada (CVR) sur les pen­sion­nats indiens comme une ins­ti­tu­tion de jus­tice tran­si­tion­nelle, on ne peut que faire preuve de scep­ti­cisme quant à sa capa­cité à ins­tau­rer une éga­lité réelle entre Canadiens et nations autoch­tones. Depuis plus de qua­rante ans, les pro­messes et les dés­illu­sions se suc­cèdent ; les sur­vi­vants connais­saient donc les limites poli­tiques d’une telle com­mis­sion. Comment expli­quer que plus de 6000 per­sonnes ont été dépla­cées pour racon­ter leur his­toire pen­dant les six ans qu’ont duré les tra­vaux de la Commission ? Ce n’est pas, comme pour­raient l’avancer cer­tains mau­vais esprits, par inté­rêt pécu­niaire, puisque les pro­cé­dures visant l’octroi des com­pen­sa­tions finan­cières ont été indé­pen­dantes de la Commission[2].

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Entrevue avec Alexa Conradi
Un engagement féministe qui s’approfondit dans les luttes

NCS Alexa, de quelle ori­gine es-tu ?

A.C. Mon père qui est nor­vé­gien d’origine a vécu aux États-Unis, en Norvège et en Suisse avant d’immigrer à Montréal avec ses parents, ses frères et sa sœur dans les années 1950, années où les immi­grants s’intégraient au milieu anglo­phone (la famille par­lait le nor­vé­gien, le suisse-alle­mand et l’anglais). Ma mère est une Anglo-cana­dienne ayant grandi à Montréal en anglais. Je suis née en Angleterre en 1971, alors que mon père y tra­vaillait dans le domaine finan­cier. Nous y avons habité deux fois, soit de 1971 à 1975 et entre 1981 et 1985. À part un séjour de deux ans à Toronto, j’ai grandi à Montréal où j’ai fré­quenté une école d’immersion fran­çaise. En 1990, ma famille a démé­nagé à Calgary à cause du tra­vail de mon père, mais moi, je suis restée à Montréal. Mes parents accor­daient beau­coup d’importance à l’engagement envers sa com­mu­nauté et à l’éducation ; ils nous ont aussi incul­qué le sens de l’effort, de la dis­ci­pline et du dépas­se­ment de soi.

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Contrer les violences sexuelles à l’université : un maillage de résistance

Les com­mu­nau­tés uni­ver­si­taires qué­bé­coises font actuel­le­ment face à la mise au jour de la pré­va­lence, en leur sein, de situa­tions de vio­lences sexuelles. Les résul­tats de l’enquête ESSIMU (Enquête Sécurité, sexua­lité et inter­ac­tions en milieu uni­ver­si­taire) montrent que le phé­no­mène n’est ni rare ni nou­veau : une per­sonne sur trois ayant par­ti­cipé à l’étude rap­porte avoir vécu une forme ou l’autre de vio­lence sexuelle dans le cadre de ses études ou de son tra­vail depuis son arri­vée à l’université(2). Face à l’institutionnalisation crois­sante de ce pro­blème désor­mais ins­crit à l’ordre du jour poli­tique, pro­ces­sus dont on peut légi­ti­me­ment craindre qu’il obli­tère tout ancrage militant(3), il m’apparait impor­tant de sou­li­gner une chose ou deux que révèle l’examen des mobi­li­sa­tions fémi­nistes contre les vio­lences sexuelles en milieu uni­ver­si­taire. En guise de « bilan de luttes » et de mon point de vue – lar­ge­ment situé à l’UQAM – de mili­tante fémi­niste et de cher­cheure dans l’équipe ESSIMU, je pro­pose donc de faire un bref retour socio­his­to­rique sur ces mobi­li­sa­tions, afin d’exposer le maillage de résis­tance fémi­niste qui a rendu pos­sible la mise sur pied de notre équipe de recherche(4) et contri­bué de manière déci­sive aux avan­cées en matière de lutte contre la culture du viol en milieu uni­ver­si­taire. Cet angle d’approche m’amène à éclai­rer le rôle des ins­ti­tu­tions dans la (re)production de ce que l’on qua­li­fie désor­mais de culture du viol dans les éta­blis­se­ments d’enseignement supé­rieur.

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Université populaire des NCS - 2017
La révolution numérique
Documents d'accompagnement pour les conférences sur la révolution numérique
vendredi 1 septembre 2017
Conjonctures et actualités

Le dis­cours domi­nant nous promet à la fois la catas­trophe (des mil­lions d’emplois perdus) et le para­dis avec la fin des emplois dan­ge­reux, sales et rou­ti­niers. Un peu par­tout, les mou­ve­ments popu­laires se trouvent bous­cu­lés par la robo­ti­sa­tion, l’ubérisation et les nou­veaux dis­po­si­tifs de contrôle mena­çant nos droits. Que faire ? Quelles sont les alter­na­tives ? Comment défi­nir un agenda inclu­sif et pro­gres­siste pour ima­gi­ner l’utilisation de la tech­no­lo­gie au ser­vice du 99% ?

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Assemblée constituante
Une troisième voie
Pour une entente entre Québec solidaire et Option nationale
vendredi 1 septembre 2017
Conjonctures et actualités

Pour dépas­ser le blo­cage poli­tique du Québec, plu­sieurs met­taient de l’avant, il y a quelques mois, l’idée d’une conver­gence entre le Parti qué­bé­cois et Québec soli­daire, projet que ce der­nier a rejeté en congrès. Malgré l’échec appa­rent d’une alliance des forces pro­gres­sistes et indé­pen­dan­tistes, Québec soli­daire (QS) a entamé des dis­cus­sions avec un autre parti indé­pen­dan­tiste, Option natio­nale (ON), en vue d’une fusion. On devrait connaître les résul­tats de ces pour­par­lers dans quelques semaines. La pierre d’achoppement de ces négo­cia­tions se situe d’ores et déjà sur les moda­li­tés de l’Assemblée consti­tuante (AC) qui est deve­nue la stra­té­gie d’accession à l’indépendance com­mune à l’ensemble du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste.

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Réfugiés haïtiens
Les déportés de l’Empire
mardi 22 août 2017
Conjonctures et actualités

Fuyant les États-Unis de Donald Trump, les migrants haï­tiens deman­dant asile au Canada font la une de l’actualité aussi bien au Québec que dans les autres pro­vinces. La grande presse tout en affi­chant une cer­taine « com­pas­sion » à l’égard de ces com­pa­triotes donne l’impression qu’un nombre de plus en plus incal­cu­lable et incon­trô­lable de migrants « sur­tout haï­tiens » déferlent sur la fron­tière quo­ti­dien­ne­ment. Les jour­na­listes de droites, déma­gogues, xéno­phobes, racistes et autres « chiens de garde » du sys­tème, ont réagi dès les pre­mières arri­vées : ces gens-là seraient des « malades », des per­sonnes « peu qua­li­fiées», des « pro­fi­teurs du bien-être social», etc. Rapidement toute une série de repor­tages sont réa­li­sés pour mon­trer que ces deman­deurs d’asile fuient la misère, la faim, le dénue­ment, et qu’on ne pour­rait pas, par consé­quent leur octroyer le statut de réfu­gié. Des repor­teurs sont envoyés sur place en Haïti pour prou­ver que, sous Jovenel Moïse, le pays, malgré la pau­vreté ram­pante, fait des pro­grès au moins sur le plan de la sécu­rité.

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Directement de Palestine
Un point tournant pour la Palestine et Israël
lundi 24 juillet 2017
Conjonctures et actualités

Depuis quelques jours dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés depuis 1967, j’observe à Jérusalem et Ramallah les affron­te­ments qui n’ont cessé depuis ven­dredi et qui ont fait plus de 450 bles­sés du côté pales­ti­nien, de même que 6 morts dont trois tués israé­liens. La plu­part des bles­sés sont de Jérusalem et de Ramallah (au nord de la ville), dont une qua­ran­taine ont été atteints par balle. Dans ces deux villes et dans d’autres endroits en Palestine, entre 75 000 et 150 000 per­sonnes ont été pré­sentes. Dans la vieille ville de Jérusalem et notam­ment autour de l’esplanade des mos­quées (al-Ḥaram aš-Šarīf), des dizaines de mil­liers de Palestiniens se retrouvent jour et nuit pour mani­fes­ter et prier. Cette espla­nade consti­tue l’un des plus impor­tants lieux saints pour les musul­mans dans le monde, ainsi que le joyau archi­tec­tu­ral de la vieille ville de Jérusalem. Depuis l’occupation israé­lienne de 1967, malgré les réso­lu­tions de l’ONU, Israël a refusé d’évacuer Jérusalem-Est où résident plus de 300 000 Palestiniens et l’a déclaré « capi­tale éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël ».

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