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Entrevue avec Alexa Conradi
Un engagement féministe qui s’approfondit dans les luttes

NCS Alexa, de quelle ori­gine es-tu ?

A.C. Mon père qui est nor­vé­gien d’origine a vécu aux États-Unis, en Norvège et en Suisse avant d’immigrer à Montréal avec ses parents, ses frères et sa sœur dans les années 1950, années où les immi­grants s’intégraient au milieu anglo­phone (la famille par­lait le nor­vé­gien, le suisse-alle­mand et l’anglais). Ma mère est une Anglo-cana­dienne ayant grandi à Montréal en anglais. Je suis née en Angleterre en 1971, alors que mon père y tra­vaillait dans le domaine finan­cier. Nous y avons habité deux fois, soit de 1971 à 1975 et entre 1981 et 1985. À part un séjour de deux ans à Toronto, j’ai grandi à Montréal où j’ai fré­quenté une école d’immersion fran­çaise. En 1990, ma famille a démé­nagé à Calgary à cause du tra­vail de mon père, mais moi, je suis restée à Montréal. Mes parents accor­daient beau­coup d’importance à l’engagement envers sa com­mu­nauté et à l’éducation ; ils nous ont aussi incul­qué le sens de l’effort, de la dis­ci­pline et du dépas­se­ment de soi.

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Contrer les violences sexuelles à l’université : un maillage de résistance

Les com­mu­nau­tés uni­ver­si­taires qué­bé­coises font actuel­le­ment face à la mise au jour de la pré­va­lence, en leur sein, de situa­tions de vio­lences sexuelles. Les résul­tats de l’enquête ESSIMU (Enquête Sécurité, sexua­lité et inter­ac­tions en milieu uni­ver­si­taire) montrent que le phé­no­mène n’est ni rare ni nou­veau : une per­sonne sur trois ayant par­ti­cipé à l’étude rap­porte avoir vécu une forme ou l’autre de vio­lence sexuelle dans le cadre de ses études ou de son tra­vail depuis son arri­vée à l’université(2). Face à l’institutionnalisation crois­sante de ce pro­blème désor­mais ins­crit à l’ordre du jour poli­tique, pro­ces­sus dont on peut légi­ti­me­ment craindre qu’il obli­tère tout ancrage militant(3), il m’apparait impor­tant de sou­li­gner une chose ou deux que révèle l’examen des mobi­li­sa­tions fémi­nistes contre les vio­lences sexuelles en milieu uni­ver­si­taire. En guise de « bilan de luttes » et de mon point de vue – lar­ge­ment situé à l’UQAM – de mili­tante fémi­niste et de cher­cheure dans l’équipe ESSIMU, je pro­pose donc de faire un bref retour socio­his­to­rique sur ces mobi­li­sa­tions, afin d’exposer le maillage de résis­tance fémi­niste qui a rendu pos­sible la mise sur pied de notre équipe de recherche(4) et contri­bué de manière déci­sive aux avan­cées en matière de lutte contre la culture du viol en milieu uni­ver­si­taire. Cet angle d’approche m’amène à éclai­rer le rôle des ins­ti­tu­tions dans la (re)production de ce que l’on qua­li­fie désor­mais de culture du viol dans les éta­blis­se­ments d’enseignement supé­rieur.

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Le scrutin proportionnel
Le PQ n’a plus la moindre crédibilité
mercredi 2 mars 2016
Gauche / Mouvements sociaux

Au conseil natio­nal du Parti qué­bé­cois, tenu ces jours der­niers pour lancer la machine élec­to­rale en vue du scru­tin de 2018, son chef Pierre Karl Péladeau a fait de timides appels de phare à Québec soli­daire pour qu’il adhère à la conver­gence sou­ve­rai­niste. Il a alors entrou­vert la porte à la réforme du mode de scru­tin majo­ri­taire actuel pour y inclure une com­po­sante pro­por­tion­nelle en invi­tant les délé­gué-es à exa­mi­ner la ques­tion. Mais M. Péladeau n’est pas allé jusqu’à se pro­non­cer lui même en faveur de cette réforme comme l’a pré­cisé par la suite la dépu­tée Véronique Hivon qui est res­pon­sable du dos­sier de la conver­gence au PQ. Le passé étant garant de l’avenir, un petit rappel his­to­rique s’impose pour pou­voir éva­luer la cré­di­bi­lité du PQ en cette matière.

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10e anniversaire de Québec Solidaire
Une marginalité à dépasser
Analyse
mardi 1 mars 2016
Gauche / Mouvements sociaux

Québec Solidaire fête son dixième anniversaire cette année. Par rapport aux ambitions exprimées lors de sa fondation et face à l’évolution du paysage politique québécois, quel jugement doit-on porter au sujet du chemin parcouru par les solidaires ? Le parti se trouve-t-il réellement « à la croisée des chemins » comme le laissent entendre certain-e-s ?

QS_ManifEn réa­lité, ce que l’on appelle la « fon­da­tion » de Québec soli­daire n’est que la der­nière fusion, en date d’aujourd’hui, d’organisations poli­tiques de la gauche qué­bé­coise – mou­ve­ment de conver­gence amorcé dans les années 1990 avec la fon­da­tion du RAP (Rassemblement pour une alter­na­tive pro­gres­siste). Ce mou­ve­ment a su arri­ver à matu­rité dans un contexte où le Parti qué­bé­cois a aban­donné, pour l’essentiel, son flanc gauche depuis Lucien Bouchard (d’autres diront depuis 1981), un « recen­tre­ment » confirmé par la vic­toire d’André Boisclair lors de la course à la chef­fe­rie de 2005. Un vide s’est créé à gauche qui a donc appelé à être comblé. Et l’on connaît la suite : élec­tion d’Amir Khadir en 2008, qui a été rejoint en 2012 par Françoise David, puis en 2014 par Manon Massé.

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Au suivant !
L’éducation est-elle une priorité pour le gouvernement québécois ?
samedi 27 février 2016
Gauche / Mouvements sociaux

education_policy_outlook_2015Pour Monsieur Couillard, l’éducation est une prio­rité, enten­dait-on lundi soir, 22 février, à RDI. Avec quatre ministres en moins de quatre ans, on pour­rait en douter. Le der­nier en liste, un avocat, n’est pas issu du milieu de l’éducation, cumule deux minis­tères bien qu’il ne soit pas un ministre sénior et, fait remar­quable, est un homme dans un domaine où les femmes sont lar­ge­ment majo­ri­taires. Ah, oui, il ne faut pas l’oublier, il est le père de jeunes enfants… À la défense de l’actuel pre­mier ministre, on peut dire que ce minis­tère est le lieu par excel­lence de la chaise musi­cale : 29 ministres depuis 1964 (en 52 ans), soit envi­ron un tous les six mois et neuf au cours des dix der­nières années. Révélateur !

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Réponse à l’article « Une femme nue pour dessert. Tripes & Caviar offre son ‘‘John Mike Pollock’’ sur corps féminin » 1
Le John Mike Pollock : art ou récupération marchande ?
mercredi 17 février 2016
Gauche / Mouvements sociaux

Marc_Desgrandchamps« L’histoire ne ces­sera de se répé­ter, les vain­queurs conti­nue­ront de mar­cher sur les cadavres des morts, mais dans ce cor­tège immé­mo­rial, l’artiste fait parler la vic­time et lui rend sa dignité. »2 L’art peut rendre la parole. Peut inté­grer le récit de l’altérité. Peut occu­per l’imaginaire en pro­po­sant une sorte de répa­ra­tion. L’art peut évi­dem­ment se dis­so­cier de ce désir de jus­tice. Depuis le 18e siècle, l’art ne répond plus ni aux mécènes ni à l’Église. L’art est libre. Il peut même se dis­so­cier de la beauté. Il est sorti du cadre (out­side the box comme nous le rap­pe­lait une réfé­rence à Jackson Pollock dans l’article Une femme nue pour des­sert3 ) pour exis­ter en ses propres lois, fonc­tion­ner selon les ter­ri­toires qu’il crée.

Art ou diver­tis­se­ment ?

Bernard Émond avan­çait dans une leçon de scé­na­ri­sa­tion : « Dis-moi ce que tu visionnes et je te dirai qui tu es »4 en par­lant des films, block­bus­ters et autres genres. Pour répondre à l’idée de l’art dans l’univers fil­mique, Émond pro­po­sait deux étapes : rup­ture avec soi et ren­contre avec autrui. S’il n’y a pas cette rup­ture, s’il n’y a qu’expression de soi (ce qui est à peu près sans inté­rêt), si les pro­ta­go­nistes ne repré­sentent qu’une enflure de soi, un dis­po­si­tif du même, nous sommes en pré­sence d’insigni­fiances où le diver­tis­se­ment dame le pion à l’art. Un diver­tis­se­ment qui, para­doxa­le­ment, loin de nous évader de nous-mêmes, nous y confine, nous y condamne.

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Un extrait du livre de Matthieu Renault
« C. L. R. James. La vie révolutionnaire d’un « Platon noir » »
Théorie: La question nationale et le marxisme
jeudi 4 février 2016
Gauche / Mouvements sociaux

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Matthieu Renault, C. L. R. James. La vie révo­lu­tion­naire d’un « Platon noir »,

Paris, La Découverte, 2016, 232 p., 19,5€.

Avant-Propos

Pensée du mou­ve­ment, pensée en mou­ve­ment

« Le temps pas­se­rait, les anciens empires s’effondreraient et de nou­veaux pren­draient leur place, les rela­tions entre pays et entre classes se modi­fie­raient avant que je ne découvre que ce n’était pas la nature des biens ni leur uti­lité qui impor­tait, mais le mou­ve­ment, non pas où vous êtes et ce que vous avez, mais d’où vous venez, où vous vous rendez et à quel rythme vous y allez.1 »

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Trois jours sans eau, et c’est la mort !
mercredi 3 février 2016
Gauche / Mouvements sociaux

Drinking water is poured into a glassL’humain peut vivre plu­sieurs semaines sans manger, mais il ne peut pas vivre plus de trois jours sans eau. En matière de sécu­rité civile, une faille dans l’approvisionnement en eau potable d’une com­mu­nauté urbaine majeure est un enjeu jugé cri­tique. C’est une prio­rité abso­lue !

Imaginez main­te­nant qu’on doive fermer l’approvisionnement en eau de la grande région de Montréal pour une durée indé­ter­mi­née. Les auto­ri­tés savent que les réser­voirs gra­vi­ta­tion­nels de la ville de Montréal ne leur donnent que quelques jours, tout au plus. Les diri­geants n’ont qu’un cer­tain nombre d’heures pour orga­ni­ser un appro­vi­sion­ne­ment alter­na­tif en eau potable pour des mil­lions de per­sonnes. C’est la pagaille, on doit éviter que les gens se ruent et vident les com­merces de leurs cru­chons d’eau. Le grand Montréal est arrêté, plus rien ne fonc­tionne, même les pom­piers n’ont plus d’eau… Doit-on éva­cuer Montréal et ses ban­lieues ?

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Passions autour de la question des migrants
mardi 2 février 2016
Gauche / Mouvements sociaux

Dans un monde où n’importe quel sujet semble désor­mais sus­ci­ter de pro­fonds cli­vages à l’intérieur des pays et entre eux, celui des migrants s’impose assu­ré­ment comme celui qui ren­contre aujourd’hui l’écho le plus fort et le plus étendu. À l’heure actuelle, tous les regards sont foca­li­sés sur l’Europe où les débats sont viru­lents quant à la réponse que les pays qui la com­posent devraient appor­ter à l’afflux de réfu­giés, en par­ti­cu­lier syriens mais aussi ira­kiens et éry­thréens.

migrants

Le débat public en Europe s’est résumé, pour aller au fond des choses, à une dis­cus­sion entre, d’une part, par­ti­sans de la soli­da­rité et de la morale qui sou­haitent accueillir de nou­veaux migrants et, d’autre part, par­ti­sans de l’autodéfense et de la pro­tec­tion de l’identité cultu­relle qui sou­haitent fermer les portes pour jugu­ler l’afflux. L’Europe est actuel­le­ment sous les feux de la rampe mais des débats simi­laires ont cours depuis long­temps dans le monde entier, des États-Unis au Canada jusqu’à l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Indonésie et le Japon.

Le fac­teur déclen­cheur qui a pré­ci­pité ce débat euro­péen est l’exode massif de Syriens dans un pays où la dégra­da­tion du conflit a créé une situa­tion dra­ma­tique pour un pour­cen­tage très élevé de la popu­la­tion qui se sent en danger. La Syrie est deve­nue un pays vers lequel il [est] devenu illé­gal, au regard du droit inter­na­tio­nal, de ren­voyer ses émi­grés. Le débat s’est donc déplacé vers la ques­tion de savoir quoi faire face à cette situa­tion.

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Guerre infinie
vendredi 29 janvier 2016
Gauche / Mouvements sociaux

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Figure cen­trale du mar­xisme contem­po­rain, Ellen Meiksins Wood est décé­dée le 14 jan­vier der­nier. Elle laisse une œuvre impor­tante dont une partie a récem­ment été tra­duite en fran­çais, notam­ment L’origine du capi­ta­lisme (2009), Des citoyens aux sei­gneurs (2013), L’empire du capi­tal (2013), et Liberté et pro­priété (2014), ouvrages tous publiés aux édi­tions Lux. Nous repu­blions ici un texte paru en 2002 dans le n° 3 de la revue Contretemps papier, et tra­duit par Daniel Bensaïd. Datant d’il y a presque quinze ans, il fait écho à l’actualité… Un autre texte d’Ellen Meiksins Wood, inti­tulé « Le mou­ve­ment ouvrier, les classes et l’ État dans le capi­ta­lisme global », vient éga­le­ment d’être tra­duit et publié dans le numéro 28 de Contretemps papier.

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