Capitalisme et productivisme, ou l’incompatibilité avérée avec l’écologie !

Mis en ligne le 19 mai 2010

Michel MENGNEAU

Lors du pre­mier Grenelle de l’environnement nous fûmes un cer­tain nombre à consi­dé­rer cette ini­tia­tive comme une mas­ca­rade, une sorte de cache misère n’abordant pas le fond du pro­blème ; c’est-à-dire qu’il n’y aura pas d’écologie véri­table sans une remise en cause poli­tique et par consé­quence une autre optique socié­tale que le pro­duc­ti­visme capitaliste.

Déjà le débat avait été tron­qué en l’absence de concer­ta­tion sur le nucléaire, ce fut même une fin de non rece­voir, puis en paral­lèle avait été votée une loi qui pour l’avenir sera la porte ouverte à la pro­li­fé­ra­tion des OGM. Quand il s’agit de défendre les grands lob­bies indus­triels on a passé outre le Grenelle qui, en fait, a servi de fourre-tout à quelques « mesu­rettes » que l’on a pro­cla­mées haut et fort, en oubliant d’ailleurs qu’elles ont été limi­tées dans leur effi­ca­cité par quelques amen­de­ments comme celui de Ollier, le rabo­tage à la baisse des normes ther­miques pour l’habitat -mais il y avait eu en réa­lité envi­ron six points impor­tants que les amen­de­ments ont mini­mi­sés, dont les excep­tions aber­rantes limi­tant la portée de la taxe poids lourds pour ne citer que cette ini­quité. De la poudre aux yeux !

Mais écou­tons se qu’en pen­sait à l’époque (en octobre 2008 à l’assemblée) André Chassaigne ayant porté à déri­sion ce foutoir :

« En défi­ni­tive, c’est une éco­lo­gie « Canada dry » que l’on nous pro­pose d’adopter aujourd’hui. Nous nous retrou­vons pour débattre d’un texte boi­teux, qui a la cou­leur sup­po­sée de l’écologie, le goût de l’écologie, mais qui est bien loin de répondre aux véri­tables enjeux écologiques. »

Néanmoins, l’effet média­tique encensé par la sur­ac­ti­vité pré­si­den­tielle, appuyée par un Borloo pas encore tota­le­ment impré­gné et convain­cant avait séduit quelques pré­ten­dus écolos, laissé scep­tiques d’autres, voire dubi­ta­tifs cer­tains, mais sur­tout, laissé un goût amer face à l’imposture que quelques conscients percevaient…

Il ne s’agissait pour­tant pas d’un quel­conque moment d’humeur puisqu’au fil du temps cela s’est confirmé lorsque l’on s’est aperçu que ce fatras pré­tendu éco­lo­gique n’avançait pas, aban­don et remise en ques­tion de pro­jets, des propos fort éloi­gnés de l’écologie pro­fé­rés au salon de l’agriculture par le Chef de l’état, le 3éme EPR, etc. et la liste est longue tant l’opération fut un appa­rat. A tel point d’ailleurs que l’un des pro­mo­teurs du pacte éco­lo­gique ayant favo­risé la mise en place du Grenelle, Nicolas Hulot, a sus­pendu sa par­ti­ci­pa­tion en accord avec sa fondation.

Si ce fut l’abandon de la néan­moins contes­table taxe car­bone qui sera la goutte d’eau fai­sant débor­der le vase, on peut s’apercevoir aussi qu’Hulot jette main­te­nant un regard plus cri­tique à l’encontre du pro­duc­ti­visme capi­ta­liste. Ce qui doit le mettre dans une situa­tion para­doxale quand on sait que c’est ce sys­tème qui lui a permis de paraître comme un ardeur défen­seur de la survie de la pla­nète. Si l’on est opti­miste on peut consi­dé­rer cela comme une prise de conscience, rela­tive certes. Ce qui n’est pas le cas de son alter-ego « l’hélicolo » tar­tufe Yann Arthus-Bertrant, moins gêné aux entour­nures, qui dénonce les dégâts de la sur­ac­ti­vité humaine en consom­mant allè­gre­ment quelques mil­liers de litres de car­bu­rant, issu du pétrole, et gra­cieu­se­ment payés par les 10 à 12 mil­lions d’euros appor­tés par un François-Henri Pinault, vou­lant par le fric s’acheter une conscience éco­lo­gique. Car, qu’on le veuille ou non, le pro­duc­ti­visme même atté­nué par une pein­ture verte, que ce soit dans le bâti­ment ou autre, engendre tou­jours des dété­rio­ra­tions de la pla­nète. La main mise des mul­ti­na­tio­nales sur les forêts gabo­naises, de l’Amazone pour four­nir la construc­tion, ou pour la trans­for­ma­tion, reste dom­ma­geable et créer par la même occa­sion une nou­velle forme d’exploitation colo­nia­liste de la part du capi­tal. Donc, dénon­cer c’est bien, mais il faut aussi dire les rai­sons pro­fondes de la sur­ex­ploi­ta­tion, à l’évidence c’est dif­fi­cile quand le spon­sor est un super capitaliste.

Alors ça conti­nue, la mas­ca­rade média­tique se per­pé­tue et l’on nous pré­sente la suite avec le gre­nelle 2. Bon, cette fois, le nombre des scep­tiques a aug­menté sin­gu­liè­re­ment au regard de l’incompétence avérée de ce gou­ver­ne­ment. Incompétence, volon­taire ou pas, envers le bien-être du peuple afin de ména­ger l’hégémonie des spé­cu­la­teurs et des ban­quiers, par consé­quence aussi pour le capi­tal, qui voit d’un mau­vais œil l’écologie mettre sou­vent un frein au pro­duc­ti­visme source de profit bour­sier. Si, pour faire bonne figure, on a inventé la crois­sance verte, confor­ter une sorte de mode consu­mé­riste, c’est-à-dire qu’avec une bombe aéro­sol conte­nant un vert dou­teux on a passé un coup de pein­ture attrac­tive sur cer­tains pro­duits pour pou­voir les appe­ler : « bio ». Car même si l’on a dimi­nué leur noci­vité pol­luante grâce à divers stra­ta­gèmes, une pro­duc­tion expan­sive amè­nera le même résul­tat avec le nombre. C’est le cas de la bagnole, on dimi­nue la consom­ma­tion et par contre on aug­mente leur nombre, donc aucun changement.

On a donc stig­ma­tisé la res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle envers l’écologie, la démarche n’est pas à reje­ter, au contraire, la conscience éco­lo­gique per­son­nelle ne peut être que construc­tive en étant tou­te­fois par­ti­cu­liè­re­ment insuf­fi­sante, car n’oublions pas que 93% des émis­sions de gaz à effet de serre sont dues aux indus­triels, et le véri­table danger est là. Eh oui, on a ten­dance à mini­mi­ser la lai­deur indus­trielle, pour­tant, en étant la résul­tante de la crois­sance, elle est par consé­quence la prin­ci­pale source de la des­truc­tion pro­gres­sive de la planète.

Comme il y a des gens sensés pour dénon­cer les tar­tu­fe­ries, sans prendre tout le réqui­si­toire de Martine Billard lors de la dis­cus­sion géné­rale sur le Grenelle, pour la 2éme séance du 4 mai 2010, nous don­ne­rons à lire un des pas­sages le plus signi­fi­ca­tif de son intervention.

« Il faut sortir la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre et la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique des logiques capi­ta­listes du marché car­bone, des impasses et des fuites en avant tech­no­lo­giques qui nous ont conduits dans le mur.

À cet égard, je tiens à évo­quer la voi­ture élec­trique à propos de laquelle l’un de nos col­lègues nous a expli­qué que nous devions construire notre indé­pen­dance à l’égard des pays pro­duc­teurs de pétrole et que cela pas­sait par la voi­ture élec­trique. Je rap­pelle cepen­dant que les voi­tures élec­triques requièrent des bat­te­ries, qui sont fabri­quées avec du lithium, et que le lithium n’est pro­duit ni en France ni dans aucun ter­ri­toire qui dépen­drait de la République. Il faut aller le cher­cher ailleurs. Les bat­te­ries ne sont donc pas plus le gage de notre indé­pen­dance que le pétrole, à moins que vous ne consi­dé­riez qu’il est plus facile d’aller piller des pays comme la Bolivie et le Népal que les pays pro­duc­teurs de pétrole.

Malheureusement pour vous, si la Bolivie s’est his­to­ri­que­ment fait piller son plomb ou d’autres miné­raux, le gou­ver­ne­ment boli­vien n’est actuel­le­ment pas dis­posé à se lais­ser piller son lithium. De toute façon, la pla­nète ne compte pas suf­fi­sam­ment de lithium pour rem­pla­cer tous les véhi­cules cir­cu­lant et tous les véhi­cules à venir. Rappelons que le parc auto­mo­bile de la Chine croît constam­ment, et pour­quoi refu­ser aux Chinois d’avoir autant d’automobiles que les Français ?

La voi­ture élec­trique n’est donc pas la solu­tion, même s’il peut être inté­res­sant de déve­lop­per les flottes cap­tives élec­triques plutôt que les flottes cap­tives à moteur à explo­sion. Arrêtons donc de fan­tas­mer, comme nous le fai­sons un peu trop en France, sur « la Solution », avec un « S » majus­cule. Cela se ter­mine géné­ra­le­ment assez mal. Je me rap­pelle notam­ment l’affaire des avions reni­fleurs et d’autres. Ne cher­chons pas la solu­tion miracle qui serait la seule solu­tion : il faut des panels de solutions.

Il faut tenir compte des pays pro­duc­teurs, et nous n’irons piller ni la Bolivie ni le Népal.

Arrêtons donc de rêver avec cela !

Le sto­ckage du CO2 est un autre élé­phant blanc. Aujourd’hui, nous ne savons pas sto­cker le CO2 et rien ne démontre que nous y par­vien­drons un jour. »

Ce résumé relate bien une erreur com­mise de plus en plus sou­vent, qui est celle de la techno-science au ser­vice d’une crois­sance tous azi­muts. Une crois­sance incon­trô­lée pour le seul avan­tage des inté­rêts du capi­tal et ceci, de sur­croit, au détri­ment des tra­vailleurs qui en sont deve­nus la variable d’ajustement. Par consé­quence, son inter­ven­tion laisse trans­pa­raitre que l’on ne peut pas faire d’écologie véri­table si on laisse les lob­bies indus­triels capi­ta­listes mener l’économie mon­diale. Le profit pas­sant tou­jours avant le bien-être.

Il s’agit de bien-être qui est un concept plus large que le mieux-être que l’on doit aux socié­tés moder­ni­sées, l’Ipod par exemple s’inscrivant peut-être dans le mieux-être, ce qui d’ailleurs est sug­ges­tif, mais il n’est pas du tout sûr qu’il soit un élé­ment déter­mi­nant pour le bien-être. C’est sans doute à tra­vers ce tra­vail de réflexion qu’il faudra aller cher­cher les contours d’une société tota­le­ment dif­fé­rente ; car ne l’oublions pas, la terre est un pro­duit fini dont les limites ne sont pas exten­sibles et la science, plus exac­te­ment la techno-science, quoiqu’en disent cer­tains appren­tis sor­ciers ne résou­dra pas tout.

Il faut d’abord mettre un frein au pro­duc­ti­visme expo­nen­tiel, cela passe néces­sai­re­ment par la dis­pa­ri­tion du prin­cipe capi­ta­liste qui en est le prin­ci­pal deman­deur puisque son leit­mo­tiv exis­ten­tiel est celui du profit coûte que coûte. Les partis de la droite tra­di­tion­nelle sont à leurs places dans ce sys­tème puisqu’ils incarnent la conti­nuité des régimes monar­chiques ou toute l’énergie était incons­ciem­ment tour­née vers l’hégémonie moné­taire, par contre on aurait pu espé­rer que des partis dits socia­listes se seraient oppo­sés au pro­duc­ti­visme dévas­ta­teur, il n’en est rien.

Au contraire, pour la France, depuis 1983 les socia­listes et leurs asso­ciés : com­mu­nistes, et verts, radi­caux de gauche, ont donné la part belle aux mar­chés. La gauche plu­rielle, malgré des voix dis­cor­dantes et favo­rables au « non » lors du réfé­ren­dum sur le TCE -déjà des com­mu­nistes contre Maastricht-, a cepen­dant amené à ce que l’Europe devienne l’un des élé­ments moteur de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. Certes la droite a repris le relai depuis que la pré­ten­due gauche n’est plus au pou­voir, mais il n’empêche que l’on doit le traité de Lisbonne à l’attitude faux-culs des socia­listes, sans oublier l’européanisme pri­maire d’Europe éco­lo­gie. Donc, se sont là deux défen­seurs de la concur­rence libre et non faus­sée avec pour élé­ment por­teur une crois­sance capi­ta­liste dévas­ta­trice, nous devons nous oppo­ser par tous les moyens à ses inféo­dés au capi­tal, car ils sont beau­coup plus trom­peurs avec leur aspect faux-jetons que la droite dont on connaît le pen­chant pour l’idéologie ultra­li­bé­rale, et qui ne s’en cache pas.

Pourtant il parait de plus en plus évident que l’on ne pourra faire véri­ta­ble­ment de l’écologie qu’en pre­nant d’autres options que le pro­duc­ti­visme et son coro­laire le consu­mé­risme incon­si­déré, s’impose donc comme prio­rité de sortir du capi­ta­lisme, la sobriété étant une anti­no­mie du profit.

C’est seule­ment à partir de ce moment que l’écologie devien­dra un réflexe, pro­duire à tout prix n’étant plus une obses­sion, ce sera alors l’ère de l’écologie réflexive…

Michel MENGNEAU

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