Cancún, un accord qui entérine Copenhague

Par Mis en ligne le 12 décembre 2010
L’accord de Cancún enté­rine l’« accord » de Copenhague, qui n’était léga­le­ment qu’un texte parmi d’autres même s’il avait été pro­posé par les États-Unis et la Chine et sou­tenu par les grands pays. Il est désor­mais un texte des Nations-Unies et un pas de plus vers la fin du pro­to­cole de Kyoto. Si, comme le pré­voit le pro­to­cole, une seconde période d’engagements contrai­gnants pour des réduc­tions d’émissions de gaz à effet de serre est notée, aucune date n’est rete­nue. Les pays seraient libres de choi­sir l’année de réfé­rence pour les cal­culs de leurs enga­ge­ments et, pour tous ceux qui ne choi­si­raient pas l’année 1990 fixée à Kyoto, ils ne seraient pas soumis au cadre contrai­gnant du pro­to­cole. En ce sens, l’accord de Cancún est le pro­lon­ge­ment juri­dique du texte de Copenhague qui avait déjà ouvert cette pos­si­bi­lité.

Le texte adopté est même en deçà : même si les tra­vaux du GIEC sont évo­qués, aucun objec­tif chif­fré en matière de réduc­tion des émis­sions n’y figure. La demande de nombre de pays afri­cains, des états des petites îles, de nom­breux pays du Sud, en accord avec les tra­vaux scien­ti­fiques récents, de fixer l’objectif à 1,5°C n’a pas été rete­nue. Le fonds vert est certes créé, mais sans aucune garan­tie que les finan­ce­ments soient appor­tés et avec la Banque mon­diale comme acteur essen­tiel. Quels finan­ce­ments pour l’adaptation, mise en avant par les pays les plus pauvres, alors que les capi­taux s’orientent prio­ri­tai­re­ment vers les acti­vi­tés lucra­tives de l’économie verte ? Aucun finan­ce­ment public nou­veau n’étant retenu, ni par le biais de la taxa­tion du trans­port mari­time, ni par le biais du trans­port aérien, ni bien sûr par le biais de taxes glo­bales. Seuls 15% des finan­ce­ments seraient publics, le reste étant fourni par les mar­chés du car­bone et la contri­bu­tion propre des pays du Sud. En revanche, le texte ouvre la porte à l’extension des mar­chés du car­bone : c’est la car­bo­ni­sa­tion de la terre, des forêts, un « CO2lonia­lisme », selon l’expression des mou­ve­ments sociaux, le car­bone deve­nant une sorte de mon­naie d’échange uni­ver­selle, gérée par la banque mon­diale. Tout y est !

Autant dire que cette « vic­toire » est un recul par rap­port à la confé­rence de Bali, qui, en 2007, avait fixé une feuille de route devant conduire à une nou­velle phase d’engagements contrai­gnants ! Et on ne pourra pas ici invo­quer l’attitude de la Chine, qui a clai­re­ment annoncé qu’elle était prête, comme pays émergent, à accep­ter des enga­ge­ments contrai­gnants.

Nous appor­tons notre sou­tien à la posi­tion expri­mée par la délé­ga­tion boli­vienne, qui s’est battue jusqu’au bout pour faire valoir les droits des humains et des peuples et les pro­po­si­tions des mou­ve­ments sociaux ; elle a donné à cette confé­rence une tenue poli­tique contre l’affairement des lob­bies et la démis­sion des États. La Bolivie a rap­pelé son refus sans appel du contenu de l’accord, qu’elle a sou­haité voir noti­fier. Elle a montré son atta­che­ment au pro­ces­sus onu­sien et affirmé que le mul­ti­la­té­ra­lisme, tant vanté par les puis­sants, ne sau­rait signi­fier ali­gne­ment, chan­tage et sou­mis­sion.

D’ici la pro­chaine étape à Durban, en Afrique du Sud, nous avons à construire, avec des coa­li­tions comme CJN ! (Climate Justice Now !) à laquelle appar­tient ATTAC avec le fédé­ra­tion inter­na­tio­nale des Amis de la Terre et l’internationale pay­sanne Via Campesina, les mobi­li­sa­tions et le rap­port de force néces­saires pour sortir de l’impasse un pro­ces­sus qui, en l’état, ne répond pas aux défis de la crise cli­ma­tique et de ses consé­quences, sociales, éco­lo­giques, poli­tiques.

Attac France,
Cancún, le 11 décembre 2010
http://​www​.france​.attac​.org/​s​p​ip.ph…

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