Article 16

Bilan de la révolution

Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Par Mis en ligne le 11 mai 2017

Rapport pré­senté au cin­quième congrès de l’Internationale Communiste

V.I. Lénine, 5 novembre 1922

(Extraits)

Au début de 1918, dans une courte polé­mique, j’ai touché la ques­tion de l’attitude que nous devions adop­ter à l’égard du capi­ta­lisme d’État. J’écrivais à cette date :

Le capi­ta­lisme d’État serait un pas en avant par rap­port à la situa­tion actuelle (c’est-à-dire de cette époque) de notre République des Soviets. Si, par exemple, d’ici six mois, le capi­ta­lisme d’État était ins­tauré chez nous, ce serait un immense succès et le plus sûr garant que, dans un an, le socia­lisme serait défi­ni­ti­ve­ment conso­lidé chez nous et qu’il serait invin­cible. 

Certes, cela était dit à une époque où nous étions moins intel­li­gents qu’aujourd’hui, mais non pas sots au point de ne pas savoir exa­mi­ner de pareilles ques­tions.

Ainsi, en 1918, j’étais d’avis que, par rap­port à la situa­tion éco­no­mique de la République des Soviets à l’époque, le capi­ta­lisme d’État était un pas en avant. Cela paraît très étrange et peut-être même absurde ; car déjà à ce moment notre République était une répu­blique socia­liste ; nous adop­tions alors chaque jour, avec la plus grande pré­ci­pi­ta­tion, — pré­ci­pi­ta­tion exces­sive sans doute, — de nou­velles mesures éco­no­miques de toute sorte que l’on ne sau­rait qua­li­fier autre­ment que de mesures socia­listes. Néanmoins, je pen­sais que, compte tenu de la situa­tion éco­no­mique qui était à l’époque celle de la République des Soviets, le capi­ta­lisme d’État était un pas en avant. Et pour expli­quer cette pensée, j’ai énu­méré sim­ple­ment les élé­ments du régime éco­no­mique de la Russie. Voici quels étaient, selon moi, ces élé­ments :

1° la forme patriar­cale, c’est-à-dire la forme la plus pri­mi­tive de l’agriculture ; 2° la petite pro­duc­tion mar­chande (ici se classe éga­le­ment la majo­rité des pay­sans qui vendent du blé) ; 3° le capi­ta­lisme privé ; 4° le capi­ta­lisme d’État et 5° le socia­lisme. 

Tous ces élé­ments éco­no­miques exis­taient dans la Russie de ce temps. Je m’étais assi­gné pour tâche d’élucider leurs rap­ports, et je me deman­dais s’il ne conve­nait pas de consi­dé­rer l’un des élé­ments non socia­listes, en l’espèce le capi­ta­lisme d’État, comme supé­rieur au socia­lisme. Je le répète : cela paraît fort étrange à tous de voir que dans une République qui se pro­clame socia­liste, un élé­ment non socia­liste soit consi­déré comme supé­rieur, comme placé au-dessus du socia­lisme. Mais la chose devient com­pré­hen­sible, si vous vous rap­pe­lez que nous ne consi­dé­rions nul­le­ment le régime éco­no­mique de la Russie comme un sys­tème homo­gène et hau­te­ment évolué ; nous nous ren­dions entiè­re­ment compte qu’en Russie l’agriculture patriar­cale, c’est-à-dire la forme la plus pri­mi­tive de l’agriculture, exis­tait à côté de la forme socia­liste. Quel rôle pou­vait donc jouer le capi­ta­lisme d’État dans ces condi­tions ?

Je me deman­dais ensuite : lequel de ces élé­ments pré­do­mine ? Il est clair que dans un milieu petit-bour­geois, c’est l’élément petit-bour­geois qui domine. Je me ren­dais compte alors que ce der­nier pré­do­mi­nait ; il était impos­sible de penser autre­ment. La ques­tion que je me posais — au cours d’une polé­mique qui n’a rien à voir avec la ques­tion que nous sommes en train d’examiner, — était celle-ci : quelle est notre atti­tude à l’égard du capi­ta­lisme d’État ? Et je me suis fait cette réponse : le capi­ta­lisme d’État, sans être une forme socia­liste, serait pour nous et pour la Russie une forme plus favo­rable que celle d’aujourd’hui. Qu’est-ce à dire ? C’est que, tout en ayant déjà accom­pli la révo­lu­tion sociale, nous n’avons sur­es­timé ni les germes ni les prin­cipes de l’économie socia­liste. Au contraire, déjà à ce moment nous avions conscience, jusqu’à un cer­tain point, de cette vérité : oui, en effet, mieux eût valu passer d’abord par le capi­ta­lisme d’État pour, ensuite, arri­ver au socia­lisme.

Il me faut tout spé­cia­le­ment insis­ter sur ce point, car j’estime que c’est seule­ment en par­tant de là qu’on peut, d’abord, mon­trer ce qu’est la poli­tique éco­no­mique actuelle ; en second lieu, on peut en tirer des conclu­sions pra­tiques très impor­tantes aussi pour l’Internationale com­mu­niste. Je ne peux pas dire que nous avions déjà un plan de retraite tout prêt. Non, nous ne l’avions pas. Ces quelques lignes écrites à l’occasion d’une polé­mique n’étaient pas le moins du monde, à ce moment, un plan de retraite. On n’y trouve pas un mot sur un point essen­tiel, savoir sur la liberté du com­merce, qui est d’une impor­tance fon­da­men­tale pour le capi­ta­lisme d’État. Cependant l’idée géné­rale, encore impré­cise, de la retraite, y était déjà indi­quée. Je pense que nous devons porter là-dessus notre atten­tion non seule­ment du point de vue d’un pays qui, par son régime éco­no­mique, était et est encore très arriéré, mais aussi sous l’angle de l’Internationale com­mu­niste et des pays avan­cés de l’Europe occi­den­tale. Ainsi, à l’heure actuelle, nous nous occu­pons du pro­gramme. J’estime, pour ma part, que nous ferions bien mieux, pour le moment, de ne dis­cu­ter tous les pro­grammes qu’à titre pré­li­mi­naire, pour ainsi dire en pre­mière lec­ture, et de les faire repro­duire tels quels, sans adop­ter une déci­sion défi­ni­tive tout de suite, cette année-ci. Pourquoi ? Tout d’abord, selon moi, parce que nous ne les avons guère étu­diés à fond, c’est évident. Et puis aussi parce que nous n’avons presque pas réflé­chi du tout sur la ques­tion d’une retraite éven­tuelle et des moyens de l’effectuer. Or, c’est là un pro­blème auquel — étant donné les chan­ge­ments radi­caux qui s’opèrent dans le monde entier, tels que le ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme et la construc­tion du socia­lisme avec les immenses dif­fi­cul­tés qu’elle com­porte — il nous faut abso­lu­ment porter notre atten­tion. Il ne suffit pas de savoir ce que nous avons à faire quand nous pas­sons direc­te­ment à l’offensive et que nous rem­por­tons la vic­toire. En période révo­lu­tion­naire, cela n’est pas si dif­fi­cile, ni si impor­tant ; du moins, ce n’est pas le plus déci­sif. Pendant la révo­lu­tion, il y a tou­jours des moments où l’adversaire perd la tête, et si nous l’attaquons à un de ces moments, nous pou­vons faci­le­ment le battre. Mais cela ne veut rien dire encore ; si notre adver­saire est suf­fi­sam­ment maître de lui, il peut ramas­ser ses forces à temps, etc. Dès lors, il peut aisé­ment pro­vo­quer une attaque, et puis nous reje­ter en arrière pour de longues années. Voilà pour­quoi je pense que l’idée que nous devons nous ména­ger la pos­si­bi­lité d’une retraite a une très grande impor­tance, et non seule­ment du point de vue théo­rique. Sur le plan pra­tique éga­le­ment, tous les partis qui s’apprêtent dans un proche avenir à passer à l’offensive décla­rée contre le capi­ta­lisme, doivent dès main­te­nant songer aussi à se ména­ger une retraite. Je pense que si nous met­tons à profit cet ensei­gne­ment, ainsi que tous les autres four­nis par l’expérience de notre révo­lu­tion, loin de nous porter pré­ju­dice, cela nous sera très vrai­sem­bla­ble­ment utile en maintes occa­sions.

Après avoir sou­li­gné que dès 1918 nous envi­sa­gions le capi­ta­lisme d’État comme une ligne de retraite éven­tuelle, j’en viens aux résul­tats de notre nou­velle poli­tique éco­no­mique. Je répète : à ce moment-là, c’était encore une idée très vague ; mais en 1921, après avoir fran­chi cette étape très impor­tante qu’était la guerre civile, et fran­chi vic­to­rieu­se­ment, nous nous sommes heur­tés à une grande — je pense, la plus grande — crise poli­tique inté­rieure de la Russie des Soviets, crise qui a amené le mécon­ten­te­ment d’une partie notable des pay­sans, et aussi des ouvriers. C’était, dans l’histoire de la Russie des Soviets, la pre­mière et, je l’espère, la der­nière fois que l’on a vu de grandes masses pay­sannes se tour­ner contre nous, ins­tinc­ti­ve­ment et non consciem­ment. Qu’est-ce qui avait pro­vo­qué cette situa­tion par­ti­cu­lière et, bien entendu, fort désa­gréable pour nous ? C’est que, dans notre offen­sive éco­no­mique, nous avions trop pris les devants, sans nous être assuré une base suf­fi­sante : les masses ont senti ce que nous ne savions pas encore for­mu­ler per­ti­nem­ment à l’époque, mais que bien­tôt, quelques semaines plus tard, à notre tour, nous avons reconnu, savoir : qu’il était au-dessus de nos forces de passer tout de suite aux formes pure­ment socia­listes, à la répar­ti­tion pure­ment socia­liste ; et que si nous nous mon­trions inca­pables d’opérer la retraite de façon à nous borner à des tâches plus faciles, nous étions mena­cés de mort. La crise a com­mencé, je crois, en février 1921. Déjà au prin­temps de cette même année, nous avons décidé à l’unanimité — je n’ai pas observé de désac­cords sen­sibles entre nous à ce sujet — de passer à la nou­velle poli­tique éco­no­mique. Aujourd’hui, à la fin de 1922, au bout d’un an et demi, nous pou­vons déjà faire quelques com­pa­rai­sons. Que s’est-il donc passé ? Comment avons-nous vécu cette période de plus de dix-huit mois ? Quel en est le résul­tat ? Cette retraite nous a-t-elle pro­fité, nous a-t-elle réel­le­ment sauvés, ou bien le résul­tat est-il encore incer­tain ? Telle est la ques­tion prin­ci­pale que je me pose. J’estime qu’elle est d’une impor­tance pri­mor­diale aussi pour tous les partis com­mu­nistes. Car, si la réponse était néga­tive, nous serions tous condam­nés à périr. J’estime que nous pou­vons tous répondre, la conscience tran­quille, par l’affirmative, notam­ment en ce sens que les dix-huit mois écou­lés prouvent, posi­ti­ve­ment et abso­lu­ment, que nous avons triom­phé de cette épreuve.

J’essaierai main­te­nant d’en faire la démons­tra­tion. Il me faut pour cela énu­mé­rer en bref tous les élé­ments consti­tu­tifs de notre éco­no­mie.

Je m’arrêterai tout d’abord à notre sys­tème finan­cier et au fameux rouble russe. Je pense que l’on peut dire du rouble russe qu’il est fameux, ne serait-ce que parce que le nombre de ces roubles dépasse actuel­le­ment le qua­dril­lion. (Rires.) C’est déjà quelque chose. C’est un chiffre astro­no­mique. (Rires.) Je suis cer­tain que tous ici ne savent pas même ce qu’il signi­fie. Mais nous ne tenons pas ces chiffres pour très impor­tants, du point de vue de la science éco­no­mique : des zéros, on peut tou­jours les biffer. (Rires.) Dès à pré­sent nous enre­gis­trons quelques succès en cet art qui, consi­déré sous l’angle de la science éco­no­mique, est de même sans aucune impor­tance. Et j’ai la cer­ti­tude que, par la suite, nous ferons des pro­grès encore plus grands dans cet art. Ce qui importe réel­le­ment, c’est la sta­bi­li­sa­tion du rouble. Ce pro­blème nous pré­oc­cupe, il pré­oc­cupe nos meilleurs cadres, et nous lui attri­buons une portée déci­sive. Si nous arri­vons à sta­bi­li­ser le rouble d’abord pour une longue période, et puis pour tou­jours, nous aurons gain de cause. Alors tous ces chiffres astro­no­miques — tous ces tril­lions et qua­dril­lions — ne seront plus rien. Nous pour­rons dès lors assi­gner à notre éco­no­mie une base solide et la déve­lop­per sur cette base. Je crois pou­voir vous citer à ce sujet des faits assez mar­quants et déci­sifs. En 1921, la période de sta­bi­lité du cours du rouble-papier avait duré moins de trois mois. En cette année 1922, qui du reste n’est pas encore ter­mi­née, elle a duré plus de cinq mois. Je pense que cela seul suffit. Bien entendu, ce serait insuf­fi­sant si vous exi­giez de nous la preuve scien­ti­fique que, dans l’avenir, nous résou­drons entiè­re­ment ce pro­blème. Mais d’une façon géné­rale il est impos­sible, à mon avis, d’en faire la preuve pleine et entière. Les chiffres cités montrent que, depuis l’an der­nier, depuis que nous avons inau­guré notre nou­velle poli­tique éco­no­mique, jusqu’à ce jour, nous avons déjà appris à mar­cher de l’avant. S’il en est ainsi, je suis sûr que nous sau­rons à l’avenir éga­le­ment pro­gres­ser dans cette voie, à moins que nous ne com­met­tions quelque grosse sot­tise. Mais ce qui importe le plus, ce qu’il nous faut sur­tout, c’est le com­merce, ce sont les échanges. Et puisque nous nous en sommes tirés pen­dant deux ans, bien que nous fus­sions en état de guerre (car, vous le savez, nous avons repris Vladivostok il y a quelques semaines seule­ment), bien que nous ne puis­sions abor­der notre acti­vité éco­no­mique d’une façon vrai­ment métho­dique qu’aujourd’hui, puisque malgré tout nous avons fait en sorte que la période de sta­bi­lité du rouble-papier est passée de trois à cinq mois, je crois pou­voir affir­mer que nous avons des rai­sons d’être satis­faits. C’est que nous sommes seuls. Nous n’avons reçu ni ne rece­vons le moindre emprunt. Aucun de ces puis­sants États capi­ta­listes, qui orga­nisent leur éco­no­mie « brillam­ment » au point d’ignorer jusqu’à pré­sent où ils vont, ne nous est venu en aide. Par le traité de Versailles ils ont créé un sys­tème de finances dans lequel eux-mêmes ne peuvent se retrou­ver. Si ces grands États capi­ta­listes mènent ainsi leurs affaires, j’estime que nous, pays arriéré et inculte, nous pou­vons être contents d’avoir com­pris l’essentiel : les condi­tions de la sta­bi­li­sa­tion du rouble. Ce qui le prouve, ce n’est pas une ana­lyse théo­rique quel­conque, c’est la pra­tique ; et celle-ci, selon moi, importe plus que toutes les dis­cus­sions théo­riques du monde. Or, la pra­tique montre qu’ici nous avons obtenu des résul­tats déci­sifs. Savoir : nous com­men­çons à orien­ter l’économie vers la sta­bi­li­sa­tion du rouble, ce qui a une portée majeure pour le com­merce, pour l’échange libre de mar­chan­dises, pour les pay­sans et la grande masse des petits pro­duc­teurs.

J’en viens main­te­nant à l’examen de nos objec­tifs sociaux. L’essentiel, bien entendu, c’est la pay­san­ne­rie. En 1921, le mécon­ten­te­ment d’une partie consi­dé­rable des pay­sans était un fait fla­grant. Puis ce fut la famine. Épreuve la plus pénible pour les pay­sans. Rien de plus natu­rel que toute la presse de l’étranger se fût mise à clamer : « Vous voyez, voilà bien les résul­tats de l’économie socia­liste. » Rien de plus natu­rel, bien entendu, qu’ils eussent passé sous silence que la famine était en réa­lité la consé­quence mons­trueuse de la guerre civile. Tous les grands pro­prié­taires fon­ciers et les capi­ta­listes, qui avaient entre­pris leur offen­sive contre nous en 1918, essayèrent de faire croire que la famine était le résul­tat de l’économie socia­liste. La famine a été en effet un grand mal­heur, un mal­heur si grave qu’il mena­çait d’anéantir toute notre œuvre d’organisation, toute notre œuvre révo­lu­tion­naire.

Eh bien, je demande main­te­nant : après cette cala­mité inouïe, inat­ten­due, où en sont les choses aujourd’hui, depuis que nous avons ins­ti­tué la nou­velle poli­tique éco­no­mique, depuis que nous avons accordé aux pay­sans la liberté du com­merce ? La réponse est claire, elle est évi­dente pour tous : en une année, la pay­san­ne­rie n’a pas seule­ment eu raison de la famine ; elle a acquitté l’impôt en nature dans des pro­por­tions telles que nous avons déjà reçu des cen­taines de mil­lions de pouds, et cela presque sans la moindre mesure de contrainte. Les sou­lè­ve­ments pay­sans qui, avant 1921, étaient pour ainsi dire un fait géné­ral en Russie, ont presque com­plè­te­ment cessé. La pay­san­ne­rie est satis­faite de sa situa­tion actuelle. Nous pou­vons le dire sans hési­ter. Nous esti­mons que ces preuves importent plus que toutes les démons­tra­tions à coups de sta­tis­tique. Que la pay­san­ne­rie soit chez nous un fac­teur déci­sif, per­sonne n’en doute. Elle est aujourd’hui dans une situa­tion telle que nous n’avons pas à craindre de sa part un mou­ve­ment d’hostilité contre nous. Nous le disons en pleine conscience, sans exa­gé­ra­tion. C’est là un fait acquis. La pay­san­ne­rie peut être mécon­tente de l’activité de notre pou­voir dans tel ou tel domaine, elle peut se plaindre. Certes, cela est pos­sible et inévi­table, puisque notre appa­reil d’État et notre éco­no­mie natio­nale sont encore trop défec­tueux pour le pré­ve­nir. En tout cas, ce qui est cer­tain, c’est qu’un mécon­ten­te­ment sérieux de l’ensemble de la pay­san­ne­rie contre nous est abso­lu­ment exclu. Ce résul­tat a été acquis en l’espace d’un an. J’estime que c’est déjà beau­coup.

J’en viens à l’industrie légère. Nous devons pré­ci­sé­ment faire le départ entre l’industrie lourde et l’industrie légère, puisque leur situa­tion est dif­fé­rente. Pour ce qui est de l’industrie légère, je puis dire sans hési­ter : on assiste ici à un essor géné­ral. Je n’entrerai point dans les détails. Et je ne me pro­pose pas de pro­duire des sta­tis­tiques. Mais cette impres­sion d’ensemble est fondée sur des faits, et je puis garan­tir qu’elle ne ren­ferme rien de faux ou d’inexact. Nous pou­vons consta­ter un essor géné­ral de l’industrie légère et, par­tant, une amé­lio­ra­tion notable de la condi­tion des ouvriers de Petrograd et de Moscou. Dans les autres régions, cela s’observe dans une mesure moindre parce que là pré­do­mine l’industrie lourde. Il ne faut donc pas géné­ra­li­ser ce fait. Toujours est-il, je le répète, que l’industrie légère est incon­tes­ta­ble­ment en pro­grès et l’adoucissement du sort des ouvriers de Petrograd et de Moscou est indé­niable. Au prin­temps de 1921, il y avait du mécon­ten­te­ment parmi les ouvriers de ces deux villes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous qui sui­vons au jour le jour la situa­tion et l’état d’esprit des ouvriers, nous ne nous trom­pons pas en cette matière.

La troi­sième ques­tion concerne l’industrie lourde. Je dois dire qu’ici la situa­tion reste encore dif­fi­cile. Un cer­tain chan­ge­ment s’y est pro­duit en 1921-1922. Nous pou­vons donc espé­rer, très pro­chai­ne­ment, un tour­nant. A cet effet, nous avons déjà réuni, en partie, les moyens néces­saires. Pour amé­lio­rer l’état de l’industrie lourde dans un pays capi­ta­liste, il aurait fallu emprun­ter des cen­taines de mil­lions, sans les­quels le redres­se­ment eût été impos­sible. L’histoire éco­no­mique des pays capi­ta­listes montre que, dans les pays arrié­rés, seuls les emprunts à long terme de cen­taines de mil­lions de dol­lars ou de roubles-or pour­raient aider au relè­ve­ment de l’industrie lourde. Nous n’avons pas béné­fi­cié d’emprunts de ce genre, et nous n’avons rien reçu jusqu’à ce jour. Tout ce qu’on écrit main­te­nant au sujet des conces­sions, etc., c’est à peu près lettre morte. Ces temps der­niers, nous avons beau­coup écrit à ce sujet et sur­tout à propos de la conces­sion d’Urquhart. Cependant notre poli­tique de conces­sions me paraît très bonne. Cela n’empêche que nous n’avons pas encore de conces­sion ren­table. Je vous prie de ne pas l’oublier. De la sorte, l’état de l’industrie lourde est réel­le­ment une ques­tion très grave pour notre pays arriéré, car nous ne pou­vions espé­rer d’emprunts dans les pays riches. Néanmoins, nous obser­vons déjà une amé­lio­ra­tion notable, et puis nous voyons que notre acti­vité com­mer­ciale nous a déjà rap­porté un cer­tain capi­tal. Fort modeste, il est vrai, pour le moment : un peu plus de vingt mil­lions de roubles-or. En tout cas, c’est un com­men­ce­ment : notre com­merce nous pro­cure des res­sources que nous pou­vons uti­li­ser pour rele­ver l’industrie lourde. De toute façon, à l’heure actuelle, notre indus­trie lourde se trouve encore dans une situa­tion fort dif­fi­cile. Mais j’estime que nous sommes déjà en mesure d’économiser quelque peu. Nous le ferons à l’avenir éga­le­ment. Bien que, sou­vent, cela se fasse aux dépens de la popu­la­tion, nous devons quand même éco­no­mi­ser dès main­te­nant. Nous tra­vaillons en ce moment à réduire notre budget d’État, à com­pri­mer notre appa­reil d’État. Tout à l’heure, je dirai encore quelques mots de notre appa­reil d’État. Nous devons, en tout cas, le com­pri­mer, nous devons éco­no­mi­ser autant que faire se peut. Nous éco­no­mi­sons sur tout, même sur les écoles, cela parce que nous com­pre­nons que, si nous ne sau­vons pas l’industrie lourde, si nous ne la rele­vons pas, nous ne pour­rons construire aucune indus­trie, et à défaut de celle-ci, c’en sera fait de nous, en géné­ral, comme pays indé­pen­dant. Cela, nous le savons bien.

Le salut pour la Russie n’est pas seule­ment dans une bonne récolte, — cela ne suffit pas encore, — et pas seule­ment dans le bon état de l’industrie légère qui four­nit aux pay­sans les objets de consom­ma­tion, — cela non plus ne suffit pas encore, — il nous faut éga­le­ment une indus­trie lourde. Or, pour la mettre en bon état, il faudra bien des années de tra­vail.

L’industrie lourde a besoin de sub­ven­tions de l’État. Si nous ne les trou­vons pas, c’en est fait de nous comme État civi­lisé, je ne dis même pas socia­liste. Donc, à cet égard nous avons fait un pas résolu en avant. Nous nous sommes pro­curé les res­sources néces­saires pour mettre debout l’industrie lourde. La somme que nous nous sommes pro­cu­rée jusqu’à pré­sent dépasse à peine, il est vrai, vingt mil­lions de roubles-or. En tout cas, cette somme existe, et son unique des­ti­na­tion est de rele­ver notre indus­trie lourde.

Je pense que, dans l’ensemble, je vous ai exposé briè­ve­ment comme je l’avais promis, les élé­ments essen­tiels de notre éco­no­mie natio­nale. Et je pense qu’on peut conclure de tout cela que la nou­velle poli­tique éco­no­mique a donné, dès main­te­nant, un bon résul­tat. Nous avons, dès aujourd’hui, la preuve que nous sommes en mesure, en tant qu’État, de faire du com­merce, de garder de solides posi­tions dans l’agriculture et l’industrie et de mar­cher de l’avant. Notre acti­vité pra­tique l’a démon­tré. Je pense que cela nous suffit pour le moment. Nous aurons encore beau­coup à apprendre, et nous avons com­pris qu’il nous était encore néces­saire d’apprendre. Nous sommes au pou­voir depuis cinq ans, et cinq années durant nous avons été en état de guerre. Donc nous avons rem­porté un succès.

Cela se com­prend : c’est que les pay­sans étaient pour nous. Il serait dif­fi­cile d’être pour nous plus qu’ils ne l’ont été. Ils com­pre­naient que, der­rière les gardes blancs, se tenaient les grands pro­prié­taires fon­ciers qu’ils haïssent plus que tout au monde. Aussi étaient-ils pour nous avec le plus grand enthou­siasme, le plus grand dévoue­ment. Il n’a pas été dif­fi­cile de déci­der la pay­san­ne­rie à nous défendre contre les gardes blancs. Les pay­sans qui, naguère, exé­craient la guerre, fai­saient tout pour la guerre contre les gardes blancs, pour la guerre civile contre les grands pro­prié­taires fon­ciers. Néanmoins, ce n’était pas encore tout. Car, au fond, il ne s’agissait là que d’une chose : le pou­voir res­te­rait-il aux grands pro­prié­taires fon­ciers ou aux pay­sans ? Pour nous ce n’était pas assez. Les pay­sans com­prennent que nous avons pris le pou­voir pour les ouvriers et que notre but est de créer le régime socia­liste à l’aide de ce pou­voir. Aussi, le plus impor­tant pour nous, c’était la pré­pa­ra­tion de l’économie socia­liste. Nous ne pou­vions la pré­pa­rer direc­te­ment. Nous avons été obli­gés de le faire par voies détour­nées. Le capi­ta­lisme d’État, tel que nous l’avons établi chez nous, est un capi­ta­lisme d’État par­ti­cu­lier. Il ne répond pas à la notion ordi­naire de capi­ta­lisme d’État. Nous déte­nons tous les leviers de com­mande ; nous déte­nons la terre ; elle appar­tient à l’État. Cela est très impor­tant, encore que nos adver­saires pré­sentent les choses de façon à faire croire que cela ne signi­fie rien. C’est faux. Le fait que la terre appar­tient à l’État est de la plus haute impor­tance et a éga­le­ment une grande valeur pra­tique du point de vue éco­no­mique. Nous avons obtenu cela, et je dois dire que toute notre acti­vité ulté­rieure doit se déve­lop­per uni­que­ment dans ce cadre. Nous avons déjà obtenu ce résul­tat que nos pay­sans sont satis­faits, que notre indus­trie revit, de même que notre com­merce. J’ai déjà dit que notre capi­ta­lisme d’État se dis­tin­guait du capi­ta­lisme d’État pris à la lettre, en ceci que notre État pro­lé­ta­rien détient non seule­ment la terre, mais aussi tous les élé­ments les plus impor­tants de l’industrie. Avant tout nous avons donné à bail une cer­taine partie de la petite et moyenne indus­trie ; mais tout le reste demeure entre nos mains. Pour ce qui est du com­merce, je tiens encore à sou­li­gner que nous nous effor­çons de fonder des socié­tés mixtes, que nous en fon­dons déjà ; ce sont des socié­tés où une part du capi­tal appar­tient aux capi­ta­listes privés, aux sur­plus étran­gers, et l’autre part, à nous. D’abord, nous appre­nons ainsi à faire du com­merce, — nous en avons besoin, — et, ensuite, nous avons tou­jours la pos­si­bi­lité, si nous le jugeons néces­saire, de liqui­der une telle société, de sorte que nous ne cou­rons, pour ainsi dire, aucun risque. En revanche, nous nous ins­trui­sons auprès du capi­ta­liste privé, nous tâchons de savoir com­ment nous pou­vons pro­gres­ser et quelles fautes nous com­met­tons. Je crois pou­voir me borner à ce que je viens de dire.

Je vou­drais encore tou­cher quelques points secon­daires. Il est cer­tain que nous avons commis et que nous com­met­trons encore des sot­tises en quan­tité énorme. Personne n’est mieux placé que moi pour le voir et en juger. (Rires.) Pourquoi donc com­met­tons-nous des sot­tises ? Cela se conçoit : pre­miè­re­ment, nous sommes un pays arriéré ; deuxiè­me­ment, l’instruction, dans notre pays, est minime ; troi­siè­me­ment, nous ne sommes pas aidés ; aucun État civi­lisé ne nous aide. Au contraire, ils œuvrent tous contre nous. Quatrièmement, la faute en est à notre appa­reil d’État. Nous avons hérité de l’ancien appa­reil d’État, et c’est là notre mal­heur. L’appareil d’État fonc­tionne bien sou­vent contre nous. Voici com­ment les choses se sont pas­sées. En 1917, lorsque nous avons pris le pou­voir, l’appareil d’État nous a sabo­tés. Nous avons été très effrayés à ce moment, et nous avons demandé : « Revenez s’il vous plaît. » Ils sont reve­nus, et ce fut notre mal­heur. Nous avons main­te­nant d’énormes masses d’employés, mais nous n’avons pas d’éléments suf­fi­sam­ment ins­truits pour diri­ger effi­ca­ce­ment ce per­son­nel. En fait, il arrive très sou­vent qu’ici, au sommet, où nous avons le pou­voir d’État, l’appareil fonc­tionne tant bien que mal, tandis que là-bas, à la base, ce sont eux qui com­mandent de leur propre chef, et ils le font de telle sorte que, bien sou­vent, ils agissent contre nos dis­po­si­tions. Au sommet nous avons, je ne sais com­bien au juste, mais de toute façon, je le crois, quelques mil­liers seule­ment, ou, tout au plus, quelques dizaines de mil­liers des nôtres. Or, à la base, il y a des cen­taines de mil­liers d’anciens fonc­tion­naires, légués par le tsar et la société bour­geoise, et qui tra­vaillent en partie consciem­ment, en partie incons­ciem­ment, contre nous. On ne sau­rait y remé­dier dans un court laps de temps, cela est cer­tain. Nous devons tra­vailler durant de longues années pour per­fec­tion­ner l’appareil, le modi­fier et y faire par­ti­ci­per des forces nou­velles. Nous le fai­sons à un rythme assez rapide, trop rapide peut-être. Des écoles sovié­tiques, des facul­tés ouvrières ont été fon­dées ; des cen­taines de mil­liers de jeunes gens étu­dient. Ils étu­dient, peut-être trop vite, mais en tout cas, le tra­vail a com­mencé, et je pense qu’il por­tera ses fruits. Si nous ne tra­vaillons pas trop à la hâte, nous aurons dans quelques années une masse de jeunes gens capables de refondre radi­ca­le­ment notre appa­reil.

J’ai dit que nous avions commis une énorme quan­tité de sot­tises, mais, là-dessus, je dois dire aussi quelques mots de nos adver­saires. Si nos adver­saires nous reprennent et indiquent que, voyez-vous, Lénine lui-même recon­naît que les bol­che­viks ont fait une énorme quan­tité de sot­tises, je réponds à cela : oui, mais nos sot­tises, vous savez, sont quand même d’une tout autre espèce que les vôtres. Nous avons seule­ment com­mencé notre appren­tis­sage, mais nous appre­nons d’une façon assez sys­té­ma­tique pour être cer­tains d’obtenir de bons résul­tats. Et si nos adver­saires, c’est-à-dire les capi­ta­listes et les pala­dins de la IIe Internationale, sou­lignent les sot­tises faites par nous, je me per­met­trai, pour la com­pa­rai­son, de citer ici, en les para­phra­sant un peu, les paroles d’un célèbre écri­vain russe : quand les bol­che­viks font des sot­tises, ils disent : « Deux fois deux font cinq. » Mais quand ce sont leurs adver­saires, c’est-à-dire les capi­ta­listes et les pala­dins de la IIe Internationale, qui font des sot­tises, ils semblent dire : « Deux fois deux font une bougie. » Cela n’est pas dif­fi­cile à démon­trer. Prenez, par exemple, le traité conclu avec Koltchak par l’Amérique, l’Angleterre, la France, le Japon. Y a-t-il au monde, je vous le demande, des États plus éclai­rés et plus puis­sants ? Or, qu’est-il arrivé ? Ils ont promis leur aide à Koltchak, sans avoir cal­culé, ni réflé­chi, ni observé. Ce fut un fiasco dif­fi­cile même à conce­voir, selon moi, du point de vue de la raison humaine.

Et cet autre exemple, encore plus rap­pro­ché de nous et plus impor­tant : la paix de Versailles. Qu’est-ce que les « grandes » puis­sances, « cou­vertes de gloire » ont fait là, je vous le demande ? Comment peuvent-elles main­te­nant trou­ver une issue à ce chaos et à ce non-sens ? Je pense ne pas exa­gé­rer en répé­tant que nos sot­tises ne sont rien en com­pa­rai­son de celles que com­mettent, ensemble, les États capi­ta­listes, le monde capi­ta­liste et la IIe Internationale. C’est pour­quoi j’estime que les pers­pec­tives de révo­lu­tion mon­diale — thème que je dois tou­cher briè­ve­ment — sont favo­rables. Et je pré­sume qu’à cer­taines condi­tions, elles devien­dront encore meilleures. C’est de ces condi­tions que je vou­drais dire quelques mots.

En 1921, au IIIe Congrès, nous avons voté une réso­lu­tion sur la struc­ture orga­nique des Partis com­mu­nistes, ainsi que sur les méthodes et le contenu de leur tra­vail. Texte excellent, mais essen­tiel­le­ment russe, ou presque, c’est-à-dire que tout y est tiré des condi­tions de vie russes. C’est là son bon mais aussi son mau­vais côté. Son mau­vais côté, parce que je suis per­suadé que presque aucun étran­ger ne peut la lire ; avant de dire cela j’ai relu cette réso­lu­tion : pre­miè­re­ment, elle est trop longue : 50 para­graphes ou plus. Les étran­gers, d’ordinaire, ne peuvent aller jusqu’au bout de pareils textes. Deuxièmement, même s’ils la lisaient, pas un de ces étran­gers ne la com­pren­drait, pré­ci­sé­ment parce qu’elle est trop russe. Non parce qu’elle a été écrite en russe, — on l’a fort bien tra­duite dans toutes les langues, — mais parce qu’elle est entiè­re­ment impré­gnée de l’esprit russe. Et, troi­siè­me­ment, si même quelque étran­ger, par excep­tion, la com­pre­nait, il ne pour­rait l’appliquer. C’est là son troi­sième défaut. Je me suis entre­tenu avec quelques délé­gués venus ici, et j’espère, au cours du Congrès, sans y prendre part per­son­nel­le­ment, — à mon grand regret, cela m’est impos­sible, — du moins causer de façon détaillée avec un grand nombre de délé­gués de dif­fé­rents pays. J’ai eu l’impression qu’avec cette réso­lu­tion, nous avons commis une faute grave, nous cou­pant nous-mêmes le chemin vers de nou­veaux pro­grès. Comme je l’ai dit, le texte est fort bien rédigé, et je sous­cris à tous ses 50 para­graphes ou plus. Mais nous n’avons pas com­pris com­ment il fal­lait pré­sen­ter aux étran­gers notre expé­rience russe. Tout ce qui est dit dans la réso­lu­tion est resté lettre morte. Or, à moins de com­prendre cela, nous ne pour­rons aller de l’avant. J’estime que le plus impor­tant pour nous tous, tant pour les Russes que pour les cama­rades étran­gers, c’est que, après cinq ans de révo­lu­tion russe, nous devons nous ins­truire. C’est main­te­nant seule­ment que nous pou­vons le faire. Je ne sais com­bien de temps nous aurons cette pos­si­bi­lité. Je ne sais com­bien de temps les puis­sances capi­ta­listes nous lais­se­ront étu­dier tran­quille­ment. Mais chaque ins­tant libre, à l’abri des batailles, de la guerre, nous devons l’utiliser pour étu­dier, et cela par le com­men­ce­ment.

Tout le Parti et toutes les couches de la popu­la­tion de la Russie le prouvent par leur soif de savoir. Cette aspi­ra­tion montre que la tâche la plus impor­tante pour nous, aujourd’hui, est de nous ins­truire, encore et tou­jours. Mais les cama­rades étran­gers, eux aussi, doivent apprendre, non pas dans le même sens que nous, c’est-à-dire à lire, à écrire et à com­prendre ce que nous avons lu, — ce dont nous avons encore besoin. On dis­cute pour savoir si cela se rap­porte à la culture pro­lé­ta­rienne ou bour­geoise. Je laisse cette ques­tion en sus­pens. Une chose, en tout cas, est cer­taine : il nous faut, avant tout, apprendre à lire, à écrire et à com­prendre ce que nous avons lu. Les étran­gers, eux, n’en ont pas besoin. Il leur faut quelque chose de plus élevé : notam­ment, et avant tout, com­prendre aussi ce que nous avons écrit sur la struc­ture orga­nique des Partis com­mu­nistes, et que les cama­rades étran­gers ont signé sans lire ni com­prendre. Telle doit être leur pre­mière tâche. Il faut appli­quer cette réso­lu­tion. On ne peut le faire en une nuit, c’est abso­lu­ment impos­sible. Cette réso­lu­tion est trop russe : elle tra­duit l’expérience de la Russie. Aussi est-elle tout à fait incom­pré­hen­sible pour les étran­gers ; ils ne peuvent se conten­ter de l’accrocher dans un coin, comme une icône, et de l’adorer. On n’arrivera à rien de cette façon. Ils doivent assi­mi­ler une bonne tranche d’expérience russe. Comment cela se pas­sera, je l’ignore. Peut-être que les fas­cistes d’Italie, par exemple, nous ren­dront un signalé ser­vice en mon­trant aux Italiens qu’ils ne sont pas encore suf­fi­sam­ment éclai­rés et que leur pays n’est pas encore garanti des Cent-Noirs ? Cela sera, peut-être, très utile. Nous autres, Russes, devons aussi recher­cher les moyens d’expliquer aux étran­gers les prin­cipes de cette réso­lu­tion. Sinon, ils seront abso­lu­ment inca­pables de la mettre en œuvre. Je suis per­suadé que nous devons dire, à cet égard, non seule­ment aux Russes, mais aussi aux cama­rades étran­gers, que le plus impor­tant, dans la période qui vient, c’est l’étude. Nous, nous étu­dions dans le sens géné­ral du terme. Ils doivent, eux, étu­dier dans un sens par­ti­cu­lier, pour com­prendre réel­le­ment l’organisation, la struc­ture, la méthode et le contenu de l’action révo­lu­tion­naire. Si cela se fait, je suis per­suadé qu’alors les pers­pec­tives de la révo­lu­tion mon­diale seront non seule­ment bonnes, mais excel­lentes. (Vifs applau­dis­se­ments pro­lon­gés. Les accla­ma­tions : « Vive notre cama­rade Lénine ! » pro­voquent de nou­velles ova­tions enthou­siastes.)

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